Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 29 Août 2017, 11:36

Dans le livre de Victoria Hislop, le sort des femmes n'est pas plus enviable que celui des hommes, et leur oppression traverse toute l'histoire ; on aurait envie de les voir résister et se révolter davantage, mais ce n'est que rarement le cas. Olga, la femme de riche commerçant grec, qui est la plus aisée, est aussi l'une des plus malheureuses, quasiment cloîtrée dans sa belle maison où son rôle essentiel est de servir de mannequin en portant lors de dîners les robes que son mari cherche à vendre. Les autres femmes vivent entre misère et famine, et pas seulement les réfugiées. La mère de Katerina, aiguillée vers Athènes sans sa fille, s'y mariera avec un homme qui la maltraitera. Eugenia, Olga et Pavlina chercheront à convaincre l'héroïne d'épouser un homme riche qu'elle n'aime pas, parce que, malgré ses immenses talents de couturière ("Le Fil des souvenirs"), c'est le seul moyen de manger à sa faim, etc. Et les femmes juives seront déportées comme tous les Juifs.

Entre les dictateurs imposant leur morale stricte d'un côté, et les tavernes enfumées fréquentées principalement par des hommes et où les femmes présentes sont soit des prostituées, soit des chanteuses à peine mieux considérées, ce n'est pas brillant. D'ailleurs, bien de futures grandes chanteuses ont dû affronter leur famille pour exercer leur métier, particulièrement mal vu. Pourtant, les choses ont fini par évoluer pour les femmes grecques.

La musique et le cinéma grec reflètent aussi cela.

Les scènes se déroulant dans les tavernes, foyers du rebetiko, sont innombrables dans les vieux films grecs, et presque toutes sur le même modèle. Le film Rebetiko (qui date de 1983 et qui a essayé de restituer l'ambiance), de Kostas Ferris, ne pouvait pas faire autrement que de reprendre le même sujet. Ici, une scène accompagnée de la chanson "Stis pikras ta xeronissa" (l'amertume est stérile).

https://www.youtube.com/watch?v=V3yP7Akstvw

(Dans une autre scène, le père de famille tue sa femme en la battant, et sa petite fille se sauve).


Dans le film "Potè tin kyriaki" (Jamais le dimanche), de Jules Dassin (1960), Mélina Mercouri joue le rôle d'une prostituée, Ilya, exerçant dans une taverne de rebetiko. Une chanson a fait le tour du monde, "Ta pedia tou Pirea" (Les enfants du Pirée"), où Ilya caresse l'espoir de devenir mère de quatre enfants, quatre garçons qui deviendraient la fierté du Pirée. Chanson de Manos Chatzidakis (en Français on écrit généralement Hadjidakis).

https://www.youtube.com/watch?v=YCFXGanTx4A

Dans le film "Stella" (ou "Stella, une femme libre") qui, lui, date de 1955, Mélina Mercouri joue le rôle d'une chanteuse de taverne qui veut garder sa liberté et refuse le mariage, avec un premier homme riche d'abord, avec un second homme dont elle est vraiment amoureuse ensuite, en se heurtant aux pressions de la famille de ce dernier ; finissant par céder, elle lui posera un lapin le jour du mariage, et il la poignardera. Ici, une scène de taverne avec la chanson "Agapi pou yines dikopo machairi" (l'amour devient une épée à double tranchant), sur une musique de Manos Chatzidakis.

https://www.youtube.com/watch?v=FFyJ_YoE2Nk

Une toute autre image féminine véhiculée par le cinéma grec des années 1960, c'est celle de la gentille fille joyeuse et un peu naïve, incarnée par l'une des actrices les plus connues en Grèce, Aliki Vouyiouklaki. Elle parvient à résoudre plein de problèmes avec sa bonne humeur. Par exemple, dans un film à l'ambiance pagnolesque, "Madalena" (1960), elle réconciliera deux familles de pêcheurs rivales (avec l'aide du pope et surtout en tombant amoureuse d'un homme de l'autre famille). Ici, elle chante "Thalassa platia" (vaste mer), encore sur une musique de Manos Chatzidakis.

https://www.youtube.com/watch?v=Qfw0ridZdYI

(Dans un autre film de 1966, "I khori mou i sosialistria" (Ma fille la socialiste), elle sera la gentille fille d'un industriel qui licencie ses ouvriers grévistes, et prendra leur parti, tout en tombant amoureux d'un des ouvriers ; l'affaire se résoudra par leur mariage et l'accession de l'ouvrier à un rôle de direction dans l'entreprise !)

