Belles feuilles

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Belles feuilles

Message par Byrrh » 03 Nov 2019, 19:56

Merci Cyrano.
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Re: Belles feuilles

Message par Gayraud de Mazars » 08 Nov 2019, 17:04

Salut camarades,

Hier, était la date anniversaire le 7 novembre de la Révolution d'Octobre, 102e anniversaire. De cette Révolution qui ébranla le monde, le témoignage d'André Breton...

André Breton : La Révolution d'Octobre

Contre vents et marées, je suis de ceux qui retrouvent encore, au souvenir de la Révolution d'octobre, une bonne part de cet élan inconditionnel qui me porta vers elle quand j'étais jeune et qui impliquait le don total de soi-même. Pour moi, rien de ce qui s'est passé depuis lors n'a complètement prévalu sur ce mouvement de l'esprit et du coeur. Les monstrueuses iniquités inhérentes à la structure capitaliste ne sont pas pour nous scandaliser moins aujourd'hui qu'elles ne faisaient hier, aussi n'avons-nous pas cessé de vouloir - autrement dit d'exiger de nous-mêmes — qu'y soit mis un terme. Pour cela, nous ne doutons pas plus qu'alors qu'il faille en passer par des moyens révolutionnaires.

Les journées d'octobre, en leur temps, nous sont apparues et elles nous apparaissent encore comme la résultante inéluctable de ces moyens. Rien ne peut faire qu'elles n'aient marqué le point d'impact dans le passage du plan des aspirations à celui de l'exécution concrète. A cet égard, rien ne peut faire qu'elles ne demeurent exemplaires et que retombe l'exaltation qu'elles portaient.

Cela, sans préjudice de ce qu'il est advenu par la suite, c'est ce qu'il importe que nous reconnaissions toujours. Au plus noir de la déception, de la dérision et de l'amertume — comme à l'époque des procès de Moscou ou de l'écrasement de l'insurrection de Budapest, il faut que nous puissions reprendre force et espoir dans ce que les journées d'octobre gardent à jamais d'électrisant : la prise de conscience de leur pouvoir par les masses opprimées et de la possibilité pour elles d'exercer effectivement ce pouvoir, la « facilité » (l'expression est, je crois, de Lénine) avec laquelle les vieux cadres craquaient.

Pour ma part, j'ai toujours regardé comme un talisman cette photographie que d'aucuns auraient tant donné pour faire disparaître et que les journaux reproduisent en raison de la commémoration actuelle, qui montre Lénine penché sur son immense auditoire, d'une tribune au pied de laquelle se dresse, en uniforme de l'armée rouge, comme assumant à lui seul la garde d'honneur, Léon Trotsky. Et ce même regard, celui de Léon Trotsky, que je retrouve fixé sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, à lui seul suffirait à m'enjoindre depuis lors de garder toute fidélité à une cause, la plus sacrée de toutes, celle de l'émancipation de l'homme, et cela par delà les vicissitudes qu'elle peut connaître et, en ce qui l'a concerné, les pires dénis et déboires humains. Un tel regard et la lumière qui s'y lève, rien ne parviendra à l'éteindre, pas plus que Thermidor n'a pu altérer les traits de Saint-Just. Qu'il soit ce qui nous scrute et nous soutient ce soir, dans une perspective où la Révolution d'octobre couve en nous la même inflexible ardeur que la Révolution espagnole, la Révolution hongroise et la lutte du peuple algérien pour sa libération.

(Message envoyé au meeting organisé par le P.C.I. pour le quarantième anniversaire de la Révolution d'Octobre et publié dans « La Vérité » du 19 novembre 1957)


La fameuse photographie dont parle André Breton...

Image

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"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Belles feuilles

Message par Kéox2 » 08 Nov 2019, 21:36

Merci Gayraud pour la photo et l'extrait du discours d'André Breton. Quelqu'un sait qui est le personnage derrière L.D. Trotsky qui porte également une casquette sur les marches de l'estrade ? Sinon le texte d'A. Breton est profond, juste et émouvant je trouve, des artistes et intellectuels de cette qualité comme lui nous manquent aujourd'hui.
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Re: Belles feuilles

Message par Gayraud de Mazars » 09 Nov 2019, 04:30

Salut camarade Kéox !

