Algérie, le "hirak" continue

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Algérie, le "hirak" continue

Message par Plestin » 02 Mars 2019, 18:32

Vidéo du "Monde Afrique", article du 1er mars 2019 : "Algérie : la contestation anti-Bouteflika s'amplifie".

https://www.lemonde.fr/afrique/video/20 ... _3212.html

Voir aussi l'article dans LO de cette semaine (Algérie : une candidature qui déclenche la colère) :

https://journal.lutte-ouvriere.org/2019 ... 17479.html


Et cette brève LO d'hier :

Nouvelles manifestations d'Algériens, inquiétude des autorités françaises
Brève
01/03/2019

Ce vendredi encore, des rassemblements sont prévus dans les villes algériennes et aussi à Paris, Lyon ou Marseille, deux jours avant la clôture officielle du dépôt des candidatures à la présidentielle du pays. L’accaparement des richesses du pays par des profiteurs qui utilisent la candidature de "la momie" Bouteflika comme couverture de leurs trafics est rejeté par des manifestants de plus en plus nombreux, particulièrement des jeunes, qui eux n'ont droit qu'au chômage, à la précarité et aux salaires de misère.

Des "hautes autorités" de l’État français se déclarent "terrifiées par la perspective d'une grave déstabilisation de notre ancienne colonie" d'après les confidences d'un haut fonctionnaire à l’hebdomadaire L'Obs. Une crainte qui serait bien plus grande encore si la classe ouvrière algérienne se mobilisait et prenait conscience de sa force et de son rôle.
Plestin
 
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par Plestin » 02 Mars 2019, 18:46

Interview de Benjamin Stora il y a quelques jours sur Europe 1 :

https://www.youtube.com/watch?v=xsWrq3nvWBg
Plestin
 
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par Plestin » 04 Mars 2019, 15:49

Bouteflika (ou son entourage) a maintenu sa candidature tout en promettant que son prochain mandat serait écourté (il ne dit pas de combien de mois), puisqu'il y aurait des élections présidentielles anticipées qu'il contribuerait à organiser mais auxquelles il ne participerait pas en tant que candidat.

Bref, cela sent la volonté de préparer une transition "en douceur" pour que les mêmes continuent de régner avec ou sans Bouteflika.

En attendant, les manifestations continuent. Il doit y avoir de nouvelles manifestations aujourd'hui, entre autres à Constantine.

Il manque cruellement d'un parti communiste révolutionnaire organisant les travailleurs.

Par contre, la petite bourgeoisie s'organise, avec par exemple la création depuis le 29 janvier (avant le mouvement) d'un "collectif des jeunes engagés pour l'Algérie", qui réclame que Bouteflika ne soit pas candidat et qu'il y ait une assemblée constituante dans le cadre d'une union nationale de tous les partis pour définir une nouvelle constitution pour l'Algérie, et blabla, blabla...

Voici leur dernier texte daté de dimanche 3 mars :

"Exigeons l’annulation des élections présidentielles et la mise en place d’un nouveau processus constituant"

Depuis le 22 février 2019, le peuple algérien s’est massivement soulevé pour recouvrir sa dignité. À cette occasion, des millions de citoyens, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, de toutes les classes sociales et de toutes les régions ont investi la rue pour exiger une rupture radicale avec le système. Le message est sans appel: « DÉGAGEZ ! » et respectez la souveraineté du peuple.

En dépit de ces mobilisations, le Président sortant Abdelaziz Bouteflika, à la tête du pays depuis 20 ans, a annoncé par un texte officiel le maintien de sa candidature aux élections présidentielles. Le message qu’il a adressé aux Algérien(ne)s va à l’encontre de la volonté du peuple et représente une énième insulte à son intelligence.

Le régime s’entête ainsi à maintenir la candidature d’un homme malade, fatigué et incapable de parler aux citoyens depuis 2014. Celle-ci est un énième artifice du régime pour gagner du temps et maintenir un système à bout de souffle.

Un tel scénario ne peut être une piste de sortie de crise puisque les conditions de réalisation d’une élection libre et indépendante ne sont pas réunies, et que la volonté populaire a rejeté la légitimité du régime dans sa totalité.

Par conséquent, nous, membres du Collectif des jeunes engagés, exigeons l’annulation immédiate des élections présidentielles et la démission du président de la république et son gouvernement.

À toutes les citoyennes et à tous les citoyens algériens,

Pour concrétiser les idéaux exprimés par le peuple algérien, une assemblée constituante semble être le moyen politique le plus sûr de la rupture avec le système et de la réalisation d’une démocratie authentiquement populaire. L’assemblée constituante permettrait de rédiger une nouvelle constitution qui incarne la volonté populaire, en plus de refonder les prérogatives de l’État sur une base légitime.

Pour trouver une solution politique et pacifique, nous, membres du Collectif des jeunes engagés appelons à la mise en place d’un nouveau Contrat national entre toutes les forces politiques et citoyennes. Celui-ci serait une plateforme de concertation politique ayant comme objectifs:

Rassembler toutes les forces politiques et citoyennes pour définir les contours du projet de l’assemblée constituante.

