Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Gayraud de Mazars » 23 Mars 2021, 09:46

Salut camarades,

A noter l'excellent éditorial des bulletins entreprises de Lutte Ouvrière dont je redonne le lien !

De la Commune de 1871 à aujourd'hui : la même guerre de classes, le même besoin d'émancipation des travailleurs !
Publié le 22 mars 2021

https://www.lutte-ouvriere.org/editoria ... 56011.html

« Les damnés de la Commune », sur Arte : la voix des insurgés
Publié sur le site du journal La Croix
Par Cécile Jaurès, le 23/03/2021

https://www.la-croix.com/Culture/damnes ... 1201147136

Les faits À travers le témoignage poignant de Victorine Brocher, le documentaire « Les damnés de la Commune », diffusé mardi 23 mars à 20 h 50 sur Arte, retrace les événements qui ont enflammé la capitale il y a 150 ans.

Image
Gravure d’époque sur une exécution pendant la Commune de Paris en 1871

Victorine Brocher fait partie de ces petites gens que le XIXe siècle n’a pas épargnés. Depuis son adolescence, cette gamine des quartiers populaires enchaîne les petits boulots : porteuse de pain, marchande de soupe, lavandière… Mariée à un ancien soldat porté sur la bouteille, elle trime jusqu’à 14 heures par jour pour un salaire de misère qui ne suffit pas à nourrir sa famille. Lorsque débute la Commune de Paris, le 18 mars 1871, son petit garçon, épuisé par les privations, vient de succomber à la maladie. Victorine Brocher n’a plus rien à perdre et elle s’engage avec l’énergie du désespoir dans le bataillon des Enfants perdus.

Gravures d’époque

La voix fêlée de Yolande Moreau, vibrante d’émotions, fait revivre le destin de cette communarde, exilée en Suisse après la répression de l’insurrection populaire. À travers son témoignage poignant, extrait de ses mémoires (1), le documentaire retrace les événements qui enflammèrent la capitale il y a tout juste 150 ans. Son auteur Raphaël Meyssan se passionne, depuis une dizaine d’années déjà, pour ce mouvement révolutionnaire qu’il estime injustement « effacé du roman national ». Pour raviver notre mémoire collective, il a tout d’abord signé un roman graphique en trois tomes, publié chez Glénat entre 2017 et 2019.

Comme son livre, le film met en lumière des centaines de gravures d’époque, animées avec délicatesse. Ici, une nuée d’hirondelles virevolte au-dessus de la Bastille, des réverbères scintillent, de la fumée s’élève, là, des balles fusent au ralenti ou une explosion projette les corps des fédérés. Raphaël Meyssan découpe les images en noir et blanc en plusieurs plans qu’il déplace séparément pour leur donner du relief. Ce travail d’orfèvre, associé à une bande-son soignée, sert un récit engagé, qui souligne combien cette lutte acharnée pour la justice sociale fut porteuse d’utopies et d’espoirs anéantis.

(1) Publiés par François Maspero en 1976, ses Souvenirs d’une morte vivante ont été édités en poche en 2017 chez Libertalia.


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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Cyrano » 23 Mars 2021, 22:49

A la fin du documentaire de ce soir sur Arte, "Les damnés de la Commune", je lis:

Fabienne Servan-Schreiber
dédie ce film à la mémoire de Henri Weber


Ça m'a gâté le générique.
Cyrano
 
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par com_71 » 24 Mars 2021, 14:01

On m'a envoyé ce lien vers une vidéo documentaire. Ça devrait être pas mal :
https://www.mediapart.fr/studio/documen ... paris-1871
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Kéox2 » 24 Mars 2021, 17:36

Moi aussi j'ai bien aimé ce Théma d'Arte sur la Commune. Juste un très court passage que j'ai ressenti comme une critique à mot couvert du décret sur les otages pris par la Commune, présenté comme trop dur... bon mais en même temps c'est Arte et ce ne sont pas vraiment nos amis. Je n'avais pas reconnu la voix de Yolande Moreau qui était vraiment très en phase avec le personnage de Victorine, pleine d'émotion, de justesse. Bonne observation de Cyrano sur le générique : dédier ce film à Henri Weber qui a fini comme tant d'autres renégats, politicien au service des Versaillais d'aujourd'hui, quelle infamie !
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Byrrh » 24 Mars 2021, 18:05

Kéox2 a écrit :Bonne observation de Cyrano sur le générique : dédier ce film à Henri Weber qui a fini comme tant d'autres renégats, politicien au service des Versaillais d'aujourd'hui, quelle infamie !

Autrement dit, la productrice a dédié le film à... celui qui fut son compagnon. L'auteur Raphaël Meyssan a-t-il eu son mot à dire ?
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Gayraud de Mazars » 25 Mars 2021, 16:16

Salut camarades,

Chronique hebdomadaire des 150 ans de La Commune, dans le journal Lutte Ouvrière épisode 2...

Des Communes à Lyon, à Marseille, au Creusot…
24 mars 2021, dans le journal de Lutte Ouvrière n° 2747
Par Sylvie Maréchal

https://journal.lutte-ouvriere.org/2021 ... 56146.html

Le 4 septembre 1870, en province comme à Paris, et même avant Paris pour Lyon et Marseille, l’effondrement de l’Empire entraîna la proclamation de la République. Dans bien des villes, elle s’accompagna de mobilisations populaires tendant à créer des Communes, au sens où l’entendaient les prolétaires avec leurs traditions de lutte.

Vingt ans après la révolution de 1848, les années 1869-1870 avaient été marquées par des luttes ouvrières. À Lyon et dans sa région par exemple, toutes les professions avaient été touchées. La grève des ouvrières de la soie, la grande grève des mineurs de Saint-Etienne réprimée par la troupe restaient dans les mémoires. Les villes avaient elles aussi une Garde nationale, évidemment moins nombreuse et organisée que celle de Paris. Dans les quartiers ouvriers vivaient des militants, des travailleurs conscients qui, dès le début, furent méfiants à l’égard du nouveau gouvernement de la Défense nationale de Gambetta.

Dès septembre, des insurrections se produisirent, voire des tentatives d’instaurer des Communes ; des travailleurs créèrent ou réactivèrent leurs propres organisations, dont certaines étaient armées.

