besancenot et l'anarchie

Marxisme et mouvement ouvrier.

besancenot et l'anarchie

Message par ulm » 01 Oct 2014, 16:48

Mille et une nuits, 2014, 5 euros

En septembre 1872, la Ière Internationale scissionnait : marxistes et anarchistes se séparaient. L’ouvrage d’Olivier Besancenot et Michael Löwy montre que cette rupture ne met pas fin aux affinités entre courants marxistes et libertaires.

Les deux courants se séparent sur la « politique » (participation du mouvement ouvrier aux luttes politiques et aux élections) et la conception du processus de l’extinction de l’État. Mais les modalités de réponse à ces deux questions vont continuer de faire débat parmi les marxistes. Périodiquement des penseurs marxistes se font dénigrer comme anarchisants par leurs adversaires politiques ; ce fut en particulier, le cas de Rosa Luxembourg. Par ailleurs, anarchistes et marxistes se sont retrouvés bien souvent du même côté sur les barricades : durant la Commune de Paris, la Révolution espagnole, Mai 68, mais aussi à certains moments de la Révolution russe. Enfin, à l’instar des marxistes, les anarchistes n’ont pas été épargnés par l’opportunisme lors de rendez-vous de l’histoire : Première Guerre mondiale et guerre d’Espagne (durant laquelle certains anarchistes se rallièrent au gouvernement de la République après avoir éludé la possibilité de l’instauration d’un pouvoir prolétarien en Catalogne).

Questions de fond
Tous ces éléments sont rappelés dans cet ouvrage qui alterne développements généraux, portraits et rappels historiques (avec notamment un intéressant exposé des débats sur Kronstadt) et se termine par un chapitre qui passe en revue plusieurs questions de fond : individu et collectif, révolution et prise du pouvoir, rapports syndicats/parti, écosocialisme, etc. Une question est cependant négligée : l’anarchisme (sauf dans sa variante individualiste à la Stirner, mais c’est une impasse) ne donne pas une compréhension globale du monde. Comme le reconnaissait d’ailleurs Bakounine, il y a un apport incontournable du marxisme en économie.
Par ailleurs, la question du rapport des libertaires au pouvoir aurait pu être plus développée, notamment pour mieux éclairer l’attitude des anarcho-syndicalistes de la CNT durant l’été 36 après qu’ils eurent pris le contrôle de Barcelone.
On peut aussi discuter de la portée générale de l’affirmation selon laquelle les « révolutions du XXe siècle… ont souvent souffert de l’omniprésence des partis qui, en se bureaucratisant se sont substitués à la Révolution – la Révolution russe de 1917 en est un exemple. » D’autres processus ont au contraire d’abord souffert de la faiblesse des forces révolutionnaires organisées (même, si bien entendu, la formule de Trotski de 1938 sur la crise de la civilisation humaine qui se réduit à la crise de direction du prolétariat est caduque, si jamais elle a été valide).
Au total, le livre apporte ou ravive des éléments de connaissance, stimule une réflexion indispensable et devrait être lu par tous ceux qui restent fidèles aux paroles du ­deuxième couplet de l’Internationale : « Ni Dieu, ni César, ni Tribun ».

Henri Wilno
ulm
 
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Re: besancenot et l'anarchie

Message par artza » 07 Oct 2014, 10:59

Il y a un apport incontournable du marxisme en économie(sic)


Il faut quand même oser, sans doute le propos d'un "philosophe" un "économiste" ne dirait pas ça mais concéderait qu'en philo Marx... :lol:

Voilà qui ne donne pas envie de lire le bouquin.
artza
 
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Re: besancenot et l'anarchie

