L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Dans le monde...

Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par Gayraud de Mazars » 26 Juin 2016, 15:28

Salut camarades,

A lire l'excellent article sur Lutte des Classes n°177, de juillet/Août 2016, concernant le Brexit en Grande Bretagne...

Après plusieurs mois de campagne où se sont affrontés deux clans de politiciens bourgeois, le référendum organisé au Royaume-Uni a donné la majorité à ceux qui souhaitaient que le pays quitte l’Union européenne. Les travailleurs n’avaient rien à gagner à cet affrontement, ni d’un côté ni de l’autre. Ils ont, en revanche, déjà perdu, car la campagne a charrié des tombereaux d’abjections réactionnaires visant à semer la division dans les classes exploitées, dressant les travailleurs britanniques contre les travailleurs immigrés, les immigrés de vieille date contre ceux qui sont récemment arrivés. Le grand patronat et les financiers de la City, dont les préférences allaient plutôt au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, finiront par s’adapter à cette nouvelle situation pour pouvoir continuer à faire leurs affaires. Les négociations prévues avec l’Union européenne aboutiront alors à… réinventer le Marché commun. Les électeurs votent, et la grande bourgeoisie décide. Mais il n’est pas dit que la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne n’entraîne pas de réactions en chaîne, susceptibles de se transformer en catastrophes pour les classes laborieuses. Sur le plan économique, d’abord. Dans une situation dominée par la prépondérance de la finance et son instabilité, cette rupture peut être l’élément déclencheur de nouvelles catastrophes financières. Dès l’annonce des résultats, la livre sterling s’est effondrée par rapport au dollar, et les Bourses ont commencé à plonger, et pas seulement en Grande-Bretagne mais un peu partout dans le monde. Si ces soubresauts se transformaient en panique et la panique en crise financière, cela aurait des répercussions certaines sur la vie économique, bien que d’une ampleur imprévisible. Réactions en chaîne menaçantes également sur le terrain politique. La Grande-Bretagne est brandie en exemple par tous les courants réactionnaires d’Europe, à commencer par le Front national. Conséquence de l’évolution réactionnaire des choses à l’échelle de l’Europe, le Brexit en devient un facteur aggravant. Et s’il aboutit, à plus ou moins longue échéance, à l’indépendance de l’Écosse et à la décomposition du Royaume-Uni, cela favorisera les multiples forces centrifuges qui taraudent plusieurs États d’Europe, l’érection de nouvelles frontières et de nouveaux barbelés entre les peuples. Sur les conséquences immédiates du Brexit, nous reprenons ci-dessous l’éditorial de Workers’ Fight, publication de nos camarades de l’UCI en Grande-Bretagne.

Grande-Bretagne : après le référendum sur le Brexit

http://mensuel.lutte-ouvriere.org//2016 ... 68927.html

« Faire l’histoire », c’est aller de l’avant, et c’est la tâche de la classe ouvrière !

Cameron a perdu son pari. Sa tentative de priver le parti UKIP [un parti souverainiste] du levier de sa démagogie eurosceptique, pour endiguer la rébellion montante dans son propre parti, s’est retournée contre lui. Comme ses commanditaires de la City de Londres, Cameron avait certainement espéré que le maintien dans l’UE l’emporterait. Mais, celui-ci n’ayant réuni que 48,1 % des voix, contre 51,9 % pour le Brexit, Cameron savait que les barons de son propre parti, quelle qu’ait été leur position dans cette campagne, allaient maintenant déclencher la curée. Il n’avait donc pas d’autre choix que d’annoncer officiellement sa démission d’ici à l’automne, ouvrant par là même la course à sa propre succession.

Les querelles et surenchères qui avaient, à l’origine, produit ce référendum et se sont poursuivies pendant toute la campagne dans les rangs conservateurs vont donc reprendre de plus belle. Et on peut penser que le partisan du Brexit Boris Johnson, une sorte de Donald Trump à l’anglaise, à peine plus policé grâce à son passage dans les institutions élitistes d’Eton [une grande école privée] et d’Oxford, fait déjà figure de principal prétendant.