Le 4 septembre, à Lyon, la foule envahit l’hôtel de ville, arbora le drapeau rouge, proclama un comité de salut public comportant « des gens de la classe la plus basse », selon le témoignage méprisant d’un républicain modéré. Un comité de sûreté générale s’empara de l’hôtel de police. Le drapeau rouge flotta aussi sur la mairie du quartier ouvrier de la Guillotière. Les gardes nationaux profitèrent des événements pour s’armer, en récupérant dans les forts les fusils qu’on leur avait refusés jusque-là.

Le comité de salut public, dont les participants étaient loin de vouloir tous une Commune, n’eut qu’une existence éphémère. La mobilisation s’effrita, mais résista dans les quartiers ouvriers. Louis Andrieux, un des républicains bourgeois pressés de voir l’ordre restauré à Lyon, écrivit plus tard que cette Commune « se réfugiera dans les comités révolutionnaires, d’où elle menacera le représentant du pouvoir central, provoquera des prises d’armes et, en des retours éphémères, apparaîtra de nouveau à l’hôtel de ville, sans avoir besoin d’y rapporter son drapeau, qui n’aura pas cessé d’y défier les couleurs nationales ».

Parmi ces retours éphémères, on trouve la tentative de Bakounine, qui exhorta les travailleurs à prendre l’hôtel de ville le 28 septembre. La troupe et la Garde nationale des quartiers bourgeois les en empêchèrent.

À Marseille aussi, le 5 septembre, la population envahit la préfecture. Aux côtés de l’administration officielle tenue par des républicains modérés et radicaux, un autre pouvoir non officiel s’exerçait, formé par des gardes civiques armés des fusils récupérés à la préfecture et venus des quartiers ouvriers : « Nous nous souvenons de 1848 et de 1850. Nous nous méfions de ceux qui embrassent la République pour mieux l’étouffer demain », déclaraient ces gardes à leurs détracteurs.

Comme à Lyon, les manœuvres des envoyés du gouvernement de Gambetta exaspérèrent la population. Le 1er novembre, à Marseille, une tentative de créer une Commune regroupa les opposants radicaux et socialistes, dont des membres de l’AIT, le Ire Internationale, en réponse au commissaire du gouvernement venu rétablir l’ordre. Le 3 novembre, après une brève résistance des gardes civiques, la tentative échoua.

La mobilisation ne disparut pas pour autant. D’autres villes avaient proclamé la République, les ouvriers s’y mobilisaient, tous méfiants envers le nouveau gouvernement, comme à Saint-Étienne où s’organisa une Garde nationale, ou à Grenoble, dont la population exigea la démission du commandement militaire.

Aussitôt après le 18 mars, à l’annonce de la Commune de Paris, des villes ouvrières se mobilisèrent ou se remobilisèrent. Cela fut souvent bref. Quelques mois avaient permis de clarifier aux yeux de la plus grande partie de la population ouvrière ce qu’était cette République, mais avaient donné le temps au gouvernement de se préparer. Le parti de l’ordre avait conquis l’Assemblée, dont la majorité était même monarchiste.

À Lyon, le 21 mars, la Garde nationale fit battre le rappel dans les quartiers ouvriers, la foule s’assembla sur la place des Terreaux aux cris de « Vive la Commune ! À bas Versailles ! » Toujours sous l’impulsion des gardes nationaux, une commission provisoire, comptant des membres du comité de salut public de septembre et du comité révolutionnaire de la Guillotière, remplaça le conseil municipal et arrêta le préfet. Mais, en butte à une administration et à une bourgeoisie hostiles, cernée par les troupes rameutées par le commandement militaire, la mobilisation s’effilocha. Fin avril cependant, dans un dernier sursaut, la Guillotière se couvrit de barricades, avant d’être reprise par les gardes nationaux bourgeois et l’armée régulière.

À Marseille, le mouvement fut plus radical. Depuis le début mars, des grèves avaient lieu dans les industries et dans les docks, animées entre autres par des militants de l’Internationale. Le 23 mars, en réponse à une provocation, des autorités, les gardes nationaux et la population se mobilisèrent. La préfecture fut envahie et une commission départementale provisoire créée avec des représentants des républicains radicaux, de la Garde nationale, de l’Internationale et du conseil municipal. Rapidement, les autorités municipales prirent la fuite avec les fonctionnaires. Le général Espivent, après avoir lui aussi quitté la ville, rassembla ses troupes à Aubagne. Encore conciliatrice, submergée par les tâches matérielles, la commission se montra impuissante à organiser la défense contre une attaque prévisible. Le 4 avril, Espivent fit bombarder la préfecture, envoya la troupe à l’assaut des barricades. Il donna le signal de fusillades systématiques et d’arrestations massives, dont celles des chefs du mouvement que le conseil de guerre condamna à mort.

D’autres villes virent l’occupation de leur hôtel de ville et la proclamation de Communes éphémères : Saint-Étienne, Narbonne, Le Creusot… L’armée fut chargée de mettre fin à ces révoltes. Les rares soldats qui refusèrent de tirer sur la foule furent fusillés. Toulouse, Limoges, Bordeaux, Nevers, Vierzon, connurent aussi des tentatives mais, partout, Versailles imposa son ordre.

Ainsi, les tentatives de créer des Communes dans tout le pays tournèrent court, sans coordination entre elles ni avec Paris, restant minoritaires bien que, comme le notent même les rapports de police à propos de Lyon, « une large partie de la population fût sentimentalement gagnée aux communards parisiens ».

Comme à Paris, les militants appartenaient à diverses tendances, blanquistes, anarchistes, internationalistes de l’AIT. Mais, surtout, ni à l’échelle locale ni à l’échelle nationale ne s’imposait une direction politique qui aurait pu coordonner l’action, rallier non seulement l’ensemble des travailleurs mais aussi leur gagner des alliés dans la toute petite bourgeoisie, appauvrie elle aussi par la politique de l’Empire.

