Belles feuilles

Marxisme et mouvement ouvrier.

Belles feuilles, les trotskystes à Vorkouta

Message par com_71 » 28 Avr 2015, 04:07

Milieu et fin des années 1930, les trotskystes formaient, à Vorkouta, un groupe assez disparate : une partie d'entre eux avait conservé son ancien nom de « bolcheviks-léninistes ». A la mine, ils étaient près de 500 personnes, au camp de Oukhto-Petchora, près d'un millier et, dans l'ensemble du rayon de Petchora, certainement plusieurs milliers.

Il s'agissait là de trotskystes orthodoxes, demeurés fidèles jusqu'au bout à leur plate-forme et à leurs dirigeants. En 1927, à la suite des résolutions du XV° Congrès du parti, ils furent exclus du Parti communiste et, en même temps, arrêtés. Se trouvant, depuis, en détention, ils continuaient toujours à se considérer comme communistes ; quant à Staline et ses partisans – « les hommes de l'appareil » – ils les qualifiaient de renégats du communisme.

Parmi ces « trotskystes » se trouvaient aussi des gens qui, formellement, n'avaient jamais appartenu au P.C. et qui ne rejoignirent l’Opposition de gauche – mais lièrent alors, jusqu'au bout, leur sort au sien – que lorsque la lutte de l'opposition prit un caractère aigu.

En plus de ces véritables trotskystes se trouvaient alors, dans les camps de Vorkouta et d'ailleurs, plus de 100.000 internés qui, membres du parti ou des jeunesses, avaient adhéré à l'opposition trotskyste puis, à différentes époques et pour diverses raisons (dont les principales furent, évidemment, les répressions, le chômage, les persécutions, l'exclusion des écoles et facultés, etc…) furent contraints de « se repentir de leurs fautes » et de s'éloigner de l'opposition.

Les trotskystes orthodoxes arrivèrent à la mine durant l’été 1936 et vivaient en masse compacte dans deux grandes baraques. Ils se refusèrent catégoriquement à travailler dans les puits ; ils ne faisaient que le travail de surface, et durant 8 heures seulement, et non pas 10 et 12 ainsi que le voulait le règlement et que le faisaient les autres internés. Ils le faisaient de leur propre autorité, d'une manière organisée, et ignoraient ouvertement les règlements du camp. Dans leur ensemble, il y avait déjà près de dix ans qu'ils étaient déportés. Au début, ils furent envoyés dans des isolateurs politiques, puis, ensuite, exilés à Solovka ; enfin, ils arrivèrent à Vorkouta. Les trotskystes formaient l'unique groupe des internés politiques qui critiquaient ouvertement la « ligne générale » stalinienne et offraient une résistance organisée aux geôliers.
Les différents groupes trotskystes

Cependant, au sein de ce groupe, il y avait aussi des divergences.

Certains se comptaient comme disciples de Timothée Sapronov (ex-secrétaire du V.Z.I.K. [1]) et se faisaient appeler « sapronovistes » ou « démocrates-centralistes » (décistes). Ils affirmaient être plus à gauche que les trotskystes et estimaient que la dégénérescence bourgeoise de la dictature stalinienne s'était déjà accomplie à la fin des années 1920 et que le rapprochement d'Hitler et de Staline était très probable. Cependant, en cas de guerre, les « sapronovistes » se déclaraient pour la défense de l'U.R.S.S.

Parmi les « trotskystes » se trouvaient également des partisans des « droitiers », c'est-à-dire de Rykov et de Boukharine, ainsi que des adeptes de Chliapnikov et de sa plateforme « opposition ouvrière ».

Mais la grosse majorité du groupe était formée de vrais trotskystes, de partisans de L.D. Trotsky. Ils défendaient ouvertement la thèse dite de Clémenceau : « L'ennemi est dans notre pays. Il faut d'abord écarter le gouvernement réactionnaire de Staline et seulement après organiser la défense du pays contre l'ennemi extérieur » [2].
Quelques dirigeants

Malgré leurs divergences, tout ces groupes, à la mine, vivaient assez amicalement sous un seul dénominateur commun : « les trotskystes ». Leurs dirigeants étaient Socrate Guévorkian, Vladimir Ivanov, Melnaïs, V. V. Kossior et l'ex-secrétaire de Trotsky, Posnansky.

Guévorkian était un homme calme, bien équilibré, raisonnable, plein de bon sens. Il parlait sans se presser, pesant ses mots, fuyant toute affectation et tout geste théâtral. Jusqu'à son arrestation, il travaillait comme savant à l'Association russe des Centres de Recherches scientifiques de l'Institut des Sciences Humaines. C'était un arménien et, à cette époque, il avait sensiblement 40 ans. Son frère cadet était interné avec lui.

Melnaïs, un Letton, était un peu plus jeune que Guévorkian. Après avoir été membre du Comité central des Jeunesses communistes, il avait fait des études à la Faculté de Physique et de Mathématiques de l'Université de Moscou où, en 1925-27, il était à la tête d'un groupe fort important (quelques centaines de personnes) d'étudiants oppositionnels. Aux réunions de I'Université, quand Melnaïs intervenait, les staliniens soulevaient une tempête de bruits et de cris, l'empêchant de parler. Mais obstinément, opiniâtrement, Melnaïs attendait ; quand les hurleurs étaient à bout de souffle, fatigués et se taisaient, le président de l'assemblée, faisant tinter sa sonnette, lui déclarait : « Votre temps de parole est écoulé ! » – « Pardon, c'était votre temps. Vous vous êtes démenés comme de beaux diables et vous avez crié ; moi, je me suis tu. Maintenant, c'est à moi de parler », répondait Melnaïs qui, ensuite, s'adressait à l'auditoire.

Fin 1927, Melnaïs fut un des premiers opposants de l'Université à être arrêté. Son arrestation provoqua une explosion d'indignation parmi les étudiants. Dans les couloirs et les arnphithéâtres de l'université, on racontait les détails révoltants de l'arrestation. Melnaïs était marié et vivait dans un appartement privé. Sa femme, une étudiante également, était enceinte. Durant la nuit. les douleurs de l'accouchement commencèrent. Ayant appelé une ambulance par téléphone, Melnaïs allait et venait nerveusement dans l'appartement, attendant le médecin. Entendant sonner à la porte d'entrée, il ouvre vivement celle-ci et laisse entrer trois personnes habillées en civil : « Par ici, s’il vous plaît, ma femme est vraiment mal », dit-il, montrant le chemin. « Minute ! – l'arrêta un des hommes en civil – pour l'instant, nous ne nous intéressons pas à votre femme, mais à vous personnellement » ; et il lui exhiba un mandat de perquisition et d'arrèt. Très bientôt arrivaient le médecin et les infirmiers des secours rapides ; la femme de Melnaïs fut emmenée à l'hôpital... et lui-même à la Loubianka.

Depuis ce temps-là, Melnaïs était interné. Dans les isolateurs politiques et en exil, il travailla beaucoup sur les problèmes économiques et s'avéra bientôt un économiste éminent et de talent.

Vladimir Ivanov était un homme râblé, au visage rond et plein de gros marchand, aux grosses moustaches noires et aux yeux gris intelligents. Malgré ses 50 ans, on sentait en lui une grande volonté et une force d'ours. Vieux bolchevik et membre du Comité central, lvanov, jusqu'à son arrestation, dirigeait le chemin de fer sino-oriental. Il avait adhéré, ainsi que sa femme, au groupe des « centralistes démocrates » (décistes) et se rangeait du côté des partisans de Sapronov. Quand le XV° Congrès décida l'incompatibilité de l'appartenance à l'Opposition et de l'appartenance au P.C., Ivanov quitta les rangs de l’Opposition ce qui, malgré tout, ne le sauva pas : il fut arrêté après l'assassinat de Kirov.

Au camp, il était responsable du chemin de fer à voie étroite reliant la mine de Vorkouta à la rivière Oussa. En 1936, selon les directives du centre, la N.K.V.D. du camp manigança une affaire d'accusation dans laquelle Ivanov était accusé de sabotage de ce jouet de chemin de fer long de 60 kilomètres. Un jury spécial du haut tribunal de la République socialiste soviétique autonome des Komis vint au camp. Siégeant à huis-clos, après avoir lu I'acte d'accusation, il s'adressa à Ivanov : « Que pouvez-vous dire pour votre justification ? – Vous avez vos directives : vous avez pour mission de remplir toutes les formalités nécessaires et de sanctionner lâchement, par la peine de mort. Vous êtes obligés de remplir cette tâche. Ces accusations, vous le savez aussi bien que moi, sont forgées de toutes pièces et ont été préparées par les fonctionnaires complaisants de la police stalinienne. Alors ne vous compliquez pas la tâche ; faites votre affaire. Quant à moi, je me refuse de participer à votre comédie judiciaire. Demandez-leur donc – dit-il en montrant du doigt trois pseudo-témoins pris parmi les internés de droit commun – pour un paquet de makhorka, non seulement ils vous confirmeront que je suis un saboteur, mais également un parent du Mikado ».