Composer un gouvernement d’union nationale pour diriger le pays durant une période transitoire.

Désigner une personnalité respectée et consensuelle, capable de mener un gouvernement de transition et veiller à la concrétisation de l’État de droit et de la démocratie.

S’assurer que le processus constituant aboutisse à une nouvelle constitution conforme à la volonté du peuple algérien.

À ceux qui gouvernent l’Algérie,

Démissionnez de vos fonctions officielles au plus vite. Épargnez le pays d’une crise politique évitable en écoutant la voix des millions d’Algérien(ne)s.


Tahya al-Jazair

Le Collectif des Jeunes Engagés pour l’Algérie
Dimanche 3 mars 2019



Qui sont les fondateurs de ce collectif ? Voici la liste des signataires au moment de sa création :

Signataires :
– Lynda Abbou, journaliste
– Yanis Adjlia, activiste
– Fouzi Beggah, docteur en pharmacie
– Okba Bellabas, avocat
– Zakaria Benlahrech, avocat
– Kahina Bouchefa, psychologue et professionnelle en enseignement supérieur
– Yasmine Bouchene, journaliste
– Adel Boucherguine, journaliste
– Mohamed Nadjib Boukersi, docteur en pharmacie
– Lamia Saad Bouzid, activiste politique
– Mehdi Brahimi, data scientist, docteur en ingénierie
– Amina Afaf Chaieb, cheffe d’entreprise et activiste politique
– Mehdi Cherifi, citoyen algérien
– Islam Amine Derradji, politiste et chercheur-universitaire
– Tin Hinan El Kadi, chercheuse en sciences sociales
– Raouf Farrah, analyste politique et chercheur-universitaire
– Mehdi Hachid, artiste visuel et ingénieur en communication
– Mohand Hadadou, animateur associatif et militant politique
– Abdel Moumene Khelil, défenseur des droits de l’Homme
– Amine Labter, journaliste
– Slimane Mouh, défenseur des droits de l’Homme
– Aissa Rahmoune, avocat et défenseur des droits de l’Homme
– Abderrahmane Salah, avocat
– Madjid Serrah, blogueur et militant associatif
– Yasmine Tafat, Chef de Projet Clinique International



Plusieurs de ces personnes sont engagées d'une façon ou d'une autre dans les mouvements berbères, à travers la défense des consommateurs, la promotion des entreprises, les associations caritatives etc.
Plestin
 
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Avec les travailleurs d'Algérie !

Message par Gayraud de Mazars » 04 Mars 2019, 16:28

Salut camarades !

Je publie car c'est très juste à mon sens ! En Algérie aussi, la jeunesse est la flamme de la Révolution, et le prolétariat son foyer...

Venu d'un camarade sur facebook en commentaire là aussi très juste...

"Les intérêts des exploités ne peuvent être défendus que par les travailleurs eux-mêmes. C’est vrai là-bas comme ici. Cette contestation peut et doit être le premier pas pour cette prise de conscience. Oui, les travailleurs peuvent collectivement changer leurs conditions de vie et de travail et offrir à la société un autre avenir."

Avec les travailleurs d'Algérie !
Editorial Lutte Ouvrière, le lundi 04/03/2019

https://www.lutte-ouvriere.org/editoria ... jFRVcBfvKU

Malgré la contestation qui s’est transformée, vendredi 1er mars, en marée humaine dans toutes les villes d’Algérie, le régime persiste et signe : bien que grabataire et incapable de gouverner depuis des années, Bouteflika brigue un 5ème mandat.

La clique au pouvoir n’a manifestement pas pu s’entendre sur un successeur et elle s’est, de nouveau, repliée sur Bouteflika, son plus petit dénominateur commun. En guise de concession, celui-ci s’est engagé à raccourcir ce mandat en organisant une élection présidentielle anticipée. C’est se moquer du monde !

Une telle mascarade ne peut qu’attiser la colère et accentuer le sentiment d’humiliation qui a poussé le peuple algérien dans la rue. Et le fait est que, depuis l’annonce du dépôt officiel de la candidature de Bouteflika, les manifestations spontanées se multiplient.

Le combat engagé par le peuple algérien est difficile, mais il en a mené d’autres, à commencer par la lutte contre la colonisation française et pour l’indépendance. Et on ne peut que saluer le courage dont ont déjà fait preuve les centaines de milliers de femmes et d’hommes qui ont osé descendre dans la rue. Ils l’ont fait malgré les interdictions de manifester et le chantage du régime à la guerre civile.

Oui, le peuple algérien, avec sa jeunesse aux avant-postes, ne supporte plus le mépris de ce régime mafieux qui prend l’État pour son tiroir-caisse. Fort de ces premiers pas, il continuera de se battre d’une façon ou d’une autre.

Mais pour que le sort des classes populaires et de la jeunesse algérienne change réellement, il faut qu’elles fassent entendre leurs intérêts et leurs droits spécifiques de travailleurs.