Kéox2 a écrit :Quelqu'un sait qui est le personnage derrière L.D. Trotsky qui porte également une casquette sur les marches de l'estrade ?


Sur la photographie derrière Trotsky, c'est Kamenev...

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Re: Belles feuilles

Message par Cyrano » 09 Nov 2019, 08:19

Dans le livre "Trotsky", iconographie et mise en page de David King, préface de Pierre Broué, éditions E.D.I, on peut voir qu'il existe une autre photo de ce même jour, le 5 mai 1920, prise à un autre moment: c'est Trotsky qui parle, et à coté, on peut voir Lénine et Kamenev.
Et il y aussi deux autres photos où on voit Lénine, Trotsky, Kamenev, papotant entr'eux après ce meeting.

Dommage que les photos du bouquin que j'ai cité soient reproduites avec une très mauvaise qualité.
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Re: Belles feuilles

Message par Cyrano » 09 Nov 2019, 09:30

On nous écrit de Janina...

Un copain me signale une photo encore meilleure pour identifier:
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/ ... speech.jpg

Là, le Léon s'est poussé, ah quand même! et on peut mieux voir Kamenev.
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Re: Belles feuilles

Message par Kéox2 » 09 Nov 2019, 14:36

Kamenev bien sûr, j'aurais dû m'en douter. Merci Gayraud et Cyrano pour vos précisions.
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Belles feuilles Engels. Un ordre social nouveau est possible

Message par com_71 » 09 Nov 2019, 16:07

...c'est la clas­se labo­rieuse seule qui produit toutes les valeurs. Car le mot valeur n'est qu'une autre expression pour le mot travail, expression par laquelle on désigne dans notre société capitaliste actuelle la quantité de travail socialement nécessaire, incorporée dans une marchandise déterminée. Mais ces valeurs produites par les ouvriers n'appartiennent pas aux ouvriers. Elles appartien­nent aux possesseurs des matières premières, des machines et instruments et des avances d'argent qui leur permettent d'acheter la force de travail de la classe ouvrière. De toute la masse de produits créés par la classe ouvrière, il ne lui revient donc qu'une partie. Et, ainsi que nous venons de le voir, l'autre partie que la classe capitaliste conserve pour elle et qu'il lui faut tout au plus partager encore avec la classe des propriétaires fonciers, devient, à chaque découverte et invention nouvelles, de plus en plus grande, alors que la partie revenant à la classe ouvrière (calculée par tête) ou bien ne s'accroît que très lentement et de façon insignifiante, ou bien reste stationnaire, ou bien encore, dans certaines circonstances, diminue.

Mais ces découvertes et inventions qui s'évincent réciproquement avec une rapidité de plus en plus grande, ce rendement du travail humain qui s'accroît chaque jour dans des proportions inouïes, finissent par créer un conflit dans lequel l'économie capitaliste actuelle ne peut que sombrer. D'un côté, des richesses incommensurables et un pléthore de richesses dont les acheteurs ne savent que faire. De l’autre, la grande masse de la société prolétarisée, ses membres transformés en salariés, et par là-même incapables d’acquérir ces excédents de richesses. La séparation de la société entre une mince couche immensément riche et une vaste classe de salariés ne possédant rien, fait que cette société s’asphyxie elle-même dans sa propre richesse alors que la grande majorité de ses membres sont peu ou pas du tout protégés de la misère. Cette situation est chaque jour plus absurde et moins nécessaire. On peut et on doit en finir avec elle. Un ordre social nouveau est possible, au sein duquel les différences de classe d’aujourd’hui auront disparu et où – peut-être après une courte période de transition, peut-être difficile sous bien des aspects, mais en tout cas moralement fort utile – on disposera des moyens de vivre, de profiter de la vie, d’exercer ses facultés physiques et intellectuelles, grâce à l’usage harmonieux et au développement ultérieur des immenses forces productives de la société qui existent déjà, avec l’obligation pour tous de travailler également...