Toutefois, dans cet autre film de 1968, "I Arkhontissa kai o Alytis", une Aliki Vouyiouklali impertinente, qui veut fuir le mariage forcé avec un fils d'armateur programmé par son père, fuit, se déguise en homme et bénéficie de l'aide de celui qui va découvrir son secret et tomber amoureux d'elle - l'acteur Dimitris Papamichaïl. Cette scène désopilante, accompagnée de la chanson "I agapi theli dyo" (pour l'amour il faut être deux), torpille les codes de la taverne enfumée !

https://www.youtube.com/watch?v=f4ejpd2DqZY

(Il faut dire que, sous la dictature des colonels (1967-74), ce n'est pas forcément mal vu de tourner en dérision la taverne à rebetiko, et ce couple d'acteurs populaires qui a joué ensemble dans de nombreux films n'a pas dédaigné de participer à des films de propagande du régime...)

Les "hommes des tavernes" sont aussi tournés en dérision, comme dans cet extrait de 1969 où la chanteuse Marinella interprète le titre "Stalia stalia" (une chanson d'amour assez ordinaire mais bien de son époque). Les tavernes sont davantage devenues des cabarets, où les femmes vont aussi. Et un acteur joue le rôle du timide bigleux pas beau maladroit (qui devient récurrent dans les films de l'époque, on retrouve le même acteur dans le même rôle ingrat dans des tas de scènes similaires !)

https://www.youtube.com/watch?v=w-FUcCSvf9g

Les femmes boivent et fument, s'habillent et se coiffent comme elles veulent, ne se laissent plus faire, chantent des chansons parlant de trains et d'amoureux absents... Les années 1960-70 transforment encore les comportements, le phénomène est international et quand la dictature survient, elle ne peut l'empêcher.

Ici, l'une des plus grandes chanteuses de l'époque, Viky Moskholiou, interprète "Ta trena pou figan" (le train est parti, il a emporté mon amour etc.) sur une musique de Stavros Xarchakos (pour un film de 1967, donc sans doute à la veille du coup d'état).

https://www.youtube.com/watch?v=iJI-HamuntI

Ce sont les années où éclot aussi une très grande chanteuse, Dimitra Galani (qui dispute à son amie Kharis Alexiou le titre de chanteuse la plus populaire en Grèce). Elle est incontournable et nous aurons l'occasion de la revoir. Ici, dans cette chanson de 1969, "Kapio treno" (le train), sur une musique de Dimos Moutsis, dans un style bien de l'époque, elle nous fait découvrir sa voix superbe (qui deviendra plus grave avec l'âge, mais le restera). Elle n'a encore que 17 ans et n'a pas encore cassé les codes d'apparence sensés incarner la féminité.

https://www.youtube.com/watch?v=I7fL0nBFukM

Autre femme, autre style, la chanteuse Rita Sakellariou verra l'un de ses succès de 1979 devenir un peu une chanson exutoire, avec son côté revanche sur les hommes : "Aftos o anthropos, aftos" (Cet homme-là, celui-là !). Au passage, notons que Rita Sakellariou est née en Crète et que son père, un ancien réfugié de Smyrne, est mort pendant la guerre civile grecque en Crète alors qu'elle était toute jeune. Partie avec sa mère pour Athènes, elle a longtemps vécu dans une grande pauvreté et a exercé des métiers d'ouvrière ou encore, suite à la déchéance ayant suivi la rupture de son premier mariage, ramassé des déchets dans les bidonvilles d'Athènes, avant de devenir une vedette.