Des laquais de la City nostalgiques du passé

À la suite de l’annonce des résultats du référendum, les politiciens du camp du Brexit ont multiplié les discours pour célébrer la « grande nation » britannique, maintenant qu’elle est enfin « libre de vivre sa vie ». Qu’importe que ce pays ne soit guère plus qu’un point sur la carte du monde, habité par moins de 1 % de la population de la planète, ou qu’il soit totalement dépendant, économiquement et socialement, du reste du monde, y compris de l’Europe !

Seuls des nostalgiques de la « grande époque » de l’Empire britannique peuvent encore proférer pareilles âneries ! Mais, à défaut de pouvoir revenir à ces jours glorieux, les politiciens du Brexit saluent le 23 juin comme une date historique, comme si reculer l’horloge de l’histoire de 43 ans, c’est-à-dire jusqu’à 1973, année où la Grande-Bretagne rejoignit l’ancêtre de l’UE, pouvait être ce qu’on appelle « faire l’histoire » !

Seul l’avenir peut dire ce que ces politiciens feront du mandat que, selon eux, les électeurs leur ont donné de quitter l’UE, car cela dépend de bien des facteurs sur lesquels ils n’ont guère d’influence.

Par exemple, il est impossible de prévoir l’impact qu’aura sur l’économie la spéculation financière déclenchée par la victoire du Brexit. On peut simplement constater que la mobilisation 24 heures sur 24 de toutes les grandes institutions financières pendant les jours qui ont précédé et suivi le référendum, n’a pas empêché une baisse chaotique de la livre sterling, ni des mouvements frénétiques sur les places boursières, tant à Londres que dans le reste de l’Europe. Jusqu’où iront ces soubresauts ? Il est impossible de le dire.

Mais surtout, quel que soit le successeur de Cameron, il aura sur le dos les cercles dirigeants de la City. Et, quelles qu’aient été ses vues sur le Brexit, il n’aura d’autre choix que de se plier à la ligne dictée par le capital britannique, et notamment de faire en sorte que celui-ci conserve l’accès dont il dispose aujourd’hui au marché de l’UE, quel qu’en soit le prix.

Quelle suite pour la classe ouvrière ?

Pour les travailleurs, tout cela implique de nouvelles attaques contre les emplois et les conditions de travail, de nouvelles coupes dans les services publics et les budgets sociaux, comparables à ce qu’ils ont connu depuis six ans, sinon pires, si la crise s’approfondit. Mais sur ce plan, si le vote pour le maintien dans l’UE l’avait emporté, les mêmes conséquences en auraient découlé, à en juger par les nouvelles mesures d’austérité annoncées il n’y a pas si longtemps par le chancelier de l’Échiquier [le ministre des Finances] Osborne.

Comme on pouvait le prévoir, les bastions les plus solides du Brexit ont été dans les régions rurales dominées par les conservateurs. Mais cela n’a pas empêché les médias et les politiciens de faire porter la responsabilité du Brexit à l’électorat ouvrier du Parti travailliste. Certains dirigeants de l’aile droite de ce parti ont même exigé la tête de Corbyn, qu’ils accusent d’avoir été trop mou sur la question des travailleurs migrants !

Or, dans les bastions travaillistes, les mêmes électeurs qui ont voté pour le Brexit le 23 juin n’avaient pas voté pour UKIP lors des municipales de mai dernier, mais pour le Parti travailliste. S’ils ont voté pour le Brexit, ce n’est pas forcément l’expression de préjugés ­anti-immigrés, comme le disent tant de politiciens, mais parce que beaucoup y voyaient une occasion, la première depuis longtemps, d’exprimer leur ras-le-bol face à la dégradation de leurs conditions de vie et la politique antiouvrière du gouvernement Cameron. Ce n’est pas un hasard si, parmi les régions ouvrières, c’est dans des zones sinistrées par la désindustrialisation que le Brexit a obtenu ses meilleurs scores, comme dans les anciennes régions minières de Bolsover, Mansfield, Barnsley, Chesterfield, ou dans des anciennes villes sidérurgiques comme Middlesbrough et Corby.