Le gros des manifestants est constitué par la jeunesse qui, tout en étant éduquée et diplômée, se sait condamnée au chômage et à la misère si rien ne change. Il est constitué de travailleurs, de femmes au foyer, de chômeurs qui paient la crise au prix fort. Avec l’inflation et la dévaluation du dinar, tous sont confrontés à l’effondrement de leur pouvoir d’achat. Le salaire minimum équivalent à 130 euros mensuels ne permet pas de vivre et s’ajoute aux difficultés de la vie quotidienne.

Au-delà des mots d’ordre de liberté et de démocratie, de plus en plus de gens se demandent ouvertement où va l’argent du pétrole et pourquoi autant de misère et de chômage. Répondre à ces questions et se battre pour que chacun ait un emploi et un salaire décent qui suive l’inflation est indispensable. Sans cela, la démocratie et la liberté resteront des mots creux pour la grande majorité des classes populaires.

Bien des catégories sociales se mêlent dans cette contestation, et des intérêts différents, voire opposés, s’y expriment. Avocats, journalistes, étudiants, militants islamistes et même affairistes militant pour leur business, chacun défendra ses intérêts. Et il y a le petit jeu des politiciens. On voit comment certains opposants hostiles dans un premier temps aux manifestations, s’en revendiquent désormais pour se hisser au pouvoir.

Les intérêts des exploités ne peuvent être défendus que par les travailleurs eux-mêmes. C’est vrai là-bas comme ici. Cette contestation peut et doit être le premier pas pour cette prise de conscience. Oui, les travailleurs peuvent collectivement changer leurs conditions de vie et de travail et offrir à la société un autre avenir.

Ceux qui se révoltent en Algérie sont nos frères et nos sœurs. Nous sommes liés à eux par des liens familiaux et amicaux parce qu’une partie de la classe ouvrière de France est composée de travailleurs originaires du Maghreb. L’Algérie, si longtemps colonisée par la France impérialiste, comme la Tunisie et le Maroc, continue d’ailleurs toujours de faire les beaux jours du grand patronat d’ici. C’est la raison pour laquelle le régime autoritaire algérien convient parfaitement au gouvernement français.

Ce sont aussi nos frères et nos sœurs car ils appartiennent au monde du travail. Si des raisons politiques propres à l’Algérie les ont poussés à agir, le combat qu’ils ont à mener pour garantir leurs conditions d’existence est celui que doivent mener les travailleurs de tous les pays.

En Algérie, la domination d’une coterie de généraux et de bourgeois passe par le contrôle de l’État qui lui permet d’accaparer la rente pétrolière. En France, la grande bourgeoisie, les Arnault, Peugeot, Dassault et cie s’enrichissent en dominant les grands groupes industriels et financiers. Mais les uns comme les autres prospèrent sur l'exploitation des travailleurs des deux côtés de la Méditerranée.

Alors, puisse la lutte du peuple algérien être porteuse de perspectives pour les travailleurs !
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par artza » 05 Mars 2019, 11:25

Manifestation de travailleurs devant le siège de la centrale UGTA à Alger pour dénoncer Sidi Saïd secrétaire général inamovible soumis aux oligarques et au gouvernement.
La police leur en a interdit l'accès. (le quotidien El Watan).
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par com_71 » 05 Mars 2019, 12:16

Que dit le PST (lié au NPA) :
Secrétariat National du PST a écrit :Algérie : Non à la présidentielle, non à la continuité du système ! Pour l’élection d’une assemblée constituante !
Les gigantesques mobilisations populaires de ces dix jours qui ont ébranlé le pouvoir autoritaire de Bouteflika, n’ont pas suffit à le faire renoncer à un 5éme mandat.

Sa réponse tant attendue ce dimanche 03 mars, s’est avérée être une farce de mauvais goût. Non seulement Bouteflika brigue un nouveau mandat, mais en plus il décide d’imposer une nouvelle constitution et des réformes économiques, forcément ultra libérales tel que réclamé par le FMI et la Banque Mondiale. A l’évidence, il s’agit de lifter une façade « démocratique » complètement lézardée et discréditée, de gagner du temps pour réorganiser le régime totalement décrié par la révolte en cours et assurer une sorte de « transition contrôlée ».

En réalité, à travers la pirouette de la conférence nationale, qui ne sera ni élue ni légitime, il propose un semblant de concession, non pas au peuple qui réclame la chute de ce système autoritaire et antisocial, mais à l’autre faction, oligarchique et libérale, qui n’a pas cessé de revendiquer le partage du pouvoir et qui semble parrainer l’ex général candidat à cette présidentielle, Ali Laghdiri.
Le PST appelle à rejeter catégoriquement cette élection présidentielle qui sert la continuité du système. Ce n’est ni à Bouteflika et sa faction, ni aux patrons oligarques multimilliardaires, qui ne réclament que leur réintégration au sein du pouvoir politique, ni aux puissances étrangères impérialistes et leurs multinationales, de décider de notre constitution, de nos libertés, de nos choix économiques et de notre projet de société ! C’est aux millions de travailleurs, de chômeurs, de femmes, de jeunes, d’étudiants, de paysans pauvres et de tous les démunis, qui viennent de donner une leçon de lutte et courage, de décider de leur avenir ! Oui, c’est au peuple de décider souverainement car il est la seule source de légitimité !

