L'Inde paysanne se remet à bouger !

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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par com_71 » 07 Fév 2021, 18:43

Gayraud de Mazars a écrit :Mouvement paysan, prolétarien, populaire et national, il est tout cela. Au cœur de la modernité révolutionnaire de ce siècle !...


Euh, c'est pas un peu fouillis tout ça ?
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Gayraud de Mazars » 09 Fév 2021, 11:57

Salut camarades,

Inde : le 6 février, jour de colère contre le gouvernement
Brève de Lutte Ouvrière, le lundi 08/02/2021

https://www.lutte-ouvriere.org/breves/i ... 54518.html

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La journée du 6 février, en Inde, a été un succès pour le mouvement paysan. Les manifestants ont bloqué des milliers de routes et autoroutes pour exiger l’abolition des lois agricoles qui ruinent les paysans pauvres, et la libération des manifestants arrêtés, notamment Nodeep Kaur, militante ouvrière qui dénonce les violences contre les ouvriers au travail.

Car ces manifestations ont réuni aussi des ouvriers, des employés de crèches, des employés de banque, des cheminots. Elles témoignent du rejet grandissant, dans la population pauvre, de la politique du Premier ministre Modi, chef de file des nationalistes hindouistes.


Fraternellement,
GdM
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Gayraud de Mazars » 19 Fév 2021, 08:08

Salut camarades,

Chastaing, toujours optimiste, nous parle de révolution en Inde, peut être que tous les évènements concourent à cette réalité... Regardons au plus près car les faits sont têtus dirait Lénine !

Inde : la nappe de la révolution s’étend et s’approfondit.
Le 17 février 2021, publié sur le site d'aplutsoc
Par Jacques Chastaing.

https://aplutsoc.org/2021/02/17/inde-la ... profondit/

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« LE SOULÈVEMENT NE SE LIMITE PAS AUX PAYSANS, C’EST LA LUTTE DES GENS ORDINAIRES POUR RÉCUPÉRER LA DÉMOCRATIE ». Un paysan s’exprimait ainsi à un Mahapanchayat (AG populaire dans le cadre d’un système de démocratie directe des structures municipales).

Il est impossible de savoir comment va évoluer le soulèvement paysan en Inde, quels vont être ses rythmes et ses étapes. Ce qu’il y a de sûr, au vu de l’énorme participation aux Mahapanchayats qui sont complétés par une foule de simples Panchayats, de réunions, d’AG populaires plus petites et de meetings et à leurs multiplications annoncées pour demain, c’est que c’est un gigantesque tsunami populaire qui est en train de se préparer.

Quand on regarde les étapes passées du mouvement, on peut en voir 4 qui toutes ont apporté quelque chose et qui donnent ses caractéristiques aujourd’hui et à partir de là où le soulèvement peut aller.

Le soulèvement a commencé il y a 14 mois en décembre 2019 avec un premier mouvement baptisé Shaheen Bagh qui a mobilisé de larges parties de la population – avec une grève générale le 8 janvier 2020 de 250 millions de grévistes – contre les divisions de castes, de religions et de sexes sur lesquelles s’appuie le gouvernement de Modi pour régner. Le soulèvement paysan actuel a gardé cette envie de fraternité.

Puis ça a eu lieu une première coordination, des 500 organisations paysannes, l’AIKSCC qui a réussi à forcer les directions syndicales ouvrières à faire une journée de grève générale nationale ensemble le 26 novembre 2020 – 250 millions de grévistes et des dizaines de millions de paysans, le plus grand mouvement de l’histoire de l’Inde. L’AIKSCC a appelé dans la foulée par dessus la tête des directions syndicales ouvrières qui pour leur part voulaient s’arrêter là, à une seconde journée de grève et blocage général le 8 décembre. Ca a été très suivi mais pas suffisamment pour permettre à l’AIKSCC de continuer. Cependant l’idée de l’union ouvriers-paysans était acquise et fait partie du capital du soulèvement actuel.

A partir de là est née une nouvelle coordination plus restreinte de 40 organisations paysannes, le SKM (mais toutes membres de l’AIKSCC) dont le but était de marcher sur les bâtiments gouvernementaux de Delhi, en donnant un ultimatum au gouvernement le 26 janvier, bref de désigner le pouvoir politique comme adversaire et la nécessité de le menacer de le dégager pour obtenir satisfaction. Après la manifestation de 1 million de paysans et soutiens à Delhi, le 26 janvier, le jour de la fête nationale, la situation a à nouveau changé mais il était acquis en plus des deux étapes précédentes pour le mouvement qu’il fallait s’attaquer au gouvernement voire le faire tomber, pour gagner.

La dernière étape à partir du 29 janvier a été le lancement de Mahapanchayats partout, c’est-à-dire de construire des structures de pouvoir à la base autour de sortes de conseils municipaux (les panchayats) en démocratie directe sous contrôle d’AG populaires. Bref, comme le dit le paysan cité plus haut, « le soulèvement ne se limite pas aux paysans, c’est la lutte des gens ordinaires pour récupérer la démocratie ».

En effet dans ces Mahapanchayats, participe toute la population d’en bas, pas que les paysans, et en particulier tous ceux que le mouvement a déjà rencontré dans ses différentes étapes, les opprimés, les castes d’en bas, les Intouchables, les femmes, les jeunes, les religions méprisées, les musulmans, les ouvriers, les syndicalistes qui tous ensemble expérimentent la construction du pouvoir par en bas. C’est tout cela que porte le soulèvement actuel, une révolution


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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Byrrh » 19 Fév 2021, 12:26

Gayraud de Mazars a écrit :Chastaing, toujours optimiste, nous parle de révolution en Inde, peut être que tous les évènements concourent à cette réalité... Regardons au plus près car les faits sont têtus dirait Lénine !

J. Chastaing écrit la plupart du temps des choses farfelues, toujours des textes d'une longueur exaspérante et des assertions qui relèvent souvent de l'illumination. Le texte suivant a un peu moins d'un an, il y mêle sa giletsjaunophilie aiguë à une défense démagogique de Didier Raoult et de sa chloroquine : https://aplutsoc.org/2020/04/12/donner- ... chastaing/

Des "gilets jaunes", il disait péremptoirement que cela annonçait "un mai 68 à la puissance 10". Sa nouvelle marotte, c'est désormais l'Inde, où il veut voir une "révolution". Une révolution prolétarienne ? Il ne le précise pas.

