fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Re: fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Message par Gayraud de Mazars » 18 Oct 2026, 04:20

Salut camarades,

Perspectives : un réveil des luttes sur fond de crise industrielle et financière
Article publié sur le site de La Riposte
Par Greg Oxley
Samedi 17 octobre 2026

https://www.lariposte.org/2026/10/persp ... inanciere/

Les manifestations lycéennes et syndicales depuis la rentrée ont mis des centaines de milliers de personnes dans la rue pour protester contre les coupes budgétaires drastiques prévues par le gouvernement. Enseignants, soignants, fonctionnaires, pompiers, marins-pêcheurs, lycéens et étudiants n’en peuvent plus de la politique d’austérité de Macron, dont les répercussions sur le terrain ont été désastreuses.

Le malaise social est profond. L’éducation, la santé et l’ensemble des services publics manquent cruellement de moyens. Les lycéens ont mis en évidence l’état de délabrement des bâtiments scolaires et le nombre de postes d’enseignants non pourvus. Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, Macron a supprimé plus de 10 000 postes d’enseignants. La rentrée 2026 a été marquée par la suppression de 1 891 emplois de professeurs des écoles titulaires et plus de 4 000 postes d’enseignement, selon le recensement du SNUipp.

Plutôt que de répondre aux revendications légitimes des lycéens, Macron leur inflige une répression policière brutale. Plusieurs jeunes ont été mutilés. Au lycée Béhal de Lens, un jeune de 15 ans, Evan, a perdu une main, arrachée par une grenade de désencerclement. Depuis le 18 septembre, le bilan du ministère de la Justice fait état de plus de 8 000 personnes placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs. Dans la seule journée du 1er octobre, il y a eu de 1949 interpellations – un record historique. Les 8 000 interpellations, c’est deux fois plus que dans le premier mois du mouvement des Gilets Jaunes en 2018 !

Ces événements se déroulent dans un contexte social de plus en plus tendu. La faiblesse des salaires et l’inflation rabaissent sans cesse les conditions de vie. Les cadeaux faits aux riches et aux grandes entreprises ont plongé le pays dans une dette abyssale que les marchés financiers et le gouvernement veulent faire payer aux jeunes, aux travailleurs, aux retraités, aux chômeurs. Clairement, nous vivons sous un système qui n’existe que pour augmenter la richesse et le pouvoir d’une minorité capitaliste.

Le chômage repart à la hausse et touche désormais 2,6 millions de personnes, soit 8,1 % de la population active. Les 15-24 ans sont particulièrement exposés avec un taux de chômage de 19,8 % en 2025 et de 21,5 % en 2026, soit plus que le double de la moyenne nationale. Depuis longtemps, les employeurs privilégient l’allongement du temps de travail et l’intérim plutôt que les embauches contractuelles correctes. Or, aujourd’hui, même l’emploi intérimaire est en recul. Il a chuté de 6 % en un an, ce qui présage une nouvelle détérioration du marché du travail en 2027 et au-delà.

Sous l’emprise des capitalistes, l’économie stagne et se disloque, tandis que les profits boursiers atteignent des niveaux records. Selon la Banque mondiale, la croissance du PIB a ralenti, passant de 1,4 % en 2023 à 1,2 % en 2024, puis à 0,8 % en 2025. Elle devrait rester en dessous de 0,9 % en 2026. Parallèlement, les faillites d’entreprises ont fortement augmenté, atteignant environ 60 000 par an, contre 35 000 pendant la crise du Covid.

Une désindustrialisation accélérée

Le secteur numérique attire des investissements lourds, mais l’industrie traditionnelle est délaissée. Michelin jette 1 254 salariés sur le pavé à Cholet (Maine-et-Loire) et à Vannes (Morbihan). ArcelorMittal supprime plus de 600 postes dans le Nord (Dunkerque, Florange, Basse-Indre, Mardyck, Mouzon, Desvres et Montataire). L’entreprise Vencorex, deuxième fabricante mondiale de durcisseurs industriels, a été bradée et puis effectivement détruite, entraînant, comme c’est souvent le cas avec la fermeture de sites industriels importants, d’autres suppressions d’emplois chez les fournisseurs et clients des entreprises concernées.

