La Riposte - Conférence sur la Révolution française

La Riposte - Conférence sur la Révolution française

Message par Gayraud de Mazars » 30 Mars 2018, 16:04

Salut camarades,

Notre camarade Greg Oxley, directeur du journal de La Riposte a effectué une conférence auprès des camarades de Morlaix sur la Révolution française !

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/ ... -2018.html

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Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: La Riposte - Conférence sur la Révolution française

Message par Kéox2 » 30 Mars 2018, 17:33

Salut camarade GdM,

Un ptit compte rendu ? du monde...
Kéox2
 
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Re: La Riposte - Conférence sur la Révolution française

Message par Gayraud de Mazars » 31 Mars 2018, 11:56

Salut camarade Kéox2,

Une conférence passionnante de Greg Oxley sur la Révolution Française au local du PCF de Morlaix devant une trentaine de personnes, ce mardi 27 mars 2018

Greg Oxley, animateur du journal La Riposte, militant communiste parisien, guide conférencier pour des voyages culturels à Paris et en Europe, a animé une conférence d'une très grande richesse et clarté sur la Révolution Française (1789-1794) qui a vivement intéressé les participants de cette fin d'après-midi d'éducation populaire, hier soir, entre 18h-20h.

32 personnes étaient présentes, dont 15 qui n'étaient pas membres du PCF, ce que nous considérons comme encourageant (d'autant que de nombreuses autres personnes invitées et intéressées s'étaient excusées, car non disponibles) et elles n'ont pas regretté leur présence tant l'introduction à la Révolution Française de Greg Oxley était limpide et stimulante, ouvrant des perspectives sur le présent, des analogies historiques, et résumant avec un sens de la perspective politique et de la synthèse cette succession d'événements très touffue et si importante pour l'histoire moderne de l'Humanité, avec des thèses fortes de Greg Oxley que nous allons retranscrire.

Morceaux choisis de la Conférence de Greg Oxley sur la Révolution Française
Morlaix, 27 mars 2018

L'actualité encore vivante de la Révolution Française, si elle continue à nous parler, c'est d'abord par le caractère inabouti des promesses révolutionnaires de liberté, d'égalité, de pouvoir par et pour le peuple. Aujourd'hui, il y a sans doute une plus grande concentration de richesses entre les mains d'une minorité que pendant l'Ancien Régime. Les questions qu'a posé la Révolution sont toujours d'actualité. La Révolution Française est aussi un enjeu politique actuel puisque une série d'historiens depuis les années 90 pratiquent une forme de révisionnisme en pensant la révolution sans le peuple, comme si ce n'était pas l'acte et l'accomplissement de la population opprimée.

Comme n'importe dans quelle révolution profonde et sérieuse, le peuple s'est cherché pendant les événements révolutionnaires. Ceux-ci ont comporté deux temporalités différentes, divisés par une période de contre-révolution et dont l'alternance coïncide aussi avec le déclenchement de la guerre européenne. La révolution française n'est pas une montée linéaire, c'est une longue série de soulèvements, de mouvements insurrectionnels, plus ou moins progressistes dans leur manifestation, se déroulant sur de longues années.

Les masses sont ordinairement passives. Pour la plupart des gens, de manière accoutumée, la politique, c'est l'affaire des puissants. La Révolution Française a été un de ces moments rares où les masses ont pris en main leurs propres destinées, sans toujours bien distinguer au départ vrais amis et faux amis. Une révolution est en même temps un apprentissage.

Dans la première phase de la Révolution, orientée par la bourgeoisie mais stimulée par le peuple, le peuple imaginait qu'il avait conquis la liberté et qu'il y avait un compromis possible avec la monarchie. A suivi une phase de rempli révolutionnaire après la première poussée en avant entre juillet et octobre 1789, puis est venue une deuxième phase avec la fuite en Belgique de la famille royale fin 1791 et le début de la guerre révolutionnaire en 1792.

La Révolution Française n'a pas une valeur essentiellement nationale, fondatrice de notre nation, les révolutionnaires ont voulu immédiatement lui donner une portée internationale, universelle, et les ferments de révolution étaient présents aussi dans d'autres pays. Le but de la constitution de 1793 est l'émancipation de l'humanité, la liberté universelle. Les masses étaient de 1789 à 1793 imprégnées de l'idée qu'elles luttaient pour toute l'humanité. C'était une menace pour les puissances européennes de l'époque.