Et comme toujours, en mouvementiste invétéré qu'il est, il élude le problème n°1 de notre époque : l'absence, dans tous les pays, de partis ouvriers révolutionnaires ayant quelque influence. Or sans parti révolutionnaire, pas de révolution victorieuse.
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Gayraud de Mazars » 03 Mars 2021, 09:47

Salut camarades,

THE UPRISING IN INDIA (Le soulèvement en Inde)
Le mardi 2 mars 2021, publié sur le site d'aplutsoc

https://aplutsoc.org/2021/03/02/the-upr ... t-en-inde/

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A Workers’ International Network meeting

Le Workers International Network (WIN) a organisé le dimanche 28 février une visioconférence sur le soulèvement révolutionnaire en Inde, avec des militants indiens, pakistanais, sri-lankais, britanniques, français, irlandais … Un camarade pakistanais a apporté son éclairage sur une situation politique sans précédent où 250 millions de travailleurs participent à des grèves nationales répétées et où 300 000 paysans campent devant les entrées de New Delhi depuis plus de 6 mois.

Des intervenants d’APLutSoc ont présenté une synthèse des informations collectées jour après jour par Jacques Chastaing dans la presse indienne, sur les réseaux et les sites militants indiens. Un travail irremplaçable devant la pauvreté de l’information des médias français, leurs erreurs et leurs silences, sur la révolution indienne. APLutSoc considère comme une tâche internationaliste de faire connaître régulièrement les informations provenant de ce travail de veille militante.

Son soutien à la révolution indienne a amené APLutSoc à entrer en contact avec les camarades du MAS ( ( Majdoor Adhikar Sanghatan), organisation de la camarade Nodeep Kaur, originaire d’une famille dalit (intouchable), devenue militante syndicale dans l’industrie du verre dans une zone industrielle de Dehli. La brutalité des violences de la police de l’Haryana qu’elle a subies lors de son arrestation ont suscité une large campagne de protestations à travers toute l’Inde et dans de nombreux pays jusqu’à retentir aux oreilles de la vice-présidente américaine Kamala Harris.

Après un mois d’emprisonnement Nodeep Kaur, libérée depuis 2 jours, a accepté notre demande de participer au meeting du WIN. Elle y est intervenue en hindi et nous attendrons la traduction de nos camarades anglais pour publier son intervention. Elle a conclu en soulignant que « la police de Modi a arrêté de nombreux militants qui ont été torturés et pour lesquels ont craint que ces violences aient des conséquences irréversibles. Il faut partout exiger que les manifestants arrêtés soient relâchés ».

Nous publions aujourd’hui l’article de synthèse de Jacques Chastaing que nous avons utilisé pour l’introduction de cette visioconférence internationale. Cet article est paru dans la revue papier du courant du NPA Anticapitalisme et Révolution.


INDE : UN GIGANTESQUE TSUNAMI SOCIAL AUX INCIDENCES MONDIALES

Ce qui se passe en Inde est déterminant pour le monde.

L’Inde est certainement parmi les grands pays de la planète, celui qui concentre le pire du capitalisme et du féodalisme. C’est aussi en conséquence un pays en ébullition permanente et aux millions de révoltes.

De plus, avec 28 États et 8 territoires, près de 1 400 millions d’habitants, trois fois l’Union Européenne et ses 27 États, autant que la Chine, mais avec une démographique galopante, l’Inde est le pays à la population la plus nombreuse de la planète. Presque un habitant du globe sur 6 habite en Inde. L’agglomération de Delhi a presque autant d’habitants que l’Espagne.

Le soulèvement paysan actuel qui dure depuis presque 3 mois dans le cadre d’un mouvement plus large de 15 mois est un laboratoire vivant du processus révolutionnaire en cours dans le monde.

Un Moyen Age maintenu dans le monde moderne, amplifié par le capitalisme actuel, devient l’étincelle de l’explosion générale

L’Inde n’a pas connu de révolution semblable à celle de 1789 en France voire même à celle de la Chine.

Le mouvement d’indépendance après la seconde guerre mondiale n’a pas cherché à éradiquer l’ancienne classe féodale mais l’a intégrée aux sommets de l’État comme des groupes capitalistes.

Aussi, le Moyen-Âge des divisions de castes, de religions, de sexe s’y est maintenu et y a même été accentué par la phase de capitalisme sénile actuel. Tous les gouvernements successifs, de gauche et de droite, surtout depuis le tournant libéral de 1991, inquiets du bouillonnement des révoltes, ont amplifié ces divisions pour régner. Le gouvernement actuel de Modi, élu en 2014, ne fait que pousser cette tendance jusqu’au bout.

Il y a deux Indes : l’Inde urbaine aisée ou riche qui a produit 102 milliardaires (dont 63 ont des revenus supérieurs à ceux du budget de l’État) et 330 000 individus très fortunés, 1% de la population gagne 4 fois plus que 70% de la population ; et puis il y a le pays des bidonvilles et du monde rural où 800 millions d’habitants vivent avec moins de deux euros par jour, 200 millions souffrent de la faim. 480 millions de travailleurs – soit 93% de l’ensemble- ne sont même pas salariés, sans protection maladie, retraite ou chômage.

Il y a 3 000 castes. Au bas de l’échelle les Dalits. Si l’ombre d’un Dalit (Intouchable) effleure un membre d’une caste supérieure, cela peut motiver son assassinat car son ombre peut rendre « impur ». Il y a ainsi deux meurtres de Dalits (qui sont 200 millions) et trois viols de femmes Dalits par jour parce qu’ils valent moins qu’un animal. Il en va de même des 100 millions d’Adivasis (aborigènes indiens) encore plus méprisés et maltraités.

Aujourd’hui, ce monde d’oppression est en voie d’explosion.