Le tribunal ne put en obtenir rien de plus : il ne lui resta donc qu'à interroger les « témoins » commis. L'instruction à l'audience fut écourtée. Par contre, la délibération du jury dura fort longtemps : appel téléphonique, longue attente pour la réponse et, finalement, la sentence fut prononcée : « Mérite la peine la plus haute ; mais, tenant compte de ... et de..., celle-ci est commuée en 10 ans de réclusion ». Et le regard fuyant, n’osant regarder Ivanov, les jurés ramassèrent vivement leurs papiers et s'éloignèrent. Les faux témoins à charge, cherchant à se justifier, s'approchèrent, tremblants, d'lvanov. « Foutez-moi le camp, salauds ! », rugit-il ; et il se retira dans sa baraque.

Kossior était un homme d'âge moyen, de très petite taille (presque un nain) avec une grosse tête. Avant son arrestation, il avait un poste dirigeant à la direction des Pétroles. Son frère, Stanislas Kossior [3] siégeait alors au Bureau politique et, en même temps, était secrétaire du Comité central du Parti communiste ukrainien. Au camp, Kossior travaillait à la chaufferie, amenant avec une brouette le charbon nécessaire aux chaudières. Etaient égaIement au camp sa première femme, une Ukrainienne de qui il avait divorcé, et la seconde, une Russe qu'il avait épousée en déportation.

Posnanski, un beau brun bien bâti de 35-38 ans, était passionné de musique et du jeu d'échecs. Le deuxième secrétaire de Trotsky, Grigoriev, se trouvait alors quelque part le long de la Petchora.
1936 : à la suite des procès de Moscou

A l'automne 1936, aussitôt après les simulacres de procès contre les dirigeants de l'opposition : Zinoviev, Kamenev et les autres, tout le groupe des trotskystes « orthodoxes » se trouvant à la mine se réunit en vue de délibérer.

Ouvrant la réunion, Guevorkian s'adressa aux présents : « Camarades ! Avant de commencer notre réunion, je vous demande d'honorer la mémoire de nos camarades, guides et dirigeants, morts en martyrs par la main des staliniens traîtres à la révolution ». L'assemblée entière se leva. Puis, dans un bref discours très tranchant, Guevorkian expliqua qu'il s'agissait d'examiner et de résoudre le problème-clef : que faire et comment se comporter par la suite ? « II est maintenant évident que le groupe des aventuriers staliniens achève son coup d'Etat contre-révolutionnaire dans notre pays. Toutes les conquêtes progressives de notre révolution sont en danger de mort. Non seulement les ténèbres du crépuscule, mais ceux de la nuit noire et profonde, enveloppent notre pays.

Aucun Cavaignac n'a fait couler autant de sang des classes laborieuses que ne le fait Staline. Anéantissant physiquement tous les groupes oppositionnels du parti, il aspire à une dictature personnelle sans partage. Le parti et le peuple entier sont soumis à l'examen et à la justice sommaire de l'appareil policier. Les pronostics et les appréhensions les plus sombres de notre opposition se sont pleinement confirmés. La nation glisse irrésistiblement dans le marais thermidorien. C'est le triomphe des forces centristes petites-bourgeoises, dont Staline s'avère l'interprète, le porte-parole et l'apôtre. Aucun compromis avec les traîtres staliniens et les bourreaux de la révolution n'est possible. Demeurant jusqu'au bout des révolutionnaires prolétariens, nous ne devons nous nourrir d'aucune illusion en ce qui concerne le sort qui nous attend. Mais avant de nous anéantir, Staline cherchera à nous humilier le plus qu'il pourra. En mettant les internés politiques au même régime que les « droit commun », il s'efforce de nous disperser parmi les criminels et de dresser ceux-ci contre nous. Il ne nous reste qu'un unique moyen de lutte dans ce combat inégal : la grève de la faim. Avec un groupe de camarades, nous avons déjà ébauché la liste de nos revendications dont déjà beaucoup d'entre vous ont eu connaissance. Je vous propose donc, maintenant, d'en discuter tous ensemble et de prendre une décision ».

La réunion fut de courte durée, la question de la grève de la faim et des revendications concrètes étant déjà débattue depuis quelques mois par les trotskystes. Des groupes trotskystes se trouvant dans d'autres camps (station Oussa, Tchibiou, Kotchmess, etc...) en avaient également discuté et avaient envoyé Ieur accord de soutien des revendications et de participation à la grève de la faim. Ces revendications furent ratifiées par l'unanimité des présents. Elles stipulaient :

Abrogation de la décision illégale de la NKVD concernant le transfert de tous Ies trotskystes des camps administratifs dans des camps de concentration. Les affaires relatives à I'opposition politique au régime ne doivent pas être jugées par les tribunaux spéciaux du NKVD, mais dans des assemblées juridiques publiques ;

La journée de travail, au camp, ne doit pas dépasser 8 heures ;

L’alimentation des détenus ne doit pas dépendre de leur norme de rendement. Cette dernière ne doit pas être stimulée par la ration alimentaire, mais par une prime pécuniaire ;

Séparation, tant au travail que dans les baraquements, des détenus politiques et des condamnés de droit commun ;

Les invalides, vieillards et femmes détenus politiques doivent être transférés hors des camps polaires dans des camps où les conditions climatiques sont plus favorables.

Il avait été recommandé, lors de la réunion, que les malades, les invalides et les vieillards ne participent pas à la grève de la faim ; néanmoins, tous ceux-là repoussèrent énergiquement cette recommandation.

L'assemblée n'avait pas décidé du jour où commencerait cette grève de la faim ; une direction de 5 membres, avec à sa tête Guevorkian, en était chargée après en avoir informé les autres groupes trotskystes disséminés sur l'immense territoire des camps de Oukhto-Pétchora.
La grève de la faim, son déroulement, son succès

Trois semaines plus tard, le 27 octobre 1936, commença la massive grève de la faim des détenus politiques. grève sans précédent et exemplaire dans les conditions des camps soviétiques. Le matin, au signal du réveil, dans presque chaque baraquement, il y eut des détenus se déclarant grévistes. Les baraquements dans lesquels étaient installés des trotskystes participèrent au mouvement en totalité. Même des plantons firent la grève. A cette tragédie, qui dura plus de quatre mois, participèrent près de mille détenus, dont la moitié était à la mine.

Les deux premiers jours, les grévistes demeurèrent à leurs places habituelles. Puis l'administration du camp se préoccupa de les isoler du reste des détenus, craignant que leur exemple n'entraîne ces derniers. Dans la toundra, à quarante kilomètres de la mine, sur Ies berges de la Syr-laga, il y avait des baraques primitives à moitié démolies qui, précédemment, avaient servi lors des sondages de recherche. De toute urgence, ces baraques furent tant bien que mal remises en état ; on fit appel à des habitants de la région qui, avec leurs attelages de rennes, y transportèrent les grévistes de la faim qui s'y trouvèrent bientôt dans les six cents. Les autres furent rassemblés non loin de Tchibiou.

Après avoir isolé les grévistes, le Guépéou prit les mesures nécessaires afin que le mouvement ne s'étende pas dans le pays et soit ignoré hors des frontières. Les détenus n'eurent plus le droit de correspondre avec leurs familles, les employés salariés du camp se virent supprimer leurs congés et leur droit de déplacement. Des tentatives furent faites de dresser les autres détenus contre les grévistes. A la mine, il n'y avait plus de réserves de vivres, plus de quoi nourrir ceux qui travaillaient aux puits ; l'administration du camp soutint qu'elle avait dû dépenser de grandes réserves de graisse et de sucre, stockées pour les travailleurs de fond, pour l'alimentation artificielle des trotskystes.

A la fin du premier mois de grève, un des participants était mort d'épuisement ; deux autres encore devaient mourir au cours du troisième mois. Ce même mois, deux grévistes, des trotskystes non-orthodoxes, cessèrent volontairement la grève. Enfin, juste quelques jours avant la fin de la grève, mourut encore un des participants. Ayant commencé fin octobre 1936, la grève de la faim avait duré 132 jours et ne s'est terminée qu'en mars 1937. Et elle ne prit fin que sur la victoire complète des grévistes, à qui il fut communiqué un radiogramme de la direction centrale de la NKVD rédigé en ces termes : « Faites savoir aux grévistes de la faim détenus aux mines de Vorkouta que satisfaction sera donnée à toutes leurs revendications ».

Les trotskystes furent donc ramenés à la mine, reçurent l'alimentation réservée aux malades et, au bout de quelque temps, reprirent le travail, mais uniquement en surface : certains d'entre eux même étaient dans les bureaux de direction de la mine, en qualité d'employés, de comptables, d'économistes, etc... Leur journée de travail ne dépassait pas 8 heures, leur ration alimentaire était indépendante de Ieur norme de rendement.
En 1937, brutale et sanglante répression

Mais l'intérêt des autres détenus envers les grévistes commença peu à peu à s'éteindre. L'attention de tous était maintenant axée sur les nouveaux procès de Moscou dont la radio avait fait part ; d'ailleurs, dès la fin juin, arrivaient de nouveaux détenus. Leurs récits signalaient les arrestations massives, les injures, les exécutions sans procès derrière les murs de la N.K.V.D., et ceci dans tout le pays. Au début, personne ne voulait y croire, d'autant plus que les nouveaux arrivants n'en parlaient pas volontiers et plutôt sous forme d’allusion. Mais, petit à petit, les liens devinrent plus étroits et les conversations plus franches. Sans arrêt, de nouveaux détenus arrivaient de Russie ; d'anciens amis et connaissances se retrouvaient : il devenait impossible de ne plus les croire.