La Commune parisienne s’adressa aux travailleurs des villes et des campagnes, revendiquant « la terre au paysan, l’outil à l’ouvrier, le travail pour tous ». Mais, croulant sous les tâches, elle ne pouvait suppléer au parti révolutionnaire qui faisait défaut et qui aurait permis d’organiser les forces du prolétariat sur tout le territoire. Les tentatives faites dans les diverses villes n’en montrent pas moins combien la Commune de Paris représentait un mouvement révolutionnaire prolétarien bien réel dans tout le pays, allant bien au-delà des murs de la capitale.

(Notre série d’articles sur la Commune, commencée dans notre n° 2746 du 19 mars, se poursuivra dans nos prochains numéros)


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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Gayraud de Mazars » 27 Mars 2021, 19:23

Salut camarades,

Le drapeau de la Commune, des barricades de Belleville au mausolée de Lénine
Par Corentin Lahu
Cet article a été publié initialement sur le carnet Hypothèse de l’ANR PAPRIK@2F.
Il a été publié par La Fondation Gabriel Péri

https://gabrielperi.fr/commune-de-paris ... de-lenine/

A l’occasion de la mort de Lénine en 1924, les communistes de la section du 20e arrondissement de Paris décident de confier au Soviet de Moscou la garde d’un authentique étendard communard, drapeau sans inscription « fait d’une simple étoffe rouge – vrai drapeau d’insurgés – [qui] a vu le feu des barricades » et autour duquel se sont regroupés « les derniers défenseurs de la Commune dans les quartiers de Belleville et du Père-Lachaise »[1]. À travers ce geste, les communistes revendiquent une filiation directe entre l’insurrection parisienne de 1871 et la révolution d’Octobre 1917.

Le drapeau communard sous la garde de Lénine, en attendant la revanche

Avant de se séparer de ce symbole des combats de la classe ouvrière pour son émancipation, les communistes parisiens organisent le 24 mai 1924 une grande cérémonie[2], à la veille de la traditionnelle manifestation au Mur des Fédérés qui commémore chaque année la terrible répression des communards lors de la Semaine sanglante. Réunis dans la grande salle de la Bellevilloise, plus de 2 000 révolutionnaires prêtent « serment sur le drapeau de la Commune de consacrer tous leurs efforts à la défense de la révolution russe et à la préparation de la Révolution communiste dans tous les pays »[3].

Un télégramme est envoyé pour l’occasion à Moscou, dans lequel est retracée l’histoire de ce drapeau, « conservé par un communard aujourd’hui disparu, confié à Édouard Vaillant, ancien communard, qui en fit don à la 20e section du Parti socialiste ouvrier (PSO) ». « Propriété de tous les socialistes du 20e arrondissement » après la fondation de la SFIO (1905), les communistes de la 20e section en gardent la possession après la scission de Tours (1920) – « pour que le drapeau ne tombe pas entre les mains de ceux qui trahissaient le prolétariat » – et l’exposent dans leur local depuis 1921, afin de rappeler aux communistes « qu’ils devaient rompre avec les traditions démocratiques s’ils voulaient réellement être les continuateurs des révolutionnaires de 1871 ». Puis le message met en avant le dynamisme et l’ardeur de la 20e section de la SFIC, aux avant-gardes de la lutte et défenseuse obstinée de la bolchevisation du Parti. La section rappelle qu’elle s’est toujours située politiquement dans le courant de gauche à l’intérieur du PCF et qu’elle a constamment suivi « la ligne juste de l’Internationale ». Par conséquent, « la 20e section confie [aux moscovites] la garde de ce symbole des luttes du prolétariat avec la volonté de hâter par son travail soutenu, méthodique, l’heure où [leurs] frères de Moscou pourront ramener ce drapeau dans le Paris de la Commune, enfin vengé des crimes versaillais ». Parmi les signatures de ce télégramme se trouve celle de l’ancien communard Fourcade, qui aurait dû se rendre à Moscou pour y apporter le drapeau avec la délégation initialement prévue si le gouvernement ne l’en avait pas empêché.

Le lendemain de la cérémonie à la Bellevilloise, le drapeau est porté par les vétérans de la Commune lors de la manifestation au Père-Lachaise. Il est exposé près du Mur, et « des milliers de parisiens prêtent serment, la main levée, en passant devant »[4].

Les autorités ayant refusé de délivrer des passeports à la délégation mandatée dans un premier temps pour le porter à Moscou, c’est à la délégation du PCF au Ve congrès de l’Internationale Communiste à Moscou (du 17 juin au 8 juillet 1924) que revient cette mission. Le drapeau est remis aux Russes le 6 juillet, lors d’une grande fête sur un terrain d’aviation au nord de Moscou, à laquelle participent 400 000 personnes. C’est Alfred Costes, secrétaire de la Fédération de la Seine, qui, après un discours et la lecture du serment de la 20e section parisienne, confie l’étendard à Antipov, le secrétaire du Comité de la Fédération de Moscou du Parti Communiste de Russie. Puis, à la clôture du Congrès de l’IC le 8 juillet, le Commissaire du peuple de la Défense, Frouzé, affirme à l’issue d’une grande parade militaire : « ce drapeau est remis entre des mains sûres ».

Par ailleurs, après la fête du 6 juillet, le Comité de la Fédération de Moscou a adressé un télégramme de remerciement[5] au PCF accusant réception du drapeau et mettant l’accent sur l’internationalisme de la Commune. Les communistes russes rappellent aussi que « les idées et le souvenir de la Commune de Paris sont particulièrement chers » à leurs yeux, car elle « a été la première tentative de gouvernement prolétarien, le précurseur du gouvernement soviétique, une leçon historique de luttes révolutionnaires qui a ouvert la voie à l’affranchissement de l’humanité de toute exploitation ». Leur message se poursuit par un appel aux ouvriers et paysans français à suivre l’exemple russe : « restez fidèles à la Commune, renversez la bourgeoisie, instaurez, chez vous le gouvernement des Soviets, le gouvernement des travailleurs, rapprochez l’heure de la révolution mondiale ».

Le drapeau communard est ensuite déposé par Antipov et Costes à l’intérieur du mausolée provisoire où repose Lénine, aux côtés des étendards du Parti Communiste Bolchevique et de l’IC. Il sera transféré par la suite au musée Lénine.