Particularités de la paysannerie indienne : un soulèvement prolétarien

Sur 600 millions de paysans, familles comprises, 86% ont moins de 2 hectares ce qui ne suffit pas à vivre et 30% n’ont pas du tout de terres. Beaucoup travaillent comme ouvriers agricoles dans les exploitations plus grandes. Les ouvriers agricoles, 150 millions (souvent Dalits), sont plus nombreux que les « paysans » eux-mêmes, 140 millions et leur nombre croît toujours plus vite.

Dans les années 1960, l’Inde tenta d’assurer une auto-suffisance alimentaire au pays et un revenu minimum aux paysans en plaçant le monde paysan au centre de son action qu’elle qualifiait de « socialiste ».

L’État garantissait l’achat des récoltes à un prix fixé au dessus des prix du marché, des travaux d’irrigation et de routes, des prix cassés de l’électricité et un revenu minimum par des distributions alimentaires ou cent jours de travail par an fournis aux paysans dans des travaux d’utilité publique.

Le « socialisme » indien encouragea la démocratie directe rurale des « Panchayats » (institutionnalisés en 1992), des structures municipales soumises au contrôle d’Assemblées Générales qui organisent la vie du village en matière d’administration locale, d’école, de santé, de retraite et de justice.

Ces protections étatiques ont été grignotées à partir de 1991. Ainsi 34 millions d’agriculteurs ont quitté l’agriculture entre 2004 et 2012, leur exode se poursuit au rythme de 500 000 par an. Ils errent maintenant dans les bidonvilles des grandes cités. 300 000 paysans se sont suicidés au cours des 25 dernières années.

C’est ce qui reste encore de ce monde agricole de paysans prolétarisés, protégés par l’État, baignant avec leurs organisations syndicales dans un modèle socialisant et de démocratie directe que Modi veut éradiquer sous la pression des groupes agro-alimentaires indiens et mondiaux.

Or les paysans indiens ont une longue tradition de révolte, une tous les 3 ans sur les 200 dernières années et leurs révoltes ont été multipliées par six depuis que Modi a voulu liquider les protections étatiques à partir de 2015.

Depuis et pour la première fois, ce sont les paysans pauvres qui mènent les luttes, ciblant particulièrement le capitalisme et deux des groupes principaux bénéficiaires des réformes agricoles de Modi : Ambani et Adani.

De ce fait, ce mouvement entraîne avec lui non seulement la population ouvrière rurale, des employées de crèches et garderies rurales jusqu’à ceux des banques et assurances publiques rurales, les instituteurs, les ouvriers de l’irrigation mais aussi le monde ouvrier de l’industrie et la jeunesse au chômage – tous enfants, frères ou sœurs de paysans – et tous concernés par le combat contre l’oppression et l’exploitation capitaliste. C’est un soulèvement prolétarien.

III. Racines et premiers pas du soulèvement actuel

La gauche, Modi, et l’amplification de l’oppression

C’est la gauche qui a conduit le tournant libéral des années 1990, en particulier le parti du Congrès. Pour cela il a amplifié les oppositions religieuses, de castes et l’oppression des femmes.

Issu d’un parti fasciste, le RSS, Modi prolongea cela, créa des milices pour s’attaquer violemment aux Dalits, organisa de multiples provocations entre religions, mit en place des campagnes pour forcer les musulmans et chrétiens à revenir à la religion hindoue, interdit les mariages mixtes religieux et voudrait imposer aux femmes de se signaler au poste de police quand elles sortent de chez elles. Enfin, il donna la nationalité indienne à des réfugiés à condition qu’ils ne soient pas musulmans. Ce fut la mesure de trop.

Shaheen Bagh, Décembre 2019/Mars 2020

Cela déclencha une révolte des musulmans, en particulier des femmes, en décembre 2019 qui entraîna peu à peu une bonne partie de la société indienne qui en avait marre de toutes les oppressions.

Le mouvement prit une telle ampleur que les directions syndicales ouvrières (bien que profondément corrompues), appelèrent à une grève générale le 8 janvier 2020.

250 millions de travailleurs firent grève, la plus grosse grève de l’histoire de l’Inde jusque là.

Les directions syndicales ne donnèrent aucune suite. En revanche, le mouvement, lui, continua de plus belle contre toutes les oppressions, se renforçant de multiples grèves, enseignants du primaire, employés d’État, municipaux, gardiennes d’enfants, ouvriers du bâtiment.

Le mouvement s’enracina à Shaheen Bagh, quartier pauvre et musulman de Delhi, où des places furent occupées par 10 000 à 150 000 personnes chaque soir et particulièrement par des femmes du petit peuple, devenant un centre populaire de débat et le centre de l’opposition au régime de Modi. Une espèce de place Tahrir, d’Occupy des prolétaires. Ces occupations furent une bouffée d’oxygène dans cette Inde étouffante où la presse et le monde politique étaient rangés derrière la démagogie communautariste de Modi.

Modi, n’arriva pas à stopper ce mouvement. Sa démagogie raciste et religieuse avait été brisée par la révolte contre la misère qui unifiait toutes les communautés.

On retrouva immédiatement cet acquis fraternel dans le soulèvement paysan.

Modi utilise le covid pour tenter de tout détruire

Ce fut le brutal confinement policier de Modi face au covid qui mit fin à ce mouvement le 24 mars 2020. Modi se déchaîna et voulut utiliser le covid pour écraser toute possibilité de soulèvement et tenter de liquider toutes les protections ouvrières et paysannes.

Dans tous les États de l’Inde que le BJP (parti de Modi) dirigeait, il supprima tous les droits et protections ouvriers en matière d’horaires, d’emploi, de salaires, de conditions de travail, de protection sanitaire. Bien sûr, cela ne touchait qu’une minorité des travailleurs – les autres vivaient déjà dans cet univers sans protections ouvrières – mais c’était la plus organisée.

Modi programma au niveau national la privatisation systématique de tout le secteur public et étatisé, depuis la Défense jusqu’au monde paysan, en passant par les chemins de fer, mines, la santé, l’école…

Dans cette période, les capitalistes licencièrent massivement. Modi les aida en obligeant 50 à 80 millions de travailleurs licenciés considérés comme « migrants » (qui ne sont pas originaires de l’État ou la ville où ils travaillent) à retourner dans leurs villages d’origine, semant un chaos total dans tout le pays. Partis sans ressources et souvent à pied pour des centaines ou milliers de km, certains sont morts. Beaucoup se révoltèrent faisant entendre dans les campagnes un message de détermination : « Nous sommes en train de mourir, aussi nous préférons mourir en combattant« . Leur colère rencontra celle des travailleurs restés en ville qui explosa dans 21 des États et territoires indiens, beaucoup n’ayant reçu aucun salaire en mars et avril, parfois après.