Dans presque tous les secteurs de l’économie, des centaines d’entreprises ont été liquidées, entraînant une suppression massive d’emplois. Rien que sur les mois de juillet et août 2026, de nombreuses fermetures et de restructurations ont frayé la chronique. Parmi les entreprises menacées ou déjà disparues, il y a OPmobility (équipements automobiles), Verallia (bouteilles), Heidelberg Materials (ciment), Refresco (jus), Schneider Electric (énergie et automatisation), Cofigeo (agroalimentaire), Legrand (équipements électriques), CellforCure (biomédicaments), Aqua-Valley (eau), Lippi (portails et clôtures), Greenwood Atlantic (scierie), Emerson-Aventics (systèmes pneumatiques), Limatech (batteries aéronautiques), Fibre Excellence (pâte à papier), Reden (panneaux solaires), Darquer (dentelle), Daregal (herbes aromatiques), Safran Electronics & Defence (électronique)… La désindustrialisation de la France s’accélère. Les conséquences sociales dramatiques des fermetures pour les communautés qui en dépendent n’importent pas aux capitalistes. Pour eux, il n’y a que le profit qui compte.

Dette publique et spéculation financière

La crise industrielle est doublée d’une crise des finances publiques. L’endettement de la France atteint désormais un seuil critique. Selon Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, la réaction des marchés financiers face à l’ampleur de la dette est « grave et inquiétante ». Il avertit que, quel que soit le résultat des élections en 2027, le nouveau gouvernement devra imposer une forte réduction du déficit public et composer avec des taux d’intérêt très élevés. La dette française s’élève aujourd’hui à 3 500 milliards d’euros, soit près de 120 % du PIB, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro.

La spéculation financière joue non seulement le financement de l’État français, mais aussi, par extension, contre la monnaie européenne, dont la valeur d’échange dépend en partie de la santé financière de la France. L’euro est tombé à son plus bas niveau depuis 17 mois face au dollar, tandis que le rendement des obligations françaises à dix ans est à 5 %. Ceci signifie que le gouvernement doit désormais emprunter à ce taux pour répondre à ses besoins de financement et consacrer plus de 90 milliards d’euros au seul paiement des intérêts en 2027. À titre de comparaison, le budget de l’Éducation nationale pour 2026 est d’environ 64,5 milliards d’euros !

Le versement des intérêts sur la dette publique est désormais le deuxième poste de dépenses dans le budget de l’État. Le plus grand, qui coûte plus que 200 milliards d’euros, est celui des aides publiques versées gratuitement et sans aucune contrepartie, aux grandes entreprises privées. Cette somme représente 30 % du budget total de l’État, et près de trois fois le budget de l’Éducation nationale. Ces 200 milliards, versés sous diverses formes (subventions directes de l’État, niches fiscales, baisses d’impôt, exonération de cotisations sociales) seraient mieux dépensés pour financer les services publics, plutôt que de gonfler les marges de profit des grandes entreprises et les dividendes boursiers.

Macron et Lecornu martèlent la nécessité de réduire les déficits pour justifier des mesures de régression sociale, mais semblent oublier que l’État a besoin d’argent quand il s’agit de faire payer leurs amis capitalistes. Ainsi, comme l’a relevé Le Canard Enchaîné, lorsque Vivendi (contrôle par le groupe Bolloré) a écopé d’un redressement fiscal portant sur 2,4 milliards d’euros, le ministère des Finances a cru bon d’effacer la pénalité de 320 millions d’euros !

Pour calmer la spéculation sur le marché obligatoire et contre la monnaie européenne, Macron insiste pour que Lecornu impose des coupes budgétaires importantes. Il veut réduire le déficit public en s’attaquant à l’Éducation nationale, aux services publics, aux retraites, aux allocations sociales, à la santé et la sécurité sociale. Au cas où la résistance dans la rue et la faiblesse de sa position à l’Assemblée nationale empêchent Lecornu d’y parvenir, il est pratiquement certain que les marchés financiers déclencheront une nouvelle offensive pour porter le rendement des obligations au-delà de 5%. La spéculation financière aggrave la dette publique et puis les spéculateurs eux-mêmes exigent des coupes budgétaires encore plus sévères pour la rembourser !