Échanges d’étendards entre le PCF et les soviétiques

Le 27 juillet, à l’occasion de la manifestation organisée par le PCF pour le dixième anniversaire de l’assassinat de Jaurès et du déclenchement de la Première guerre mondiale, un drapeau offert par les soviétiques aux communistes français est arboré par Pierre Sémard, nouveau secrétaire général du PCF, ainsi que par le secrétaire général de la CGTU et les pupilles de Boulogne[6]. Cet étendard a été conçu par les travailleurs de la Krasnaïa Presnia (« Presnia la rouge », nom donné au faubourg ouvrier de Presnia à Moscou). Le drapeau de soie rouge contient un message brodé en lettres d’or qui fait référence à la Commune de Paris : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous./ Les travailleurs de la Krasnaiapriesnia (Moscou)./ A la courageuse et glorieuse avant-garde du prolétariat français./ Les travailleurs de Paris./ Prolétaires de Paris soyez de dignes héritiers de la Commune de Paris./ Levez l’étendard de la Commune française victorieuse. »[7]

Un autre drapeau est donné en échange de l’emblème communard aux travailleurs français quelques mois plus tard. Le 28 septembre, à l’occasion d’une grande manifestation communiste fêtant le soixantième anniversaire de la fondation de la Première Internationale, plusieurs drapeaux sont remis aux organisations ouvrières françaises. L’un d’entre eux, conçu par les ouvriers de Bakou, comporte l’inscription en lettres d’or : « Aux ouvriers, aux communistes de France, suivez l’exemple de la Commune de Paris de 1871. Luttez pour le communisme »[8].

Enfin en 1928, un deuxième étendard de la Commune, celui du 67e bataillon de fédérés, rejoint lui aussi Moscou, mais « de façon infiniment plus discrète »[9]. Acheté pour la somme de 2 000 francs par Léon Borissovitch Bernstein, il est exposé à l’Institut Marx-Engels, qui rassemble des matériaux du monde entier sur les mouvements révolutionnaires. Il est aujourd’hui conservé aux Archives d’État russes pour l’histoire sociale et politique (RGASPI).

De la Commune de Paris martyre à la Commune russe triomphante

Durant tout l’entre-deux-guerres, le souvenir de la Commune de Paris est régulièrement mobilisé par le PCF et fait l’objet de puissantes démonstrations commémoratives. Il est partie intégrante de l’identité et de la culture communistes qui se construisent, dès le congrès de Tours, à partir d’un double mouvement d’héritage et de rupture avec la tradition ouvrière française incarnée jusqu’alors par la SFIO. Ainsi, en organisant chaque année la manifestation au Mur des Fédérés, le Parti communiste ne fait que perpétuer une pratique ancienne instituée en 1880 et appropriée par la jeune SFIO en 1908. Il reprend également à son compte l’image du combattant héroïque et de la Commune martyre, véhiculée et érigée en mythe depuis les lendemains de la Semaine sanglante dans le mouvement ouvrier.

Mais le PCF est né de la volonté d’une majorité de délégués socialistes au Congrès de Tours de s’inspirer d’un modèle nouveau, celui des bolcheviques fondateurs de la IIIe Internationale à Moscou. En conséquence, le PCF adopte une lecture marxiste-léniniste de la Commune de Paris, élaborée par les révolutionnaires russes (en particulier Lénine et Trotski), qui se nourrit de l’expérience soviétique. En établissant une filiation directe entre l’insurrection parisienne de 1871 et la révolution d’Octobre 1917, il renouvelle en profondeur le mythe existant avant-guerre : de crépuscule, la Commune de Paris devient aurore. Elle est pour les bolcheviks annonciatrice de la Commune victorieuse russe, qui est parvenu à construire l’État de type nouveau qu’espérait Marx en tirant les leçons des erreurs de 1871, à commencer par l’absence d’un parti révolutionnaire pour organiser la classe ouvrière.

Pour aller plus loin :
FOURNIER Éric, La Commune n’est pas morte. Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours, Libertalia, 2013
GRADOV K., « Deux drapeaux de la Commune de Paris à Moscou ! », in La Commune. Bulletin de l’Association des Amis de la Commune de Paris – 1871, n°19, 3e trimestre 2003
LAHU Corentin, Le PCF et la mémoire de la Commune de Paris. Commémorations et usages politiques de 1920 à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Mémoire de Master 2 dirigé par J.-C. Daumas et J. Vigreux, 2014
TARTAKOWSKY Danielle, Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècle, Aubier, 1999

[1] RGASPI 517/1/194, La 20e section communiste de la Seine aux communistes de Moscou, 1924. En ligne sur Pandor.
[2] « Le serment au drapeau de la Commune », in L’Humanité, 25 mai 1924.
[3] RGASPI 517/1/194, op. cit.
[4] GRADOV K., « Deux drapeaux de la Commune de Paris à Moscou ! », in La Commune. Bulletin de l’Association des Amis de la Commune de Paris – 1871, n°19, 3e trimestre 2003.
[5] RGASPI 517/1/163, Le Comité de la Fédération de Moscou du PCR au Parti Communiste Français, 6 juillet 1924. En ligne sur Pandor.
[6] « Vingt mille prolétaires défilent devant le buste de Jaurès et le drapeau des Soviets », L’Humanité, 28 juillet 1924.
[7] « Le salut des Travailleurs de Moscou à leurs frères de Paris », L’Humanité, 27 juillet 1924.
[8] TARTAKOWSKY Danielle, Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècle, Aubier, 1999, p. 107. Mais selon L’Humanité du 28 septembre 1924, la dernière phrase de l’inscription est « Luttez pour la dictature du prolétariat comme l’ont fait les millions d’ouvriers et de paysans russes ! P.C. Russe, Comité de Moscou ».
[9] GRADOV K., « Deux drapeaux de la Commune de Paris à Moscou ! », op. cit.