Les directions syndicales ont alors rappelé à de multiples grèves à partir de septembre 2020 mais ces luttes étaient volontairement émiettées

Le soulèvement paysan et son orientation ouvrière avec l’AIKSCC

Dès juin, les premières protestations paysannes contre des lois qui visaient à liquider la petite propriété et ruiner le monde paysan se firent entendre et s’amplifièrent fin septembre. Dans le nord, Pendjab et l’Haryana, durant 2 mois les manifestants, des villages entiers, des Dalits et des femmes bloquèrent les autoroutes nationales et les lignes de chemins de fer. Le 5 novembre, ils furent un million à manifester.

Ils étaient conduits par l’AIKSCC, une coordination de 350 puis 500 organisations paysannes créée dans une précédente lutte en 2017.

La révolte ne s’étendit partout qu’à partir d’octobre et surtout à partir de la grève générale que l’AIKSCC réussit à imposer conjointe aux directions syndicales ouvrières le 26 novembre.

Il y eut ce jour-là 250 millions de grévistes et des dizaines de millions de paysans, battant tous les records de mobilisation en Inde et dans le monde.

Les directions syndicales ouvrières n’avaient prévu aucune suite. L’AIKSCC profita de l’élan pour appeler l’ensemble des paysans et ouvriers à une nouvelle grève générale/blocage le 8 décembre. Ce fut encore un gros succès mais moindre et pas suffisant pour permettre à la direction paysanne de prendre la tête de l’ensemble du mouvement pour l’engager dans une lutte commune.

La marche sur Delhi, le ciblage politique du pouvoir et le SKM

Une nouvelle coordination paysanne se fait alors connaître à ce moment, le SKM (Front Uni Paysan). Composée de 40 des organisations de l’AIKSCC, elle désigne l’adversaire, le gouvernement appelant à organiser une marche sur les instances gouvernementales à Delhi.

Immédiatement 300 000 paysans partent de tout le pays, franchissent les barrages policiers mais sont bloqués à l’entrée de Delhi par un fort déploiement de forces de police. Ils décident alors de camper aux portes de Delhi. Début janvier, ils donnent un ultimatum au pouvoir : il avait jusqu’au 26 janvier pour retirer ses lois, sinon les paysans rentreraient dans Delhi.

A partir de là, ce fut un feu d’artifice d’actions et d’initiatives avec un objectif politique commun, attaquer Modi, mobilisant bien au delà du monde paysan et de ses revendications.

Les 6 campements paysans aux portes de Delhi deviennent de véritables townships militants de 300 000 personnes où on trouve tous les équipements collectifs d’une ville mais gratuits, regroupant syndicalistes, féministes, artistes, jeunes de bidonvilles, étudiants… des immenses ZAD prolétaires où on refait le monde, fabriquant des convergences, une coordination paysanne déjà un peu ouvrière et citoyenne de fait.

Tentative de coup de force du pouvoir, les Mahapanchayats et Rakesh Tikait

Prenant peur, le 23 janvier, le gouvernement autorise les paysans à rentrer dans Delhi à condition qu’ils défilent en banlieue. Les paysans choisissent alors de faire du 26 janvier – jour de la principale fête nationale en Inde – un défilé national paysan à Delhi avec un million de manifestants, pour redonner cette journée au peuple, indiquant là, la perspective du pouvoir par le peuple, pour le peuple.

Le gouvernement réussit toutefois à atténuer l’effet de cette démonstration en montant ce jour-là une manipulation policière avec le soutien de l’ensemble des médias. Ils font croire que les paysans ont remplacé le drapeau national indien sur le lieu central symbolique du Fort Rouge par le drapeau sikh, prouvant selon eux que les paysans indiens roulent pour le séparatisme religieux sikh. La campagne des médias sème le trouble. Profitant de la confusion, Modi envoie ses bandes fascistes appuyées par la police pour dégager les campements paysans de Delhi dans la nuit du 28 au 29 janvier.

Le coup de force échoue. Les dirigeants paysans du SKM présents et notamment l »un d’entre eux, Rakesh Tikait, appellent à la résistance indiquant qu’ils ne partiraient que morts. Dans la nuit, des dizaines de milliers de paysans et soutiens marchent sur les campements de Delhi dont ils chassent les bandes fascistes, policiers et paramilitaires préférant alors se retirer.

Dans la foulée, Rakesh Tikait appelle à un Mahapanchayat le 29 janvier dans l’Uttar Pradesh qui réunit plus de 100 000 participants, ouvrant une nouvelle étape dans le soulèvement.

En s’emparant de la démocratie directe socialisante des Panchayats pour les élargir à tous (Maha), les paysans construisent leur propre pouvoir à la base. Depuis, le soulèvement appelle à des Mahapanchayats partout, associant toutes les catégories, religions, castes et sexes, ouvriers, paysans et étudiants.

Ces structures commencent à exercer leur propre pouvoir. Elles ont décidé avec des Comités de Défense de chasser des zones sur lesquelles elles ont une influence, les militants de la milice fasciste du RSS, du BJP et leurs alliés.

En complément des Mahapanchayats, le soulèvement continue à s’adresser à l’ensemble de la population, en continuant les actions diverses, en appelant tout le monde à venir aux campements de Delhi et à se battre tous ensemble dans des grandes journées communes d’action nationale. Par exemple le 6 février ils ont bloqué les routes du pays et le 18 février ils ont prévu de bloquer les voies ferrées.

Par ailleurs, Rakesh Tikait a annoncé l’objectif d’une marche nationale de 4 millions de tracteurs – une menace visant Modi – comme il y en avait eu 400 000 le 26 janvier à Delhi.