La façon dont Macron et ses ministres présentent la question de la dette publique est complètement tordue. Ils veulent manipuler l’opinion publique pour justifier le démantèlement ce qui reste des services publics et la protection sociale, tout en préservant les transferts massifs d’argent public vers les grandes entreprises. L’économie stagne et l’argent public est versé dans les coffres des capitalistes pour augmenter leurs profits malgré cette stagnation.

Autoritarisme et racisme pour imposer l’austérité

Les marchés financiers et les grandes entreprises capitalistes ont tellement de pouvoir qu’elles peuvent façonner le comportement des gouvernements dans tous les domaines, y compris celui des finances publiques. La classe capitaliste fait pression pour obtenir des « aides » publiques et des concessions fiscales importantes, tout en insistant sur une politique d’austérité plus agressive contre les services publics, l’éducation, la santé, les retraites, la Sécurité sociale et les allocations sociales.

La brutalité de cette politique risque de provoquer une résistance populaire massive, surtout dans un contexte d’inflation et de chômage de masse. C’est pour vaincre cette résistance qu’une fraction grandissante de classe dirigeante soutient activement le Rassemblement National et la candidature de Le Pen pour installer un régime autoritaire et répressif. Depuis toujours, autoritarisme et stratégies de division vont de pair. Il faut désigner des boucs émissaires, inciter à la haine, persécuter des minorités. Ainsi, la politique économique et sociale de Marine Le Pen entraînera une nette dégradation des conditions de vie de la majorité de la population, accompagnée de persécutions visant les personnes de culture musulmane et les « migrants ». Le résultat net de cette politique sera d’augmenter davantage la richesse et de pouvoir de ceux qui en ont déjà trop, au détriment du reste de la société.

Pour donner des gages aux marchés financiers et aux grands groupes capitalistes, Marine Le Pen a promis 125 milliards d’euros de coupes budgétaires sur cinq ans et une réduction de la dette publique à 60 % du PIB, soit la moitié de son niveau actuel. Cet objectif est incompatible avec sa promesse de réduire fortement la TVA sur l’énergie et l’alimentation. De telles mesures « populistes » seront donc abandonnées, au grand désarroi de ceux qui y ont cru. Le Pen et Bardella fustigent avec démagogie les « élites » et flattent le « peuple », mais le RN est en réalité un parti du grand capital par excellence.

Quelle alternative à gauche ?

Il faut reconnaître que l’un des plus grands atouts du Rassemblement National a été l’incapacité des partis de gauche de présenter une alternative claire au capitalisme et ses conséquences sociales désastreuses. Depuis des décennies, le Parti socialiste s’est réconcilié avec le système capitaliste, au point que sa politique ne se distingue guère de celle de la droite, comme en atteste, par exemple, la présidence de François Hollande de 2012-2017, dont le « Macronisme » n’a été que le prolongement. Le PS est un parti « réformiste » sans réformes, ou plus exactement un parti de contre-réforme dans l’intérêt des capitalistes.

Quant à LFI et au PCF, malgré les divergences qui existent sur certaines questions, ils défendent tous les deux des programmes de réforme sociale et politique assez similaires, mais peinent à convaincre la majorité des travailleurs qu’ils seraient vraiment capables d’améliorer leurs conditions de vie. Le scepticisme des travailleurs à leur égard ne s’explique pas seulement par le souvenir des gouvernements de gauche. Il découle aussi de leur sens des réalités.

C’est que tous les travailleurs savent bien qui détient le pouvoir en France, que ce soit dans les entreprises ou dans la société en général. Ils savent aussi qu’une politique qui s’attaque aux profits des patrons, des capitalistes, est une politique à haut risque. Ce sont les patrons qui décident dans une large mesure de leur sort en tant que travailleurs. On rappelle constamment aux salariés que si jamais la rentabilité de l’entreprise est durablement compromise, l’entreprise elle-même cessera d’exister. C’est le b.a.-ba du fonctionnement du capitalisme, où la justification de toute activité économique n’est autre que le profit.