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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par com_71 » 27 Mars 2021, 21:07

Gayraud de Mazars a écrit :publié par La Fondation Gabriel Péri

À ce propos je reviens sur leur exposition virtuelle d'affiches, dans leur salle "mémoire historique du parti" : https://gabrielperi.fr/salles/memoire-h ... -du-parti/
Citons ce commentaire d'une affiche de 1950 "Cette affiche, peut-être diffusée pour les élections de juin 1951, reprend le Panthéon de la gauche ouvrière, de Robespierre à Jaurès. Elle y ajoute Condorcet, Gambetta et même Ferry, qui n’est pas ici le représentant des républicains « opportunistes », mais l’homme des grandes lois laïques de la IIIe République."

Jules Ferry, dans le "Panthéon de la gauche ouvrière" ! alors qu'il fut Versaillais ! Il y en a qui ne manquent pas d'air !
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par Gayraud de Mazars » 05 Avr 2021, 09:10

Salut camarades,

La guerre franco-allemande, la Commune et la fin de l’Association Internationale des Travailleurs
par Vincent Presumey, publié par aplutsoc [Arguments pour la lutte sociale]

https://aplutsoc.org/2021/04/05/la-guer ... -presumey/

Première phase de la guerre : France bonapartiste contre unité allemande.

Une vision rétrospective télescopée nous donne l’impression que la Commune de Paris est née directement de la guerre franco-allemande de 1870-1871. Mais les forces profondes, ouvrières et démocratiques, qui conduisirent à la Commune, « antithèse de l’empire », étaient à l’œuvre bien avant. Dans une assez large mesure, la guerre a d’abord été pour elles un obstacle.

Les forces de l’Internationale en France en 1870, alors sa section la plus prometteuse, la plus foisonnante, sont encore très confuses, mais les questions de la stratégie révolutionnaire, incluant celle des armes, sont abordées par des responsables comme Varlin.

Le développement « naturel » de la transition de la crise politique de régime à la crise révolutionnaire, fut contrecarré et contrarié par les initiatives bonapartistes prises pour la conjurer : « ouverture » libérale avec le gouvernement Emile Ollivier, plébiscite, procès spectaculaire contre l’Internationale accusée d’être une société secrète voulant liquider Napoléon III, et finalement plongeon tête baissée dans la provocation tendue par le chancelier de Prusse Bismarck, déclenchant la guerre franco-allemande.

C’était là l’alternative la plus défavorable à la classe ouvrière. L’empire cherchait à rejouer la guerre de 1792 mais en étant, cette fois-ci, l’ennemi des droits de la nation allemande. S’il gagnait, il était renforcé et l’Allemagne était pulvérisée ouvrant une profonde période de réaction en Europe. S’il perdait, le second empire allait certainement s’effondrer, mais pas sous les coups des masses.

Une République bourgeoise préservant intégralement l’appareil impérial avec son armature préfectorale, verrait le jour, et c’est bien ce qui eût lieu, rapidement, avec la bataille de Sedan et la capture de l’empereur par les Prussiens.

La compréhension du caractère progressiste de la guerre du côté allemand au début, malgré Bismarck et le roi de Prusse, allait à l’encontre des représentations mentales dominantes parmi les militants hors d‘Allemagne, et même, en partie, parmi ceux d’Allemagne du Sud comme Wilhelm Liebknecht. La tendance à se croire de nouveau en 1792 restait latente. Sous cette réserve, les appels à la fraternisation universelle des classes ouvrières lancés par les Internationaux français et repris par les meetings ouvriers de Brunswick et de Chemnitz ainsi que par la section berlinoise de l’Internationale, affirmèrent une politique ouvrière indépendante. Pour le comité de Brunswick, direction des social-démocrates eisenachiens d’Allemagne, comme pour Marx et Engels, celle-ci n’était cependant pas une politique de « non à la guerre » ou de « guerre à la guerre » en général, mais, tout en se défiant des dynastes et des despotes, elle considérait bel et bien cette guerre comme légitime, nationale et défensive du côté allemand.

Tout du moins tant qu’elle ne dégénère pas, à cause des Prussiens, en guerre contre le peuple français avec des projets annexionnistes … Dans ce cas là, avertissait Marx, la guerre deviendrait également antinationale à l’encontre du peuple allemand, contrecarrant le contenu progressiste de son unité par l’affirmation monarchique et par la dérive impériale, et rééditant ainsi, en pire et en plus grand, ce qu’avait été l’histoire de la Prusse et de l’Allemagne après les guerres de libération contre le premier Napoléon.

Seconde phase de la guerre : Reich bismarckien contre République française.

Le bonapartisme par son dernier coup d’État militaire, qu’était au fond l’entrée dans cette guerre, avait signé son arrêt de mort, tout en privant les masses de leur droit historique à le renverser : Bismarck fit prisonnier l‘empereur. Du jour au lendemain, Sedan convertissait la guerre en invasion réactionnaire de la France par les armées prussiennes. Les masses parisiennes et lyonnaises commencent à faire irruption, mais elles sont dessaisies de l’essentiel -tant de la question de l’État et du gouvernement que de la conduite de la guerre.

Les partis ouvriers allemands, lassalien comme eisenachien, s’opposent désormais frontalement à la poursuite des combats. Marx et le Conseil général, dans la seconde Adresse de celui-ci sur la guerre franco-allemande, appellent à la défense de la République française sans illusions sur son caractère (les ouvriers français « ne doivent pas se laisser entraîner par les souvenirs nationaux de 1792 » ), et condamnent le projet d’annexion de l’Alsace-Lorraine en prédisant remarquablement qu’il conduira à terme à une alliance franco-russe et à une terrible « guerre de races » entre les peuples germaniques d’une part, latino-slaves d’autre part.

Au mouvement ouvrier français, leurs conseils sont tout de prudence : « Que calmement et résolument ils profitent de la liberté républicaine pour procéder méthodiquement à leur propre organisation de classe. »

Telle est en gros la démarche des Internationaux français, bien que périodiquement ils soient entraînés avec les blanquistes dans des velléités de coups de force, qui n’ont pas pour but de renverser la République bourgeoise, mais de forcer la défense nationale. Les blanquistes ont en effet adopté dés le 4 septembre, quand la République est proclamée, une politique de soutien à la défense nationale, qui assimile justement le moment présent à 1792.