Shaheen Bagh a apporté au soulèvement, la fraternité contre les divisions de castes, religions et sexes. L’AIKSCC a apporté l’union paysans et ouvriers. Le SKM, l’objectif politique de virer Modi. Rakesh Tikait, la construction du pouvoir des ouvriers et des paysans par la démocratie directe des exploités et opprimés. Ce cumul d’expériences des couches les plus avancées, constitue peu à peu un programme en même temps que la direction et les moyens pour y arriver.

Il y a encore beaucoup d’étapes dans ce processus car il faut du temps pour entraîner l’immense masse indienne, sans même parler de toute l’Asie du Sud voire du Sud Est qui est également ébranlée, à l’instar du Pakistan (et d’autres) qui suit un chemin parallèle. Mais le processus est engagé.

Jacques Chastaing le 13.02.2021.


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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Kéox2 » 03 Mars 2021, 15:32

Si seulement la classe ouvrière indienne pouvait entrer en lutte elle aussi avec ses armes, la grève générale avec occupation et ses moyens les conseils ouvriers et faire la jonction avec les masses paysannes sur des mots d'ordre commun...
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Gayraud de Mazars » 07 Mars 2021, 10:52

Salut camarades,

Inde, Asie du Sud, paysans, ouvriers, femmes : en avant !
Date : 6 mars 2021, publié sur le site d'aplutsoc
Par VP, avec le matériel de JC.

https://aplutsoc.org/2021/03/06/inde-as ... -en-avant/

Image
Inde - Le 8 mars, les femmes prendront les tracteurs pour manifester contre le pouvoir

En Inde, la lame de fond du mouvement paysan s’est d’abord centralisée contre le pouvoir de Modi à Delhi, et a franchi l’étape dangereuse du 26 janvier en se redéployant et en s’approfondissant dans toute l’Inde du Nord au moins, et au-delà. La contribution de Jacques Chastaing de fin février, publiée dans Anticapitalisme et Révolution puis sur notre site et qui a nourri la discussion de la visioconférence internationale du 28 février, à laquelle nous avons eu l’honneur et la joie de rencontrer Nodeep Kaur récemment libérée, permet de distinguer trois étapes dans la montée du mouvement, conduisant au moment actuel :

– la coordination de centaines de groupements paysans, AIKSCC (Coordination de Tous les Paysans en Lutte de l’Inde), impose une grève générale d’un jour aux directions syndicales de salariés, le 26 novembre 2020, et renouvelle ce succès le 8 décembre,

– le SKM (Front Uni Paysan), qui regroupe une partie « en pointe » de l’AIKSCC, appelle à marcher sur Delhi, créant l’évènement permanent qu’est le campement de centaines de milliers de paysans aux portes de la capitale : une place Tahir, un Maïdan, un Occupy Wall Street, une place Taksim, mais en plusieurs exemplaires et non au centre de la capitale, mais tout autour. La phase ainsi ouverte aboutit à la marche du 26 janvier.

– le pouvoir l’a autorisée tout en lui opposant des provocations pour discréditer et lancer la répression. Le flottement dangereux qui se produit alors est surmonté notamment par l’action de Rakesh Tikait, qui organise la résistance, prenant alors la forme de l’affrontement direct avec les bandes du BJP et du RSS (le BJP est le parti ethno-nationaliste-religieux au pouvoir, le RSS sont ses milices, de nature fasciste), et appelle à un, puis plusieurs, Mahapanchayats, assemblées organisées de dizaines voire de centaines de milliers de paysans, structurés en villages (Panchayats) et ouvertes aux ouvriers, aux étudiants, aux Dalits et aux femmes.

Si l’on peut avoir l’impression, au « sommet » du mouvement, d’une concentration croissante – de l’énorme coordination qu’est l’AIKSCC au front plus restreint qu’est le SKM puis à la figure imposante, mais incertaine (il s’agit de l’héritier d’une « dynastie » de dirigeants paysans d’Uttar Pradesh, qui ont essayé les alliances avec les congressistes puis avec le BJP mais en sont aujourd’hui revenus), de Rakesh Tikait, on a le processus inverse à la base : la poussée vers l’affrontement avec le pouvoir central le 26 janvier s’est ensuite redéployée dans une formidable poussée vers l’auto-organisation populaire, continuant à poser la question du pouvoir de manière très directe, car les Mahapanchayats les uns après les autres décident d’interdire, par une sorte de disgrâce sociale, au BJP et au RSS, et souvent à la police, de se montrer dans des régions entières.

Il y a, à l’échelle de l’Inde et du XXI° siècle, du 1905 russe dans ce qui se passe là. L’affrontement central avait pris forme et tourné court, par un massacre, lors du dimanche rouge, 9 janvier 1905. Quelques mois plus tard apparaissaient les soviets d’ouvriers. Le prolétariat indien moderne est très largement présent dans la paysannerie, via les sans terre, les pauvres, les ouvriers agricoles, les liens directs et profonds avec la population des villes. Ce n’est pas un soulèvement de (petits) propriétaires, mais un soulèvement de prolétaires qui pose ensemble les questions de l’humanité actuelle : la question du pouvoir et de la démocratie, qui dirige, qui fait (et que fait !) la police ; la question de la terre et de l’eau, qui les exploite ou qui les entretient, pour le compte de qui (et donc la question écologique, non séparable des questions du pouvoir et de la propriété), et la question de la propriété, pour qui est gérée la terre, qui dirige, là encore.

L’immense silence médiatique officiel, qui dure depuis de nombreuses semaines maintenant, cache l’immense importance et profondeur de cette nappe révolutionnaire qui s’étend et s’approfondit.

Le 17 février les élections locales au Pendjab, un des États d’où est parti le mouvement, et à travers lequel beaucoup des tentatives de le discréditer se sont manifestées (en le faisant passer pour séparatiste Sikh ou pour servir les gros propriétaires, en réalité pas si gros et pas si nombreux) ont vu l’élimination du BJP et de ses alliés, dont l’Akali Dal, célèbre pour ses pogroms des années 1990 commis au nom de l’Hindutva, et aussi une claque au parti identitaire Sikh, le tout au profit du Congrès et d’une foule de partis locaux.