C’est pourquoi il est impératif de maintenir notre mobilisation, d’engager la mise en place de l’auto organisation démocratique des masses dans les quartiers populaires, les lieux de travail, les universités, et partout ou c’est possible, qui engageront le débat sur les modalités d’élection de l’assemblée constituante souveraine, représentative des aspirations de liberté et de justice sociale de la majorité de notre peuple. En parallèle, le recours à une grève générale pour imposer ces changements auxquels on aspire reste une option envisageable à ne pas exclure.

Notre pays est à un tournant historique. Le PST réitère son appel insistant à l’unité et à la convergence de toutes les forces et les énergies politiques et sociales pour élargir la brèche de cette possible ouverture démocratique, pour stopper les politiques libérales ainsi que le suicide économique et le désastre social qu’elles engendrent et, par ailleurs, pour faire face à toutes les menaces et les pressions des puissances impérialistes dans le but d’assurer la sauvegarde de notre souveraineté et de notre indépendance nationale.

- Non au 5 éme mandat, non à la continuité du système et ses institutions illégitimes !
- Non à l’élection présidentielle du 18 avril, pour l’élection d’une Assemblée Constituante Souveraine représentative de nos aspirations démocratiques et sociales !
- Pour le maintien de la mobilisation et des manifestations populaires !
- Pour la défense de notre souveraineté et notre indépendance nationale !

Alger, le 3 Mars 2019


et d'un militant du PST :
Éléments de réflexion sur la déferlante populaire en Algérie
Nadir Djermoune est militant du PST en Algérie.

1- La déferlante populaire que l’Algérie a vécue ce vendredi début du mois de mars a indéniablement changé la situation politique du pays, du moins au niveau des consciences. Les rapports de force sur le terrain n’ont pas encore bougé. La revendication principale qui a déclenché ce raz de marrée humain est le refus de la candidature du président sortant Bouteflika pour un cinquième mandat, à cause de sa maladie et de son infirmité. Ce refus est d’abord une attitude morale contre l’immortalité du régime qui se « cache » derrière un vieillard malade. C’est un rejet, sur le même terrain de l’éthique, de ce régime « voleur et corrompu » en revendiquant son départ immédiat. Mais l’ampleur nationale de ce mouvement place déjà la révolte au delà de cette revendication immédiate qui est le refus du « 5° mandat » pour s’inscrire dans une revendication politique et sociale profonde et globale. Pour saisir la portée de cette dimension il faut essayer de comprendre sa nature, sa composante et son histoire.

2- Ce mouvement n’est pas spontanément « descendu du ciel ». Les barricades, les protestations sociales, culturelles et politiques n’ont jamais cessé sous le règne de Bouteflika. l’annonce de la candidature du président malade a mis en branle la protestation qui est monté crescendo à l’approche de la date fatidique du 03 mars qui est celle de la clôture des candidatures. De ce fait, l’issue et l’orientation que prendra ce mouvement dans un avenir proche dépends en première instance de l’issue de ces élections. Son devenir dépends en dernière instance de son niveau d’organisation, de la nature de la direction qui sortira de ce mouvement et du poids des forces sociales et politiques qui sera le fruit d’une lutte acharné qui a déjà commencé « discrètement » par une lutte de mots d’ordre et de revendications immédiates.

3- Au niveau organisationnel, le mouvement a pris la forme des « gilets jaunes ». Suite à des appels anonymes sur les réseaux sociaux, la manifestation a commencé les 22 février, pour continuer au cours de la semaine chez les étudiants (es) et rependre ce vendredi 1 mars. Le mouvement n’a donc pas de direction. Il refuse toute ingérence politique. Mais il est superbement organisé et discipliné. Sociologiquement, c’est un mouvement populaire dans le sens où il est composé de toute catégorie sociale et catégorie d’âge. Toutefois il est à noté la forte présence de jeunes qu’on pourra désigner par le terme « de jeunes de quartiers populaire », essentiellement lycéens et étudiants. Ils rythment les marches par leurs chants, logique stade de football. Il y a aussi la présence de ce qu’on pourrait appeler « les couches moyennes ». C’est dans cette catégorie qu’on trouvera la forte présence féminine. La présence des travailleurs est évidement très forte, mais pas comme « catégorie à part », mais « catégorie sociologique »et non comme « catégorie sociale » ou professionnelle. Les mots d’ordre socio-économiques sont pour l’instant absents. C’est ce qui explique l’absence d’échos à la l’appel à la grève générale pour aujourd’hui 03 mars. Mais dans ce melting-pot sociologique il y a fusion et harmonie des marcheurs. Tous contre le gouvernement immoral, voleur et corrompu.