Malgré ces faits manifestes, un certain nombre de détenus attendaient avec impatience l'automne 1937 et le XX° anniversaire de la Révolution d'Octobre ; ils espéraient, à cette occasion, et à l'image de 1927, une large amnistie du gouvernement, d'autant plus que, peu auparavant, avait été adoptée la très prometteuse « Constitution stalinienne ». Mais l'automne n'amena qu'amères désillusions. Le dur régime des camps empira brusquement. Les brigadiers et chargés de l'ordre – des droit communs – ayant reçu de nouvelles directives de la direction du camp, s'armèrent de gourdins et matraquèrent impitoyablement les détenus. Les gardiens, des miradors à proximité des baraques, narguaient les détenus et se moquaient d'eux. La nuit, pour s'amuser, ils tiraient sur ceux qui se rendaient aux toilettes. Ou bien, ordonnant « couché », ils obligeaient les détenus à rester allongés, déshabillés, des heures sur la neige. Et puis, bientôt, ce furent des arrestations massives. Presque chaque nuit, les agents du Guepeou se présentaient dans les baraques, procédaient à l'appel de certains noms et emmenaient les appelés.

Certains trotskystes, dont V.I. lvanov, Kossior et le fils de L.D. Trotsky, Serge Sédov, un adolescent modeste et sympathique qui, imprudemment, avait refusé de suivre ses parents en exil en 1928 – furent emmenés en convoi spécial à Moscou. Il faut croire qu'il ne suffisait pas à Staline de les faire simplement abattre dans la toundra : sa nature sadique n'avait pas seulement soif de sang ; il voulait préalablement les humilier sans mesure et les mettre à la torture, les contraignant à de fausses auto-accusations. lvanov et Kossior disparurent sans laisser de traces derrière les murs de la Loubianka. Quant à Serge Sédov. après un « traitement » à la Loubianka, il fut « jugé » à Sverdlovsk où il avait travaillé comme ingénieur à la station électrique ; d'après les communiqués des journaux, « il reconnut s'être livré à des actes de sabotage » et autres « crimes » encore, ce pourquoi il fut condamné à être fusillé[4].

L'automne bien avancé, environ 1200 détenus se trouvaient concentrés à l'ancienne briqueterie, dont sensiblement la moitié était composée de trotskystes. Tous ces gens logeaient dans quatre grandes baraques ; leur ration alimentaire était de 100 grammes de pain par jour et pas de ravitaillement quotidien. Les baraques étaient entourées d'un réseau de fil de fer barbelé. Près de 100 gardiens fraîchement recrutés, nantis d'armes automatiques, surveillaient les prisonniers jour et nuit.

Les détenus arrêtés à la mine, à Oussa et dans les autres camps proches, furent conduits à une vieille briqueterie. Ceux qui furent arrêtés dans les camps plus lointains – à la Petchora, Ijmé, Kojvé, Tchibiou, etc... – furent concentrés à côté de Tchibiou.

Tout l'hiver 1937-38, des détenus, affamés, campant dans des baraques à la briqueterie, attendaient décision concernant leur sort. Enfin, en mars, arrivèrent en avion à Vorkouta, venant de Moscou, trois officiers de la NKVD, Kachketine en tête. S'étant présentés à la briqueterie, ils passèrent à l'interrogatoire des détenus. Trente à quarante internés étaient appelés chaque jour, interrogés superficiellement 3 à 10 minutes chacun, grossièrement injuriés, entendant injures et obscénités. Certains étaient gratifiés de coups de poing dans le visage ; à l'un d'eux, le vieux bolchevik Virab Virabov, ancien membre du Comité Central d'Arménie, le lieutenant Kachkétine porta lui-même plusieurs coups à la figure.

Fin mars, une liste de 25 personnes fut communiquée, parmi Iesquelles figuraient Guévorkian, Virabov, Slavine, etc... A chacun, il fut délivré un kilo de pain et ordonné de se préparer avec ses affaires pour un nouveau convoi. Après de chaleureux adieux avec leurs amis, les appelés quittèrent les baraques et après l'appel, le convoi quitta l'enceinte. Au bout de 15-20 minutes, pas loin de là, à un demi kilomètre, sur la rive escarpée de la petite rivière Verkhniaïa Vorkouta (Vorkouta Supérieure) une brusque salve retentit, suivie de coups de feu isolés et désordonnés : puis tout s'apaisa de nouveau. Bientôt, auprès des baraques, repassa l'escorte du convoi. Et il fut clair pour tous dans quelle sorte de convoi avaient été envoyés Ies détenus.

Le surlendemain, nouvel appel, cette fois de quarante noms. De nouveau, une ration de pain. Certains, d'épuisement, ne pouvaient déjà plus bouger ; à ceux-là, on promit de les installer dans une charrette. Retenant leur respiration, les détenus restés dans les baraques écoutaient le crissement de la neige sous les pas du convoi qui s'éloignait. Depuis longtemps, tous les bruits s'étaient tus ; mais tous, aux aguets, écoutaient toujours. Et, ainsi, près d'une heure passa. Mais de nouveau, les détonations retentirent dans la toundra ; cette fois. elles venaient de bien plus loin, en direction du chemin de fer à voie étroite passant à 3 kilomètres de la briqueterie. Ce deuxième « convoi » convainquit définitivement de leur condamnation irrémédiable ceux qui étaient restés.

Les exécutions dans la toundra durèrent encore tout le mois d'avril et une partie de mai. Généralement un jour sur deux, un jour sur trois, trente à quarante détenus étaient appelés. Il est caractéristique de noter que, chaque fois, quelques criminels de droit commun, récidivistes, y étaient inclus. Afin de terroriser les détenus, les guépeoutistes, de temps en temps, faisaient publiquement connaître, par la voie de la chaîne de radio locale, des listes de fusillés. Habituellement, ces retransmissions commençaient comme suit : « Pour agitation contre-révolutionnaire, sabotage, banditisme dans les camps, refus de travail, tentatives d'évasion, ont été fusillés... » et suivait une liste de noms où ceux des détenus politiques étaient mêlés à ceux de droit commun.

Une fois, en vue de les fusiller, c'est un groupe de près de cent détenus qui fut emmené, composé essentiellement de trotskystes. S'éloignant, les condamnés chantaient l'Internationale, soutenus par la voix des centaines de détenus restés au camp.

Début mai, c'est un groupe de femmes qui fut fusillé. Parmi elles, on dénombrait la communiste ukrainienne Choumskaïa, Smirnova (femme de I.N. Smirnov, bolchevik depuis 1898 et ex-commissaire du peuple ; la fille de Smirnov, Olga, une jeune fille apolitique passionnée de musique, avait été fusillée un an avant à Moscou), les femmes de Kossior, de Melnaïs, etc... Une de ces femmes se déplaçait avec des béquilles. Lors de l'exécution d'un oppositionnel, sa femme, internée, était automatiquement passible de la peine capitale ; et quand il s'agissait des oppositionnels les plus en vue, ses enfants de plus de douze ans étaient également passibles de l'exécution. En mai, quand il ne subsista à peine plus de cent détenus, les exécutions furent interrompues. Deux semaines passèrent, tranquilles ; puis tous les internés furent emmenés en convoi à la mine. Là, on apprit qu'Ejov avait été destitué et que sa place commençait à être assumée par Béria.

Parmi les rescapés de la vieille briqueterie ayant échappé à l'exécution se trouvaient quelques trotskystes orthodoxes. L'un d'entre eux, l'ingénieur R..., était très proche de Guévorkian et fut l'un des cinq membres dirigeants qui avaient organisé la massive grève de la faim. A la mine, on disait que R... avait eu la vie sauve au prix de la trahison de ses camarades ; ces soupçons paraissent probablement fondés puisqu'après les exécutions, R... a joui de la confiance de l'administration du camp et progressa dans l'échelle des postes dirigeants.

M. B.


https://www.marxists.org/francais/4int/ ... rkouta.htm
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Belles feuilles, Trotsky, littérature et révolution (1924)

Message par com_71 » 29 Avr 2015, 22:51

Les rêves actuels de quelques enthousiastes, visant à communiquer une qualité dramatique et une harmonie rythmique à l'existence humaine s'accordent bien et de manière cohérente avec cette perspective. Maître de son économie, l'homme bouleversera la stagnante vie quotidienne. La besogne fastidieuse de nourrir et d'élever les enfants sera ôtée à la famille par l'initiative sociale. La femme émergera enfin de son semi-esclavage. A côté de la technique, la pédagogie formera psychologiquement de nouvelles générations et régira l'opinion publique. Des expériences d'éducation sociale, dans une émulation de méthodes, se développeront dans un élan aujourd'hui inconcevable. Le mode de vie communiste ne croîtra pas aveuglément, à la façon des récifs de corail dans la mer. Il sera édifié consciemment. Il sera contrôlé par la pensée critique. Il sera dirigé et rectifié. L'homme, qui saura déplacer les rivières et les montagnes, qui apprendra à construire des palais du peuple sur les hauteurs du mont Blanc ou au fond de l'Atlantique, donnera à son existence la richesse, la couleur, la tension dramatique, le dynamisme le plus élevé. A peine une croûte commencera-t-elle à se former à la surface de l'existence humaine, qu'elle éclatera sous la pression de nouvelles inventions et réalisations. Non, la vie de l'avenir ne sera pas monotone.