Ce qui restera surtout de cette campagne, et en fait de toutes ces années où les gouvernements ont fait porter aux travailleurs immigrés la responsabilité de tous les maux dont souffrait la société du fait de leur politique, est une atmosphère de division qui pourrait devenir dangereuse si la classe ouvrière ne parvient pas à éradiquer ce poison de ses rangs.

Pour la classe ouvrière, aucun changement n’est jamais sorti des urnes. En revanche, des changements, elle peut en arracher, par l’action directe contre les attaques du patronat et les politiciens à ses ordres, et contre leur système d’exploitation. Mais seulement si elle sait regrouper toutes les forces dont elle peut disposer, derrière des objectifs communs de lutte. C’est alors et alors seulement que la classe ouvrière pourra réellement « faire l’histoire », mais, cette fois, en tirant la société vers l’avant !

24 juin 2016
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par Gaby » 27 Juin 2016, 03:52

Je pensais avoir un très net souvenir du référendum de 2005, et pourtant, je suis sidéré de voir ce qu'on peut lire chez les intellos type "non de gauche" qui parlent du Brexit. Je viens de lire quelqu'un qui dit que "l'euroscepticisme" est là où la "radicalisation" se passe, qu'il faut en être, etc. Des mots tellement creux, on parle de "radicalisation contre les élites" afin de mieux amalgamer ses échecs avec les succès des nationalistes.
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par Gayraud de Mazars » 27 Juin 2016, 13:13

Salut Gaby,

Comme me l'écrivait un camarade à juste titre :

"Les notions fumeuses du réformisme (véhiculées par Corbyn et, ici en France, par les dirigeants du PCF, entre autres) sur la possibilité de réformer l’Union Européenne favorisent l’exploitation réactionnaire de l’échec de l’Union Européenne et de l’échec du capitalisme en général.

La régression sociale ravive et exacerbe les tensions entre les Etats et les haines et jalousies raciales, nationales et religieuses.

Ces tendances se manifesteraient de toute façon dans la période actuelle, indépendamment du caractère de la direction du mouvement ouvrier.

Mais le fait que celui-ci n’offre aucune alternative au capitalisme ne peut que les amplifier et faciliter leur développement.

Ainsi, les courants nationalistes gagnent du terrain dans tous les pays du continent, pendant que les organisations du mouvement ouvrier sont paralysées par des programmes et des directions qui ne remettent pas en cause le capitalisme, se plaçant dans une posture essentiellement défensive et conservatrice.
"

Fraternellement,
GdM
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par Zorglub » 27 Juin 2016, 22:29

Se pourrait-il que nombre de travailleurs aient voté pour le Leave parce qu'on leur a rabâché, de l'extrême-droite jusqu'à une bonne partie de l'extrême-gauche, que se jouait quelque chose d'important ? Sans la classe ouvrière, c'était une farce bourgeoise, avec, c'est une démonstration des dégâts du chauvinisme et qu'il n'y a quasi-personne (WF et ?) pour offrir une politique de classe face à ces bouffonneries.
Le Leave a peut-être eu une forte majorité dans les quartiers populaires cela ne le transforme pas par magie en un camouflet ouvrier. C'est Ukip qui triomphe. Tout comme la sympathie qu'avait pu susciter l’ascension de Corbyn dans une partie de la classe ouvrière ne l'a pas rendu moins politicien bourgeois.
Quant à y voir une défaite du FMI, de la BCE, une défaite avec un chèque à 250 G£, la bourgeoisie en redemande.

