écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Marxisme et mouvement ouvrier.

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Message par com_71 » 18 Nov 2017, 15:03

lutte ouvrière a écrit :Grammaire : où va se nicher le sexisme
15 Novembre 2017

314 enseignants ou enseignantes ont signé un manifeste affirmant qu’ils n’enseigneraient plus désormais la règle de grammaire, « le masculin l’emporte sur le féminin », dénonçant une formule qui, selon leurs termes, « résume la nécessaire subordination du féminin au masculin ».

Le renoncement à cette règle de grammaire serait symbolique. Cependant, l’apprentissage de cette règle dès le plus jeune âge et son application participent à la banalisation de l’inégalité entre les hommes et les femmes, toujours très marquée dans notre société. Ces enseignants proposent de revenir à la règle qui s’appliquait avant le 19e siècle, à savoir l’accord dit de proximité qui permet d’écrire « les hommes et les femmes sont belles » plutôt que « les hommes et les femmes sont beaux ».

Ce qui est frappant dans ce débat est la façon dont certains s’opposent à toute modification sur ce terrain. La règle actuelle n’a été réellement appliquée qu’au 19e siècle, au moment où l’école devint obligatoire, dans une période où le Code Napoléon rendait les femmes mineures à vie. Son application faisait suite à un combat mené et gagné au nom de la suprématie masculine. Cette règle en effet fut proposée en 1767 et un des grammairiens la défendait en ces termes : « Le masculin est plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

De fait, qu’ils fassent partie ou non de l’Académie française réputée pour son conservatisme, ceux qui s’opposent à une évolution de cette règle grammaticale se retrouvent à continuer un combat mené à partir du 17e siècle pour exprimer jusque dans le langage la position subordonnée des femmes dans la société. Et même si certains linguistes disent maintenant que le masculin serait devenu un genre neutre pour justifier la règle, celle-ci n’est nullement neutre face à une situation d’inégalité sociale qui perdure.

Il ne suffira certes pas de changer la langue pour régler un problème social qu’elle ne fait que refléter.

Inès Rabah
Que de méprisables eunuques ne viennent pas soutenir que l'esclavagiste qui, par la ruse et la violence, enchaîne un esclave est devant la morale l'égal de l'esclave qui, par la ruse et la violence, brise ses chaînes ! Trotsky
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Message par com_71 » 18 Nov 2017, 15:04

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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par Zelda_Zbak » 18 Nov 2017, 15:30

Je fais du développement web (gestion de personnels) pour une administration.
J'avoue que ces problèmes de genres sont parfois savoureux à modéliser. Je vais vous raconter le genre de problématiques que ça occasionne en gardant mon devoir de réserve, cela va sans dire.
Première partie du cahier des charges (fastoche)

tu colles un genre à chaque métier...
Donc tu fais une nomenclature des métiers, du genre

id / lib_h / lib_f / hierarchie

Et ça donne des trucs du genre

4 / maçon / maçonne / 15
5 / chef d'équipe / cheffe d'équipe / 25

Et puis tout baigne dans le meilleur des mondes... on fait une jointure entre le genre de l'employé et l'emploi, et selon le cas, on choisit le libelle homme ou le libelle femme...

Arrive ensuite ceci

6 / adjoint au chef d'équipe / adjointe au chef d'équipe / 24

Vous voyez le problème ?
quid des adjoints et adjointes à la cheffe d'équipe...

Mouarf, je vous assure que ça complique, parce que j'ai du trouver le genre de l'adjoint(e), le genre de son chef(fe), avant de pouvoir coller le bon libelle. La requête SQL devient assez rigolote.

Comme j'aime les solutions simples, j'ai suggéré à la MOA une solution simple :
On a qu'à dire chef d'équipe adjoint et cheffe d'équipe adjointe...
Mais non, dans les arcanes de l'administration, ça n'est pas du tout équivalent.
Je cherche un exemple... cousin du prince ne peut pas devenir prince cousin... genre...
Alors j'ai revu ma copie. :)

Pour revenir sur le fond, ils + elles ne devraient être ni ils ni elles, c'est évident. On devrait inventer un nouveau pronom et puis c'est tout : je suggère ols, tout simplement.
Et pour les adjectifs, le x est pas mal pour le neutre.
Ols sont toux venux. Ols sont toux repartix.
hihi
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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par com_71 » 18 Nov 2017, 17:51

lutte ouvrière a écrit :l’accord dit de proximité qui permet d’écrire « les hommes et les femmes sont belles » plutôt que « les hommes et les femmes sont beaux ».


Mais "mon frère et ma soeur sont belles" serait déjà plus difficile à faire accepter par l'usage. Même si "mon frère et ma soeur sont beaux" est critiquable, ça passe mieux. L'argument "le masculin a acquis un statut de neutre" a une certaine consistance linguistique.