Par conséquent, pour beaucoup de salariés, quand ils entendent que LFI ou le PCF veulent taxer davantage les profits, augmenter les salaires et prendre d’autres mesures qui vont nécessairement aboutir à une baisse de rentabilité, ils peuvent légitimement penser que cela risque de provoquer des suppressions d’emplois ou même la fermeture de leur entreprise. Si le travailleur est à la merci du patron, à quoi bon lui taper dessus ? Ce raisonnement, celui de la peur de ceux qui ont pouvoir, est tout à fait « logique », surtout si la gauche n’ouvre aucune perspective pour mettre fin à ce pouvoir. Dans le programme du PCF, comme dans celui de LFI, il n’y a rien qui empêcherait le patronat de réagir de la sorte. D’où l’idée, largement répandue chez les salariés, que les revendications de la gauche et des organisations syndicales sont certes bonnes en soi, mais pas réalistes et potentiellement dangereuses.

Au niveau de la politique nationale, la politique de la gauche souffre de la même carence. Certes, elle prône une politique « anticapitaliste » dans le sens où son programme va à l’encontre des intérêts capitalistes, mais elle laisse intacte la capacité de riposter des capitalistes. D’où vient ce pouvoir, au fond ? De la propriété capitaliste des entreprises, des « moyens de production ». Il est impossible, à notre époque, de mettre en œuvre une politique de réforme sociale conséquente et durable si elle n’est pas liée au désarmement économique de la classe capitaliste. Si le programme de la gauche n’indique pas comment effectuer ce désarmement, il est incomplet et défaillant.

Concrètement, comment est-il possible de mettre fin aux pressions des marchés financiers sans libérer l’économie et les finances publiques de leur emprise ? Toute tentative de mettre en œuvre une politique de réforme sociale radicale, comme celle que propose LFI et le PCF, rencontrerait une opposition et une stratégie de sabotage implacable de la part de la classe dirigeante.

La dernière fois qu’un gouvernement de gauche a tenté d’appliquer une politique de réforme sociale conséquente, c’était en 1981 avec le gouvernement socialiste-communiste de l’époque, sous la présidence de François Mitterrand. La réaction du grand patronat et des marchés financiers a été féroce. Ils ont tout fait pour saborder les réformes : fuite de capitaux massive, grève d’investissements, fermetures et délocalisations des entreprises, augmentation du chômage, spéculation contre le franc français. Il n’a fallu que 12 mois pour forcer le gouvernement PS-PCF d’abandonner ses projets de réforme et adopter une politique d’austérité.

Près d’un demi-siècle plus tard, le capitalisme est bien plus puissant qu’à l’époque, de sorte qu’un gouvernement de gauche agissant contre les intérêts des capitalistes aurait encore moins de marge de manœuvre. Ceci ne signifie pas qu’une politique de réforme sociale est impossible. Cela signifie seulement qu’il est absolument impératif de lier cette politique à une stratégie d’expropriation des capitalistes, c’est-à-dire la nationalisation de tous les grands groupes capitalistes, pour placer les ressources productives, distributives et financières du pays sous contrôle public et démocratique.

Ce n’est que par la propriété publique des grands leviers de l’économie nationale qu’il sera possible de garantir l’emploi et les revenus des travailleurs, empêcher des suppressions d’emploi, financer les services à la hauteur des besoins, construire des logements, abolir la pauvreté, réduire les inégalités, supprimer les discriminations, protéger l’environnement. Il faut libérer l’économie de la loi du profit et jeter ainsi les bases d’une nouvelle ère de progrès social.

De grandes luttes nous attendent, pour les derniers mois de la présidence Macron et après les élections de 2027. Il y aura des grèves, des manifestations, des luttes sur de nombreux fronts. Mais nous ne pourrons pas vaincre nos ennemis sans mobiliser la masse de la population autour d’un programme et une stratégie non seulement pour résister au capitalisme, mais pour y mettre fin. C’est là, notre tâche politique principale pour les années à venir.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
Avatar de l’utilisateur
Gayraud de Mazars
 
Message(s) : 3095
Inscription : 23 Avr 2014, 12:18

Re: fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Message par Zorglub » 21 Oct 2026, 06:36

Je ne me suis pas tout fadé. Mais cela m'a suffit. Quand La riposte fait dans la psychologie, de comptoir, des travailleurs.
Le scepticisme des travailleurs à leur égard ne s’explique pas seulement par le souvenir des gouvernements de gauche. Il découle aussi de leur sens des réalités.