Paroles :

"Cet homme-là, celui-là,
qui marche au loin en baissant les yeux
et qui ne parle à personne,
il pleure, pleure, pleure pour moi (de m'avoir perdue)

Cet homme-là, celui-là,
qui était comme un autre moi-même,
qui était comme ma moitié,

Cet homme-là, celui-là,
qui était si fort,
et qui me regarde tristement,
il pleure, pleure pour moi."


Voici d'abord la chanson chantée par Natassa Theodoridou dans une émission de télé (qui devrait vous être familière maintenant), et dont les images permettront mieux d'illustrer le propos plus haut... (Sachez aussi que c'est assez malpoli, en Grèce, de désigner quelqu'un en le pointant du doigt).

https://www.youtube.com/watch?v=KDBfHhns_5o

Mais bien sûr, musicalement, la version de Rita Sakellariou est mieux chantée, et elle a le ton qu'il faut :

https://www.youtube.com/watch?v=2dfvWy59024


Certains chanteurs ou chanteuses contribuent, par leurs recherches, à réviser la vision des femmes du passé grec. Zorglub avait évoqué plus haut Angélique Ionatos, et elle a, par exemple, redonné de la notoriété à la grande poétesse de l'Antiquité grecque, Sappho ; mais on n'est pas, là, dans le registre de la chanson populaire.

Par contre, les groupes musicaux cherchant à faire revivre d'anciennes chansons traditionnelles, comme Oneirou Ellas ou encore Rebetiko, peuvent aussi exhumer des textes surprenants. Ici, Rebetiko, par la voix de la chanteuse Denia Kouroussi, interprète une petite perle datant de 1952 et signée Vassilis Tsitsanis pour la musique ET pour les paroles, mais qui n'a pas beaucoup percé à l'époque : "Ta leromena t'aplita" (les habits souillés).

Paroles :

"Les habits souillés,
les habits qui jonchent le sol,
ramasse-les et va-t-en, mon ami,
tu n'es plus rien pour moi.

C'est moi qui ai vu
ta déchéance
tu vas partir maintenant et je saurai
ce que tu vaux

Chaque samedi tu trouvais
tes habits prêts
et c'est ton ingratitude
que j'avais comme récompense

Les habits souillés
je ne les laverai plus
et à l'avenir ne te préoccupe pas
de ce que je deviens"
.

https://www.youtube.com/watch?v=oIaI0uwMgNY


J'ai vu quelque part que, dans les résultats d'une enquête réalisée à la demande de l'Union européenne, la Grèce se positionne aujourd'hui, contrairement aux idées reçues, comme un pays moins macho que la moyenne des 28, sur la base de différents critères. Et c'est peut-être vrai.
Plestin
 
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 01 Sep 2017, 12:56

En tout cas, un endroit qui fait partie de la Grèce avec un statut d'autonomie serait certainement lanterne rouge du classement européen en matière de féminisme : la "République monastique du Mont Athos" est peuplée uniquement de moines et son territoire est interdit aux femmes, ainsi qu'à tous les animaux vertébrés femelles ! :mrgreen: Il paraît qu'il ne faut pas tenter les moines. :? Le fait d'être dans l'Union européenne n'y a rien fait, pas plus que les prises de position des pontes du christianisme dont le patriarche de Constantinople. Les moines sont chez eux, et font ce qu'ils veulent ! Et ce ne sont pas des tendres. (L'un des monastères, ayant des divergences religieuses car il reproche aux autres d'être trop conciliant avec les autres religions, est au bord du schisme, et ses moines, après s'être vus notifier leur expulsion, ont accueilli à coups de cocktails Molotov les forces de l'ordre venues les déloger... Ils sont finalement restés !)

Je ne sais pas si la Grèce est effectivement un pays moins macho que la moyenne des 28 de l'Union européenne, mais ça peut juste vouloir dire que dans la plupart des pays de l'Union, la situation est pire ! (Les pays d'Europe de l'Est sont souvent les plus mal placés dans le classement). En Grèce comme en France, il y a encore beaucoup de progrès à faire.

En Grèce, historiquement, le premier parti politique à s'être choisi une femme comme dirigeante a été le Parti communiste de Grèce (le K.K.E.) : Aleka Papariga a été à la tête de ce parti de 1991 à 2013.

