Myanmar : catastrophes mortelles dans les mines de jade

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Myanmar : catastrophes mortelles dans les mines de jade

Message par Plestin » 25 Avr 2019, 17:57

Au Myanmar (ex-Birmanie), l'exploitation du jade est un secteur économique très important (en 2014, une ONG avait évalué son chiffre d'affaires à 31 milliards de dollars, équivalant à la moitié du PIB du pays). Il est contrôlé notamment par les militaires et ses faramineux bénéfices ne profitent en rien à la population locale ni même au pays. Les accidents mortels sont fréquents, chaque année des dizaines de mineurs périssent du fait de glissements de terrain. Cette semaine encore, au moins 54 mineurs (une source dit même "près de 100") sont morts ensevelis par une coulée de boue.


Article de RFI Asie-Pacifique du 24 avril 2019 :

Les morts de mineurs birmans révèlent l’opacité du secteur du jade

Par Sarah Bakaloglou

Une cinquantaine de mineurs disparus, deux corps seulement retrouvés. C’est le bilan du glissement de terrain qui a eu lieu lundi soir dans des mines de jade du nord de la Birmanie. Un accident qui n’est pas rare dans ce secteur dont le fonctionnement reste opaque aujourd’hui.

Le pays est le premier producteur de jade au monde et ses mines attirent beaucoup de travailleurs. Pour ces mineurs, les mines de jade constituent souvent la seule opportunité d’emploi dans une région comme l’État Kachin, agitée par un conflit ethnique.

Selon l’organisation Global Witness, ces mines de jade couvrent un territoire qui représente plus de 24 000 terrains de football. Des mines dans lesquelles les conditions de sécurité et la protection de l’environnement ne sont pas du tout assurées. Les accidents comme celui de lundi soir sont donc fréquents, notamment à cause de la courte durée des permis d’exploitation accordés. Des permis à court terme qui incitent les entreprises à travailler le plus vite possible pour avoir le meilleur rendement sans prendre aucune précaution.

60% à 80% de ventes clandestines

Le secteur génère des milliards de dollars, mais ce n’est pas la population locale qui en profite. Ce sont plutôt les centaines d’entreprises birmanes qui opèrent dans la région et qui ont des liens, selon l’organisation Global Witness, avec les militaires, les groupes rebelles, les barons de la drogue du pays. Ces compagnies sont soit privées, soit en partenariat avec l’entreprise d’État Myanmar Gems Enterprise, un acteur clé qui délivre aussi des permis et influence la législation, bref qui est au cœur de conflit d’intérêts, selon la société civile.

Autre problème : ces pierres précieuses sont pour la grande majorité - entre 60% et 80% - vendues clandestinement, et exportées en Chine. Pour éviter de payer des taxes, certaines mines sont aussi illégales, elles n’ont pas de permis, ce qui représente un manque à gagner énorme pour l’État birman.

Une nouvelle loi qui fait débat

À leur arrivée au pouvoir, en 2016, Aung San Suu Kyi et son parti la Ligue nationale pour la démocratie, ont décidé de ne plus délivrer de permis d’exploitation le temps de légiférer sur la question. Le gouvernement précédent avait, lui, rejoint ce qu’on appelle l’Initiative pour la transparence pour les industries extractives. Deux rapports ont été rendus notamment sur les mines de jade du pays, rendant publics les noms de certains propriétaires.

Mais cela reste trop peu, selon les associations. En décembre dernier, une nouvelle loi a été adoptée mais elle est controversée, car silencieuse sur la question des conflits d’intérêts. Le texte ne prévoit pas non plus de prendre en compte les antécédents des entreprises en matière de respect de l’environnement ou de sécurité avant de leur accorder un permis.
Plestin
 
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