Gramsci

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Gramsci

Message par artza » 26 Juil 2017, 10:01

1926, ben oui tout est dans la date!

Zinoviev aussi a marché avec Staline. Etait-il stalinien? Le dire n'a pas de sens comme la suite l'a montré.

Affirmé que Gramsci était stalinien n'a pas plus de sens. Gramsci ne fut ni Togliatti, ni Jacques Duclos.

Gramsci fut un militant communiste, luttant sincèrement pour le communisme et intimement lié à la classe ouvrière de Turin à ses luttes, à ses organisations ce qui pas rien.

Faut-il rappeler que jusqu'au bout, au confino Gramsci et Bordiga furent toujours personnellement en bon terme et même parfois en relations amicales.

Ce qui n'enlevait rien à leur divergence et leur attitude différente.

Gramsci est cité plus souvent qu'à son tour par toutes sortes de gens qui de son vivant l'auraient combattu.
Maintenant pourquoi le citent-ils? Et comment le peuvent-ils? Ce sont quand même des questions.

A l'extrême-gauche, il est régulièrement cité sans que ça éclaire grand chose, mais au moins ça permet de se fâcher avec personne, et puis ça fait tellement intelligent, ouvert. Oui c'est ça ouvert, à tout pour aboutir à rien.

Alors, Gramsci militant remarquable dont on a bien peu à apprendre sur le plan politique et théorique.

Après tout il n'est pas en si mauvaise compagnie avec ses compatriotes, Serrati, Malatesta...et Bordiga.
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Re: Gramsci

Message par Duffy » 28 Juil 2017, 15:45

Dans le dernier numéro (1181) de Combat Ouvrier :

La « société civile » contre les travailleurs

Depuis l’élection de Macron, les médias se réjouissent : beaucoup de députés et quelques ministres sont issus de « la société civile ». Ils ignorent que le terme de « société civile » a été inventé par le révolutionnaire italien Antonio Gramsci pour mettre en garde les travailleurs.

En 1919, en Italie, comme dans une bonne partie de l’Europe, les travailleurs se révoltent. À Turin, siège de Fiat et Lancia, les ouvriers, inspirés par l’exemple de la Révolution russe, occupent les entreprises et organisent des « conseils ouvriers » dans les usines et les quartiers populaires. Gramsci, jeune militant socialiste – il a 28 ans – lance un nouveau journal, L’Ordine Nuovo, (« l’ordre nouveau »), qui devient l’organe du mouvement conseilliste. Il avertit : les conseils ouvriers vont se développer dans toute l’Italie et s’ils ne prennent pas le pouvoir, la bourgeoisie italienne va se venger en écrasant le mouvement par la violence. Pour gagner, les travailleurs doivent se doter d’un parti d’un genre nouveau : un parti communiste sur le modèle du parti bolchevik.

Les prédictions de Gramsci se sont réalisées. Le mouvement des conseils ouvriers se développa pendant deux ans et souleva les ouvriers, du nord industriel au sud agricole. Mais le Parti communiste que Gramsci contribua à créer (en 1921) arriva trop tard. Du coup, la dictature fasciste de Mussolini brisa par la violence l’élan des travailleurs.

Avant de mourir dans les prisons de Mussolini, Gramsci écrivit trente « Carnets de prison » sous la surveillance de la censure de ses geôliers. Pour cela, il utilisait un « code » (« philosophie de la pratique », pour ne pas écrire « marxisme » ou « mouvement majoritaire » à la place de « bolchevik », qui veut dire « majorité » en Russe). C’est pourquoi, il est souvent cité et déformé par les intellectuels. Gramsci expliqua entre autres que dans les vieux pays développés, beaucoup de gens pensent comme la bourgeoisie (« les patrons sont les créateurs de l’emploi », « pour être riche il faut le mériter », etc.).

Cette « hégémonie culturelle » de la bourgeoisie est due à l’activité de couches sociales qui vivent au milieu de la population, contrairement à la grande bourgeoisie elle-même : curés et professeurs, intellectuels et journalistes, débrouillards et notables en tout genre sont pratiquement les seuls à s’exprimer en permanence dans la vie de tous les jours. Du coup, ils saturent l’imaginaire collectif de leur vision des choses. Ils peuvent parfois avoir de petites indignations – contre la pauvreté ou contre telle ou telle dictature (en général loin de chez eux) – mais ils imposent des limites très strictes à tout changement de l’ordre établi (« il faut que les travailleurs soient raisonnables », « il faut du dialogue, pas des conflits », etc.). Car en réalité, l’ordre établi leur convient personnellement très bien.

C’est cela la « société civile », par opposition, chez Gramsci, à la « société politique », c’est-à-dire aux couches sociales directement chargées d’être les relais du pouvoir (politiciens professionnels, hauts fonctionnaires, flics, militaires ou magistrats). La « société civile » utilise son rayonnement disproportionné en temps de paix sociale pour faire croire qu’un monde où une poignée de parasites super-riches impose sa volonté à toute l’humanité est « normal ». Gramsci en concluait que le parti révolutionnaire devait combattre l’influence de la « société civile ».