Enfin, l'homme commencera sérieusement à harmoniser son propre être. Il visera à obtenir une précision, un discernement, une économie plus grands, et par suite, de la beauté dans les mouvements de son propre corps, au travail, dans la marche, au jeu. Il voudra maîtriser les processus semi-conscients et inconscients de son propre organisme : la respiration, la circulation du sang, la digestion, la reproduction. Et, dans les limites inévitables, il cherchera à les subordonner au contrôle de la raison et de la volonté. L'homo sapiens, maintenant figé, se traitera lui-même comme objet des méthodes les plus complexes de la sélection artificielle et des exercices psycho-physiques.

Ces perspectives découlent de toute l'évolution de l'homme. Il a commencé par chasser les ténèbres de la production et de l'idéologie, par briser, au moyen de la technologie, la routine barbare de son travail, et par triompher de la religion au moyen de la science. Il a expulsé l'inconscient de la politique en renversant les monarchies auxquelles il a substitué les démocraties et parlementarismes rationalistes, puis la dictature sans ambiguïté des soviets. Au moyen de l'organisation socialiste, il élimine la spontanéité aveugle, élémentaire des rapports économiques. Ce qui permet de reconstruire sur de tout autres bases la traditionnelle vie de famille. Finalement, si la nature de l'homme se trouve tapie dans les recoins les plus obscurs de l'inconscient, ne va-t-il pas de soi que, dans ce sens, doivent se diriger les plus grands efforts de la pensée qui cherche et qui crée ? Le genre humain, qui a cessé de ramper devant Dieu, le Tsar et le Capital, devrait-il capituler devant les lois obscures de l'hérédité et de la sélection sexuelle aveugle ? L'homme devenu libre cherchera à atteindre un meilleur équilibre dans le fonctionnement de ses organes et un développement plus harmonieux de ses tissus ; il tiendra ainsi la peur de la mort dans les limites d'une réaction rationnelle de l'organisme devant le danger. Il n'y a pas de doute, en effet, que le manque d'harmonie anatomique et physiologique, l'extrême disproportion dans le développement de ses organes ou l'utilisation de ses tissus, donnent à son instinct de vie cette crainte morbide, hystérique, de la mort, laquelle crainte nourrit à son tour les humiliantes et stupides fantaisies sur l'au-delà. L'homme s'efforcera de commander à ses propres sentiments, d'élever ses instincts à la hauteur du conscient et de les rendre transparents, de diriger sa volonté dans les ténèbres de l'inconscient. Par là, il se haussera à un niveau plus élevé et créera un type biologique et social supérieur, un surhomme, si vous voulez.

Il est tout aussi difficile de prédire quelles seront les limites de la maîtrise de soi susceptible d'être ainsi atteinte que de prévoir jusqu'où pourra se développer la maîtrise technique de l'homme sur la nature. L'esprit de construction sociale et l'auto-éducation psycho-physique deviendront les aspects jumeaux d'un seul processus. Tous les arts – la littérature, le théâtre, la peinture, la sculpture, la musique et l'architecture – donneront à ce processus une forme sublime. Plus exactement, la forme que revêtira le processus d'édification culturelle et d'auto-éducation de l'homme communiste développera au plus haut point les éléments vivants de l'art contemporain. L'homme deviendra incomparablement plus fort, plus sage et plus subtil. Son corps deviendra plus harmonieux, ses mouvements mieux rythmés, sa voix plus mélodieuse. Les formes de son existence acquerront une qualité puissamment dramatique. L'homme moyen atteindra la taille d'un Aristote, d'un Gœthe, d'un Marx. Et, au-dessus de ces hauteurs, s'élèveront de nouveaux sommets.


https://www.marxists.org/francais/trots ... urecp8.htm
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Belles feuilles, Blasco, Marxisme et question nationale 1935

Message par com_71 » 02 Mai 2015, 21:47

...Le prolétariat doit appuyer toutes les revendications de libération nationale des minorités nationales opprimées par l’État italien, y compris la reconnaissance de leur droit à se séparer de l’État italien et à faire route avec qui ils veulent.

7.

Reconnaître ce droit n’implique toutefois pas que le prolétariat doive conseiller à ces minorités nationales, toujours et partout, de se séparer de l’État italien. Tout au contraire, l’opposé peut s’avérer juste. Par exemple, nous reconnaissons aux croyants le droit de prier leur dieu et même celui d’aller à l’église (pourvu qu’ils payent leurs prêtres), mais ceci ne signifie pas que nous leur conseillons de prier, ni d’aller à l’église. Au contraire, nous faisons tout pour les persuader de ne faire ni l’un ni l’autre. Il peut en aller de même en ce qui concerne la séparation des minorités nationales de l’État italien. Le seul guide qui doive nous servir dans ce cas est l’intérêt de la révolution. Si cet intérêt est favorisé par la séparation des minorités nationales de l’État italien, alors nous le leur conseillerons et nous les aiderons dans leur lutte pour la réalisation de leur droit reconnu ; si, au contraire, les intérêts de la révolution étaient entravés par cette séparation, nous conseillerions aux minorités nationales de ne pas se détacher de l’État italien. C’est toutefois à eux de décider.

8.

Les minorités nationales ne se définissent pas simplement comme telles, elles constituent aussi un certain ensemble de classes.

Cela revient à dire que dans ces minorités existent aussi des différences de classe. Parfois, la différenciation de classes coïncide, ou presque, avec la différenciation nationale. Parmi les Slovènes de l’Istrie, par exemple, la masse des paysans pauvres est slovène, alors que les propriétaires terriens sont Italiens. Nous devons nous appuyer sur les masses laborieuses (ouvriers et paysans pauvres) pour développer leur action de classe contre leurs exploiteurs (qu’ils soient italiens, slovènes, croates ou allemands) et contre l’État bourgeois auquel ils sont assujettis, c’est-à-dire l’État italien. Nous ne sacrifions pas leurs revendications nationales à leurs intérêts de classe mais, en défendant leurs intérêts de classe, nous sommes les seuls à réellement défendre également leurs revendications nationales. Il y a deux possibilités pour que les minorités nationales faisant actuellement partie de l’État italien, obtiennent leur libération nationale. La première serait une nouvelle guerre impérialiste dans laquelle l’État italien serait vaincu par l’État yougoslave ou allemand. Toutefois cette possibilité constituerait une terrible défaite pour tout le prolétariat et pour les masses laborieuses et créerait, sans aucun doute, une situation contraire, c’est-à-dire qu’au lieu de minorités nationales à l’intérieur de l’État italien, nous aurions des minorités nationales italiennes à l’intérieur des États vainqueurs. Cette solution est celle que visent les impérialistes étrangers et les mouvements nationalistes petits-bourgeois existants, au moins potentiellement, au sein des minorités nationales slovène, croate et allemande. En outre, cette « solution » laisserait intacte l’oppression de classe contre ces mêmes minorités nationales « libérées ». L’autre solution, la seule, la vraie solution, est la victoire du prolétariat italien sur sa propre bourgeoisie. Cette solution apporterait du même coup et la libération de classe aux masses populaires des minorités nationales et aussi la satisfaction de toutes leurs revendications nationales. C’est la seule solution que nous devons indiquer aux minorités nationales assujetties à l’État italien. C’est aussi la seule solution à laquelle nous devons travailler. Mais de quelle façon ? « En démasquant implacablement l’oppression bourgeoise de la nation dominante et en conquérant la confiance du prolétariat (et de la masse laborieuse pauvre - Blasco) de la nationalité opprimée ». (Trotsky). « Toute autre voie équivaudrait à soutenir le nationalisme réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste de la nation dominante, contre le nationalisme révolutionnaire démocratique de la nation opprimée ». (Trotsky).

9.

Outre la question des minorités nationales, nous avons eu en Italie, de 1919 à 1921, d’autres mouvements autonomistes et séparatistes. Les deux mouvements les plus caractéristiques furent les mouvements sicilien et sarde. Quels étaient leurs caractères ?

Le mouvement séparatiste sicilien était dirigé par des grands propriétaires fonciers et par la grande bourgeoisie sicilienne. Ce mouvement voulait se séparer de l’Italie non parce qu’il entendait briser les liens bureaucratiques et de dépendance avec l’État bourgeois italien, mais parce qu’il craignait qu’une révolution n’éclate en Italie. La grande bourgeoisie sicilienne tenta d’exploiter le mécontentement des masses ouvrières et paysannes face à l’oppression de la bourgeoisie continentale et de l’État italien pour le détourner en une lutte contre la révolution prolétarienne italienne.