Les Internationaux du Jura suisse proches de Bakounine, croyant que les socialistes avaient pris le pouvoir le 4 septembre à Paris, ont appelé le 5 à former des brigades internationales convergeant de toute l’Europe : « La France républicaine représente la liberté de l’Europe, l’Allemagne monarchique représente le despotisme et la réaction. Il faut que de toutes parts les républicains se lèvent, et marchent à la défense de la République française. »

L’auteur de cette initiative, James Guillaume, arguera plus tard que dans les premières heures, lui et ses compagnons avaient cru à l’avènement de la République sociale à Paris, mais que dés le lendemain ils avaient compris que ce n’était que la république bourgeoise. Sauf que le lendemain il écrit ceci à J.P. Becker : « Sans doute la république française est encore bourgeoise : mais si l’Internationale lui donne son appui, cette république deviendra infailliblement sociale dans un temps très prochain. »

Les « anarchistes jurassiens » apparaissent ici pour l’extrême-gauche du radicalisme bourgeois. Cet appel à la guerre républicaine anti-allemande, non suivi d’effets, fut le point culminant de leur activisme dans toute leur histoire.

La position réelle de Michel Bakounine n’était pas la même. Il voulait lui aussi que la France gagne, mais il comprenait qu’un tel objectif passait par la lutte révolutionnaire contre une République qui n’était, en tant qu’État, que le bonapartisme continué. D’où sa fameuse tentative insurrectionnelle à Lyon fin septembre, qui ne se distingue des tentatives blanquistes que par certaines idées antiétatiques mises en avant et par la vraie volonté d’aller jusqu’au bout, en renversant la « République » elle-même (pour lui substituer une sorte de Comité de salut public autoproclamé, et non « l‘anarchie » comme le veut la légende, noire ou dorée …), volonté que l’on est loin de retrouver chez tous les protagonistes de cette aventure, qui ne fut cependant pas la simple pantalonnade qu’ont voulu y voir Marx et Engels.

Pour Bakounine, cette tentative fut son « va-tout » : « … si la révolution sociale en France ne sort pas directement de la guerre actuelle, le socialisme sera tué dans toute l’Europe et ne ressuscitera pas avant longtemps encore. » Ce pessimisme est lié à sa conviction que l’Allemagne, et dans l’Allemagne la « démocratie sociale », comme il disait, est le repère de l’autoritarisme, sa victoire ne pouvant que plomber toute perspective d’émancipation, dont sont porteurs les peuples slaves et latins (parmi lesquels les Juifs sont les agents de l’autoritarisme allemand …).

Chez Marx par contre, s’il importe de défendre maintenant la France et de limiter le plus possible l’impérialisme prussien en combattant l‘annexion de l‘Alsace-Lorraine, le passage du centre de gravité du mouvement ouvrier européen de la France vers l’Allemagne est une bonne chose, et toute insurrection ouvrière française qui prendrait en charge la guerre serait en réalité une régression vers 1792, conduisant au chauvinisme de part et d’autre. Une période d’organisation et de maturation, cela sur tout le continent, est envisageable, pourvu que la situation en France ne débouche pas sur une défaite sanglante prématurée …

La fin de la guerre.

Entre la capitulation de Paris assiégé, le 28 janvier 1871, et le déclenchement de la guerre civile entre le peuple prolétarien armé de Paris et l’État bourgeois, le 18 mars, est signé le traité de Versailles le 26 février, qui allait devenir de facto la charte fondatrice de l’ordre capitaliste sur le continent européen jusqu’en 1914.

Malgré tous les efforts faits par le gouvernement provisoire français pour empêcher le peuple de se défendre lui-même, une grande partie du prolétariat parisien était armée dans le cadre de la garde nationale. La stabilisation de l’État bourgeois en France, après la chute de Napoléon III et la défaite militaire, passait donc par le règlement de ce problème. Aussi bien dans une perspective blanquiste que bakouninienne, des insurrections en France n’avaient été envisagées que dans le cadre de la guerre, et non pas suite à la défaite : la Commune s’imaginera refaire 1792 alors qu’il s’agira d’autre chose.

Michel Bakounine, dans toute cette période et depuis l’échec lyonnais, travaille à la rédaction d’un grand ouvrage, demeuré inachevé : L’empire knouto-germanique et la révolution sociale. L’empire knouto-germanique, c’est naturellement l’Allemagne. Réflexion importante sur l’État, l’histoire et la philosophie du principe d’autorité, cet ouvrage témoigne aussi de ce que Bakounine, après Lyon, la France vaincue, n’envisageait plus d’offensive révolutionnaire : la Commune sera « inopportune » aussi bien dans sa logique à lui que dans celle de Marx.

La Commune.

Le 18 mars, Thiers tente de prendre les canons et les armes de la garde nationale parisienne. L’insurrection spontanée, avec les femmes du quartier de Montmartre au premier rang, défait cette provocation et rapidement, la peur sociale de la bourgeoisie, la spontanéité populaire, et la ruse de Thiers qui entend reculer pour revenir en force, vident Paris de ses privilégiés et de l’appareil d’État, le livrant de fait à une auto-administration élue, qui sera la Commune de Paris.

Cette insurrection qui arrive finalement, victorieuse dans la grande ville des révolutions, arrive pourtant tard et au mauvais moment. La guerre est finie et les Prussiens sont présents, leur menace pèse ; le gouvernement bourgeois a le soutien et la légitimité apparente d’une assemblée constituante de « ruraux » réactionnaires élue à toute allure sous la menace prussienne, et la province, qui s’est déjà beaucoup agitée et fatiguée, ne suivra pas. Le sort le plus vraisemblable était donc celui sur lequel Thiers a parié : Paris isolé, puis saigné.

En ce sens, la Commune fut « inopportune », puisqu’elle conduisait à une défaite majeure pour la classe ouvrière à l’échelle européenne. Karl Marx, sitôt que son déclenchement fut avéré, l’accepta comme un fait et s’engagea sans réserve pour son soutien, avec le Conseil général comme moyen de propagande et d’organisation. Bakounine, dans ses conférences du Val de Saint-Imier, prit tout aussi clairement position pour la Commune. Une fois qu’elle était là, la Commune cessait d’être « inopportune », elle dominait et déterminait tout, elle avait même une faible chance de réussir.