« Leur sens des réalités » pour La riposte, consisterait que les travailleurs seraient conscients que la taxation des patrons serait nuisible économiquement...

Le comptoir ne serait pas celui du bar mais celui de la banque.
Pour éviter les sornettes, faudrait arrêter de biberonner au PCF.

C'est habituel des réformistes d'attribuer leurs saloperies et capitulations aux soi-disant manques, de conscience, de combativité, de la classe ouvrière. Du mépris de classe que vous reprenez.
En effet, ce n'est pas que le souvenir de la gauche au pouvoir, c'est la gauche qui a fait disparaître tout sentiment de classe, accréditant qu'il fallait du profit, de la rentabilité.
Et le sens des réalités est que ce ne sera pas le vote pour ces tocards sur le retour qui améliorera le sort des travailleurs.

Vous êtes de pire en pire.
Zorglub
 
Message(s) : 1538
Inscription : 27 Fév 2009, 01:26

Re: fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Message par artza » 21 Oct 2026, 08:10

Le PCF stalinisé a imposé le drapeau tricolore, la Marseillaise, Jeanne d'Arc et le coq bien avant sa participation au gouvernement.

Un parti gouvernemental sans ministre !
artza
 
Message(s) : 2664
Inscription : 22 Sep 2003, 08:22

Re: fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Message par Gayraud de Mazars » 22 Oct 2026, 05:55

Salut camarades,

Après la journée du 17 octobre 2026 : bilan et perspectives
Par Boris Campos, PCF Lorient
21 octobre 2026
article publié sur le site internet de La Riposte

https://www.lariposte.org/2026/10/apres ... spectives/

"Les mauvais jours finiront
Et gare à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront"

La Semaine sanglante, de Jean-Baptiste Clément, 1871.

Une mobilisation massive, portée par la jeunesse

Le 17 octobre 2026 a rassemblé environ 800 000 personnes dans plus de 1 700 rassemblements à travers le pays. Cette journée est une des plus importantes en nombre et surtout en intensité dan 10 ans de pouvoir macroniste. Elle est portée depuis la rentrée de septembre par une jeunesse entrée en mouvement dans les lycées, à commencer par ceux des quartiers populaires, et les facultés, rejoints par d’autres catégories de la population, notamment syndicalistes, militants politiques, anciens gilets jaunes, parents en colère.

La révolte de la jeunesse populaire témoigne d’une crise sociale profonde. Sa colère puise ses racines dans le sombre futur que leur réserve la classe dominante d’aujourd’hui : un parcours scolaire toujours plus inégalitaire, un marché de l’emploi largement dominé par des contrats précaires, un départ à la retraite sans cesse repoussé, une échéance électorale présentant comme inéluctable l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, dans un contexte international où nous devrions nous préparer à la guerre, le tout dans une planète à +4°C. Que la jeunesse conteste massivement cet avenir : qui aurait pu le prédire ?

Le gouvernement n’a aucune réponse politique à apporter puisque n’importe quelle concession reviendrait à remettre en cause les contre-réformes menées ces 10 dernières années.

Cette contestation exprime la contradiction entre les besoins de la grande majorité et une politique qui sacrifie le travail, les services publics et le climat à la rentabilité du capital. À l’impasse qu’on lui désigne, la jeunesse oppose la lutte, et les communistes se placent à ses côtés.

Qui sont-ils pour donner des leçons de démocratie ?

Cette explosion de colère a été spectaculaire dans sa forme, avec des images qui tournent en boucle de barricades, de vitrines cassées, de véhicules et de bâtiments en flammes. Plus de 1500 magasins auraient été envahis et dévalisés d’une partie de leurs marchandises.