Il me semble intéressant de dresser ici encore trois portraits de femmes étonnantes et qui ont compté dans la chanson ou le cinéma et le théâtre grecs.


La chanteuse Sotiria Bellou, que nous avons déjà entendue, a connu un grand succès dans les années 1950 et a travaillé avec les grands paroliers et compositeurs de son époque, notamment Tsitsanis.

Voici ce qu'en dit Wikipédia :

En 1938 Sotiría Béllou rencontre son futur mari Vangelis Trimouras, conducteur de bus. Sa famille la force à le marier malgré ses objections. Mais Trimouras se montrant violent, le mariage ne dure que six mois. Sotiría elle-même étant d’un tempérament impulsif, elle lui jette de l’acide à la figure, ce qui lui vaut trois ans et trois mois de prison — elle fut cependant relâchée au bout de six mois. Elle retourne alors dans son foyer mais est accueillie froidement à cause de la honte qu’elle avait fait rejaillir sur sa famille.

Elle rejoint la résistance grecque contre l’occupation des forces de l’Axe. Elle est arrêtée, puis torturée, par les nazis. En 1944, elle participe au Dekemvriana (soulèvement de décembre 1944 à Athènes) en tant que membre de l’Armée populaire de libération nationale grecque (ELAS).

Toutefois, bien qu'elle eût une très forte personnalité, Sotiría avait deux faiblesses : le jeu et l’alcool qui l’ont menée à la pauvreté et à une santé mentale fragile. Elle fit même un séjour en hôpital psychiatrique.

Malgré son talent et son immense succès, elle finit ses jours seule et malade.


On peut l'entendre ici dans ce beau duo avec Dimos Moutsis, "Den les kouventa" (Vous ne dites pas un mot), où le personnage qu'elle incarne interroge l'autre sur sa vie qu'il garde secrète, et où celui-ci lui répond "C'est votre nom et votre image que je connais, puisque une fois de plus vous me relancez ; et je cherche le chemin vers une nouvelle vie".

https://www.youtube.com/watch?v=sdh4So1RQXg


La chanteuse Roza Eskenazy est née, probablement entre 1895 et 1897 (mais elle a longtemps menti sur son âge, affirmant être de 1910), sous le nom de Sarah Skinazy dans une famille juive de Constantinople. Puis sa famille a déménagé à Thessalonique et enfin Komotini. C'est dans cette ville qu'elle chantera pour la première fois dans une taverne turque où, entendant sa voix, les propriétaires l'inciteront à continuer ; mais sa mère refusera qu'elle devienne chanteuse (les artistes étaient très mal vus). De retour à Thessalonique, elle trouvera un emploi dans les coulisses d'un théâtre de danse ce qui lui offrira ultérieurement la possibilité de renouer avec une carrière artistique, d'abord comme danseuse.

Encore adolescente, elle tombera amoureuse du fils d'une riche famille et, cette dernière désapprouvant leur union, elle s'évada avec lui. C'est là que Sarah deviendra Roza. Après la mort de son conjoint en 1917, Roza se retrouve seule avec un enfant et, pour pouvoir poursuivre sa carrière, choisit de le laisser à une institution religieuse après s'être assurée qu'il pourrait être élevé grâce à l'argent de sa belle-famille.

Partie à Athènes, elle y continuera sa vie de danseuse puis chanteuse, chantant des chansons traditionnelles en grec, turc ou arménien, ainsi que du rebetiko. Certaines de ses chansons font la promotion de l'alcool et des drogues (haschich, morphine, héroïne, cocaïne...), et après le coup d'Etat du général Metaxas en 1936, l'une d'entre elles, "Preza otan pieis" ("Quand tu prends de la poudre"), sera interdite, dans un contexte où de nombreuses autres chansons étaient censurées.