Il eût fallu pour cela, opinion immédiatement formulée par Marx, Engels et discutée au Conseil général, qu’elle prenne résolument et rapidement l’offensive militaire et écrase Versailles tout de suite. Le Comité central de la garde nationale au lieu de se lancer dans cette attaque fut absorbé par les élections municipales qui formèrent la Commune proprement dite le 26 mars. La situation qu’aurait créée une telle offensive, si l’on peut se risquer au jeu des hypothèses, aurait sans doute été celle d’une véritable République démocratique et laïque, donnant libre cours au développement de l’antagonisme des classes, mais pas encore la « République sociale » pleine et entière, car il n’est pas évident que l’exercice du pouvoir réel par le prolétariat en arme, effectif à Paris, aurait pu se généraliser à toute la France provinciale et rurale. Cela aurait déjà été une victoire considérable.

A partir du moment où Paris fut à nouveau assiégé, puis investi, les conseils venant de Marx ont porté sur la saisie de la Banque de France, qui aurait été le meilleur de tous les otages, sur la fortification du côté exposé aux Prussiens, en des mises en garde envers quelques braillards « républicains », et dans la suggestion de mettre à l’abri les documents diplomatiques et policiers saisis pour les publier. Dans l’ensemble, ce sont donc des mesures politiques et militaires plus dures et plus assurées que Marx a conseillées à la Commune par des contacts clandestins oraux probablement assez abondants.

Le niveau de conscience de la plupart des dirigeants de la Commune fut, naturellement, en dessous du niveau atteint concrètement par elle dans les actes. La majorité était, non pas «blanquiste », mais républicaine et croyait toujours revivre 1792 ou 1793. Des éléments particulièrement incompétents et irresponsables, dans ce cadre là, ne lui rendirent pas service. Les « blanquistes » furent l’aile marchante et efficace, militairement parlant, de la majorité, sans lui être entièrement assimilables. La minorité provenait principalement des rangs de l’Internationale et poussa à des mesures sociales, tout en s’opposant à l’imitation de la Terreur révolutionnaire par la majorité qui voulait, de façon velléitaire, « s’en prendre aux têtes plutôt que s’en prendre aux poches », selon une heureuse formule prêtée à Bakounine. Les Internationaux sont à l’œuvre dans les commissions du travail, des finances, de l’enseignement, du ravitaillement, empressés à refonder tous les services publics sur des bases nouvelles, en dehors de l’État existant.

Le thème « communaliste », consistant à appeler à former des communes partout, était une manière confuse de combiner la volonté de combat et d’extension, l’abolition des formes actuelles de l’État et une certaine culture fédéraliste et mutuelliste de parenté proudhonienne. Ne le confondons pas avec la « décentralisation » au sens étatique pris en France à la fin du XX° siècle : il aboutissait, précisément par la liquidation de l’appareil d’État parasitaire de la bourgeoisie et du bonapartisme, à réaliser une véritable unité nationale.

La Commune, par elle-même, a mené peu d’incursions directes sur le terrain de la propriété surtout la saisie des ateliers abandonnés par leurs patrons, des mesures sur les dettes et les loyers, et la protection des apprentis boulangers.

L’essentiel, c’est que la Commune a mis fin à la conscription et à l’armée permanente, proclamé et mis en pratique l’armement du peuple, allant jusqu’à la participation des femmes ; elle a sévèrement purgé l’ancienne police ; elle a exproprié, réprimé et chassé des écoles le clergé ; et elle a instauré l’éligibilité, avec un salaire plafonné, de l’ensemble des fonctionnaires d’autorité, dont la magistrature. Ces quatre séries de mesures, envers l’armée, la police, le clergé et la bureaucratie, sont décisives. Elles ont commencé la destruction de l’État bourgeois et de l’État dans ses formes habituelles, et son remplacement par l’auto-organisation du peuple armé. Comme Engels le résumera dans un texte publié pour le 20° anniversaire de la Commune : « Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. »

Battue, la Commune fut sauvagement réprimée et souleva la haine sociale des classes dominantes. Morts, disparus, déportés, bannis se comptèrent par dizaines et dizaines de milliers. Varlin -qui était en correspondance secrète aussi bien avec Marx qu’avec Bakounine -parmi d’autres, était massacré après qu’un vil policier lui ait volé la montre que ses collègues ouvriers relieurs lui avaient offerte pour la conduite victorieuse de leur grève, en 1864.

Après la Commune : Marx, le Conseil général, les trade-unionistes, Bakounine.

La défaite est consommée le 28 mai. Deux jours après, Marx épuisé et malade soumet au Conseil général la déclaration connue sous le nom de La guerre civile en France, (en fait Adresse du Conseil général sur la guerre civile en France), texte fondamental dont le contenu sera plus ou moins « oublié » par la suite jusqu’en 1917.

Les leçons politique de la Commune sont groupées dans la section III, la section I étant une galerie de portraits peu flatteurs des chefs de la bourgeoisie française, la section II traitant des circonstances qui suscitèrent l’apparition de la Commune, et la section IV de la répression et des calomnies.

Avec le Comité central de la garde nationale, c’est le prolétariat qui avait pris le pouvoir dans Paris.

La forme démocratique d’état qu’il instaura, antithèse de la forme achevée de l’État bourgeois qu’est l’Empire, a donné son vrai contenu au suffrage universel par la responsabilité et la révocabilité des élus, formant des corps agissant législatifs et exécutifs à la fois, détruisant comme on l’a dit les quatre piliers de l’État permanent -armée, police, cléricature et bureaucratie. Seul le prolétariat a réalisé la démocratie, et le gouvernement à bon marché que prétend vouloir la bourgeoisie et que souhaiteraient avoir les classes moyennes et la paysannerie, celle qui oppose son maire au préfet, son maître d’école au curé, et sa propre personne au gendarme. Le « gouvernement ouvrier » a démontré qu’il était en puissance le « véritable gouvernement national » et, en même temps et du même coup, « international au sens plein du terme ». La conquête du pouvoir politique par le prolétariat ne consiste donc pas dans la gestion de l’appareil d’État existant mais dans sa destruction, ce que les deux larrons répètent encore en 1872.