Edito LO a écrit :Brexit : le bal des démagogues
Le référendum organisé au Royaume-Uni a donné une majorité pour quitter l'Union européenne. C’est une victoire pour tout ce que la Grande-Bretagne et l’Europe comptent de réactionnaires anti-immigrés, de nationalistes et de souverainistes. Et il suffit de voir la mine réjouie d’une Marine Le Pen pour comprendre que cela ne va pas dans le bon sens.

Dans ce référendum, les intérêts des travailleurs n’étaient représentés ni par un camp, ni par l’autre. Le camp du « in » défendait l’appartenance à une Europe faite pour les capitalistes et les banquiers. Les travailleurs conscients d’avoir affaire à une caste politique et à des institutions qui n’ont jamais été de leur côté ne pouvaient pas l’approuver.

Mais se ranger dans le camp du Brexit revenait à conforter le vote anti-immigration et raciste et à cautionner les calomnies déversées sur les immigrés accusés de profiter des aides sociales et de prendre l’emploi des Britanniques. C’était, dans les deux cas, un mauvais choix.

Le monde ouvrier a déjà perdu beaucoup car la campagne pour le Brexit a aggravé les divisions qui opposent les travailleurs britanniques aux travailleurs européens ; les immigrés de longue date à ceux récemment arrivés. Cette évolution réactionnaire est un danger qui menace tous les travailleurs d’Europe.

Partout, l’extrême droite propose de suivre l’exemple britannique. C’est le cas du Front national qui agite le chiffon rouge de l’immigration et fait de Bruxelles le bouc-émissaire de tous nos maux pour vanter le retour à la « souveraineté nationale ».

Mais que peut signifier cette souveraineté nationale pour les exploités quand leur emploi, leur salaire, leur retraite sont dépendants du bon vouloir patronal ! Et comment peut-on croire que le retour au franc améliorerait le niveau de vie des travailleurs quand les patrons n’ont de cesse de le baisser !

Que ce soit dans l’Union européenne ou en dehors, un banquier reste un banquier, un patron reste un patron. Faire croire aux travailleurs qu’ils pourraient échapper à l’exploitation ou trouver un peu
de protection auprès de leur État national est un leurre.

Sur le plan économique, le « divorce » engendré par le Brexit ne sera que de pure forme. Les capitalistes britanniques et européens ont intérêt à préserver leurs relations économiques. Dès demain, ils s’activeront pour que leurs représentants politiques écrivent d’autres traités et signent d’autres accords. Mais, pour les exploités, ce sera toujours le même chantage à la compétitivité.

Si les travailleurs se laissent détourner de leurs intérêts de classe avec de faux débats, ils seront toujours perdants. Et ils risquent de l’être une fois de plus, avec la nouvelle vague spéculative que le Brexit a déclenchée. Car nous avons vu comment la tempête boursière de 2008 a débouché sur une crise économique mondiale, payée par les travailleurs au travers des licenciements et des fermetures d’usines.

Les politiciens britanniques sont aussi menteurs et démagogues que ceux d’ici. Boris Johnson, l’ancien maire de Londres, qui était il y a quelques années partisan de l’UE, s’est transformé, le temps de la campagne, en un de ses plus farouches adversaires. Maintenant que le Brexit est voté, il est beaucoup moins pressé de quitter l’UE ! Ce Monsieur est en effet surtout pressé de remplacer David Cameron au poste de Premier ministre.

On pourrait en dire autant de bien d’autres, ici en France. Le rejet des institutions européennes sert de tremplin pour accéder au pouvoir. Il faut se méfier comme de la peste de ces démagogues qui détournent la colère sociale des véritables responsables et qui distillent le poison de la division dans la classe ouvrière.