Pendant la deuxième guerre mondiale, malgré l'occupation nazie, elle maintient ses activités (et ouvre même son propre cabaret avec son fils retrouvé) grâce à un faux certificat de baptême. Elle se sert de sa position, et de ses relations de l'époque (notamment avec un officier allemand), pour sauver la vie de quelques résistants, quelques Anglais et quelques familles juives (dont la sienne). Lorsque la supercherie est découverte, en 1943, elle fait de la prison, mais est libérée au bout de 3 mois du fait de l'action de son fils et de son ami allemand et passera le reste de la guerre à se cacher. Elle poursuivra sa carrière après guerre (et lancera aussi d'autres chanteuses) jusque dans les années 1950, puis deviendra démodée. Un regain d'intérêt pour ses chansons aura lieu tout à la fin de la dictature des colonels et un peu après (phénomène qui concernera plus largement tout le rebetiko).

Ici, la chanson "O Pasatempos" ("Le passe-temps"), qui date de 1939 et reste l'une des plus connues.

https://www.youtube.com/watch?v=zP6RxzfjkOw


Enfin, l'actrice Dzenny ("Jenny") Karézi, est prénommée ainsi suite à une déformation de son prénom Evgenia (Eugenia... comme l'un des personnages du roman de V. Hislop !) par une religieuse. Elle est née à Athènes vers 1933 mais sa famille est rapidement allée vivre à Thessalonique. Elle y a vécu la disparition de ses amis juifs pendant l'occupation nazie. Après guerre, de retour à Athènes, elle s'est inscrite en 1951 à l'école d'arts dramatiques du Théâtre national de Grèce en mentant sur son âge pour pouvoir contourner l'opposition de son père, et elle a fait du théâtre, puis du cinéma.

Ici, dans un film de 1959, elle chante "Min ton rotas ton ourano" ("Ne demande pas au ciel"), dont la mélodie, de Manos Chatzidakis, fera le tour du monde (sous le titre "All alone am I" par la chanteuse américaine Brenda Lee en 1963, avec le même refrain mais des couplets un peu modifiés).

https://www.youtube.com/watch?v=CUBtfHYG7i8

Et la version Brenda Lee, peut-être plus familière à certains : https://www.youtube.com/watch?v=SNIrH51jCzI

Bien qu'amie avec Aliki Vouyiouklaki, Jenny Karézi prend davantage ses distances avec le régime des colonels. En 1973, elle met en scène une pièce de théâtre, "To megalo mas tsirko" ("Notre grand cirque"), qui est une parodie et une critique du régime. Voici des images du spectacle de l'époque (acteurs et spectateurs), en pleine dictature. Pendant les 2 premières minutes du document, on entend les acteurs déclamer un texte et on voit diverses images ; ensuite, le chanteur Nikos Xylouris (connu pour ses chants crétois, ses chants anti-guerre et son opposition au régime des colonels) chante pendant que diverses banderoles sont amenées par des acteurs-manifestants (réclamant par exemple une "syntagma" (constitution) etc.) Ce spectacle, malgré ses revendications fort modérées, vaudra à Jenny Karézi plusieurs jours de prison.

https://www.youtube.com/watch?v=nxKZNppM4zA


Il y a quantité d'autres femmes qui ont joué un rôle important dans la chanson grecque, parmi lesquelles la célèbre Nana Mouskouri (Ioanna Mouskhouri) qui a mené une carrière internationale mais est aussi très connue en Grèce ; grande chanteuse, qui semble chanter sans efforts, elle véhicule une image conformiste et de droite ; elle sera même députée européenne du parti de droite Nouvelle Démocratie pendant quelques années. Devenue riche, elle s'est installée en Suisse. Beaucoup de ses chansons connues en France ou ailleurs ne sont pas grecques, mais elle a quand même popularisé à l'étranger quelques chansons grecques comme "Milisse mou" ("Parlez-moi") (qui fut chantée notamment par Grigoris Bithikotsis).

https://www.youtube.com/watch?v=rHDru5mxlzg

et la version en Français (une vraie Grèce de carte postale ou de dépliant publicitaire !) :

https://www.youtube.com/watch?v=EMvLko7vDNQ


La place des femmes évolue dans la chanson : elles ne sont plus seulement chanteuses, mais écrivent aussi la musique, domaine où l'on ne voyait jusque-là pratiquement que des hommes. C'est le cas des deux plus célèbres chanteuses de Grèce, Kharis Alexiou et Dimitra Galani, qui composent désormais certaines de leurs chansons (dans le style d'aujourd'hui bien sûr ; ces chanteuses sont capables d'interpréter remarquablement un rebetiko, mais elles ont aussi fait une quantité astronomique de chansons relevant de la "variété" et dont l'intérêt est très inégal ; et elles sont quasi-spécialisées dans les chansons d'amour).