Assumant la responsabilité politique et la défense inconditionnelle de tous les actes de la Commune, Marx et le Conseil général furent désignés par une campagne de presse internationale comme un centre conspiratif universel ayant fomenté et téléguidé la Commune, et préparant d’autres coups. Les gouvernements français et espagnol appelèrent tous les gouvernements d’Europe à monter une répression policière d’ensemble contre l’Internationale, désignée comme une menace de mort contre « la civilisation », menace dont le centre était à Londres.

« L’entendement bourgeois, tout imprégné d’esprit policier, se figure naturellement l’Association Internationale des Travailleurs comme une sorte de conjuration secrète, dont l’autorité centrale commande, de temps à autres, des explosions en différents pays. »

C’est donc à ce moment là que Marx devient une célébrité pour le « grand public ». Or, jusque là, il n’y avait pas de « marxisme » !

Il y avait une énorme élaboration intellectuelle, économique, historique, faite sous la plume de Marx et, dans une moindre mesure et avec des différences intéressantes que l’on n’apercevra que plus tard, d’Engels, élaboration dont la majeure partie était encore inédite ; il y avait un réseau d’amis politiques plus ou moins fidèles (et que nul serment de fidélité ne liait) ; et il y avait surtout le rôle de Marx au Conseil général, mais celui-ci avait précisément été décisif dans la mesure où Marx n’avait pas cherché à délimiter un courant qui lui soit propre, mais à exprimer le mouvement commun. Les sectes qui échouèrent à mettre la main sur cet organisme dénoncèrent la mainmise de Marx, incapables de comprendre que l’on puisse fonctionner autrement qu’elles ne le faisaient elles mêmes. Mais, non, en fait il n’y avait pas encore de « marxisme » !

Pour qu’il y ait un « marxisme », il fallait en effet que le cadre de front unique qu’était l’Association Internationale expira, car cela voulait dire que le pôle qui en avait fait l’unité et la force devenait à son tour, par nécessité, un courant distinct. C’est en gros ce qui arriva rapidement, suite à la désignation publique, par la bourgeoisie elle-même, de Marx comme le chef d’orchestre clandestin, inventeur et déclencheur, comme beaucoup d’imbéciles l’ont dit et crû, de la lutte des classes !

Car simultanément, l’Adresse sur la guerre civile en France suscita des réactions et força des différentiations. Elle accoucha la mise à jour des non-dits et des problèmes latents avec les trade-unionistes, dont les deux représentants les plus notoires, Odger et Lucraft, démissionnèrent du Conseil général pour ne pas avoir à l’assumer. Les chefs syndicaux qui traînaient les pieds pour soutenir les Irlandais faisaient donc le choix de la respectability, contre la révolution représentée par la défense de la Commune. Ce fut là une rupture décisive, par elle-même sans doute plus importante pour le devenir de l’Internationale que le conflit Marx-Bakounine. Le syndicalisme anglais avait été le fondateur de ce mouvement, c’est lui qui en avait confié la tête théorique et politique à Marx, c’est lui qui s’en séparait maintenant, à une heure décisive.

Même si le troisième grand personnage du trade-unionisme à l’époque, Applegarth, resta encore membre du Conseil général jusqu’en 1872, même si le mouvement de la Ligue pour la journée de 9 heures ainsi que l’adhésion temporaire des unions locales de Birmingham et de Manchester au Conseil général, donnèrent des espoirs que celui-ci continue à polariser et inspirer les secteurs les plus combatifs du prolétariat britannique, les liens ne furent pas rétablis et ils s’étiolèrent irrémédiablement et rapidement. La cause profonde en était la défaite de la Commune et le climat de réaction qui s’appesantissait sur l’Europe, alors qu’en Grande-Bretagne existaient le plus d’acquis des luttes passées à conserver.

Bakounine et ses amis constatèrent la grande proximité de l’Adresse sur la guerre civile en France avec leurs propres vues. Bakounine considéra que c’était là un hommage forcé, dû à la puissance de la révolution, positif mais temporaire.

Ce n’est pas minimiser l’importance de l’apport de Bakounine sur les questions du pouvoir, de l’État, de la domination, que de reconnaître que l’Adresse, l’une des rares œuvres de Marx ayant justement elle aussi l’État pour sujet, est le texte qui a rendu compte, et donné toute sa portée, à la Commune. Bakounine n’a pas éprouvé le besoin d’écrire une analyse à chaud de la Commune car il pensait avoir dit l’essentiel dans le « testament politique » qu’il avait entrepris d’écrire en pensant qu’il n’y aurait, justement, pas de Commune, parce que les carottes étaient cuites.

Ce texte est paru en anglais sur le site du WIN (Workers International Network) à la suite de l’exposé réalisé le 28 mars 2021 dans le cadre d’une séance de discussion et d’éducation.

https://www.onthebrink.online/the-franc ... sociation/


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gayraud de Mazars
 
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Re: Anniversaire - Les 150 ans de la Commune !

Message par pouchtaxi » 11 Avr 2021, 16:24

Un épisode significatif de la Commune, il est signalé par Julien Chuzeville dans sa biographie de Léo Frankel.


Séance du 10 février 1871 du Comité Central, Républicain des vingt arrondissements





Le citoyen Vaillant propose que le comité fasse tirer à un assez grand nombre d'exemplaires une affiche pour inviter le peuple de Paris à se renfermer entièrement chez soi, le jour de l'entrée des Prussiens dans Paris et d'arborer partout le drapeau noir.

Le citoyen Frankel propose de mêler aux drapeaux noirs, des drapeaux rouges, sur lesquels seraient inscrits les noms des démocrates allemands tels que Liebknecht, Jacoby, etc., etc. avec le titre de république Universelle.


On trouve l’extrait ci-dessus dans le livre de Jean Dautry et Lucien Scheller, « le comité central républicain des 20 arrondissements de Paris » à la page 181.


Ouvrage dont le pdf est là : https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/ ... cheler.pdf



Rappel : En Allemagne, Liebknecht et Bebel, députés en 1870 ont refusé de voter les crédits de guerre.



Un moment de bascule entre une réaction de type patriotique et son dépassement par la dynamique d’une politique ouvrière internationaliste.
pouchtaxi
 
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