Le 18 février, le blocage des voies ferrées est majoritaire dans toute l’Inde du Nord et l’extension des Mahapanchayats au Bengale occidental commence, avec le projet de marcher sur Kolkatta pour empêcher le BJP de conquérir des positions de pouvoir dans cet État lors de prochaines élections locales – on remarque que le mouvement s’empare de plus en plus, à sa façon, des élections locales. Dans l’Haryana, État le plus voisin de Delhi, les assemblées villageoises commencent à arrêter les policiers voulant procéder à des arrestations : ils sont détenus puis expulsés avec un document leur signifiant leur interdiction de revenir.

Au Tamil Nadu – tout au Sud de la péninsule – éclatent des manifestations de masse contre les hausses de prix, exigeant la démission du ministre du pétrole. Le 20 février, un Mahapanchayat se tient à Chandigarh par-dessus la frontière entre Pendjab et Haryana – ceci a une énorme signification dans l’histoire de l’Inde, car ces deux États ont été séparés en 1966 dans le cadre des luttes « communalistes » entre Hindous et Sikhs.

Et ce n’est pas tout : le lendemain se tient un Mahapanchayats de 250.000 participantes et participants, Dalits/Mazdoors/Kisans, Intouchables/Ouvriers agricoles/Paysans, expression visible du démantèlement de la séparation des castes par le mouvement d’en bas – ce « système des castes » censé symboliser l’arriération du peuple indien et que le développement capitaliste du pays prétend combattre alors qu’il l’a toujours reproduit …

Notons que l’alliance de tous les exploités et opprimés est aussi au cœur du combat de la camarade Nodeep Kaur, précisément d’origine Sikh, femme, ouvrière et Dalit. Et c’est aussi à ce Mahapanchayat commun que se sont rendus et exprimés des militantes et militantes de la Marche pour le climat, représentant Disha Ravi alors emprisonnée.

Le 22 février, confronté à l’imminence des récoltes, les principaux porte-paroles du SKM s’appuient sur le succès et les leçons de ces deux Mahapanchayats qui auront marqué les consciences, pour appeler à l’action commune paysans/ouvriers/femmes/jeunes/Dalits avec des actions communes les 27-28 février et une mobilisation générale le 8 mars, journée internationale de lutte pour l’émancipation des femmes, appelant à la « troisième phase du mouvement » (après celles ayant conduit au 26 janvier puis l’ayant suivi), celle de l’union de toutes et de tous les exploités et opprimés.

Ainsi, la montée de la révolution prolétarienne et démocratique en Inde rappelle au monde le sens et le contenu de la journée du 8 mars, initiée par l’Internationale socialiste des femmes avant 1914 et par laquelle avait commencé la révolution russe de 1917 !

Les manifestations des 26 au 28 février reprennent ces thèmes et reprennent les symboles de la lutte nationale indienne, se référant par exemple au révolutionnaire paysan et Dalit du premier XX° siècle Swami Sahajanand, dont on cite la phrase :

« Celui qui fait pousser de la nourriture et coud des vêtements, doit maintenant faire la loi. Il s’est battu contre les propriétaires, l’État et les dévots. L’Inde lui appartient, et maintenant il va gouverner. »

Lors de ces nouvelles manifestations et dans les Mahapanchayats qui, dans les États du Nord de l’Inde, sont maintenant les évènements qui rythment tout, Rakesh Tikait déclare que le « gouvernement des voleurs » devra être renversé, par une nouvelle concentration nationale à l’échelle de ce qui est en train de se passer, après les récoltes. Les Adivasis (peuples « tribaux ») hors castes se joignent eux aussi aux Mahapanchayats. Les transports entrent en grève illimitée au Tamil Nadu. En Andhra Pradesh (aussi au Sud) la grève contre la privatisation des aciéries entraîne une grève générale dans tout l’État. Assurément, les grèves ouvrières nombreuses dans tout le pays mais surtout au Sud, l’entrée en mouvement du Bengale, et l’affirmation des Mahapanchayats, ainsi que leur auto-dépassement des divisions entre castes, religions, et sexes, l’ensemble de ces processus cherchent à se combiner à l’échelle gigantesque de toute l’Inde – voir au-delà, on va y revenir. Au Tripura, petit État à l’Est du Bangladesh, les organisations tribales lancent des manifestions de masse de la jeunesse contre le chômage.

Le 28 février, des délégués élus de Panchayats et des représentants de Dalits se réunissent à Delhi et appellent tous les Dalits à entrer en action. Le SKM (Front Uni Paysan) rencontre le même jour les 10 confédérations de salariés, et il en sort dans l’immédiat un appel à une action commune dans toute l’Inde contre les privatisations le 15 mars, élargissant le mouvement déjà très fort en Andhra Pradesh, puis à une journée d’hommage national à Baghat Singh, nationaliste indien ayant rompu avec Gandhi, pendu par les occupants britanniques en 1931, s’affirmant marxiste à la veille de sa mort.

L’on peut, certes, s’interroger sur la « lenteur » de certains processus, mais en l’occurrence nous ne sommes pas du tout dans la même situation que, par exemple, celle de « journées d’action » qui se succéderaient de loin en loin. L’effervescence est totale et gagne tout le pays, sous la forme des Mahapanchayats ou sous d’autres formes, plus « ouvrières-traditionnelles » peut-être au Sud et au Bengale, mais aussi par le biais des Dalits, des Adivasis et des tribus, ainsi que par la jeunesse dans laquelle tout cela est repris et brassé, les revendications féministes et climatiques étant pleinement présentes. Il n’y a aucune arriération dans cette poussée révolutionnaire : elle est, au moment présent, la pointe avancée de la vague révolutionnaire planétaire.

En fait, sous cette fausse lenteur qui est un déploiement et un approfondissement, l’impression domine que la tempête approche et que cette immense vague n’est encore qu’une … vague, devant ce qui pourrait venir. Car les acteurs de la lutte sentent et savent que les questions du pouvoir, de la terre, de la propriété, sont devant eux et sont bien là.

Au Pakistan, la poussée est là aussi malgré les atermoiements permanents de l’opposition parlementaire. Ici aussi une échéance est dans le paysage : le 26 mars est maintenant désigné pour le départ du pouvoir et de l’État militaro-islamiste … Des manifestations paysannes démarrent dans la région de Lahore.