Ici, la chanson "An" ("Si") interprétée ET composée par Dimitra Galani :

https://www.youtube.com/watch?v=Aq1g2jMzqLQ


Et là, la chanson "Esi me kseris pio poli" ("Tu me connais mieux" (que quiconque)) composée ET mise en paroles par Kharis Alexiou, et interprétée par elle-même en duo avec Dimitra :

https://www.youtube.com/watch?v=HxfJ-D_K03o
Plestin
 
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 04 Sep 2017, 11:36

Dans la chanson populaire grecque (ou le cinéma), parmi les nombreux thèmes sociaux abordés, on retrouve pas mal de références à la pauvreté et la misère. On en a déjà vu quelques exemples, en voici un autre parmi les plus connus : la chanson "O kyr Thanos pethane" (Monsieur Thanos est mort), musique de Grigoris Bithikotsis, paroles de Kostas Virvos (1969).

Paroles :

"Monsieur Thanos est mort dans une plainte
à deux heures dans la taverne de Chatzithomas
Dernièrement il était tombé dans la pauvreté et la misère
et il avait mis en gage même son baglama (instrument de musique)

Refrain :

Son baglama, son petit frère,
celui qui le réconfortait,
il a dû le mettre en gage,
et monsieur Thanos s'est éteint.

S'il y avait eu quelqu'un pour payer ses petites dettes,
il aurait gardé son instrument et il serait toujours en vie.
Mais personne ne s'est demandé pourquoi il pleurait
Les souffrances d'autrui, qui s'en soucie ?

Refrain :

Son baglama, son petit frère (...)"



Elle a été notamment chantée par Bithikotsis lui-même. Ici, Mitropanos en fait une belle interprétation :

https://www.youtube.com/watch?v=W7rmhyNSxoY


Entre la misère et la condition ouvrière, il n'y a pas toujours une grosse différence. Beaucoup de monde y compris beaucoup de futurs chanteurs dans les années difficiles ont dû effectuer un travail d'ouvrier ou d'ouvrière et "manger de la vache enragée". Malgré tout, les travailleurs sont assez peu visibles (à ce qu'il m'a semblé) dans la chanson et le cinéma (OK, ce n'est pas propre à la Grèce...) en dépit du poids du PC grec dans les milieux artistiques.

Dans cette scène d'apparence joyeuse, extraite d'un film de 1966, "Diplopenies", la chanson est restée plus populaire que le film. On y voit l'acteur Dimitris Papamichaïl qui incarne un ouvrier du bâtiment sur un chantier du Pirée, qui déprime mais a malgré tout repoussé l'idée de suicide, rêve d'une vie meilleure et de rencontrer quelqu'un qui l'emmènerait voir le monde... La chanson est "Matia vourkomena" ("Les yeux embrumés"), sur une musique de Stavros Xarchakos ; elle est devenue célèbre en Grèce et bien d'autres chanteurs ont eu l'occasion de la reprendre. (Mais si vous travaillez dans le bâtiment, vous ne reconnaîtrez probablement pas vos conditions de travail...) :(

https://www.youtube.com/watch?v=w5aec0vJ-6M


Certains donnent un sens plus profond et plus général à leurs chansons. Ici, Stelios Kazantzidis interprète une chanson signée Dimos Moutsis et nommée "Yialinos Kosmos" (Monde de verre) ; elle est devenue un classique. Voici les paroles :

"Qui me donnera la force
de changer ce monde,
de faire des coeurs magnifiques,
grands et miséricordieux,
et de jeter les défectueux ?