Seuls des changements sociaux bien plus profonds que des petites incursions de la petite bourgeoisie journalistique ou enseignante dans le domaine de la langue pourront quelque chose dans ce domaine.
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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par Matrok » 20 Nov 2017, 06:28

Une vidéo intéressante sur le sujet : 10 TRUCS SOULANTS autour de l'ÉCRITURE INCLUSIVE - MLTP#20 (chaîne youtube de Linguisticae)
Au passage, ça permet de revenir sur ce paragraphe de l'article de LO :
Ce qui est frappant dans ce débat est la façon dont certains s’opposent à toute modification sur ce terrain. La règle actuelle n’a été réellement appliquée qu’au 19e siècle, au moment où l’école devint obligatoire, dans une période où le Code Napoléon rendait les femmes mineures à vie. Son application faisait suite à un combat mené et gagné au nom de la suprématie masculine. Cette règle en effet fut proposée en 1767 et un des grammairiens la défendait en ces termes : « Le masculin est plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Ce paragraphe, donc, reprend un argument issu d'une pétitions d'enseignants... un argument faux. La "règle" dont il est question est le résultat de l'évolution de la langue mais sa justification au nom de la "supériorité du mâle sur la femelle" n'est qu'une absurdité, rajoutée après coup par un grammairien paresseux et mal intentionné. Certes, affirmer que cette "règle" vient de ce que les désinences du neutre sont semblables à celle du masculin, ça fait moins de gauche, ça fait moins féministe !
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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par com_71 » 25 Nov 2017, 00:50

Une fédération de non-voyants opposée à l'écriture inclusive, "proprement indéchiffrable"
21h54, le 20 novembre 2017

Une fédération de non-voyants opposée à l'écriture inclusive, "proprement indéchiffrable"
"Pour nous personnes aveugles, cette soi-disant langue inclusive est proprement indéchiffrable par nos lecteurs d'écrans."@ FRED DUFOUR / AFP


La Fédération des Aveugles de France demande à mettre fin au débat sur l'écriture inclusive, estimant qu'elle sera un handicap de plus pour les non-voyants.

L'écriture inclusive donne une "langue illisible, incompréhensible" et "proprement indéchiffrable par nos lecteurs d'écrans", indique lundi la Fédération des Aveugles de France, demandant de mettre "fin à ce mélange des genres".

"Proprement indéchiffrable". "Vouloir à tout prix dans une même phrase faire référence aux deux genres revient à faire naître une langue illisible, incompréhensible en particulier par ceux qui éprouvent quelques difficultés avec cette même langue, les dyslexiques par exemple. Pour nous personnes aveugles, cette soi-disant langue inclusive est proprement indéchiffrable par nos lecteurs d'écrans", explique dans un communiqué la fédération. Outil destiné à lutter contre les stéréotypes liés aux sexes et les inégalités entre les femmes et les hommes, l'écriture inclusive consiste à inclure le féminin, entrecoupé de point-médians, dans les noms. Par exemple : agriculteur·rice·s, artisan·e·s, Français·e·s, ou commerçant·e·s.

Une "inculture incroyable". Intervenant dans un débat qui agite actuellement le monde de l'éducation ou des médias, cette fédération de non-voyants et de malvoyants demande "que soit mis fin à ce mélange des genres qui ne peut que porter gravement atteinte à une cause noble entre toutes mais qui serait ici bien mal défendue". "S'il est un combat qui retient l'attention de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, c'est bien celui pour l'égalité des droits et des chances" mais "faire de la question de la construction de la langue un sujet qui aurait rapport avec une quelconque discrimination sexuelle, c'est là faire preuve d'une inculture incroyable et de confusion redoutable", ajoute son président Vincent Michel.


"agriculteur·rice·s" Et pourquoi pas "agricultrice·eur·s", pourquoi le masculin en premier ?
Et où brancher le "rice" ? Il faudrait marquer la 1ère césure (agricult·eur·rice·s).
"Comme à son habitude N. Arthaud a entamé son discours par travailleur·euse·s" :lol:
Au fait, "travailleuses, travailleurs", ce n'est pas assez inclusif ?
Bonne chance à ceux qui devraient recoder les correcteurs d'orthographe !
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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par Zelda_Zbak » 25 Nov 2017, 09:56

A côté de ça, les vieux barbons de l'Académie Française, Carrère d'Encausse en tête, ne veulent pas entendre parler de féminiser les titres.
Carrère d'Encausse n'a qu'à se faire opérer, si elle tient à se faire appeler Madame Le Président... C'est pas mon problème.
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Re: écriture "dé-genrée" (dégénérée ?)...

Message par com_71 » 25 Nov 2017, 11:40

Opération du neurone ? C'est risqué ça ! :lol:

Reprenons.

Je crois n'avoir jamais vu un texte commis en écriture inclusive (.e. , rEs , etc.) tenir compte de toutes les occurrences possible. Comme si respecter la mode une fois ou deux par page suffisait...

Exemple (bulletin municipal du 12ème à Paris oct. 2017) : "un voeu des élu-es communistes parisiens..." au lieu de "un voeu des élu-es communistes parisien-nes..."
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