Le mouvement autonomiste et séparatiste sarde, au contraire, se proposait de briser les liens avec l’État italien parce qu’il voyait en celui-ci l’obstacle majeur à la réalisation des revendications sociales et culturelles des masses populaires de la Sardaigne.

Le premier fut donc un mouvement purement réactionnaire. Le second, par contre, fut un mouvement révolutionnaire­démocratique. Quelle devait être notre attitude face aux deux mouvements ? Dans le premier cas, il fallait démasquer le séparatisme de la grande bourgeoisie sicilienne en tant que nouveau moyen d’exploiter les masses ouvrières et paysannes de la Sicile. Dans le second cas, il fallait démontrer aux masses de la Sardaigne que leur séparatisme ne pouvait les conduire qu’à la défaite et que leur sort était étroitement lié à celui du prolétariat italien. Pour atteindre ce résultat il fallait pourtant, dans les deux cas, démontrer par des faits, tant aux masses ouvrières et paysannes de la Sicile qu’à celles de la Sardaigne, que le prolétariat défendait réellement leurs intérêts et leurs aspirations contre l’oppression bureaucratique militaire et culturelle soit de l’État et de la bourgeoisie italienne, soit des cliques semi-féodales siciliennes et sardes.

10.

En ce qui concerne les erreurs et les crimes des staliniens dans ce domaine, une étude à part s’imposerait. Trois choses toutefois peuvent être soulignées :

les staliniens ont traduit la formule de Lénine : droit des minorités nationales à disposer d’elles-mêmes, jusque et y compris la séparation d’avec l’État, par : séparez-vous de l’État. Comme s’il était possible, pour ces minorités, de se séparer de l’État oppresseur sans passer sous l’oppression d’un autre Impérialisme.
Ils ont brisé le lien qui existe entre le problème de la libération nationale et celui de la libération sociale du prolétariat, c’est-à-dire celui de la révolution prolétarienne.
Ils ont mis dans le même sac les mouvements autonomistes et séparatistes réactionnaires et les mouvements révolutionnaires-démocratiques. Ce faisant, ils sont tombés dans une accumulation d’aberrations en trahissant les intérêts et les revendications des minorités nationales et en favorisant le jeu des brigands impérialistes de l’un ou de l’autre camp.


https://www.marxists.org/francais/blasc ... nation.htm
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Belles feuilles, Trotsky sur Lourdes

Message par com_71 » 17 Mai 2015, 08:24

[Coupure de journal français collée]

LE PAPE BENIT PAR T.S.F. LES FIDELES DE LOURDES.

Lourdes, 28 avril. – La messe pontificale a pris fin aujourd'hui vers 16 heures 20.
Un peu après les haut-parleurs ont annoncé qu'ils allaient faire entendre la Cité du Vatican et que Sa Sainteté Pie Xl allait donner sa bénédiction...


L'année dernière, avec N., nous avons été à Lourdes. Quelle grossièreté, quelle impudence, quelle vilenie ! Un bazar aux miracles, un comptoir commercial de grâces divines. La grotte elle-même fait une impression misérable. C'est naturellement là le calcul psychologique des prêtres : ne pas effrayer les petites gens par les grandioses dimensions de l'entreprise commerciale : les petites gens craignent une vitrine trop magnifique. En même temps ce sont les plus fidèles et les plus avantageux acheteurs. Mais le meilleur de tout, c'est cette bénédiction du pape, transmise à Lourdes... par la radio. Pauvres miracles évangéliques, à côté du téléphone sans fil !... Et que peut-il y avoir de plus absurde et de plus repoussant que cette combinaison de l'orgueilleuse technique avec la sorcellerie du super-druide de Rome ! En vérité la pensée humaine est embourbée dans ses propres excréments.,


https://www.marxists.org/francais/trots ... l29_04.htm
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Belles feuilles, Rosa Luxemburg, socialisme ou barbarie 1915

Message par com_71 » 21 Mai 2015, 10:30

Dans l'histoire, le socialisme est le premier mouvement populaire qui se fixe comme but, et qui soit chargé par l'histoire, de donner à l'action sociale des hommes un sens conscient, d'introduire dans l'histoire une pensée méthodique et, par là, une volonté libre. Voilà pourquoi Friedrich Engels dit que la victoire définitive du prolétariat socialiste constitue un bond qui fait passer l'humanité du règne animal au règne de la liberté. Mais ce « bond » lui-même n'est pas étranger aux lois d'airain de l'histoire, il est lié aux milliers d'échelons précédents de l'évolution, une évolution douloureuse et bien trop lente. Et ce bond ne saurait être accompli si, de l'ensemble des prémisses matérielles accumulées par l'évolution, ne jaillit pas l'étincelle de la volonté consciente de la grande masse populaire. La victoire du socialisme ne tombera pas du ciel comme fatum, cette victoire ne peut être remportée que grâce à une longue série d'affrontements entre les forces anciennes et les forces nouvelles, affrontements au cours desquels le prolétariat international fait son apprentissage sous la direction de la social-démocratie et tente de prendre en main son propre destin, de s'emparer du gouvernail de la vie sociale. Lui qui était le jouet passif de son histoire, il tente d'en devenir le pilote lucide.

Friedrich Engels a dit un jour : « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. » Mais que signifie donc une « rechute dans la barbarie » au degré de civilisation que nous connaissons en Europe aujourd'hui ? Jusqu'ici nous avons lu ces paroles sans y réfléchir et nous les avons répétées sans en pressentir la terrible gravité. Jetons un coup d'oeil autour de nous en ce moment même, et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la société bourgeoise dans la barbarie. Le triomphe de l'impérialisme aboutit à l'anéantissement de la civilisation - sporadiquement pendant la durée d'une guerre moderne et définitivement si la période des guerres mondiales qui débute maintenant devait se poursuivre sans entraves jusque dans ses dernières conséquences. C'est exactement ce que Friedrich Engels avait prédit, une génération avant nous, voici quarante ans. Nous sommes placés aujourd'hui devant ce choix : ou bien triomphe de l'impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans la Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière ; ou bien victoire du socialisme, c'est-à-dire de la lutte consciente du prolétariat international contre l'impérialisme et contre sa méthode d'action : la guerre. C'est là un dilemme de l'histoire du monde, un ou bien - ou bien encore indécis dont les plateaux balancent devant la décision du prolétariat conscient. Le prolétariat doit jeter résolument dans la balance le glaive de son combat révolutionnaire : l'avenir de la civilisation et de l'humanité en dépendent. Au cours de cette guerre, l'impérialisme a remporté la victoire. En faisant peser de tout son poids le glaive sanglant de l'assassinat des peuples, il a fait pencher la balance du côté de l'abime, de la désolation et de la honte. Tout ce fardeau de honte et de désolation ne sera contrebalancé que si, au milieu de la guerre, nous savons retirer de la guerre la leçon qu'elle contient, si le prolétariat parvient à se ressaisir et s'il cesse de jouer le rôle d'un esclave manipulé par les classes dirigeantes pour devenir le maître de son propre destin.

La classe ouvrière paie cher toute nouvelle prise de conscience de sa vocation historique. Le Golgotha de sa libération est pavé de terribles sacrifices. Les combattants des journées de Juin, les victimes de la Commune, les martyrs de la Révolution russe - quelle ronde sans fin de spectres sanglants ! Mais ces hommes-là sont tombés au champ d'honneur, ils sont, comme Marx l'écrivit à propos des héros de la Commune, « ensevelis à jamais dans le grand coeur de la classe ouvrière ». Maintenant, au contraire, des millions de prolétaires de tous les pays tombent au champ de la honte, du fratricide, de l'automutilation, avec aux lèvres leurs chants d'esclaves. Il a fallu que cela aussi ne nous soit pas épargné. Vraiment nous sommes pareils à ces Juifs que Moïse a conduits à travers le désert. Mais nous ne sommes pas perdus et nous vaincrons pourvu que nous n'ayons pas désappris d'apprendre. Et si jamais le guide actuel du prolétariat, la social-démocratie, ne savait plus apprendre, alors elle périrait « pour faire place aux hommes qui soient à la hauteur d'un monde nouveau ».


https://www.marxists.org/francais/luxem ... rljaf.html
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Belles feuilles, la parabole du réservoir d'eau, E. Bellamy

Message par com_71 » 26 Mai 2015, 14:02

Un chouette texte, sur marxists.org, bien que l'auteur ne soit pas marxiste pour deux sous...

La parabole du réservoir d'eau

1897

Il était une fois un pays très sec, dont les habitants manquaient cruellement d'eau. Et ils ne faisaient rien d'autre que de chercher de l'eau, du matin au soir. Beaucoup mouraient parce qu'ils n'en trouvaient pas.