Oui le vôtre donnez-le pour le casser,
oh, monde de verre,
et en faire un nouveau
pour la société

Réparer le vrai ami
l'ami qui a mal.
Les souffrances et les douleurs,
les ôter de la vie
et laisser couler la beauté

Et le coeur de la femme
le rendre un peu plus fiable
pour y allumer un feu
et détruire le mensonge
en son sein"


Et voici la chanson. L'enregistrement est médiocre mais cette vidéo nous montre - en plus du chanteur - des ouvriers d'une fonderie (ou d'une verrerie pour correspondre à la chanson ? mais on dirait plutôt de la métallurgie) et leurs conditions de travail de l'époque...

https://www.youtube.com/watch?v=NER306ogPzE

Ici, vous trouverez une version de la chanson sans la vidéo, mais avec un meilleur son.

https://www.youtube.com/watch?v=8GxXM0eUUII


Une autre chanson, "I zoï mou oli" (Ma vie entière), exprime l'angoisse face à l'absence de perspectives d'une vie meilleure.

Paroles :

"Ma vie entière est une responsabilité
qui prend tout et ne donne rien en échange
Ma vie entière est un fourneau
où je suis tombé et qui me grille à petit feu

Ma vie entière est une folie
et mon unique possession.
Ma vie entière est un sacrifice
sans aucun but ni signification

Ma vie entière est une cigarette
dont je n'ai pas envie mais que je fume pourtant
et le mégot devient menace de mort
quand le temps est venu d'y entrer."


Chantée ici en duo par Paschalis Terzis et Dimitris Mitropanos :

https://www.youtube.com/watch?v=Fz4Txjw0p0g


La Grèce au XXè siècle a connu les guerres, les dictatures, les déportations, les massacres... Certaines chansons font en particulier allusion à la deuxième guerre mondiale, parfois directement, parfois comme moyen indirect de dénoncer le régime.

Dans "Savvatovrado stin kaisariani", sur une musique de Stavros Xarchakos devenue célèbre, le sujet est clairement identifié : il s'agit du massacre de 200 prisonniers communistes à Kaisariani (banlieue d'Athènes) par les nazis, le 1er mai 1944. Ce morceau est tantôt chanté, tantôt uniquement instrumental. Ici, il est interprété par Kostas Makedonas, lors d'un concert en l'honneur de Grigoris Bithikotsis en 2002.

https://www.youtube.com/watch?v=UjbgJqvPG6A


La chanson suivante, dont le principal interprète a été Mitropanos, est tirée d'un album de 1971, "Ayios Fevrouarios" (Saint-Février), dont la musique a été entièrement composée par Dimos Moutsis. Elle parle de la mort qui frappe le quartier, allusion probable à la deuxième guerre mondiale, ses bombardements voire ses déportations (mais c'est une habitude de dénoncer une période pour en viser une autre, car là on est en plein régime des colonels). Elle se nomme "O Kharos vyike pagania" (La faucheuse est sortie chasser)

Paroles (traduction approximative) :

"La faucheuse (la mort) est sortie chasser
dans mon propre quartier
et à trop réfléchir
a perdu toute mesure

Refrain :

Et d'une porte basse,
d'une cour sombre,
un forgeron est sorti furtivement
et a dit des mots de joie à la faucheuse
La faucheuse est sortie chasser
Dans mon propre quartier

La faucheuse est sortie chasser
et elle a fait tout le quartier
et le ciel est devenu noir
et tourbillon et fumée

Refrain :

Et d'une porte basse (...)"


Ici, la chanson interprétée par Mitropanos :