4- Au niveau politique, la crise peut être définie comme une crise politique du régime. Le régime est une coalition de quatre parti (FLN, RND, TAJ (Fraction issue des frères musulman) et MPA, (une fraction issue du RCD « démocrate-kabyle »). Tous libéraux. Cette coalition est bien sur soudée par l’institution militaire, la police, l’UGTA et l’organisation patronale FCE. Cette crise était latente depuis un certain temps. Elle s’est exprimée par des règlements de compte dans les institutions (coup de force contre le président de la APN (parlement), dossier de drogue, des règlements de compte dans l’institution militaires, dans la police….). L’opposition à cette coalition vient de l’autre fraction des libéraux, voire ultralibéraux. Celle-ci n’a pas d’expression politique visible. Elle s’exprime économiquement par le nouveau « oligarque » Rabrab, par les médias, par quelque parti faibles et un récent candidat à la présidentielle, Ghediri, générale de l’armée en retraite. L’issue de cette contradiction prend la forme d’une réforme constitutionnelle post-Bouteflika. La coalition au pouvoir a avancé la tenue d’une « conférence inclusive » après les élections du 18 avril. Avec la réélection de Bouteflika, elle assure la direction de cette « réforme ». Voyant le piège, l’opposition « libérale », désunie, réclame des élections sans Bouteflika. Ce qui permettra, de ce point de vue, d’affaiblir la coalition présidentielle en crise latente. Voila ou réside l’enjeu du « 5 mandat ». mais, cette crise est passée de son état latent à un état patent avec l’intervention des masses populaires comme troisième acteur dans cette équation à l’approche des élections.

5- Tout se joue donc au niveau de ces revendications immédiates qui sont liées à l’issue des élections présidentielles. Il ne s’agit pas de situer le débat au niveau des revendications dites « minimum » par opposition aux revendications « maximums ». Ce serait tomber dans le piège d’une nécessaire rupture révolutionnaire en partant d’une critique utopique. Il s’agit de partir d’une critiqué du réel et penser en terme de transition vers quelque chose qui ne sera que le fruit des luttes avec sa part de hasard et d’imprévu. Sur ce plan, l’enjeu reste le devenir des élections présidentielles du 18 avril qui concentre toutes les critiques. Trois hypothèses s’offrent à nous :

1- La coalition présidentielle choisie l’affrontement et maintient Bouteflika comme son candidat. Ce qui voudra dire la non tenue des élections, car elles ne pourront pas se tenir vu le nouveau rapport de force imposé par la rue. L’issue ce serait dans ce cas l’intervention de l’institution militaire pour un état d’exception, le temps d’organiser « la transition » en qualité d’arbitre. Ce qui peut facilement être acceptée par tout le monde, y compris les masses vue le niveau de conscience actuel et le niveau d’organisation.

2- La démission (ou le retrait) de Bouteflika avant les élections (Bouteflika est encore à Genève, et il n’a pas encore déposé son dossier de candidature à l’heure où je vous écris) en qualité de président en exercice. Ce qui créerai un « vide juridique », et annule de fait les élections. Elles seront donc reportées sans intervention de l’armée. C’est en quelque sorte le scénario Chadli Benjedid en 91, avec moins de pression.

3- d‘autres scénarios intermédiaires qui vont dans le sens de négocier la transition en allant vers une conférence nationale de reforme de la constitution avant les élections se construisent.

Mais le temps presse. Les masses dans la rue font pression. L’histoire s’accélère dans ces conditions. C’est donc pour l’instant une guerre de mot d’ordre : « Contre le cinquième mandat » qui a comme fonction affaiblir la coalition présidentielle, à défaut de l’éliminer. Deuxième mot d’ordre « la réforme de la constitution » après ou avant les élections. Il a comme fonction d’organiser une transition douce sous la direction du pouvoir actuel. Un troisième mot d’ordre : « la constituante ». Ce dernier a comme fonction de maintenir la brèche ouverte et empêcher un consensus total entre libéraux sans voix discordante.

6- A un autre niveau d’analyse, parmi les candidats en lice, un personnage sort du lot : Ali Ghediri., ancien militaire en retraite comme un plan B ? Il est venu un peu tard. Mais on sentait une construction derrière. Qui est Ghediri? il représenterait une fraction des militaires qui veulent en découdre. Un peu à la "Portugaise", toute proportion gardée. C'est donc une fraction de ce pouvoir qui serait derrière ces événements. Une sorte de révolte du sérail, mais un sérail plus large que la famille de Ben Ali en Tunisie ou encore De Assad en Syrie. C'est un sérail bureaucratique qui s'est embourgeoisé et qui a une grande clientèle. Une bureaucratie plus ancrée dans la population que la bureaucratie égyptienne. Une bureaucratie moins élitiste que la famille royale marocaine. C'est donc difficile de tout manipuler et de tout contrôler. Quoiqu’il en soit, la brèche est ouverte dans le système du pouvoir. Une brèche qui sera au service du plus tacticien entre la coalition au pouvoir et l'opposition libérale. Suivons donc l'itinéraire de ce Ghediri. Pour l'instant le pouvoir ne joue pas l'affrontement. Il peut facilement faire sortir sa clientèle qui est réelle. Il ne l’a pas fait ? Mais ça sonne les tractations. Mais le mouvement s'est élargit. Il a dépassé les "initiateurs", si initiateur il y a. De toute façons, quelques soit les tractations de coulisses, il y a surenchère sous la pression des manifestants. Ça va se jouer entre "les réformes" et qui va organiser ces réformes d'un coté et l'assemblé constituante d'un autre coté, avec toujours la question de savoir qui va l'organiser ?