Le contexte: la France à l'époque pré-révolutionnaire.

Entre fin XVIIe et fin XVIIIe siècle, une période de forte expansion économique. Le commerce et la croissance multipliés par cinq, sous la monarchie absolutiste qui n'est déjà plus féodale mais qui utilise aussi l'ascension économique et sociale d'une bourgeoisie commerçante, administrative et juridique, classe émergente, sous un état centralisé. 85% de la population vivait à la campagne. Sur les 28 millions de Français, 1 million de mendiants peut-être, des milliers de glaneurs, quelques vestiges de l'époque féodale dans le statut de certains paysans pauvre, une terre très inéquitablement répartie et utilisée. La bourgeoisie est déjà la classe dirigeante pour une grande part au sein de la société avant 1789, elle a de l'influence politique au niveau des Parlements. C'est aussi à ses calculs politiques et économiques qu'on doit l'intervention du royaume de France au côté des Américains lors de leur guerre d'indépendance dans les années 1770.

Beaucoup disent que la révolution française est une révolution de la prospérité plutôt que de la souffrance. La révolution aurait eu lieu parce que les gens allaient trop bien, en somme. C'est à mieux vrai, la révolution est rarement le fait de couches de la population trop enfoncées dans la misère, le désespoir, l'incertitude du lendemain mais il y avait des gagnants et des perdants du développement économique, des écarts entre les riches et les plus pauvres qui augmentaient. Arthur Young dans son tour de France de 1788 dont les observations ont été consignées dans Voyage en France remarque que littéralement, les pauvres tombent comme des mouches, hommes, femmes et enfants dans certaines régions.

La Révolution politique est également précédée par une révolution d'idée: les certitudes de l'ordre idéologique dominé par l'église et la religion s'érodent, le royaume de France persécute les penseurs des lumières, les menace, les emprisonne, les force à l'exil, mais, pays de la répression et de l'obscurantisme, la France produit aussi des penseurs remarquables - Voltaire, Rousseau, d'Holbach, Diderot, d'Alembert, et leur projet encyclopédique.

Dans cette effervescence idéologique, politique et sociale, l'élément déclencheur de la révolution va être une situation de quasi faillite pour l'état due aux pensions de la haute noblesse et au train de vie de la Cour, à la mauvaise répartition de l'impôt, avant même les dépenses de la guerre d'indépendance américaine. La France n'a pas eu les retours très importants escomptés sur ses investissements pour la guerre des Etats-Unis contre l'Angleterre. Turgot, Necker, Calonne, ont tenté sans succès d'imposer des réformes fiscales étendant l'impôt aux ordres privilégiés.

En 1781, la première fois qu'il était ministre, Necker a fait un appel à l'opinion publique en publiant les comptes de l'Etat. Cela a fait l'effet d'une bombe. Le livre a été distribué clandestinement pour une part et reproduit à des centaines de milliers d'exemplaires: il montrait bien l'arnaque des comptes de l'Etat au profit des plus riches. L'élément déclencheur de la révolution française a été la nécessité de trouver de l'argent. Et, sur cette nécessité, s'est greffé, comme souvent à l'origine des révolutions, une lutte entre deux fractions de la classe dirigeante, en l'occurrence d'abord un conflit entre la cour et la noblesse. Le roi voulait taxer la noblesse pour combler le déficit de l'Etat. La noblesse a un temps mené campagne contre le roi en essayant d'exciter et d'ameuter le peuple pour défendre ses privilèges.

C'est un climat d'agitation sociale et de comptes déficitaires de l'Etat qui a conduit à la convocation des états généraux. Le roi a essayé de manœuvrer, de faire payer la note en grande partie à la noblesse en s'appuyant sur la bourgeoisie. Mais qui était le roi, sinon le plus grand des aristocrates?