Pour légitimer la répression, le gouvernement cherche à diviser le mouvement entre « bons » et « mauvais » manifestants. C’est un piège : n’oublions pas que ceux qu’il voudrait ranger dans la catégorie des « manifestants pacifiques », le gouvernement les ignore tout autant. Leurs revendications ne sont ni entendues, ni reçues, ni satisfaites. Les tenants de la démocratie capitaliste ferment les yeux sur cette évidence : les voies démocratiques habituelles ont été étouffées par la macronie. Et c’est une des raisons qui expliquent la forme qu’a prise cette journée d’action.

Un simple regard en arrière suffit pour s’en convaincre : en 2019, les plus de 200 000 contributions des Cahiers de doléances faisant suite au mouvement des gilets jaunes ont été enterrés. En 2020, il en a été de même pour le rapport de la Convention citoyenne pour le climat. En 2023, les manifestations massives contre la réforme des retraites n’ont pas empêché son adoption par le 49.3. En 2024, les législatives ont placé le Nouveau Front Populaire en tête, et pourtant une série de Premiers ministres de droite ont été nommés. En 2025, plus de deux millions de signatures contre la loi Duplomb n’ont pas empêché son adoption pour l’essentiel. Plus loin dans le temps, le « non » majoritaire au référendum de 2005 avait déjà été contourné en 2008 par la voie parlementaire. Et ces gens-là viennent faire des leçons de morale sur la démocratie et les bons moyens de se faire entendre ?

Les institutions de la démocratie parlementaire capitaliste de la 5ème république ont toujours d’abord servi les intérêts du capital. Quand ni la rue, ni la pétition, ni le vote ne pèsent, nous devons comprendre que le patronat fait pression de toutes ses forces pour imposer une politique conforme à ses intérêts.

Cette évolution vers un pouvoir autoritaire ne tient donc pas à la personnalité de Macron. Elle trouve son origine matérielle dans la contradiction du capitalisme contemporain : le taux de profit ne peut être maintenu qu’au détriment des conquêtes sociales du passé, en revenant sur les concessions faites à la classe ouvrière. L’application du programme du patronat ne passe pas par le “dialogue social” mais par le passage en force. Dans ces conditions, quel que soit le gouvernement, exercer le pouvoir dans le cadre du capitalisme actuel demande un appel accru aux fonctions répressives de l’État, à savoir la police, la justice et l’armée. D’où la nécessité d’une rupture révolutionnaire. Pour ne pas être soumis aux diktats du patronat, il faudra s’emparer du pouvoir économique et politique.

Mais au fait, condamnez-vous les violences ?

Le pouvoir et les médias dominants concentrent le débat sur les « violences » pour détourner l’attention des causes réelles de la colère et discréditer le mouvement. Les cortèges se sont majoritairement déroulés dans le calme. Mais même les villes de tailles moyennes ont été, à un moment où un autre, le théâtre de scènes d’émeutes : affrontements avec la police, dégradations de mobilier urbain, vitrines fracassées, véhicules et bâtiments incendiés.

S’agit-il de violence ? N’oublions pas que la classe dirigeante est coutumière de la manipulation sémantique : les grévistes qui prennent “en otage” les usagers en sont une belle illustration.

Le terme de violence est tout aussi chargé politiquement. Qui l’exerce, qui la subit, qui en définit son contenu sont des questions de rapport de force politique. Son usage dominant permet de recouvrir sous un seul mot des actes très différents. On peut les regrouper en 2 catégories : la dégradation de biens et les atteintes à la personne.

Ce qu’ils appellent violence, c’est, dans l’immense majorité de cas, de la dégradation de biens ciblés pour ce qu’ils ont de symbolique. Pour ce qui est présenté comme des atteintes à la personne, il s’agit, là aussi dans l’immense majorité des cas, d’actes envers des forces de l’ordre à l’arsenal pléthorique envoyées au contact des manifestants pour les réprimer. Donc des actes en réaction à cette violence policière.

Réduire ces actions à de la délinquance, à de simples “casseurs” c’est vouloir s’épargner la peine de réfléchir. Nous aurions tort aussi de surestimer le poids de la police et de ses agents. Évidemment que la police infiltre le mouvement et fait de la provocation. Mais quand les mêmes actions se répètent partout en France, il faut les prendre pour ce qu’elles sont : des actes à forte signification politique.