7- Au niveau régional et géopolitique, comment inscrire cette révolte comme un moment du cycle ouvert par la Tunisie et la « révolution arabe » ? ou doit-on l’inscrire dans une crise plus large du capitalisme ? il serait peut-être plus indiqué de commencer de lire ces événements à partir de son historicité algérienne qui est pleine de rebondissement, avec une onde de choc aux territoires voisins, la Tunisie qui n’a pas encore fermé sa brèche et le Maroc qui a ouvert une brèche au Rif. D’un autre coté, les tractations en cours ne se limitent surement pas aux coulisses du pouvoir algérien. Elles sont surement à Genève, un pays parait-il neutre !!!!! il y a ici des pistes ouvertes pour des lectures plus profondes. Il y a bien sûr la piste sociale et économique qui est structurante qu’il faudra travailler.

Espérons qu’on ne rentrera pas dans un autre gouffre. Il y a chez les algériens et algériennes d’aujourd’hui, une sorte de dignité retrouvée, une joie de se retrouver et de penser l’avenir sans défaitisme, préparer les luttes futures en commençant par le 08 mars prochain. Hasard du calendrier.

Nadir Djermoune, le 03 mars 2019


"...la piste sociale et économique qui est structurante qu’il faudra travailler..."
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par Byrrh » 05 Mars 2019, 14:41

com_71 a écrit :"...la piste sociale et économique qui est structurante qu’il faudra travailler..."

Ça sent l'étudiant à plein nez 8-)
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par artza » 06 Mars 2019, 07:28

Un morceau de l'ancien PCA (stalinien) le parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) a fait une déclaration datée du 27 février qui circule discrètement parmi des vieux dans au moins un arrondissement parisien où l'émigration algérienne est ancienne.

C'est une déclaration qui ne dit rien sur les événements et leur déroulement et reste générale.
Elle rappelle l'opposition des "travailleurs à la bourgeoisie et à l'impérialisme", elle affirme "les communistes (sic) appellent les travailleurs, les jeunes , les fellahs pauvres à lutter pour un gouvernement populaire démocratique et à former un parti révolutionnaire (?)" en conclusion "il faut renverser le pouvoir bourgeois et mettre à sa place un régime socialiste dirigé par les travailleurs et les paysans pauvres".

Voilà de mémoire. Le vieux gardait ce tract auquel il tenait plus qu'à sa carte de dix ans.
Pas eu le temps de chercher ailleurs.

Que représente le PADS, qui connait en Algérie son existence? Aucune idée.
Enfin des gens qui se présentent explicitement comme "communistes" fidèles à la révolution russe, en appellent aux travailleurs contre la bourgeoisie et affirment la nécessité du socialisme c'est pas si courant aujourd'hui.
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par Gayraud de Mazars » 08 Mars 2019, 18:14

Salut camarades,

Algérie : quelles forces d’opposition face à Bouteflika ?

https://www.lemonde.fr/afrique/article/ ... zQBK3-xtr8

A quelques semaines de l’élection présidentielle du 18 avril, tour d’horizon des oppositions au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika dans un pays où la contestation prend de l’ampleur.

Par Amir Akef Publié le 02 mars 2019

L’arrêt brutal des élections législatives en janvier 1992 a mis un terme au processus démocratique qu’avait connu l’Algérie après les manifestations d’octobre 1988. L’éclosion d’une vie partisane, avec l’apparition de nouveaux partis et la sortie de la clandestinité d’anciennes formations, en a durement souffert. La guerre civile des années 1990 qui a suivi, puis le verrouillage de la vie politique ont suscité un profond désintérêt pour la politique.

Aujourd’hui, les partis d’opposition sont soit marginalisés, soit contraints de participer à un jeu électoral peu suivi par les Algériens. Couvrant un spectre politico-idéologique assez large, ces formations peuvent, par moments, se retrouver du côté du pouvoir.

Le Front des forces socialistes (FFS - gauche démocratique)

Créé en 1963 par Hocine Ait Ahmed, un des leaders historiques de la révolution, opposé à la mise en place d’un régime de parti unique à l’indépendance. Légalisé après octobre 1988, le FFS s’oppose à l’arrêt du processus électoral en janvier 1992 et prône l’élection d’une assemblée constituante. Il a boycotté à plusieurs reprises les élections parlementaires avant d’y participer. Le parti connaît actuellement une grave crise avec l’exclusion de nombreux cadres dont la journaliste Salima Ghezali (prix Sakharov) à qui la direction a reproché une vigoureuse interpellation publique du chef de l’armée, le général Ahmed Gaid Salah.

Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD - démocrate laïcisant)

Créé après octobre 1988 par d’anciens militants du Mouvement culturel berbère (MCB), il a soutenu l’arrêt du processus électoral en janvier 1992 et apporté son appui à l’armée. Le RCD a eu un début de compagnonnage avec Abdelaziz Bouteflika à son arrivée au pouvoir en 1999 et plusieurs de ses cadres sont devenus ministres, comme Amara Benyounès ou Khalida Toumi. Il est dirigé depuis 2012 par Mohcine Belabbas qui a remplacé Said Sadi. Le RCD est présent au Parlement.

Le Parti des travailleurs (PT - extrême gauche)

Fondé en 1990 par d’anciens militants du groupe clandestin l’Organisation socialiste des travailleurs (OST). Dirigé par Louisa Hanoune, le parti, représenté au Parlement, s’est opposé à l’arrêt des élections législatives en 1992. Tout en restant dans l’opposition, le PT a apporté un « soutien critique » au président Bouteflika au nom d’une vision nationaliste et « anti-impérialiste ». Louisa Hanoune qui a défendu le droit de M. Bouteflika d’être candidat en 2014 est contre un cinquième mandat. Elle a apporté son soutien aux manifestations.

Samedi 2 mars, face à l’ampleur de la mobilisation citoyenne, le PT a annoncé qu’il ne présenterait pas de candidat à la présidentielle.

Jil Jadid - (Générations nouvelles, social-démocrate)

Parti créé en 2011 par Soufiane Djilali. Il s’est opposé au quatrième mandat de M.Bouteflika en 2014 et a joué un rôle important dans la tenue d’une conférence nationale de l’opposition à Mazafran (ouest d’Alger) qui a donné naissance à une Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD). Jil Jadid est très actif dans le mouvement Mouwatana qui regroupe des organisations politiques et des membres de la société civile opposés au cinquième mandat.

Le Mouvement de la société pour la paix (MSP - islamiste tendance Frères musulmans)

Créé en 1990, le MSP (qui s’appelait alors le Hamas) ne s’est pas opposé à l’arrêt du processus électoral en janvier 1992, ce qui lui a valu de fortes inimitiés au sein de l’électorat de l’ex-Front islamique du Salut (FIS). Le MSP a participé au gouvernement dans le cadre d’une alliance présidentielle de soutien à M.Bouteflika. En 2013, Abderrezak Makri remplace Aboudjerra Soltani à la tête du parti et se place dans l’opposition. M. Makri est candidat à la présidentielle d’avril 2019 et a appelé M. Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat. Deux autres petits partis islamistes sont également présents : le Mouvement pour la réforme nationale et le Mouvement de la Renaissance Islamique (Harakat El Nahda).

Le Front islamique du salut (FIS - dissous)

Que représente le Front islamique du salut (FIS), créé en 1989, qui avait remporté les premières élections législatives libres en décembre 1991 avant d’être dissous en mars 1992 par décision de justice ? C’est la question, sans réponse, qui fâche. Les anciens dirigeants du parti sont interdits d’activité politique. Cette interdiction touche de fait même les anciens militants qui n’ont fait l’objet d’aucune condamnation par la justice. Ali Benhadj, libéré après avoir purgé une longue peine de prison, est constamment surveillé par les policiers qui l’empêchent d’agir. Mais ses discours, diffusés sur Youtube, montrent qu’il conserve une certaine popularité.

Talaie Al Houriyate (Avant-gardes des libertés)

Le parti d’Ali Benflis a été créé en 2015. Ce dernier a été secrétaire général du FLN. Il a été directeur de campagne de Bouteflika en 1999 avant de devenir chef du gouvernement. Limogé en 2003, il entre alors en opposition au président Bouteflika et sera à deux reprises son adversaire à l’élection présidentielle en 2004 et 2014. Pour beaucoup, il a joué, malgré lui, le rôle de lièvre lors de ces deux scrutins. M. Benflis n’a pas encore tranché sur sa participation ou non à l’élection présidentielle du 18 avril.

Rachid Nekkaz

Né en 1972 à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, il s’est fait connaître grâce à une utilisation intensive des réseaux sociaux et à un discours contre la corruption qui lui valent une grande popularité. En 2014, il a renoncé à sa nationalité française pour être candidat mais n’a pu collecter le nombre nécessaire de signatures de parrainage (60 000). Il a lancé un Mouvement pour la jeunesse et le changement (MJC) qui n’est pas agréé. Certaines dispositions de la loi électorale (dont le fait d’avoir résidé de manière continue dans le pays durant les dix dernières années) l’éliminent de la course à la présidentielle. Mais Rachid Nekkaz a démontré que les réseaux sociaux qu’il utilise avec brio constituent aujourd’hui l’un des principaux vecteurs de la contestation du régime.


on pourrait rajouter à cette liste :

- les héritiers du PAGS (Parti de l'Avant-Garde Socialiste) qui lui-même prolongeait le Parti Communiste Algérien. Légalisé en 1989 il éclata en 3 morceaux par la suite: Ettehadi (ensuite Mouvement Démocratique et Social), qui soutint l'interdiction du FIS, le Front de la Modernité et le Parti algérien pour la Démocratie et le Socialisme.