La seule façon d’aller de l’avant est de préparer les travailleurs à combattre leur ennemi intérieur, les patrons, leurs gouvernements et leur système. En s’unissant, quelle que soit leur nationalité, ils représentent une force capable de se défendre. C’est sur le terrain de la lutte de classe que se jouent les intérêts des exploités. C’est sur ce terrain qu’ils doivent se battre.
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par artza » 30 Juin 2016, 10:36

Dans l'Anticap. du 30 juin:

Après le Brexit des défis pour la gauche britannique et européenne


J'ai failli ne pas aller plus loin ;) mais la curiosité n'est pas un défaut et on en apprend toujours plus qu'on croyait:

Au Royaume-Uni, la gauche anticapitaliste était divisée sur l'attitude à avoir, sur le vote et sur la campagne à mener. ... Nous ne reviendrons donc pas ici sur les détails de ces argumentations. ...Presque partout l'extrême-droite rêve de reproduire ce qui vient de se passer en Grande-Bretagne. ...Il est donc essentiel pour les anticapitalistes de clarifier notre attitude par rapport à l'UE...


Bref, nos camarades du NPA ou de l'Anticap. ou le citoyen Ross Harold ont besoin de se clarifier les idées...
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par com_71 » 30 Juin 2016, 18:43

LO a écrit :Union européenne : un futur qui ressemble au passé
29 Juin 2016

Depuis le 24 juin et le vote en faveur du Brexit, les responsables politiques, administratifs, économiques et financiers de l’Union européenne s’agitent comme du pop-corn dans une poêle. Dans tous les pays, les nationalistes pavoisent, mais les politiciens au pouvoir, agissant pour le compte du grand patronat, essaient plutôt de calmer les esprits.

Leur première préoccupation est d’éviter un emballement spéculatif, commencé la nuit même du dépouillement du scrutin et poursuivi depuis. Les fonds spéculatifs se sont en effet jetés sur la monnaie britannique et sur toutes les valeurs susceptibles d’être affectées par la situation, à commencer par les valeurs bancaires. La livre sterling s’effondre, les banques baissent, les Bourses reculent. Pour tenter de colmater la brèche, les responsables politiques et financiers n’ont, comme toujours, que deux remèdes : les bonnes paroles et les milliards. La Banque d’Angleterre, suivie des autres banques centrales et de la Banque centrale européenne, annonce donc qu’elle est prête à injecter des centaines de milliards d’euros pour aider les banques privées à faire face. Au mieux, cela gonflera encore un peu plus la bulle spéculative ; au pire, cela la fera éclater immédiatement, au risque d’entraîner le monde dans une nouvelle récession, comme en 2008, voire dans une crise catastrophique. L’instabilité de l’économie capitaliste est telle que la simple stupidité politique du Premier ministre d’un pays impérialiste peut catalyser l’explosion.

Outre le système financier, le Brexit menace également la construction politique de l’Union européenne, en donnant des ailes aux démagogues réactionnaires de chaque pays. Hollande, Merkel et Renzi, le Premier ministre italien, réunis à Berlin le 27 juin, ont donc promis un nouvel élan, dans le cadre de l’Union européenne, pour contrecarrer les progrès des nationalistes. Mais, ensemble ou séparément, mettant en œuvre la politique du grand capital, ils ne feront rien de mieux que ce qu’ils ont fait jusqu’à aujourd’hui. Hollande, Merkel et compagnie continueront à faire peser le poids de la crise sur les travailleurs. Ces mêmes politiciens continueront à prétendre que l’Europe est responsable de cette situation. D’autres, sur leur droite, voire sur leur gauche, démagogues de tout poil, renchériront dans l’absurdité nationaliste. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, référendums et sorties de l’Union peuvent se multiplier.

