Haïti : lutte des travailleurs contre l'impôt

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Haïti : lutte des travailleurs contre l'impôt

Message par Plestin » 21 Nov 2017, 10:56

Article du journal Combat Ouvrier du 18 novembre 2017 concernant Haïti

Haïti : IRI, la pression des ouvriers fait reculer les patrons du groupe WILBÈS

En Haïti, dans les entreprises, les patrons prélèvent les impôts à la source notamment l’impôt sur le revenu imposable ou IRI. Durant l’année passée, les ouvriers du parc industriel de Port au Prince se sont battus pour supprimer cet impôt pour tous ceux qui touchent le salaire minimum. Le gouvernement a reculé en élevant la barre de 60 000 gourdes à 120 000 gourdes. Nos camarades de l’OTR étaient à leurs côtés, voici un article tiré de leur journal « La voix des travailleurs ». Ces affameurs et leurs sous-fifres ne s’attendaient pas à la réaction presque simultanée de ces milliers de travailleurs qui se sont soulevés comme un seul homme pour protester contre la perception, par la direction, de l’Impôt sur le Revenu Imposable, IRI.

Les termes venaient d’être modifiés par le gouvernement suite à des manifestations ouvrières. Passant de 60 000 à 120 000 gourdes, ce nouveau plafond du Minimum de Revenu Imposable exclut donc presque la totalité des ouvriers de la sous-traitance dont les revenus malgré une année de dur labeur ne dépassent pas 120 000 gourdes. Sur la base du salaire minimum de 350 gourdes, en effet, un ouvrier qui travaille 5 jours par semaine gagne 7 000 gourdes le mois et dans le meilleur des cas 84 000 gourdes l’an (soit 1 120€ l’an).

Tout d’abord, ce sont les ouvriers des bâtiments 11-17 du parc industriel Sonapi qui sont entrés en grève. Pendant plus de 8 jours, les activités étaient arrêtées, les ouvriers ont tenu malgré les pressions de la direction. Au numéro 34, les ouvriers ont observé un arrêt de travail d’une demi-journée. Aux numéros 52-53, si les ouvriers n’ont pas fait grève, ils ont toutefois manifesté leur colère en brisant quelques chaises. Aux numéros 41, 42, les ouvriers étaient menaçants, avec des tracts, ils s’en prenaient à la direction et faisaient appel à l’unité pour contrer la cupidité des patrons du groupe WILBÈS.

Pendant ce temps-là, l’Etat n’a pas pipé un mot. Aucune de ses institutions n’est intervenue dans ce conflit. Garant des intérêts généraux des classes riches, elles laissent les patrons égorger les ouvriers comme bon leur semble. Mais ce n’était sans compter sur une nouvelle conscience des ouvriers que la défense de leurs intérêts passe par la lutte.

Deux semaines après le début de ce mouvement, devant la ferme détermination des ouvriers de ne pas se laisser faire, les directions les unes après les autres ont fini par céder. Au 11-17, la direction a accepté de ne plus prélever l’IRI du salaire des ouvriers, elle a été contrainte aussi de payer les jours de grève. Aux numéros, 34, 41, 42, ils n’ont pas osé prélever IRI de la paye des ouvriers. Reprenant le travail mardi dernier, une ouvrière satisfaite du dénouement du conflit en faveur des travailleurs déclara « Nous avons trouvé la méthode efficace de combat contre les patrons, la grève générale. Nos conditions de travail et d’existence ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui si plus tôt tous les ouvriers l’avaient adoptée comme moyen privilégié de leurs luttes contre ces sangsues ». Il n’y a pas meilleure école d’apprentissage des luttes pour les travailleurs que l’expérience des affrontements quotidiens avec les patrons et leurs collaborateurs dans les usines. Hier amorphes et indifférents subissant les coups de boutoir de leurs exploiteurs, aujourd’hui un nombre croissant de travailleurs acquiert de la conscience et semble avoir compris que leur exploitation n’est pas éternelle et qu’elle peut changer par leur lutte collective contre la classe capitaliste et l’État qui les protège.
Plestin
 
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Re: Haïti : lutte des travailleurs contre l'impôt

Message par Plestin » 13 Déc 2017, 06:53

Plus largement, les luttes ouvrières de cette année, ainsi que le rôle des camarades de l'OTR, et les manoeuvres de certains "syndicalistes" qui ont été déjouées, sont décrits dans l'intervention faite au congrès de LO :

Quelques mois après l’installation du gouvernement le 7 février, une importante mobilisation ouvrière qui a duré environ trois mois – de mai à juillet 2017 – allait en finir avec le peu d’illusions qu’on avait sur lui dans la classe ouvrière. Prisonnier des patrons, Jovenel Moïse, petit patron lui-même, n’avait pas voulu ajouter un centime au salaire minimum, jusqu’à l’intensification des manifestations ouvrières qui l’ont contraint à le faire.