Cependant, certains hommes, dans ce pays, étaient plus rusés et diligents que les autres. Et ils s'étaient procuré des quantités d'eau là où d'autres n'en avaient pas trouvé. Et on appelait ces hommes les capitalistes. Il advint que les habitants de ce pays s'en furent trouver les capitalistes et les prièrent de leur donner un peu de l'eau qu'ils s'étaient procurée, pour qu'il puissent boire, puisqu'ils mouraient de soif. Mais les capitalistes leur répondirent :

"Allez-vous-en, gens stupides! Pourquoi devrions-nous vous donner de l'eau que nous avons, et devenir comme vous êtes, et mourir avec vous. Mais voici ce que nous allons faire pour vous. Soyez nos serviteurs, et vous aurez de l'eau." Et les habitants direntb: "Donnez nous donc à boire, et nous serons vos serviteurs, nous et nos enfants." Et il en fut ainsi.


Les capitalistes étaient des hommes intelligents et avisés. Ils organisèrent ceux qui les servaient en brigades, avec des chefs et des contremaitres, affectés, pour certains, à sonder les sources, d'autres à transporter l'eau, d'autres enfin à chercher de nouvelles sources. Et toute l'eau fut rassemblée en un seul endroit. Les capitalistes construisirent un grand réservoir pour la contenir, et le réservoir fut appelé Le Marché, car c'est là que les gens, y compris les serviteurs des capitalistes, venaient s'approvisionner en eau. Et les capitalistes dirent au gens :

"Pour chaque seau d'eau que vous nous apporterez, pour le verser dans le réservoir, qui est Le Marché, voici que nous vous donnerons un sou, mais pour chaque seau que nous en retirerons pour vous donner à boire, à vous, à vos femmes et à vos enfants, vous nous donnerez deux sous, et la différence sera notre bénéfice, car sans cela nous ne le ferions pas pour vous et vous devriez tous mourir."


Et c'était bien ainsi, aux yeux du peuple, car il manquait de discernement. Et les gens s'activèrent à remplir le réservoir jour après jour, et pour chaque seau, les capitalistes payaient à chacun un sou, alors que pour chaque seau fourni au peuple, deux sous revenaient aux capitalistes.

Et après plusieurs jours le réservoir d'eau, dit Le Marché, déborda, du fait que pour chaque seau versé, les gens ne recevaient que de quoi acheter un demi seau. Et à cause de l'excédent laissé à chaque seau, le réservoir d'eau débordait car les gens étaient nombreux, alors que les capitalistes étaient rares et ne pouvaient pas boire plus que les autres. En conséquence de quoi le réservoir d'eau débordait.


Et quand les capitalistes virent l'eau déborder, ils dirent aux gens : "Ne voyez-vous pas que le réservoir d'eau, qui est Le Marché, déborde ? Asseyez-vous donc, et soyez patients. Cessez d'apporter de d'eau jusqu'à ce que le réservoir soit vide."



Mais quand les gens ne reçurent plus les sous des capitalistes pour l'eau qu'ils apportaient, ils ne purent plus acheter de l'eau aux capitalistes, n'ayant pas de quoi acheter. Et quand les capitalistes virent qu'ils ne faisaient plus de bénéfice, car plus personne n'achetait de l'eau, ils furent troublés. Et ils envoyèrent des hommes sur les routes, les chemins et les haies, en criant : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne au réservoir d'eau nous acheter de l'eau, sinon elle va déborder". Et ils se dirent : "Voici que les temps sont durs, il faut faire de la publicité ".

Mais le peuple répondit en disant : "Comment pouvons-nous acheter si vous ne nous employez pas, sinon comment allons-nous avoir de quoi acheter ? Employez-nous donc comme avant et nous serons heureux acheter de l'eau, car nous avons soif, et vous n'aurez pas besoin de faire de la publicité". Mais les capitalistes dirent au peuple : "Allons-nous vous embaucher pour apporter de l'eau, alors que le réservoir, qui est Le Marché, déborde déjà ? Achetez-nous donc d'abord de l'eau, et quand vous aurez vidé le réservoir avec vos achats, nous vous embaucherons à nouveau." Et ainsi, du fait que les capitalistes ne les employaient plus pour apporter de l'eau, les gens ne pouvaient pas acheter l'eau qu'ils avaient déjà apporté, et du fait que les gens ne pouvaient acheter l'eau qu'ils avaient déjà apporté, les capitalistes ne pouvaient plus les employer à apporter l'eau . Et on se mit à dire partout : "C'est la crise."


Le peuple mourait de soif. Il n'en allait plus maintenant comme du temps de leurs pères, quand les terrains étaient libres et quand chacun pouvait librement chercher de l'eau pour lui-même. Là, les capitalistes avaient pris toutes les sources, et les puits, et les roues à eau, et les récipients, et les seaux, de sorte que personne ne pouvait se procurer de l'eau du réservoir d'eau, qui était Le Marché. Alors le peuple murmura contre les capitalistes et dit :

"Voici que le réservoir est à sec, et que nous mourons de soif. Donnez nous donc de l'eau, pour que nous ne périssions pas."


Mais les capitalistes répondirent : "Que nenni. L'eau est à nous. Vous ne boirez pas, à moins que vous n'achetiez à boire avec vos sous." Et ils le confirmèrent par serment, disant, à leur manière : "Les affaires sont les affaires."


Mais les capitalistes étaient inquiets de ce que les gens n'achetaient plus d'eau, dont il résultait qu'ils ne faisaient plus de profit, et ils parlaient entre eux en disant : "Il semble que nos bénéfices ont bloqué nos bénéfices, et du fait des bénéfices que nous avons faits, nous pouvons plus faire de bénéfices. Comment se fait-il que nos profits ne soient plus profitables pour nous, et que nos gains nous rendent pauvres ? Allons interroger les devins, pour qu'ils nous éclaircissent sur ce mystère." Et ils les envoyèrent chercher.

Les devins étaient gens experts en énonciations sibyllines. Ils s'associèrent aux capitalistes pour profiter de leur eau, et survivre, eux et leurs enfants. Et ils parlaient au peuple au nom des capitalistes, et se faisaient leurs ambassadeurs, voyant que les capitalistes n'étaient pas gens à comprendre vite ni à parler volontiers.


Et les capitalistes exigèrent des devins qu'ils leur expliquent comment il se faisait que les gens ne leur achetaient plus d'eau bien que le réservoir fut plein. Et certains des devins répondit et dirent : "C'est en raison de la surproduction." Et les uns disaient: "C'est la surabondance." Mais la signification des deux mots est la même. Et d'autres disaient : "Non, mais c'est le résultat des taches sur le soleil." Et d'autres encore répondaient, en disant : "Ce n'est ni en raison de surabondance, ni encore des taches sur le soleil, que le mal est arrivé, mais en raison du manque de confiance."


Et tandis que les devins confrontaient leurs interprétations, les hommes de profit étaient saisi de somnolence et s'endormaient, et quand ils se réveillèrent, ils dirent aux devins, "C'est assez. Vous vous êtes exprimés à votre aise. Maintenant, allez et parlez à votre aise au peuple, afin qu'ils se calment et nous laissent aussi en paix ."

Mais les devins, hommes à la science funeste, comme on les appelait aussi, furent réticents à aller vers le peuple de peur d'être lapidé, car les gens ne les aimaient pas. Et ils dirent aux capitalistes :

"Maîtres, c'est un mystère de notre métier que si les hommes sont repus, désaltérés et paisibles, alors ils trouvent du réconfort dans notre discours, comme vous. Mais s'il ont soif et faim, ils n'y trouvent aucun réconfort, mais plutôt des raisons de se moquer, car il semble que si un homme n'est pas repu, notre sagesse n'est pour lui que du vide". Mais les capitalistes dirent : "Hardi, en avant. N'êtes-vous pas nos hommes désignés pour être nos ambassadeurs ?"


Et les devins se dirigèrent vers le peuple et leur expliquèrent le mystère de la surproduction, et comment il se faisait qu'ils devaient périr de soif parce qu'il y avait trop d'eau, et comment il ne pouvait pas y en avoir assez parce qu'il y en avait trop. Et ils leurs parlèrent aussi des taches du soleil, et leur expliquèrent comment tout ce qui leur était arrivé venait de leur manque de confiance. Mais tout se passa comme les devins avaient dit, car pour le peuple leur sagesse n'était que du vide. Et le peuple les maudit, en leur disant : "Allez vous faire voir, têtes d'œufs ! Est ce que vous vous moquez de nous ? Est-ce que l'abondance produit la famine ? Est-ce que beaucoup ne donne rien ?" Et ils prirent des pierres pour les lapider.


Les capitalistes, voyant que les gens du peuple murmuraient encore, et n'écoutaient pas les devins, et craignant qu'ils n'attaquent le réservoir pour s'emparer de l'eau, leur envoyèrent de saints hommes (en fait de faux prêtres), qui les exhortèrent au calme et leur demandèrent de ne pas s'en prendre aux capitalistes parce qu'il avaient soif. Et ces saints hommes, qui étaient de faux prêtres, assurèrent au peuple que ce fléau leur avait été envoyée par Dieu pour le salut de leur âme, et que s'ils l'enduraient avec patience, sans convoiter l'eau, ni s'en prendre aux capitalistes, il adviendrait qu'après avoir rendu l'âme, ils arriveraient dans un pays sans capitalistes, où l'eau serait abondante. Cependant, il y avait aussi de vrais prophètes de Dieu, compatissants pour ces gens, qui ne prophétisaient pas pour le compte des capitalistes, mais plutôt contre eux.