Pour les comprendre et se positionner, il faut savoir poser les bonnes questions. Demander si on est « pour ou contre la violence ? » de manière abstraite est absurde. Nous pouvons être en désaccord avec une partie de ces actions lorsqu’elles font partie d’une stratégie revendiquée et nous l’assumons. Ce n’est pas pour des questions de morale abstraite ou de concession face à la pression du gouvernement. C’est parce que nous pensons qu’elles peuvent mener à une impasse. C’est donc sur le terrain politique que nous avons à engager le dialogue avec celles et ceux qui y recourent.

Selon le contexte, une même action peut s’avérer pertinente ou contre-productive. Pour ne citer que quelques exemples : les barricades ont un intérêt pour protéger un cortège. Le mobilier urbain peut servir à construire une barricade, y compris en flammes. Mais la stratégie de confrontation systématique avec la police à laquelle nous a habitués le cortège de tête ces dernières années crée des points de fixation stériles, là où des cortèges mobiles ont l’avantage d’être plus imprévisibles et difficiles à gérer pour les forces de l’ordre.

Les dégradations d’abribus, du mobilier urbain bénéficiant principalement aux jeunes et aux précaires, semblent vides de contenu subversif. Les pratiques de « l’auto-réduction », la casse de vitrines d’enseignes capitalistes pour s’emparer de marchandises, sont vouées à être instrumentalisées avec facilité par la classe dominante. Mais dans un contexte propice, le saccage d’une boutique Louis Vuitton ou d’autres marques réservées aux ultra-riches peut attirer la sympathie de la population.

Pour ce qui est de la journée du 17 septembre, il semblerait que certaines actions aient exposé inutilement ses participants à des arrestations, en particulier celles et ceux avec peu d’expérience, et offert au pouvoir le prétexte d’une répression accrue, tout en éloignant une partie de la population d’un mouvement de révolte légitime. Mais les actions de cette journée ne sont pas le résultat d’une stratégie délibérée et coordonnée. Elles sont l’expression d’une explosion sociale, d’un débordement de toutes les composantes de la gauche française, y compris de ses franges autonomes.

Cette situation s’explique en partie par l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier et l’échec des formes de mobilisation des années précédentes, ainsi que par la colère accumulée par des années de mépris et de discriminations raciales, la répression féroce contre des adolescents depuis septembre et la réalité du quotidien pour une partie croissante de la population qui a le sentiment d’être dos au mur, de n’avoir plus rien à perdre.

De ce point de vue, condamner sans réserve les violences comme l’exige le pouvoir revient à condamner le mouvement. C’est pour ça qu’il insiste tant : il voudrait nous voir demander pardon, pardon pour le désordre, pardon pour la révolte. Se considérer comme un(e) militant(e) révolutionnaire n’oblige pas à partager la totalité des actes réalisés lors d’un mouvement révolutionnaire ou de révolte. Cette prétention nous impose cependant de nous y impliquer au mieux pour avancer vers la victoire. Et donc de ne pas nous en détourner sous prétexte d’impureté. L’important est la suite du mouvement : nous devons contribuer à le faire avancer le plus loin possible en y apportant un programme d’action communiste.

Par conséquent, nous n’avons pas à condamner en bloc les “violences” des manifestants, pas plus que nous avons à appeler au retour au calme. Pour la majorité d’entre nous, cela signifie le retour aux humiliations quotidiennes, aux violences ordinaires, aux privations et frustrations, un retour au « calme » des souffrances endurées dans le silence.

Ce que nous condamnons, en revanche, ce sont les violences du capitalisme et de ses partisans. Nous condamnons l’hypocrisie de celles et ceux qui versent une larme indignée devant une poubelle qui brûle mais qui nous relaient des discours qui visent à nous préparer à la guerre, ou qui justifient les violences du génocide à Gaza, passent sous silence les morts au travail ou qui portent des politiques environnementales destructrices et cancérigènes, encouragent les violences policières, soutiennent un système qui porte en lui exploitation, guerre et dévastation de nos écosystèmes. Ces personnes-là attribuent davantage de valeur aux marchandises qu’à celles et ceux qui les produisent.