La superstructure politique de l’Union européenne n’est que l’habillage, le décorum de l’union réelle, celle constituée par les grands groupes capitalistes pour encadrer leur concurrence et élargir la base de leur puissance. Aujourd’hui, cette union-là n’est pas immédiatement menacée, tout simplement parce qu’elle correspond aux besoins et aux possibilités actuelles du grand capital. Pour le bon fonctionnement du marché capitaliste européen, les diplomates, les fonctionnaires de l’Union, les dirigeants des entreprises trouveront de nouveaux arrangements, quitte à écrire de nouvelles lois. Ils ont déjà commencé, et c’est pour cela qu’ils prennent leur temps pour rendre effectif le divorce, si même ils ne parviennent pas, en fin de compte, à l’éviter. Pour cette fois, il ne s’agit pas de partager les biens du ménage, mais de continuer à les faire fructifier ensemble.

Les travailleurs seront donc les seuls à payer l’addition ; d’abord, par les politiques d’austérité qui vont se poursuivre, en Grande-Bretagne comme sur le continent ; ensuite, par les divisions introduites dans leurs rangs et par l’affaiblissement qui en découle ; enfin, par le sombre avenir que le Brexit et ses suites pourraient préparer.

La montée des nationalismes dans les différents pays européens est une menace directe pour les travailleurs. En dressant les différentes catégories de travailleurs les unes contre les autres, en tentant de transformer une partie de la classe ouvrière en garde-chiourme de l’autre partie, les partis nationalistes laisseraient les mains libres aux exploiteurs. Les politiques nationalistes dresseraient les pays les uns contre les autres, comme cela commence à être le cas en Europe centrale, faisant des réfugiés et des minorités des victimes expiatoires toutes désignées. Les tensions suscitées par les groupes nationalistes, à l’échelle d’un pays ou d’une région, pourraient de surcroît conduire à la constitution de gouvernements à poigne. Là encore, les travailleurs et les pauvres en général, natifs ou pas, seraient les premiers à en pâtir.

L’Europe que le Brexit annonce, celle des gesticulations des nationalistes, de l’impuissance des politiciens, de la toute-puissance du capital, c’est celle des années 1930.
Paul GALOIS
"...est-ce qu'un parti révolutionnaire renonce à exercer une pression sur la bourgeoisie... non, cela va de soi... Mais la voie des réformes convient aux questions secondaires... On ne peut obtenir le pouvoir au moyen de réformes."
L. Trotsky
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par artza » 01 Juil 2016, 07:11

Informations ouvrières du 30 juin interview d'une membre du Parti travailliste, syndicaliste élue d'un Trades concil (genre d'union locale?) qui déclare entre autre:
C'est très décevant que Corbyn fasse campagne pour le maintien dans l'UE. ...Historiquement il est contre l'UE, et je pense qu'il l'est toujours. Je pense qu'il est le mieux à même de nous conduire hors de l'UE
artza
 
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Re: L'extrême-gauche de Grande-Bretagne...

Message par Zorglub » 05 Juil 2016, 12:24

Un article du Monde, sur l'augmentation des actes racistes en Grande-Bretagne depuis le référendum.

C'est sans doute "l'exacerbation de la lutte de classe" que le Leave provoquerait selon certains...

Du coup, The Sun ose lancer une campagne contre le racisme... Un gage de progrès.

Le Monde | 05.07.2016 à 10h07 • Mis à jour le 05.07.2016 à 11h57
La police a enregistré une hausse de 57  % des plaintes pour délits  liés à la haine raciale. Et la tendance ne fait que s’agraver.
Qui peut s’en étonner, après trois mois d’une campagne référendaire focalisée sur l’immigration européenne ? Les manifestations de xénophobie se multiplient dans le Royaume-Uni post-Brexit. « On est en Angleterre ici ! Les étrangers ont quarante-huit heures pour foutre le camp ! Qui est étranger ici ? Aucun étranger ? », hurlait un homme excité à l’adresse des clients dans la file d’attente d’un supermarché Tesco, le samedi suivant le vote du 23 juin, à Gloucester (Ouest). Au même moment, à Huntingdon, dans le Centre, quelque deux cents Polonais recevaient un message glaçant : « Halte à la vermine polonaise. » Et la façade du centre culturel polonais de Hammersmith, à Londres, était barbouillée d’un grand « Go home ! » à la peinture jaune. « Ce centre existe depuis les années 1960. Pourquoi maintenant ?, s’interroge Elzbieta Pagor, la bibliothécaire. Le référendum a tout simplement fait exploser les gens. »