Au Bangladesh (cf. l’article de J. Chastaing sur notre site le 23 décembre), la situation était jusque là décalée, les importantes luttes sociales « économiques » de 2019 ayant été stoppées au prétexte du Covid. Si vous cherchez sur un moteur de recherche « Bangladesh manifestations » en France encore ce jour, vous ne trouverez que les manifestations islamistes anti-françaises. Pourtant la situation a commencé à basculer : le probable assassinat en prison de l’écrivain Musahqt Ahmed, et les actes de torture contre le caricaturiste Ahmed Kabir Kishore, qui avaient dénoncé la gestion de la pandémie par le pouvoir, ont déclenché des manifestations de masse, qui affrontent la police.

A l’aune de ce qui se passe en Inde, le Bangladesh peut donc lui aussi entrer dans la zone des tempêtes.

Y est entré, sans aucun doute, le Myanmar ou Birmanie. Les militaires, aidés par l’impérialisme chinois, ne s’attendaient pas à une telle résistance, car c’est plus qu’une résistance : c’est un soulèvement. Ils pensaient que l’usure des aspirations populaires pendant les années de pouvoir équivoque d’Aung Sang Su Kyi, marquées notamment par un début de génocide contre les Rohingyas, leur avait donné le champ libre. En fait, la grève générale pour la démocratie affronte l’armée, qui tire.

C’est donc toute l’Asie du Sud qui entre dans la tempête sociale et démocratique. Deux questions immédiates se posent, outre celle de briser le mur de la désinformation par le silence :

– A quand une manifestation devant l’ambassade birmane et son chaperon impérialiste chinois ?

– Et si on faisait du 8 mars une journée internationale de solidarité avec les femmes indiennes ? Car le 8 mars indien va retentir dans le monde. Retentissons avec lui !


Fraternellement,
GdM
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par com_71 » 07 Mars 2021, 11:27

Dans le dernier Workers' Fight (fév. 2021)
Inde : Les agriculteurs font reculer le gouvernement
Le 26 janvier, des milliers d'agriculteurs ont pris d'assaut le Fort Rouge, au cœur de Delhi, pour exiger l'abrogation de trois nouvelles lois agricoles imposées par le gouvernement Modi. La marche a commencé comme un «défilé de tracteurs» à partir de la périphérie de Delhi, où les agriculteurs campent depuis deux mois. Ils ont défié les routes désignées pour marcher vers le centre de la capitale, brisant les barricades et maîtrisant la police d'État et les forces paramilitaires avec leur nombre, leurs tracteurs et leur courage, au milieu des célébrations de haute sécurité de la fête de la République. C'était ce qui était écrit sur l'une de leurs banderoles : «Nous annonçons que c'est une guerre et elle continuera jusqu'à ce que les ouvriers et les paysans aient gagné.»
En fait, il y a eu des manifestations simultanées dans 20 autres États. Pas étonnant : la moitié de la population est impliquée dans l'agriculture, mais 1 sur 5 dans des régions comme le Pendjab vit dans la pauvreté. Dix mille agriculteurs indiens se suicident chaque année. Les nouvelles lois de Modi sont susceptibles de détruire leurs moyens de subsistance déjà précaires en permettant aux grandes multinationales de l’agro-industrie de dominer le marché. La grave crise du chômage dans les villes signifie que quitter la campagne n'est pas une option. Alors ils ont dit: "nous gagnerons ou mourrons". Les travailleurs des ceintures industrielles entourant les sit-in des agriculteurs avaient suivi de près les manifestations des agriculteurs. Le jour de la marche, ils sont venus se joindre individuellement et en groupes. Certains sont allés aux sit-in où les fermiers de leurs villages s'étaient rassemblés et ont marché avec eux. Certains sont venus la veille pour aider aux préparatifs du rallye. Dans les jours qui ont suivi, les travailleurs étaient heureux que les forces paramilitaires et la police de l'État, qui l'an dernier les avaient battus lorsqu'ils étaient rentrés chez eux pendant le verrouillage, aient été repoussées.
Le gouvernement a maintenant tenté de transformer les sit-in en camps de prisonniers, érigeant des clôtures de barbelés et des murs autour d'eux, des clous cimentés sur la route (pour percer les pneus des tracteurs), postant un grand nombre de forces policières et paramilitaires et bloquant les services mobiles et Internet à des kilomètres à la ronde. Récemment, un sit-in a été attaqué par la police de Delhi et des groupes hindous de droite. Afin de détourner l’attention des manifestations et avec le consentement implicite de Modi, l’extrême droite hindoue tente de relancer sa campagne autour du temple Ram à Ayodhya. Ces dernières semaines, elle a provoqué des émeutes dans au moins trois villes de l'état du Madhya Pradesh, les agriculteurs ne sont pas démoralisés. En fait, des dizaines de milliers d'autres ont rejoint les manifestations de l'Uttar Pradesh et de l'Haryana. Le budget nouvellement annoncé, qui montre clairement l’intention du gouvernement de faire avancer la privatisation d’un plus grand nombre d’industries du secteur public et les effets persistants de la crise économique, donne aux travailleurs toutes les raisons d’accorder leur poids à ces manifestations.
Nous ne pouvons qu’espérer que les paysans et les travailleurs indiens continueront à avancer.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: L'Inde paysanne se remet à bouger !

Message par Gayraud de Mazars » 25 Mars 2021, 16:47

Salut camarades,

Inde, 8 mars-26 mars, le point d’une vague qui monte toujours !
Le jeudi 25 mars 2021, publié sur le site d'Arguments Pour la Lutte Sociale [aplutsoc]

Le résumé ci-dessous a été établi par Vincent Présumey principalement au moyen des messages quotidiens de Jacques Chastaing.

https://aplutsoc.org/2021/03/25/inde-8- ... -toujours/

Le 8 mars, journée internationale de lutte pour l’émancipation des femmes, à l’échelle mondiale, c’est en Inde que les choses importantes se sont passées. Ce jour-là, les organisations paysannes ont appelé à se ranger derrière les femmes, comme les 50 000 travailleuses de la moutarde, arrivée devant Delhi ce jour-là dans un costume jaune évoquant les champs où elles travaillent.

