Analyse de la crise (dans la "Vérité")

Analyse de la crise (dans la "Vérité")

Message par erou » 04 Jan 2014, 14:55

Qu’est-ce qui distingue la crise actuelle ? ( analyse de "la Vérité", numéro71)

Qu’est-ce qui distingue la crise actuelle des situations antérieures ? Ce sont les traits suivants :

Le volume de la dette publique des Etats capitalistes développés atteint un niveau inconnu jusqu’à présent, hormis les périodes de guerre (où l’Etat s’endette pour les besoins de l’effort de guerre) et de faillite avérée (exemple la crise de 1929).
Ce gonflement de la dette publique est généralisé à l’ensemble des Etats, y compris les plus puissants.
Sans doute, l’élément le plus important : cette dette est, pour l’essentiel, entre les mains de détenteurs privés (fonds de pension, banques, institutions financières internationales), lesquels imposent des taux d’intérêt exorbitants, créant donc une situation où le paiement des intérêts de la dette devient impossible pour la plupart des Etats concernés.
Il en découle que des nations en principe souveraines et indépendantes sont à la merci d’investisseurs privés agissant vis-à-vis d’elles comme n’importe quel banquier avec un ouvrier surendetté, exigeant le bradage au plus offrant de tout le patrimoine national, allant jusqu’à dépecer le pays, en commençant par le dépeçage de la classe ouvrière.
Arrivés à ce stade, la dette, et le système de crédit qui l’a engendrée, apparaît, à juste titre, aux travailleurs et aux peuples du monde entier, comme un instrument de mort et de destruction. C’est un instrument de destruction massive des forces productives.
Or cela n’a pas toujours été le cas. Le crédit a naguère contribué au développement des forces productives. Il en est aujourd’hui un instrument de destruction en masse. La crise de la dette est un concentré de la décomposition du système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production. Elle souligne à quel point ce dernier est profondément entré dans sa phase d’agonie. Nous allons voir qu’il n’y a là rien d’accidentel, sinon le développement « logique » des mécanismes du système lui-même, dont l’agonie, pour être écourtée, appelle le seul « remède » possible : la révolution expropriatrice des exploiteurs et des oppresseurs.(...)




(...)“Le crédit accélère le développement des forces productives”…

Autrement dit :

« La production capitaliste tend sans cesse à dépasser ces limites qui lui sont immanentes, mais elle n’y parvient qu’en employant des moyens qui, de nouveau et à une échelle plus imposante, dressent devant elle les mêmes barrières. La véritable barrière de la production capitaliste, c’est le capital lui-même . »

Parmi ces « moyens » évoqués par Marx : le crédit. Lorsque le système capitaliste est dans sa phase ascendante, Marx écrit :

« Le système de crédit accélère par conséquent le développement matériel des forces productives et la constitution du marché mondial ; la tâche historique de la production capitaliste est justement de pousser jusqu’à un certain degré le développement de ces deux facteurs, base matérielle de la nouvelle forme de production. »

Levier majeur permettant d’anticiper la création de valeurs non encore produites et leur écoulement sur le marché pour obtenir le profit escompté, le crédit constitue donc à ce titre un facteur de développement matériel des forces productives et d’extension du marché mondial. Marx nuance toutefois cette caractérisation, en signalant que « le crédit accélère en même temps les explosions violentes de cette contradiction, les crises et partant les éléments qui dissolvent l’ancien mode de production ». L’anticipa­tion de création de valeurs comporte le risque que ces valeurs ne se réalisent ja­mais. Mais ce qui n’était qu’une tendance dans la phase ascendante du capitalisme est devenu aujourd’hui un trait dominant. Du capitalisme dans sa phase ascendante qui parvenait à « repousser ses propres barrières » par le moyen (artificiel) du crédit, on est passé aujourd’hui au stade de l’impé­rialisme décomposé où l’injection massive de crédits et l’accumulation de montagnes de dette débouchent sur la destruction en masse des forces productives.

… avant de se transformer en force destructive

« Il arrive un stade où naissent des forces productives et des moyens de circulation qui ne peuvent être que néfastes dans le cadre des rapports existants et ne sont plus des forces productives, mais des forces destructrices (le machinisme et l’argent) »,

écrivent Marx et Engels .