Les journalistes qui répètent « société civile » à tout bout de champ (parce que les nouveaux députés « En Marche » sont des « gens comme eux », c’est-à-dire de leur point de vue, les seuls qui comptent vraiment) nous avertissent sans le savoir : l’Assemblée et le gouvernement sont peuplés de gens qui méprisent en général les travailleurs et qui au fond, craignent plus que tout leur révolte.
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Re: Gramsci

Message par artza » 29 Juil 2017, 07:38

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Re: Gramsci

Message par pietro » 29 Juil 2017, 10:52

vraiment trés bien cet article de Combat Ouvrier. Résume bien la supercherie de la "société civile" , très engagée contre les travailleurs !
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Re: Gramsci

Message par com_71 » 19 Sep 2017, 04:28

Si on parle de "révolution", "peuple révolutionnaire", "démocratie révolutionnaire", 9 fois sur 10 c'est mensonge ou aveuglement. La question est, Quelle classe fait la révolution ? Une révolution contre qui ? Lénine
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Re: Gramsci

Message par artza » 22 Sep 2017, 12:23

Pour illustrer tout ça un article d'époque dans La révolution prolétarienne (revue de Pierre Monatte) d'août 1925
La "bolchevisation" du PC italien présentée par Rosmer.
On peut lire sans ennui tout le reste de la revue :)

http://archivesautonomies.org/IMG/pdf/syndrev/revolutionproletarienne/serieav1939/1925/revolutionproletarienne-n008.pdf
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Re: Gramsci

Message par logan » 26 Sep 2017, 21:26

sur l'article de LO consacré à Gramsci :

Les bordiguistes allaient voir dans l’évolution ultérieure de l’IC la confirmation de ce jugement de 1922. Du fait de l’emprisonnement de Bordiga, ils furent privés de l’apport de celui-ci, qui ne devait reprendre vraiment l’activité politique qu’après la Deuxième Guerre mondiale. À la divergence sur le front unique, ils ajoutèrent un désaccord avec Trotsky sur la nature de l’URSS, devenue pour eux dès ce moment un État capitaliste,

C'est faux, la gauche italienne considérait que l'état russe était prolétarien au moins jusque 1939. La rupture était consommée bien avant. Le 1er article et la caractérisation claire de l'état russe comme un état capitaliste date de 1939.

Les 2 vraies raisons de la ruture sont :
- Une tendance politique gauchiste de refus de tout compromis, rendant difficile toute discussion (d'où effectivement le refus net de la gauche italienne d'adhérer à l'opposition internationale de Trotsky). De là également son abstentionnisme, meme si Bordiga s'en défend : Il pense qu'il y a plus de désavantages, dans les périodes révolutionnaires, à mener la lutte au parlement qu'en dehors ... cette position sera caricaturée à sa suite (1926), les "bordiguistes" faisant de l'abstentionnisme un principe obligatoire en tout lieu et de tout temps.

- Le "refus" du front unique. Là encore le gauchisme des communistes italien est flagrant : S'ils ont mille fois raison de refuser la compromission définitive qu'est le front populaire ou le gouvernement ouvrier (s'allier politiquement avec les socialistes, gouverner ensemble), ils ne comprennent pas que le front unique est de nature très différente : "Frapper ensemble, marcher séparément", s'allier physiquement et de manière très ponctuelle avec socialistes et autres pour résister aux assauts mortels des fascistes.
Bordiga considère que Mussolini n'est pas Kornilov et que la position du front unique n'a pas de sens face au fascisme.

Ce qui n'est pas dit dans l'article, c'est que Trotsky rompra unilatéralement les discussions avec les communistes italiens, affirmant que le refus du front unique est absolument incompatible avec l'opposition internationale.

Gramsci avait lui compris la nécessité de ce front unique en Italie contre les fascistes mais pas compris les transformations intérieures du parti russe fusionnant avec l'état (et ses écrits montrent une déformation du marxisme de par son idéalisme philosophique hérité de Benedetto Croce, son véritable maitre).

Gramsci regrettera de sortir du PSI dès 1921 pour la construction du parti communiste, tandis que Bordiga la souhaitait bien avant. Gramsci voulait sortir du PSI avec la grande majorité des militants, ce ne fut pas le cas.

Ps : le jugement de Trotsky sur la politique des "bordiguistes", c'est à dire de la majorité du parti communiste d'Italie, me semble tout à fait juste. Ce qui n'empeche pas de lire Bordiga dont certains écrits sont à la hauteur de Trotsky, en particulier sur la nature de l'état russe et sur les principes du communisme. En matière d'organisation et de dynamique des masses par contre, le gauchisme de Bordiga surgit assez nettement.
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