Peine de mort au Viet-Nam

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Peine de mort au Viet-Nam

Message par com_71 » 27 Avr 2019, 05:45

10 oct. 2013 Nhat Vo Tran a écrit :La peine de mort au Vietnam : histoire d’un gâchis et d’un scandale humain

A l’occasion de la Journée Mondiale contre la peine de mort, nous aimerions attirer l’attention sur le Vietnam qui constitue un cas d’école et qui vient de rater l’occasion de sérieusement réfléchir à abolir la peine de mort. La peine capitale au Vietnam constitue en effet un tragique triptyque : Le système judiciaire est inique, le couloir de la mort est un enfer à lui tout seul et les exécutions sont inhumaines.

Les procès au Vietnam ne sont pas équitables et bafouent trop souvent les normes internationales en la matière : les droits de la défense ne sont pas garantis dans les faits et il n’est pas rare que les avocats, inféodés à l’État-Parti, se font les auxiliaires des procureurs ; la culpabilité est souvent décidée à l’avance ; les juges manquent singulièrement d’humanité. Le risque est grand que des innocents soient condamnés à mort, ou au moins que la peine capitale soit infligée alors qu’elle ne le devrait pas. On pourra à cet égard évoquer une affaire qui avait fait quelque bruit lorsqu’un brillant étudiant d’une famille modeste, Phan Minh Man (20 ans), avait été condamné à mort en 2010 pour le meurtre de son père qui, alcoolique, battait régulièrement et très violemment sa femme et ses enfants. Son cas avait ému tout le monde, sauf les autorités.

En dehors de quelques débats sur l’abolition, lancés pour la galerie, les autorités vietnamiennes restent très attachées à la sentence suprême et ont toujours rejeté les critiques. Pour la petite histoire, accablées au début des années 2000 par les critiques des ONG, des institutions internationales et des États abolitionnistes, elles avaient décidé de classifier toutes les informations relatives à la peine de mort, pensant pouvoir se dissimuler derrière le secret.

Mais dans le même temps, les autorités vietnamiennes voulaient démontrer leur fermeté face au crime et ont continué à diffuser çà et là quelques indications sur les condamnations à mort et à organiser des exécutions publiques. On estimait ainsi que bon an mal an, il y avait une centaine de condamnations à mort et une centaine d’exécutions.

La situation a changé en 2011, lorsque, bien conscientes de la mauvaise image qu’elles pouvaient avoir aux yeux des investisseurs et donateurs, les autorités vietnamiennes ont décidé de changer le mode d’exécution afin, disaient-elles, de le rendre « plus humain ». En dehors de l’ironie de l’argument, il a fallu se résoudre à comprendre que la priorité du Vietnam était surtout de rendre les exécutions « plus humaines » pour ceux qui donnaient la mort et pas forcément pour les condamnés à mort.

Dans les années 1990, la presse officielle a commencé à relater le calvaire que vivaient les soldats et policiers des pelotons d’exécution. Beaucoup souffraient de troubles psychologiques et autres angoisses non seulement du fait de tuer, mais également devant les situations dramatiques des condamnés qu’ils devaient fusiller. Et ils ne disposaient pas d’aide psychologique.

Tout fier de sa réforme, le gouvernement vietnamien a pu se vanter des réalisations accomplies : plus de 500 personnels formés à la technique, nouvelle pour le Vietnam, de l’injection létale, des chambres de la mort modernes construites et équipées dans tout le pays, etc.. Mais il y a eu un accroc. La loi vietnamienne prévoyait le recours à des substances précisément listées que seuls les États-Unis et l’Union Européenne produisaient. Les premiers n’ont pas pu répondre à la demande du fait des besoins des États fédérés qui continuent à exécuter et des difficultés des entreprises productrices. Quant à l’Europe, elle refusait tout bonnement d’exporter des produits qui serviraient à des exécutions.

Le Vietnam a dû sans cesse repousser le recours à l’injection létale tout en ne pouvant plus exécuter ses condamnés à coup de fusils. De 2011 à 2013, les condamnés à mort, sans cesse plus nombreux, ont dû attendre dans des couloirs de la mort de plus en plus longs et engorgés.

Les conditions de détention des condamnés à mort étaient déjà déplorables : Les prisonniers sont enchaînés dans leur cellule et, surtout, ils ne sont jamais prévenus de leur exécution qui survient à l’improviste, au petit matin. La presse officielle rapporte le témoignage du condamné Tuan, à la prison de Nghi Kim dans la province de Nghe An, qui affirme ne pas avoir peur de mourir mais être terrifié par l’attente : « Je ne peux pas dormir la nuit. C’est terrible d’entendre les pas et le son de la porte de la cellule qui s’ouvre ». Le titre de l’article où il parle est édifiant : « Les détenus dans le couloir de la mort au Vietnam endurent une attente pire que la mort » (Thanh Nien, 9 juillet 2013).

La suspension des exécutions en 2011-2013 a évidemment aggravé la situation. Les centres de détention sont devenus surpeuplés (près de 590 personnes attendent leur exécution, dont 116 n’ont plus aucun recours) et l’attente est devenue insupportable pour beaucoup. Plusieurs prisonniers se sont suicidés depuis 2011, d’autres sont morts de maladie. Et beaucoup d’autres montrent des signes de troubles psychologiques : les autorités pénitentiaires ont signalé le cas de condamnés devenus extrêmement irritables, d’autres qui ne peuvent plus manger qu’un seul plat et deviennent hystériques si on leur en sert un autre, etc… Surtout, de nombreux condamnés ont supplié pour être exécutés au plus vite, par un peloton d’exécution si nécessaire, et enfin en finir !

Enfin, ou hélas, la toute première exécution par injection létale a eu lieu au Vietnam, le 6 août dernier. Le gouvernement vietnamien a dû modifier ses lois et autoriser l’emploi d’autres substances chimiques qui, elles, pourraient être achetées hors d’Europe ou fabriquées sur place. C’est un jeune homme de 27 ans, Nguyen Anh Tuan, qui a expérimenté la nouvelle exécution « plus humaine ». Les informations sur la peine de mort sont toujours classées dans les « secrets d’État » et l’on ignore donc beaucoup de choses sur cette première. Mais quand on lit ce qui a filtré dans la presse officielle, on est atterré.

Le journal Saigon Giai Phong indique qu’« après deux heures, l’injection létale a fait effet » ! L’injection létale a été dénoncée aux États-Unis comme une forme de torture, même quand l’exécution se passe bien (pas d’erreur dans les dosages, pas de réaction imprévue aux substances…) car, en dépit des apparences, le condamné souffrirait. Une exécution par injection létale aux États-Unis dure en moyenne moins de 10 minutes. Une agonie de deux heures, comme celle qu’aurait subie Nguyen Anh Tuan, est un véritable scandale.

Comme beaucoup d’ONG et d’experts de l’ONU, nous ne pouvons donc que déplorer que le gouvernement vietnamien ait mobilisé tant d’énergie pour rendre si monstrueux les derniers instants des condamnés à mort, alors qu’il aurait pu poser les bases d’une véritable réflexion sur l’abolition de la peine de mort, l’amélioration des conditions de détention et du système judiciaire.


https://blogs.mediapart.fr/edition/aver ... ale-humain
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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