Londres, le 30 avril 1891.

Rédigé par Engels pour l'édition séparée de l'ouvrage de Marx Travail salarié et Capital, parue à Berlin en 1891.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles E. Debs 1904

Message par com_71 » 15 Nov 2019, 00:12

"Dix mille fois le mouvement ouvrier a trébuché, est tombé, s'est blessé et s'est redressé ; a été saisi à la gorge et étouffé et matraqué dans l'indifférence générale ; condamné par les tribunaux, agressé par des voyous, mis en cause par la milice, abattu par les flics, caricaturé par la presse, ignoré par l'opinion publique, abusé par les politiciens, menacé par des prêtres, répudié par des renégats, attaqué par des greffiers, infesté d'espions , abandonné par des lâches, trahie par des traîtres, saigné par des sangsues et vendue par des dirigeants, mais malgré tout cela, il constitue aujourd'hui la force vivante la plus importante que cette planète ait jamais portée et sa mission historique d'émanciper les travailleurs du monde de la servitude séculaire est aussi certaine que la réalisation ultime du coucher de soleil."
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles Trotsky (l'IC après Lénine)

Message par com_71 » 16 Nov 2019, 10:27

Sur la "Révolution Permanente" :

LA RÉVOLUTION PERMANENTE ET L'INSURRECTION DE CANTON

En novembre 1927, le plénum du Comité central du Parti communiste chinois constatait :

" Les circonstances objectives qui existent actuellement en Chine sont telles que la durée d'une situation directement révolutionnaire se mesurera, non pas en semaines ou en mois, mais en longues années. La révolution chinoise a un caractère durable, mais elle n'a pas d'arrêt. De par son caractère, elle constitue ce que Marx appelait une 'révolution permanente'. "

Est-ce vrai ? Si l'on comprend bien cette affirmation, elle est vraie. Mais il faut la comprendre à la manière de Marx, et non pas de Lominadzé.
Boukharine, qui démasqua ce dernier pour l'utilisation qu'il faisait de cette formule, n'est pas plus près de Marx que lui. Toute véritable révolution, dans une société capitaliste, surtout dans un grand pays et plus particulièrement maintenant, à l'époque impérialiste, tend à se transformer en révolution permanente, c'est-à-dire à ne pas s'arrêter aux étapes atteintes, à ne pas se limiter aux cadres nationaux, mais à s'étendre et à s'approfondir jusqu'à la transformation totale de la société, jusqu'à l'abolition définitive des distinctions de classe, donc jusqu'à la suppression complète et finale de la possibilité même d'une nouvelle révolution. C'est en cela que consiste la conception marxiste de la révolution prolétarienne, qui se distingue par là de la révolution bourgeoise, limitée, elle, par son cadre national et par ses objectifs spéciaux. La révolution chinoise tend à devenir permanente dans la mesure où elle renferme la possibilité de la conquête du pouvoir par le prolétariat. Parler de la révolution permanente sans parler de cette possibilité et en dehors d'elle, c'est parler pour ne rien dire. Seul le prolétariat, après s'être emparé du pouvoir d'État et l'avoir transformé en instrument de lutte contre toutes les formes d'oppression et d'exploitation, aussi bien dans le pays qu'au-delà des frontières, assure à la révolution un caractère continu et l'amène jusqu'à l'édification de la société socialiste intégrale. La condition nécessaire de cette édification est donc une politique qui prépare le prolétariat à conquérir le pouvoir en temps voulu.
Lominadzé a fait de la possibilité d'un développement permanent de la révolution (à condition que la politique communiste soit juste) une formule scolastique garantissant d'un coup et définitivement une situation révolutionnaire " pour de longues années ". La permanence de la révolution devient ainsi une loi placée au-dessus de l'histoire, indépendante de la politique de la direction et du développement matériel des événements révolutionnaires...


https://www.marxists.org/francais/trots ... cal31.html
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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