Comme l’explique notre camarade Jacques Chastaing, « … les femmes, paysannes ou non, Intouchables, musulmanes, sikhs ou hindoues, souvent des employées des crèches rurales et aides-soignantes rurales en lutte elles-mêmes depuis des mois, ont investi les Mahapanchayats, organes de la mobilisation paysanne à partir du 29 janvier 2021.

Ces Mahapanchayats issus d’un très lointain passé, étaient souvent de ce fait, assez traditionalistes, patriarcaux, misogynes, où les femmes n’étaient fréquemment pas admises. Dans leur élan, les femmes les transformèrent en des structures de la démocratie directe paysanne du soulèvement actuel, mais ouvertes à tous, femmes, jeunes, ouvriers, Intouchables, musulmans, sikhs, hindous tous ensemble, et en firent un organe de combat mais aussi les structures d’un monde embryonnaire débarrassé de toutes les oppressions. »

Notons bien cela : c’est l’intervention des femmes dans la poussée révolutionnaire qui, en imposant leur présence massive, à donné décisivement forme à ce que nous pouvons, fort de l’expérience de deux siècles de combats émancipateurs, appeler des « formes soviétiques d’organisation » au vrai sens du terme !

La nouvelle étape de la vague, après celles de 2020, du 26 janvier et du déploiement des Mahapanchayats (voir notre article du 6 mars dernier), s’est effectivement lancée d’elle-même sur l’élan du 8 mars. Quelques jours plus tard en effet, les appels se précisent : les organisations paysannes appellent à virer le BJP, parti au pouvoir, dans tous les nombreux scrutins locaux et d’Etats de ces mois de mars et d’avril, et ils appellent à l’unité d’action avec les ouvriers et les salariés, qui réalise de sérieux pas en avant avec l’appel des ouvriers en grève de l’aciérie Vizag, à Visakhapatnam, seconde ville de l’Andhra Pradesh (grand Etat du Sud), qui appellent les organisations paysannes à l’action commune pour bloquer les routes, et l’appel à une grève totale du secteur des banques et des assurances du 15 au 18 mars, faisant suite à une journée nationale contre les privatisations le 15 mars – alors même que les participants aux campements qui entourent Delhi commencent à construire en dur les maisons de « l’Armée sociale paysanne », et qu’une nouvelle marche de tracteurs monte sur Delhi et une autre sur Patna (Bihar), grande ville de la plaine du Gange.

C’est dans ce contexte que Modi tente de reprendre la main en déclarant, le 12 mars, que dans tout le pays des marchés aux prix dérégulés peuvent et doivent s’ouvrir. Rakesh Tikait lui répond le 14 mars par cette phrase : « Personne ne pourra nous arrêter : nous allons prendre le Parlement et le transformer en marché aux grains. »

Les journées d’action et grèves des 15-18 mars, sous la pression de la grève réellement totale des employés des banques et assurances, et du mouvement paysan global, comportaient certes un aspect visant à encadrer, limiter et étaler le mouvement, de la part des directions des centrales syndicales qui, plus ou moins à reculons, sont depuis des mois obligées d’appeler régulièrement à de telles actions. Mais, le 17 mars, une réunion assez largement ouverte, de représentants de 43 organisations dont les centrales syndicales, les organisations paysannes, étudiantes, féminines, etc., décide d’un appel à une grève générale effective pour le 26 mars. La convergence du Delhi de 3 marches paysannes démarrant le 18 mars, depuis le Pendjab, l’Haryana et l’Uttar Pradesh, et d’une quatrième déjà partie du Karnataka, dans le lointain Sud, aboutissant le 23 à la journée, déjà lancée avant le 8 mars, d’hommage à Baghat Singh, désignée comme « fête de la liberté et de la laïcité (secularism) » contre Modi. Tous les éléments politiques et sociaux s’alignent pour unir un immense mouvement démocratique et prolétarien.

Signe de cet approfondissement : dans la ville de Rewa, au Madhya Pradesh (centre de l’Inde), sous la pression des « paysans » et des femmes, les autorités municipales ont annoncé qu’elles pratiqueraient désormais des mariages « révolutionnaires », c’est-à-dire sans prêtres ni frais. Ces peuples de l’Inde, cette nation indienne composite, que l’on nous dépeint comme arriérée en engoncée dans ses castes, est elle-même entrée en mouvement pour régler les questions les plus pressante : celle de la terre, de la démocratie, du droit des femmes … que le capitalisme n’a jamais réglé et ne fait qu’aggraver !

Sous des formes adaptées, le mouvement des Mahapanchayats s’étend du Nord de l’Inde, auquel le régime voudrait le cantonner en le faisant passer pour archaïque, à tout le pays. Il fait la jonction avec la poussée ouvrière et les AG de grévistes de l’Andhra Pradesh. Il s’étend maintenant aussi, depuis le Madhya Pradesh, vers le Gujarat, dans tout ce recoin Ouest d’où sont partis le néolibéralisme et l’ethno-nationalisme de Modi. Des Mahapanchayats se tiennent cette fois-ci tout autour de Bangalore, la métropole industrielle, ouvrière et informatique du Sud, et les ouvriers -dont les chauffeurs qui avaient déjà appelé les leaders paysans à la rescousse cet automne – s’y rendent. A Sunam, au Pendjab, se forment des structures de jeunes du mouvement paysan, filles et garçons, qui décident le blocage de la plate-forme logistique de Kila Raipur. Les tribu (100 millions d’habitants) inscrivent la préservation des forêts et des milieux au programme du mouvement global.

A la veille de ce 26 mars, les directions des centrales syndicales mettent en circulation d’autres dates postérieures, tandis que monte encore la pression d’en bas. En outre, un élément important est que la lutte qui se déroule au Myanmar est soutenue par les Indiens et que, dans les zones frontalières, les deux commencent à interférer, via les minorités ethniques de Etats indiens du Nord-Est, Arunachal Pradesh, Nagaland, Manipur, Mizoram et à travers eux l’Assam, et, de l’autre côté, le peuple Chin, nationalité opprimée de Birmanie.


Fraternellement,
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