- le Parti Socialiste des travailleurs qui reprend les analyses de la IV°Internationale mais à qui la loi algérienne interdit l'affiliation, notamment implanté dans la willaya de Bejaia et qui a connu une scission et la constitution, en 2012, par son ancien secrétaire général, de l'Union des Travailleurs Socialistes.

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gayraud de Mazars
 
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Re: Algérie : la contestation s'amplifie

Message par Plestin » 10 Mars 2019, 11:35

Dans France Info Afrique du 9 mars 2019 :

Algérie : le camp Bouteflika se fissure après des manifestations massives

Vendredi, une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d'Alger et des grandes villes d'Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika de renoncer à briguer un cinquième mandat.

Mis à jour le 09/03/2019 | 15:16
publié le 09/03/2019 | 15:16

Le pouvoir algérien est-il sujet à des tiraillements internes ? La question se pose au lendemain des manifestations monstres qui ont secoué le pays, vendredi 8 mars. Une marée humaine a envahi pacifiquement les rues d'Alger et de plusieurs grandes villes d'Algérie en demandant, pour le troisième vendredi consécutif, au président Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, de renoncer à un cinquième mandat, après vingt ans de pouvoir. Petit à petit, le camp du chef de l'Etat algérien, hospitalisé à Genève depuis le 24 février pour des "examens médicaux", commence à se fissurer.

Les associations d'anciens combattants se désolidarisent du pouvoir

Les défections sont notables. Vétéran de la guerre d'Algérie, le président algérien a perdu cette semaine le soutien des trois principales associations d'anciens combattants de la guerre d'indépendance. Jeudi 7 mars, un communiqué non signé de l'Organisation nationale des Enfants de Chouhada (combattants de la guerre d'indépendance tués au combat), annonce ainsi le soutien de ses membres "au mouvement populaire contre le cinquième mandat", donc, en clair, aux manifestants.

Cette dissidence arrive au lendemain de la défection de la puissante Organisation nationale des Moudjahidines (ONM, qui regroupe les anciens combattants de la guerre d'indépendance), autre traditionnel soutien d'Abdelaziz Bouteflika. L'ONM a apporté un appui inattendu à la contestation en dénonçant, dans un communiqué, des institutions qui ne sont "pas à la hauteur des aspirations du peuple".

Mercredi 6 mars, enfin, l'association des anciens du MALG (service de renseignement de l'Armée nationale de Libération durant la guerre d'indépendance) a également retiré son soutien à la candidature du président de la République algérienne. Dans un communiqué signé de son président, l'ex-ministre de l'intérieur Dahou Ould Kablia, le MALG se félicite de l'"élan irrésistible" et de la "volonté exprimée" par les manifestants et dénonce les "manœuvres" pour "perpétuer un système qui a atteint des limites et risque de mener le pays aux plus graves périls".

Le chef d'état-major de l'armée "abandonne son ton belliqueux"

Autre signe interprété plutôt positivement par la contestation, les déclarations du chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah. L'armée et les forces de sécurité, a-t-il déclaré mercredi 6 mars, sont "résolument engagées à garantir" la sécurité de l'élection présidentielle, afin de permettre aux Algériens de voter "dans un climat de sérénité, de quiétude et de stabilité". Celui qui est aussi vice-ministre de la Défense a souligné la "solidité" des "liens nobles et sincères" de l'armée avec le peuple. A aucun moment le général n'a évoqué la candidature du président, dont il est pourtant un fidèle.

Une partie de la presse algérienne s'est félicitée de ce discours, qui ne se réfère pas explicitement aux manifestations mais ne contient pas non plus de menace claire contre les manifestants. Le général Gaïd Salah "semble abandonner le ton belliqueux dont il usait jusque-là pour parler de la situation politique en Algérie", a noté le quotidien francophone El Watan. Son homologue Liberté évoque, lui, "un discours d'apaisement".

Des patrons semblent quitter le navire

Enfin, les milieux d'affaires eux-mêmes se divisent. "Les premières fissures, écrit Le Figaro, ont commencé à apparaître dans les milieux d'affaires, au Forum des chefs d'entreprise (FCE), ce puissant syndicat patronal dirigé par Ali Haddad", réputé proche du clan Bouteflika.

"Plusieurs démissions de figures importantes de l'organisation ont été suivies d'un communiqué signé par onze chefs d'entreprise (mais pas Ali Haddad) expliquant que le FCE originel ne peut rester sourd à l'expression populaire à laquelle il adhère complètement", poursuit le journal français.
Plestin
 
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