L'emballement

Le 11 juillet 89, le roi demande à la troupe d'entourer la capitale. Il voudrait retrouver le statut quo ante d'avant les états généraux. Il est débordé par des éléments qu'il a lui-même mis en branle. Mais le prend les Invalides et ses deux cent mille fusils cachés dans les caves, et prend la Bastille. Le 14 juillet 1789 n'est que l'acte d'ouverture de la révolution. Une insurrection victorieuse dans la capitale qui a contraint le roi a composer avec la bourgeoisie représentée aux Etats généraux. Le 14 juillet a donné naissance à la Grande Peur dans les campagnes par crainte de la réaction aristocratique. La nuit du 4 août est un épisode de la révolution française sur lequel on raconte beaucoup de bobards. On sentait surtout le besoin de dire quelque chose pour calmer les campagnes. Les droits féodaux ont été abolis officiellement, mais beaucoup n'avaient plus cours, et surtout une loi de 1790 annonçait bien qu'il s'agissait pour le peuple de racheter les droits féodaux. L'Assemblée Nationale était à Versailles. Le 5 et 6 octobre 1789, la marche du pain sur Versailles, avec 30 000 femmes et beaucoup plus d'hommes, des gardes nationaux conduits par La Fayette, ramène la famille royale et l'Assemblée Nationale à Paris. Là où il y a le roi, il y a plus d'argent, plus de nourriture.

La volonté de terminer la révolution sur un ordre bourgeois monarchique

Pour la bourgeoisie, la révolution aurait dû s'arrêter là, le peuple était à sa place, c'est à dire en bas. Les caractéristiques du projet de la nouvelle Assemblée Constituante sont le maintien de la monarchie, de l'esclavage, de la distinction entre citoyens actifs, et citoyens passifs, les producteurs précisément. Seuls les citoyens actifs avaient le droit de vote, et encore que les hommes. Les biens de l'église n'ont pas été vraiment nationalisés pour la répartition de la terre et le profit de tous, ils ont été vendus au plus offrant, aux propriétaires terriens, aristocrates, bourgeois. S'en est suivit une phase de déception, d"abattement, de démoralisation, de retrait de la population de la vie politique.

Le complot contre-révolutionnaire

En dépit des réhabilitations contemporaines ou de sa présentation en coquette malheureuse, frivole et perdue, Marie-Antoinette n'avait rien d'une innocente. Il n'y a qu'à lire ses correspondances pour voir que c'était une femme sanguinaire qui félicitait un officier d'avoir infligé le supplice de la roue à des mutins, qui voulaient un bain de sang, faire pendre jusqu'au dernier les démocrates. Toute la famille royale a passé la révolution à conspirer. En juin 1791, quand elle est arrêtée à Varennes, elle cherche à faire jonction avec les armées contre-révolutionnaires afin d'organiser une attaque sur Paris avec les Prussiens, les Autrichiens, et de rétablir les droits de la monarchie par la violence. La monarchie a tenu encore 14 mois après cette trahison. L'Assemblée Nationale a protégé le roi. Le roi a été placé sous sa protection. Au Champ de Mars, La Fayette fait ouvrir le feu sur les éléments du peuple qui accusent le roi de trahison. La bourgeoisie voulait maintenir le compromis avec l'aristocratie et la monarchie. Dans l'Assemblée Législative, les députés monarchistes sont majoritaires. Cette Assemblée est assez conservatrice. Son but est de contenir le mouvement populaire, de conserver le compromis avec la monarchie, de contenir la menace militaire et de s'en servir pour donner un dérivatif aux colères et pressions populaires. Le Mouvement des Girondins a été important dans l'Assemblée Législative: c'était une mouvance qui représentait essentiellement les intérêts de la bourgeoisie maritime et qui voulait que la révolution s'arrête. Les Brissotins s'orientaient vers une politique de guerre pour écarter cette menace étrangère et établir la stabilité intérieure. Ils ont créer une agitation pour accommoder la population à l'idée d'une guerre. En avril 1792, le roi lui-même a fait la déclaration de guerre contre ses parents et cousins. Le calcul de la Cour était de faire sortir la masse révolutionnaire de Paris, de la placer sous le commandement des aristocrates favorables à l'Ancien Régime, de parier sur un retournement des officiers de l'armée française à la jonction avec les armées ennemies. Cette guerre représentée comme une guerre de défense contre la menace des monarchies, une guerre du droit et de la démocratie, avait en réalité pour une grande part des objectifs contre-révolutionnaires avec une alliance de fait des Brissotins et de la Cour. Un seul homme ou presque s'est opposé à ce complot et à cette politique de guerre: Maximilien de Robespierre, qui a résisté à cette vague patriotique puissante, en disant, sans être guère entendu: si vous vous lancez dans cette guerre, dans ces conditions, vous serez trahis, et cela se retournera contre la révolution. Ne laissez pas l'ennemi, les Tuileries, dans votre dos. Mais Rosa Luxembourg a montré et vu à ses dépens que quand l'idée de guerre prend chez un peuple, il est impossible d'arrêter la machine. Le 20 avril 1792, la moitié des officiers sont passés à l'ennemi, dont La Fayette. Tous les avertissements de Robespierre étaient vérifiés.