Dans les quatre jours suivant le scrutin, la police a enregistré une hausse de 57 % des plaintes pour des délits liés à la haine xénophobe ou raciale. Les chiffres restent heureusement peu élevés : 85 plaintes contre 54 durant les mêmes jours du mois précédent. Mais la tendance n’a fait que s’aggraver : 331 affaires signalées en une semaine contre 63 en moyenne. « Le climat dans les rues n’est pas bon », résume Sayeeda Warsi, une lord conservatrice qui avait quitté la campagne du « Leave » en dénonçant « ses mensonges et sa haine ».
Inquiétude de l’ambassade de Pologne

L’ambassade de Pologne (800 000 ressortissants au Royaume-Uni) s’en est inquiétée. Des anonymes ont inondé de fleurs le centre culturel polonais « pour s’excuser ». Devant la Chambre des communes, David Cameron a condamné la multiplication d’« odieuses agressions xénophobes ». Et Sadiq Khan, fils d’un immigré pakistanais élu en mai maire de Londres, a promis la « tolérance zéro » à l’encontre de « quiconque tenterait d’utiliser le résultat du référendum pour chercher à nous diviser ». Mais ses paroles de « bienvenue aux Européens » sont si appuyées qu’elles finissent par devenir presque inquiétantes.

Car les « petits incidents », rapportés ou non à la police, abondent. Sur les réseaux sociaux, un mot-clé spécifique #PostRefRacism a même été créé. Blancs, Noirs, Asiatiques, musulmans, juifs y vont tous de leur histoire désagréable. « Foutu étranger, retourne dans ton pays ! », lance un automobiliste sur une vidéo, apparemment tournée après un différend de la circulation. « Je suis né ici », proteste l’agressé, qui se voit répondre : « Alors, parle correctement anglais ! »
« Quand allez-vous quitter ce pays ? »

Une Britannique d’origine ghanéenne s’est heurtée à un groupe de jeunes gens désireux de « reblanchir la Grande-Bretagne ». Qari Asim, imam d’une mosquée de Leeds, a dénoncé le silence de la campagne du « Leave » à propos des manifestations de xénophobie. « Des membres de ma communauté qui sont des Britanniques de troisième génération se sont entendu demander : “Quand allez-vous quitter ce pays ?” » Il en est persuadé, « les répercussions de ce vote historique se feront sentir pendant des années ». Dans un train près de Brighton, une universitaire qui portait un sac décoré d’écriture hébraïque a été priée par un couple de « dégager en Israël avec les autres youpins ».

A chaque fois, le lien direct avec le référendum est plus ou moins évident. Plusieurs témoins insistent sur le fait que de tels incidents ne sont pas nouveaux. Mais les allusions directes au vote et la concomitance évidente de la recrudescence d’agressions avec le résultat de la consultation ne laissent guère de doute dans de nombreux cas. « Les procès-verbaux qui nous remontent témoignent d’une recrudescence des tensions locales visant directement des communautés de migrants depuis le référendum », a confirmé Sara Thornton, chef du Conseil national des responsables policiers.

Le malaise a atteint un degré tel que le tabloïd The Sun, qui a multiplié depuis des années les titres accrocheurs désignant à la vindicte publique les migrants européens « voleurs d’emplois », n’hésite pas à l’exploiter. Le quotidien a le toupet d’inviter désormais ses lecteurs à participer à une campagne « Tous unis contre le racisme ».
Zorglub
 
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