Les capitalistes virent que le peuple murmurait encore et s'attroupait sans être calmé par les gouttes dont ils les aspergeaient du bout de leurs doigts trempés dans l'eau qui débordaient du réservoir, et le nom des gouttes d'eau était La Charité, et elles étaient très amères.


Et quand les capitalistes virent que ni les paroles des devins, ni celles des saints hommes qui étaient faux prêtres, ni les gouttes appelées La Charité ne calmaient le peuple, qui était de plus en plus en colère et se pressait autour du réservoir comme pour s'en emparer, ils réunirent un conseil et dépêchèrent des émissaires auprès du peuple et aussi tous ceux qui étaient de bons guerriers, ils les prirent à part et leur dirent habilement :

"Et si vous rejoigniez les capitalistes ? Si vous vous mettez à leur service contre le peuple pour qu'ils ne s'emparent pas du réservoir, vous aurez de l'eau en abondance et ne périrez pas, vous et vos enfants."

Et les hommes forts et les guerriers aguerris furent convaincus par ce ce discours, se laissèrent persuader, poussés par la soif, se mirent au service au service des capitalistes, devinrent leurs hommes, furent équipés en bâtons et épées, se firent les défenseurs des capitalistes, et frappèrent les gens qui s'approchaient du réservoir.

Au bout de plusieurs jours le niveau de l'eau avait baissé dans le réservoir, car les capitalistes utilisaient l'eau pour des fontaines et des bassins où ils se baignaient avec femme et enfants et ils gaspillaient l'eau pour leur plaisir.

Quand les capitalistes vient que le réservoir était vide, ils dirent "La crise est terminée" et ils allèrent embaucher des gens pour apporter de l'eau et le remplir de nouveau. Et pour chaque seau qu'ils apportaient ils recevaient un sou, mais pour le seau que les capitalistes tiraient du réservoir pour le redonner aux gens, ils recevaient deux sous, pour faire leur bénéfice. Au bout d'un certain temps, le réservoir débordait à nouveau comme avant.

Alors, lorsque le peuple eut rempli le réservoir jusqu'à ce qu'il déborde, et se retrouva assoiffé jusqu'à ce que l'eau contenue ait été gaspillée par les capitalistes, il advint que surgirent dans ce pays des hommes qu'on appela des agitateurs car ils soulevèrent le peuple. Et ils s'adressèrent au peuple, en disant qu'ils devraient s'associer, et qu'ainsi ils n'auraient plus besoin d'être des serviteurs des capitalistes, et ne mourraient plus de soif. Aux yeux des capitalistes les agitateurs étaient des individus néfastes, qu'ils auraient bien vus crucifiés, sans oser le faire par peur du peuple.

Et les agitateurs, lorsqu'ils parlaient au peuple, leurs disaient ceci :

"Peuple stupide, combien de temps te laisseras-tu tromper par un mensonge et croiras-tu, pour ton malheur, ce qui n'est pas ? Car toutes ces choses qui t'ont été dites par les capitalistes et les devins sont des fables habilement conçues. Et de même, les saints hommes, qui disent que c'est la volonté de Dieu que vous devez toujours être pauvres, misérables et assoiffés, ils blasphèment Dieu et sont des menteurs. Il les jugera sévèrement et Il pardonnera à tous les autres. Comment se fait-il que vous ne puissiez vous procurer de l'eau dans le réservoir ? N'est-ce pas parce que vous n'avez pas d'argent ? Et pourquoi n'avez-vous pas d'argent ? N'est-ce pas parce que vous ne recevez qu'un seul sou à chaque seau que vous porter au réservoir, qui est Le Marché , mais que devez rendre deux sous pour chaque seau que vous retirez, pour que les capitalistes puissent toucher leur bénéfice ? Ne voyez-vous pas, comment le réservoir doit ainsi nécessairement déborder, rempli à la mesure de ce dont vous manquez, abondé de votre manque ? Ne voyez vous pas également que plus durement vous travaillerez, plus diligemment vous rechercherez et apporterez l'eau, plus les choses iront de mal en pis et non de mieux en mieux, tout cela à cause du profit, et cela pour toujours ?"


C'est ainsi que les agitateurs parlèrent pendant plusieurs jours au peuple sans être entendus, mais il vint un temps où le peuple écouta. Et il répondit aux agitateurs :

"Vous dites la vérité. C'est à cause des capitalistes et de leurs bénéfices que nous sommes dans le besoin, vu que en raison de leur profit, on ne peut en aucun cas retrouver les fruits de notre travail, de sorte que notre travail est vain, et plus nous peinons à remplir le réservoir, plus vite il déborde, et l'on peut ne rien recevoir, car il y a trop, selon les mots des devins. Les capitalistes sont des hommes durs, et leurs compassions sont cruelles. Dites-nous si vous savez comment nous pouvons nous délivrer de notre servitude. Mais si vous connaissez pas de moyen certain de nous délivrer, nous vous prions de vous tenir en paix, et nous laisser seuls, pour que nous puissions oublier notre misère."

Et les agitateurs répondirent en disant : "Nous connaissons un moyen."

Et le peuple dit : "Ne nous trompez pas, comme il en a été depuis le début, et personne n'a trouvé de moyen de nous délivrer jusqu'à présent, bien que beaucoup aient essayé désespérément. Mais si vous connaissez un moyen, dites-le-nous ."


Alors, les agitateurs leur dirent le moyen :

"A la vérité, quel besoin avez-vous de tous ces capitalistes, à qui vous devez céder les bénéfices pris sur votre travail? Pour quels grands faits leur payez vous ce tribut? Eh bien! Ce n'est que parce qu'ils vous commandent en équipes et vous font aller et venir, fixent vos tâches, et puis vous donnent un peu de cette eau que vous, et non pas eux, avez apporté. Or, voici le moyen de sortir de cette servitude ! Faites pour vous mêmes ce qui est fait par les capitalistes, à savoir l'organisation de votre travail , le commandement de vos équipes, et la division de vos tâches. Ainsi vous n'aurez aucun besoin des capitalistes, ni de leur rétrocéder le moindre profit, mais tout le fruit de votre travail doit vous revenir entre frères, chacun ayant la même part. Et ainsi est le réservoir ne débordera plus jamais jusqu'à ce que chaque homme soit rassasié, sans avoir besoin de remuer la langue pour réclamer plus, et ensuite le débordement fera fontaines agréable et étangs pour votre plaisir, comme le firent pour eux les capitalistes, mais cette fois pour le plaisir de tous."


Et le peuple répondit : "Comment allons-nous faire cela, qui nous semble excellent pour nous ?"

Et les agitateurs répondirent : "Choisissez-vous des hommes modestes pour aller et venir, pour commandez vos équipes et organiser votre travail, et ces hommes seront les capitalistes, mais attention, ils ne doivent pas être vos maîtres comme les capitalistes le sont, mais vos frères et vos officiers qui feront votre volonté, et ils ne prendront pas de bénéfices, mais chaque homme aura sa part comme les autres, de sorte qu'il n'y ait pas de maîtres et de serviteurs parmi vous, mais seulement des frères. Et, de temps en temps, comme bon vous semblera, vous choisirez d'autres hommes modestes à la place des premiers pour organiser le travail."

Et le peuple écouta, et cela lui paraissait bon. En plus, cela ne semblait pas difficile. Et d'une seule voix ils crièrent : "Alors, qu'il en soit comme vous l'avez dit, nous le ferons!"


Et les capitalistes entendirent des clameurs, et ce que les gens disaient. De même les devins l'entendirent aussi, de même que les faux prêtres et les puissants hommes de guerre, qui servaient à la défense des capitalistes. Et quand ils entendirent, ils tremblèrent de tous leur membres, de sorte que leurs genoux se heurtèrent, et ils se dirent les uns aux autres, "C'est la fin !"


Cependant, il y avait de vrais prêtres du Dieu vivant qui ne prophétisaient pas pour le compte des capitalistes, compatissants pour ces gens, quand ils entendirent les cris du peuple et ce qu'il avait dit, ils se réjouirent grandement et rendirent grâce à Dieu de cette délivrance.


Et le peuple s'en fut et tout se passa comme les agitateurs l'avaient annoncé. Et il arriva ce que les agitateurs avaient dit qu'il arriverait , comme il l'avaient prédit. Et il n'y eu plus aucun assoiffé dans ce pays, non plus que d'affamé, de sans habit, de grelottant, ou de nécessiteux. Et chaque homme dit à son compagnon : «Mon frère», et chaque femme dit à sa compagne "Ma sœur", c'est ainsi qu'ils furent, les uns aux autres, comme frères et sœurs à jamais unis. Et la bénédiction de Dieu s'étendit sur cette terre à jamais.