Le roi avait constitué un gouvernement de Girondins, avec des ministres des Feuillants, le parti monarchiste, quand les officiers passés à l'ennemi déboulaient sur Paris. Il y avait une menace mortelle pour la révolution. Chacun dans le camp révolutionnaire savait que qui défiait un roi, questionnait son autorité, s'il avait le malheur de perdre, était mort. En juin et juillet 1792, des ministères contre-révolutionnaires sont installés. Mais souvent, dans les épisodes révolutionnaires, on a eu besoin d'une menace contre-révolutionnaire pour ranimer la révolution elle-même. Les sections, clubs politiques et de pensée bourgeois, les 48 sections parisiennes, ont ouvert leurs portes aux citoyens passifs, intégré le petit peuple. La milice révolutionnaire aussi s'est ouverte au petit peuple.

Le moment de la révolution avancée: les sans-culottes et Robespierre

Le 9 août 1792, la municipalité parisienne se transforme en commune insurrectionnelle. Le peuple n'écoutait plus l'assemblée législative; la commune insurrectionnelle repose sur les sections révolutionnaires, le petit peuple. Le 10 août, les Tuileries sont prises d'assaut et la monarchie renversée de fait. Les girondins se voient sur le dos d'une bête féroce qui veut renverser la monarchie. Ils vont tenter de composer. La deuxième phase de la révolution est une phase de révolution sociale animée par le petit peuple et des hommes comme Marat, Robespierre, Danton, St Just, partisans d'une démocratie plus radicale. Robespierre était le grand penseur de la révolution. Le peuple appelle de ses vieux la dictature révolutionnaire, c'est à dire le pouvoir du peuple lui-même, des mesures sérieuses pour les pauvres, des avancées sociales, faire échec aux contre-révolutionnaires. Il prend l'aristocratie et la bourgeoisie par la gorge, impose une économie de guerre, l'émancipation politique et sociale. La victoire de Valmy, celle d'une armée de volontaires quatre fois plus petite, moins organisée et armée, sur les Autrichiens et les Prussiens, a une résonance énorme. La victoire de Jemmapes suit rapidement. La Convention abolit l'esclavage, la monarchie: en janvier 93, Louis XVI est décapité, en octobre 93, c'est le tour de Marie-Antoinette: c'était des symboles de l'oppression et des points de ralliement pour la contre-révolution.

Dans cette guerre civile nationale et internationale: c'était eux ou nous. La violence révolutionnaire était un mal nécessaire. En même temps, au final, après la bataille de Fleurus, la sécurisation des frontières correspond à une phase de repli du peuple révolutionnaire agissant. Robespierre perd sa base, attaque à droite et à gauche pour maintenir la révolution sur les rails. Un coup d'Etat a lieu contre lui le 27 janvier 1794 et il est exécuté le lendemain. Le danger contre-révolutionnaire écarté, les révolutionnaires d'avant-garde sont bousculés par les conséquences de leurs propres victoires. La Terreur n'avait été qu'une facette de cet immense effort révolutionnaire sans lequel la révolution eut été vaincue.

Suit une longue période de désillusion, de terreur blanche qui a tué beaucoup plus de gens que la terreur rouge, de contre-révolutions finissant avec Napoléon et ses guerres impérialistes, la restauration en deux temps de la monarchie. Les masses qui ont accompli la révolution sont celles qui ont le moins gagné dans l'immédiat. Un siècle de monarchie va suivre la révolution.
(...)
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