On chiffrait entre 15 000 et 20 000 les travailleurs qui défilaient à chaque manifestation vers le Palais national, le Parlement ou en direction du ministère du Travail pour exiger la revalorisation du salaire minimum.

Ce mouvement social occupe l’actualité pendant tout un trimestre. La presse bourgeoise était obligée d’en parler. Et certains journalistes ont pris fait et cause pour les ouvriers en condamnant publiquement la répression policière contre les manifestants qui travaillent beaucoup et gagnent très peu.

Dès le début de l’année 2017, en février, l’OTR a lancé une campagne sur la zone et dans la presse pour l’augmentation du salaire minimum et l’amélioration des conditions de travail. Cette agitation devait culminer au 1er mai avec une manifestation pour commémorer cette date. La manifestation a eu lieu avec quelque 300 participants et a été relayée par la presse et surtout sur la zone industrielle, où cela alimentait les conversations quotidiennes. Sitôt informés des échos positifs de la manifestation, nous avons prolongé l’agitation via des tracts. Accueil chaleureux par les travailleurs. L’idée de continuer la mobilisation prenait corps progressivement dans la classe ouvrière, ce qui a poussé des syndicats du textile à lancer un appel à la manifestation, toujours pour la revalorisation du salaire minimum. Les ouvriers s’apprêtaient à répondre massivement à l’appel, quand ces mêmes syndicalistes ont décidé d’annuler leur mot d’ordre et de différer la manifestation à une date ultérieure, arguant qu’ils étaient en négociation avec le gouvernement. Les ouvriers étaient déçus et en colère, traitant les syndicalistes de petits magouilleurs, de sous-fifres des patrons.

Certains de nos camarades d’entreprises nous ont conseillé de ne pas mettre les pieds ce jour-là sur la zone, craignant qu’on ne soit pris à partie par les ouvriers en colère contre les syndicalistes, avec lesquels la majorité nous confond. On a choisi de s’y rendre quand même avec des tracts appelant les ouvriers à ne compter que sur eux-mêmes, à manifester avec ou sans les syndicalistes. Le début des échanges n’a pas été facile mais, au final, ils ont applaudi les camarades et les tracts sont partis comme des petits pains. C’était pour nous une petite victoire de nos idées et de notre tactique.

Les syndicalistes se sont vite ravisés en lançant sans tarder un autre appel pour la semaine suivante. Plusieurs milliers de travailleurs se sont présentés sur les lieux de travail avant de descendre dans les rues pour exiger l’augmentation du salaire minimum. À chaque appel, cela a été ainsi, pendant environ un trimestre, ponctué de manifestations et de grèves. Pas besoin de dire que les patrons étaient furieux mais ils jouaient sur deux tableaux. Dans la presse, ils montaient au créneau pour vanter la gentillesse de leurs ouvriers respectueux et laborieux en tirant à boulets rouges sur des syndicalistes violents, radicaux et d’autres fauteurs de trouble venant semer la pagaille au sein de leurs entreprises. Tandis que dans les entreprises, ils réa­gis­saient violemment, en appelant la police pour tabasser les ouvriers à l’intérieur même de certaines usines, en révoquant ceux pointés du doigt comme des leaders. Il y a eu donc une vague de révocations mais la majorité des ouvriers licenciés se sont fait embaucher dans d’autres usines parce que les patrons ont aussi besoin de main-d’œuvre expérimentée pour exécuter leurs commandes dans le meilleur délai.

Les représailles des patrons ont certes provoqué une certaine démoralisation chez des travailleurs mais la majorité ont gardé cet état d’esprit combatif pendant toute l’année en débrayant de temps à autre pour protester contre tel abus ou telle injustice. Récemment, des travailleurs d’une entreprise ont observé une semaine de grève pour exiger le retrait d’une taxe prélevée sur leur salaire. Plus d’une douzaine d’autres ont enchaîné et ont obtenu également gain de cause. Cela a été une réaction presque simultanée de milliers de travailleurs d’usines différentes qui se sont soulevés comme un seul homme pour protester contre la perception de cette taxe par la direction des entreprises. Les travailleurs acquièrent progressivement de la conscience. Ils relèvent la tête et ont compris que c’est par la lutte qu’ils arracheront la satisfaction à leurs revendications. C’est un pas qualitatif qui n’est pas passé inaperçu. […]
Plestin
 
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