Edward Bellamy, Equality, 1897.


https://www.marxists.org/francais/gener ... abole1.htm
La culture instituée par la noblesse a introduit dans le langage universel des barbarismes tels que tsar, pogrome, nagaïka. Octobre a internationalisé des mots comme bolchevik, soviet... Cela suffit à justifier la Révolution Prolétarienne... Trotsky
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Re: Belles feuilles

Message par artza » 18 Juil 2015, 08:30

Je ne mange pas de ce pain là (Benjamin Péret) :

Louis XVI s'en va a la guillotine

Pue pue pue
Qu'est-ce qui pue
C'est Louis XVI l'oeuf mal couvé
et sa tête tombe dans le panier
sa tête pourrie
parce qu'il fait froid le 21 janvier
Il pleut du sang de la neige
et toutes sortes de saletés
qui jaillissent de sa vieille carcasse
de chien crevé au fond d'une lessiveuse
au milieu du linge sale
qui a eu le temps de pourrir
comme la fleur de lis des poubelles
que les vaches refusent de brouter
parce qu'elle répand une odeur de dieu
dieu le père des boues
qui a donné à Louis XVI
le droit divin de crever
comme un chien dans une lessiveuse


http://www.benjamin-peret.org/extraits-de-loeuvre/10-/54-je-ne-mange-pas-de-ce-pain-la-1936.html
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Belles feuilles, Bordiga : Anticléricalisme et socialisme

Message par com_71 » 23 Juil 2015, 05:53

Bordiga : Anticléricalisme et socialisme

[...] Grâce au souvenir, plongeons-nous dans le fatras de la chronique de l’anticléricalisme, lequel a encombré la jeunesse de la génération qui a vécu les deux guerres. Ceux qui ont maintenant les cheveux gris ne peuvent pas ne pas se souvenir des invocations confusionnistes et bloquistes proférées dans les meetings : Vous êtes monarchistes ? Alors vous devez être anticléricaux parce que la monarchie de la Maison de Savoie a réalisé l’unité italienne en s’engouffrant dans la brèche ouverte dans la Porte Pia et en affrontant l’excommunication papale. Vous êtes républicains ? Alors vous devez être anticléricaux comme le furent Garibaldi et Mazzini, ennemis jurés de l’église catholique. Vous êtes socialistes ? Alors vous devez être anticléricaux parce que le prêtre est l’allié des patrons. Vous êtes anarchistes ? Alors vous devez être anticléricaux parce la première liberté est celle de s’affranchir de l’obscurantisme ecclésiastique. Et donc, accourez tous dans les rangs du «bloc populaire», du cercle anticlérical, de l’«association de la libre-pensée», pour finalement, ajoutait-on plus discrètement, rejoindre la loge maçonnique. [...]

La critique marxiste s’est dirigée contre les effets délétères de ce type de contacts et de contagion entre les forces politiques de la classe bourgeoise et le mouvement des partis ouvriers, démontrant comment ces contacts conduisaient directement à l’égarement de toute orientation de classe. Tout ce rideau de fumée idéologique sur une prétendue guerre entre des forces bourgeoises modernes, progressives, intelligentes et un obscurantisme ecclésiastique, tout ce tintamarre entendu au cours de démonstrations multicolores ponctuées de drapeaux tricolores et de drapeaux rouges, balbutiant un extrémisme de fête foraine, avec ses vagues de sifflements et de huées pour conspuer un quelconque prêtre passant par là, tout ceci fut dénoncé comme un expédient dilatoire, destiné à retarder la formation d’organisations de classe des travailleurs qui menaceraient directement les intérêts patronaux du bourgeois et voudraient supprimer l’exploitation capitaliste en abattant le pouvoir qui les défend, sans appliquer un traitement différent au donneur de travail ou au fonctionnaire de police qui, d’aventure, pourraient prouver être ennemi du pape et ne pas croire en Dieu.

[...] Cette revendication des directives classistes s’est appelée dans la pratique et l’action politique, intransigeance, refus des alliances électoralistes, incompatibilité entre appartenance au parti socialiste et appartenance à la franc-maçonnerie et autres sociétés anticléricales, universités «populaires» et autres.

Depuis lors, il fut absolument évident que l’adjectif populaire était devenu répugnant. Le populus romain et le demos grec excluaient les esclaves, mais regroupait patriciens et plébéiens. La seigneurie féodale ne voulait pas se considérer comme faisant partie du peuple, aux côtés des «vils mécaniques», mais exaltait cependant la libération chrétienne des esclaves de l’Antiquité. La révolution des bourgeois anti-féodaux ramena sur la scène historique le peuple qui, dans l’acception moderne, signifie l’amalgame des patrons industriels, des commerçants et des financiers avec les petits possédants et les salariés, dans un ensemble indifférencié, soumis à une discipline juridique commune. Peuple, de nos jours, signifie étreinte amoureuse entre exploiteurs et exploités.

Le marxiste qui parle de peuple et de populaire s’est suicidé.

[...] Il y a quelques années, un beau film appelé Intolérance fit un succès sur les écrans. Dans un raccourci de l’histoire et de ses luttes tragiques, il voulait mettre en valeur la thèse selon laquelle l’origine de tous les maux humains et de toutes les tragédies sociales résidait dans un fait intellectuel et moral, l’incompréhension, la dure obstination à ne pas admettre et ne pas respecter les opinions d’autrui.

Thèse apte à émouvoir le parterre, thèse totalement cohérente avec la littérature laïque et la libre-pensée !

C’est cette position que le marxisme a voulu renverser une fois pour toutes. Ce n’est pas la tolérance qui fait cheminer le monde. Elle soumet et attache les classes opprimées et soumises au conformisme des privilégiés. L’histoire s’ébranle quand le troupeau humain s’écarte des illusions de la tolérance. Peu d’hommes sont des loups pour l’homme, trop sont des moutons. Les dominations de classe vacillent lorsque, dans le processus des formes organisées de la production, de violentes incompatibilités avec les engrenages traditionnels poussent l’avant-garde d’une classe jusqu’alors à genoux à se débarrasser de l’hypocrisie de la tolérance, pour emprunter la grande et intolérante voie de la Révolution.


https://www.marxists.org/francais/bordi ... 490921.htm
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Belles feuilles, Carl Brouard

Message par com_71 » 02 Août 2015, 09:28

«Vous tous de la plèbe, debout !
pour le grand coup de balai
vous êtes les piliers de l’édifice
Ôtez-vous
Et tout s’écroule, châteaux de cartes
Alors, alors
Vous comprendrez que vous êtes une grande vague qui s’ignore
Oh ! Vague, assemblez-vous, bouillonnez, mugissez, et que sous votre linceul d’écumes, il ne subsiste plus rien, rien
rien
rien que du bien propre
du bien lavé
du bien blanchi jusqu’aux os !


http://ufdcimages.uflib.ufl.edu/UF/00/0 ... etrouv.pdf
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Belles feuilles, Blanqui, la comédie des programmes

Message par com_71 » 17 Août 2015, 22:40

https://www.marxists.org/francais/blanq ... propos.htm

On ignore la comédie des programmes ; voici comment elle se joue : En montant à l'Hôtel de Ville, on les jette au coin de la borne ; et le jour où l'on redescend les escaliers sous les coups de pied du royalisme, la botte du royalisme dans les reins, on ramasse dans le ruisseau ces lambeaux souillés ; on les essuie, on les défripe, on les retape, on les rajuste, on les promène à grand orchestre devant la foule ébahie. Qu'importe à la réaction ? Elle connaît trop la valeur de ces chiffons de papier pour en prendre souci. Elle sait d'où ils viennent et où ils retournent à un moment donné. Elle laisse tranquillement les saltimbanques en faire étalage sur les champs de foire pour la mystification des badauds.

Mais qu'un homme sincère, laissant là ce mirage fantastique des programmes, ces brouillards du royaume d'Utopie, sorte du roman pour rentrer dans la réalité, qu'il prononce une parole sérieuse et pratique : « Désarmer la bourgeoisie, armer le peuple,c'est la première nécessité, le seul gage de salut de la révolution. »

Oh ! alors l'indifférence s'évanouit ; un long hurlement de fureur retentit d'un bout de la France à l'autre. On crie au sacrilège, au parricide, à l'hydrophobe. On ameute, on déchaîne les colères sur cet homme, on le voue aux dieux infernaux pour avoir épelé modestement les premiers mots du sens commun.

Eh quoi ! A-t-on oublié le drame de Juin ? A-t-on oublié Paris fouillé tout entier de la cave au grenier, Paris désarmé, garrotté, bâillonné, frémissant, se tordant sous l'outrage que lui avaient épargné les hordes étrangères, maîtresses de ses murs ! Quoi ! une once de poudre, la poignée d'un sabre, la crosse d'un pistolet trouvées dans la pauvre mansarde d'un ouvrier, envoient ce malheureux pourrir au fond des cachots !

Et, victorieux, vous hésitez ! Vous reculez devant le désarmement d'une caste implacable qui ne procède avec le peuple que par extermination ! Le prestige de sa longue puissance vous en impose, et le souvenir de ses violences assure son inviolabilité. Allez, race d'esclaves, qui n'osez lever les yeux ni la main sur vos tyrans ! Rebelles d'un jour, repentants et prosternés le lendemain, restez accroupis dans votre misère et votre servitude! Ne tentez pas de briser vos chaînes ! Il vous faudrait les ressouder de vos propres mains. Ne faites plus de révolutions pour vous sauver du moins la honte d'en demander pardon à genoux.
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