Le pouvoir à la recherche de boucs émissaires

Les plateaux de télévision et les réseaux sociaux regorgent de théories complotistes présentant « l’ultra gauche » et les membres de LFI comme les grands organisateurs du « chaos ». Certains politiques comme Retailleau vont jusqu’à lancer des appels à l’interdiction du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Selon des témoignages recueillis par Mediapart, le gouvernement a donné des consignes aux services de renseignement pour incriminer LFI dans le « désordre » en cours. C’est une manière pour la majorité politique au pouvoir de se dédouaner de ses responsabilités dans la crise actuelle, tout en cherchant à affaiblir son principal adversaire.

Les communistes ne peuvent en être surpris : il y a 40 ou 50 ans, c’est le PCF qui aurait été pris pour cible. Nous devons être solidaires des militants LFI présents sur le terrain qui font face à ces attaques indignes : en les visant, elles visent toute la gauche organisée.

Maintenir la pression, construire la grève

Nous devons composer avec la réalité telle qu’elle est et non pas telle que nous désirons qu’elle soit. Il n’y a jamais eu et n’y aura jamais un mouvement de masse « pur ». La journée du 17 octobre ne correspond pas à l’image que l’on se fait des grèves de 1968 ou de 1936, de l’insurrection de 1871 ou des barricades de 1848 ? C’est que cette mémoire est idéalisée, nous avons tendance à faire de ces événements des mythes avec ses héros et ses méchants. En vérité, les déferlements révolutionnaires sont contradictoires. Elles portent en elles la beauté de ce qui veut advenir et la laideur de ce qui les a vues émerger. L’un ne va pas sans l’autre.

Tout le monde connaît ce slogan répété souvent, parfois sans trop y croire : « Partage du temps de travail, partageons les richesses » ou alors « ça va péter, ÇA VA PÉTER ! » Eh bien, on ne peut invoquer l’orage sans le tonnerre. Le 17 octobre était une sérieuse détonation, une menace pour quelques-uns, un espoir pour beaucoup d’autres.

Mais une détonation ne suffit pas. Le mouvement amorcé par la jeunesse a ouvert une brèche : elle a fait entrer la colère dans le débat, elle a mis le pouvoir en difficulté. Ce qu’elle ne peut pas faire seule, c’est arrêter la machine. Celles et ceux qui produisent la richesse, eux, le peuvent : une grève vraiment générale pourrait paralyser l’économie, fait perdre de l’argent au patronat, créer un rapport de force beaucoup plus favorable au mouvement. C’est pourquoi notre tâche est double : maintenir la pression, et construire la grève générale.

L’intersyndicale appelle à la grève interprofessionnelle contre 54 milliards d’euros de coupes budgétaires, pour le 5 novembre. Donnons-lui des objectifs qui fassent converger les luttes, élargissons le champ des possibles.

À bas Macron, son gouvernement et le système qu’ils servent !

Des moyens pour l’école et les services publics, pas pour l’armée ou les entreprises privées !

Arrêt immédiat de la répression et des violences policières : désarmement, interdiction des grenades, dissolution des BRAV-M !

Le report de l’âge de la retraite : c’est toujours non ! Abrogation de la loi Borne et retraite à 60 ans !

Maintenons la pression et construisons la grève du 5 novembre !

Soutenons les appels à un Acte II dès le 24 octobre et les initiatives pour encourager la mise en grève le 5 novembre !


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
Avatar de l’utilisateur
Gayraud de Mazars
 
Message(s) : 3095
Inscription : 23 Avr 2014, 12:18

Re: fil "interventions de La Riposte, tendance du PCF"

Message par com_71 » 22 Oct 2026, 07:19

C'est un - mauvais - cours de sociologie - ou de sémantique ? - pas une réponse politique à l'actualité !
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
Avatar de l’utilisateur
com_71
 
Message(s) : 6792
Inscription : 12 Oct 2002, 00:14

Précédent

Retour vers Presse et communiqués

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 13 invité(s)