Message par Herzen » 23 Oct 2014, 09:02

Il y a longtemps que OB se revendique davantage du courant libertaire que du trotskisme (si même il y a eu une période où il s'en soit réclamé), quant à Lowi cela fait aussi longtemps qu'il construit sa petite carrière sur le révisionnisme du Marxisme. Mais ce bouquin qui semble avoir eu un petit succès est plus explicite et apparaît comme une démonstration de l’abîme théorique du NPA. En vrac :
La thèse explicite est "le marxisme et l'anarchisme ont davantage de points de convergences que d'oppositions" , "une fusion des deux courants offrirait une perspective à l'impasse idéologique actuelle du mouvement ouvrier". Implicitement OB et Lowi défendent surtout les apports et les mérites de l'Anarchisme et exprime leur rupture condamnation et leur rejet du Bolchevisme.
Leur défense de l'anarchisme est affligeante, ils vont chercher comme références des figures aussi éloigné du mouvement ouvrier que les sous-commandant Marcos et dans un autre genre (pour montrer qu'ils sont des élèves de Bensaïd) des gens comme W. Benjamin.
Faute de pouvoir défendre le moindre apport du mouvement anarchiste à l'histoire du mouvement ouvrier et à la théorie révolutionnaire ils font feu de tous bois n'hésitant pas à réécrire des pages d'histoire :
La politique anarchiste et anarcho-syndicaliste de la CNT et de la FAI est largement défendue, ils n'y a que quelques réserves et l'évocation de quelques erreurs que les auteurs jugent "incompréhensibles" (sic). Pourtant la CNT et la FAI portent une responsabilité majeure dans la trahison et la tragédie de la révolution Espagnole en 1936 (Trotsky -Munis), pour OB la participation quatre ministres de la CNT en pleine contre-révolution Stalinienne et Bourgeoise ( Front Populaire) au gouvernement central et à la Généralitat , d'officiers anarchistes à l'armée Bourgeoise est "incompréhensible" ! En revanche ils parlent clairement de faute et de trahison pour la politique menée par Lénine et Trotsky face à la contre-révolution à Kronstadt en 1921 ; Kronstadt est toujours le point de départ du rejet de la révolution d’Octobre.
Mais OB et Lowi repoussent plus loin leur révisionnisme condamnant à demi-mot Marx lui même lorsqu'il combat le comploteur Bakounine et son alliance au sein de l'AIT.
Dans certains passages et comme c'est courant, OB et Lowi enrôle Rosa pour défendre l'idée "d'injecter une dose d'esprit libertaire dans une critique du marxisme" ; là c'est de la falsification car il ne cite pas cela par exemple :
"La Russie surtout semblait particulièrement faite pour servir de champ d'expériences aux exploits de l'anarchisme. Un pays où le prolétariat n'avait absolument aucun droit politique et ne possédait qu'une organisation extrêmement faible, un mélange sans cohérence de populations aux intérêts très divers se traversant et s'entrecroisant ; le faible niveau de culture où végétait la grande masse de la population, la brutalité la plus extrême employée par le régime régnant, tout cela devait concourir à donner à l'anarchisme une puissance soudaine même si elle devait être éphémère. En fin de compte, la Russie n'était-elle pas historiquement le berceau de l'anarchisme ? Pourtant la patrie de Bakounine devait devenir le tombeau de sa doctrine. Non seulement en Russie ce ne sont pas les anarchistes qui se sont trouvés ou se trouvent à la tête du mouvement de grèves de masse, non seulement la direction politique de l'action révolutionnaire ainsi que la grève de masse sont entièrement aux mains des organisations social-démocrates, dénoncées avec acharnement par les anarchistes comme « un parti bourgeois » - ou aux mains d'organisations plus ou moins influencées par la social-démocratie ou proches d'elle comme le parti terroriste des « Socialistes Révolutionnaires », mais l'anarchisme est absolument inexistant dans la révolution russe comme tendance politique sérieuse. On note seulement à Bialystok, petite ville de Lituanie où la situation est particulièrement difficile, où les ouvriers ont les origines nationales les plus diverses, où la petite industrie est très éparpillée, où le niveau du prolétariat est très bas, parmi les six ou sept groupements révolutionnaires différents une poignée d’« anarchistes » ou soi-disant tels qui entretiennent de toutes leurs forces la confusion et le désarroi de la classe ouvrière. On peut aussi observer à Moscou et peut-être dans deux ou trois villes une poignée de gens de cette espèce. Mais à part ces quelques groupes « révolutionnaires », quel est le rôle propre joué par l'anarchisme dans la révolution russe ? Il est devenu l'enseigne de voleurs et de pillards vulgaires; c’est sous la raison sociale de « l'anarcho-communisme » qu'ont été commis une grande partie de ces innombrables vols et brigandages chez des particuliers qui, dans chaque période de dépression, de reflux momentané de la révolution, font rage. L'anarchisme dans la révolution russe n'est pas la théorie du prolétariat militant mais l'enseigne idéologique du Lumpenproletariat contre-révolutionnaire grondant comme une bande de requins dans le sillage du navire de guerre de la révolution. Et c'est ainsi sans doute que finit la carrière historique de l'anarchisme".

...Bref, à lire...
Nous aimons camarades le soleil qui nous éclaire , mais si les riches ... voulaient monopoliser le soleil , nous dirions "Que le soleil s’éteigne et que règnent l’obscurité les ténèbres éternel "Lev Trotsky
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Re: besancenot et l'anarchie

Message par com_71 » 23 Oct 2014, 12:48

La citation de Rosa Luxembourg fournie par Herzen est extraite de "Grève de masse, parti et syndicat".

https://www.marxists.org/francais/luxem ... greve1.htm
Que de méprisables eunuques ne viennent pas soutenir que l'esclavagiste qui, par la ruse et la violence, enchaîne un esclave est devant la morale l'égal de l'esclave qui, par la ruse et la violence, brise ses chaînes ! Trotsky
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Re: besancenot et l'anarchie

Message par artza » 20 Oct 2015, 09:51

Je relève que Com écrit "Luxembourg" comme la ville et le grand-duché en français.

Jusqu'à la fin des années 60 (?) on orthographiait ainsi y compris les "luxembourgistes", brochures éditées par René Lefeuvre (Masses, Spartacus).

Pourquoi?

Trotsky lui bénéficie de plusieurs orthographe. Trotsky celle que j'utilise, Trotski et plus ancien Trotzky et Trotzki etc et une tentative universitaire (snob) qui a fait long feu Trock'j ou quelque chose comme ça :D
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