Ultérieurement, Rosa Luxemburg complètera cette liste en ajoutant au machinisme et à l’argent ce troisième levier majeur d’entraînement parasitaire de l’économie capitaliste : le militarisme (ce que nous appelons aujourd’hui l’économie d’arme­ment) . Cette tendance du machinisme et de l’argent à se transformer en forces destructrices nourrissait les crises cycliques du capital dans sa phase ascendante. Elle est devenue aujourd’hui plus qu’une tendance : une marque majeure du capitalisme entré dans sa phase de décomposition, le stade de l’impérialisme .

Hier, le capitalisme ascendant, certes au prix de conditions d’exploitation effroya­bles, était à même, jusqu’à un certain point, « d’absorber » les conséquences de la lutte des classes et de les répercuter dans la crois­sance des forces productives et l’exten­sion du marché mondial. Aujourd’hui, des mas­ses de capitaux gigantesques ne trouvent pas à s’employer dans les conditions normales de l’exploita­tion capitaliste. Par les moyens les plus artificiels, la classe capitaliste se doit de dégager des nouveaux champs de profitabilité.

« L’industrie du crédit » (et donc la croissance exponentielle de la dette qui en découle) est devenue aujourd’hui l’un de ces principaux moyens. Son déploiement à cette échelle disloque l’économie mondiale. Car il faut « inventer » des champs nouveaux pour l’investissement de capitaux en mal de profitabilité, il faut créer le besoin de crédit au-delà des limites… Pour aboutir aussi bien à la crise des subprimes que, sur un autre plan, à un endettement des Etats au-delà des limites supportables. Mais cette extension sous toutes les formes de l’économie du crédit et de la dette a des conséquences immédiates sur les conditions mêmes de l’exploitation de la force de travail. Car les intérêts de la dette ne sont que des prélèvements sur la plus-value extorquée à la classe ouvrière. Garantir, coûte que coûte, le retour sur investissement implique que les conditions d’extorsion de la plus-value soient aggravées dans des proportions considérables et que les activités de production insuffisamment rentables pour offrir une telle garantie soient impitoyablement éliminées. C’est ainsi que, aussi bien par la déqualification-dégradation de la force de travail (remise en cause de sa valeur, déréglementation des salaires, des conventions collectives, des statuts, par la délocalisation) mais aussi par la désindustrialisation, le gonflement de l’économie de la dette a abouti à la situation actuelle. Ce système du crédit, dont Marx écrivait qu’il accélérait le développement matériel des forces productives et la constitution du marché mondial, s’est transformé en un système qui, aujourd’hui, accélère la destruction matérielle des forces productives et la dislocation du marché mondial. Et, au premier rang de la destruction en masse des forces productives, la principale d’entre elles : la force de travail du prolétaire .
erou
 
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Re: Analyse de la crise (dans la "Vérité")

Message par logan » 09 Jan 2014, 10:09

accélère la destruction matérielle des forces productives et la dislocation du marché mondial.


Totalement faux.
Comme à son habitude, le POI considère que les forces productives sont en régression depuis... 1938, date du programme de transition dans lequel Trotsky en fait le constat. Mais quand Trotsky l'écrit, cela est totalement fondé car il le fait en plein coeur de la crise de 29... qui menait droit à la guerre !

Une vraie crise, au sens marxiste du terme, mène effectivement à la destruction massives des forces productives : hommes au chomage, machines à l'arret, depression des salaires pour relever le taux de profit des entreprises tombé par terre et au final destruction des industries par la guerre. Sur le plan mondial on est loin de cette situation, même si on ne peut pas dire que le capitalisme va bien.
On n'est pas encore au coeur de la vraie crise mais à son prélude.

Tout est en place pour une crise sans précédent... de plus en plus d'économistes réputés l'annoncent, ce qui est inédit.
Mais les myopes du POI ne verront pas la diffèrence. Puisque pour eux la "crise" et la "destruction des forces productives" sont là depuis 75 ans. :shock: :geek:
logan
 
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