https://www.youtube.com/watch?v=3cr82RArZEI


La Grèce continentale n'a pas été le seul théâtre de tous ces événements, les îles grecques, que l'on n'a pas beaucoup vues jusqu'à présent, l'ont été aussi. Leur histoire a été tout aussi mouvementée, et depuis plusieurs siècles elles ont été disputées par les principales puissances de leur époque, exposées aux pillards et pirates de toutes sortes etc. Les Cyclades, devenues orthodoxes dans l'Empire byzantin, ont atterri dans le giron de Venise après la chute de Constantinople en 1204 (lors de la quatrième croisade) qui a conduit au dépeçage et au partage de l'Empire. Nombre d'habitants se sont convertis au catholicisme, certains pour échapper aux persécutions religieuses. Ainsi, toute une population catholique a subsisté jusqu'à nos jours dans certaines îles, par exemple Syros, où les catholiques vivaient en général dans de petits villages perchés peu accessibles aux razzias des pirates et troupes diverses. A partir de 1537, la plupart de ces îles tombent sous la coupe de l'Empire ottoman ; dans les Cyclades il y aura quelques tentatives de colonisation par des ottomans, mais qui tourneront court, les colons étant régulièrement enlevés par des pirates chrétiens pour être revendus à Malte comme esclaves... Lors de la guerre d'indépendance grecque en 1821, de nombreuses îles à l'Est de la mer Egée sont prises par les Ottomans, et une bonne partie de la population fuit la guerre et les massacres (comme celui de Chios en 1822) pour se rabattre sur d'autres îles comme les Cyclades. A Syros par exemple, ces populations qui sont, elles, orthodoxes, s'installent dans la partie basse de l'île et créent la ville d'Ermoupoli, qui deviendra ensuite un centre économique et industriel et le plus grand port de Grèce jusqu'à ce qu'il soit détrôné par Le Pirée. Les îles catholiques étant sous protection de la France qui avait ses entrées auprès de l'Empire ottoman, les troupes ottomanes les ont laissées tranquilles...

D'autres îles ont eu un destin différent, comme celles du Dodécanèse près des côtes turques (Rhodes etc.), longtemps contrôlées par l'Italie et qui n'ont été rattachées à la Grèce qu'en 1947. Quant à Lesbos, alias Mytilène (du nom de sa capitale), prise aux Ottomans dès 1912, elle a accueilli de nombreux réfugiés grecs de Smyrne et du reste de l'Asie mineure au moment de la Grande Catastrophe... (comme on le voit dans le livre de V. Hislop)

Ces îles ont souvent été le théâtre de batailles pendant la seconde guerre mondiale, et certaines comme Lesbos / Mytilène ont abrité des prisons du régime des colonels.

Aujourd'hui, les îles grecques sont surtout connues, d'une part pour le tourisme qui a pris un essor phénoménal (surtout à Santorin, Mykonos et Rhodes), et d'autre part pour le triste retour de leur vocation d'accueil de réfugiés (à Lesbos notamment) ces dernières années.

Dans la chanson grecque, on retrouve donc des choses très diverses à propos de ces îles.

Le chanteur Yiannis Parios, par ailleurs grosse vedette fournissant beaucoup de chansons sans grand intérêt (à mon avis), a dédié un album entier aux îles de la mer Egée, dans lequel il a repris et orchestré des chansons traditionnelles. Il y est beaucoup question de la beauté de ces îles, des anges qui déversent des roses sur chacune d'elles etc., comme dans la plus célèbre d'entre elles : "Mes tou Aiyaiou ta nisia" ("En Egée, les îles") qu'il interprète ici, suivie de "Thalassaki mou" ("Ma petite mer") (dans la vidéo, on voit le chanteur, accompagné successivement de Theodorakis sur une affiche, Tsitsanis sur un photomontage, Marinella et enfin Kazantzidis).

https://www.youtube.com/watch?v=kdP4oOjVkks


La chanson, très célèbre en Grèce, dénommée "Fragosiriani" (Francosyriote), parle de l'amour d'un homme pour une jeune femme francosyriote, c'est-à-dire appartenant à la minorité catholique de l'île de Syros ; elle est quasiment devenue l'hymne de Syros et a été chantée par plusieurs grands chanteurs, dont Bithikotsis. Ici, interprétée par Dalaras, avec une vidéo qui n'a rien à voir avec Syros puisqu'on peut y reconnaître la superbe et très touristique Santorin, une autre île de la mer Egée... (la vidéo aurait pu servir d'illustration aux deux chansons d'avant !)

https://www.youtube.com/watch?v=UEvC24JiMrM


Dans "Allos ya Khio travixe", changement d'ambiance. On retrouve Dimos Moutsis comme compositeur et Mitropanos comme interprète. Il y est question de la guerre et de ses souffrances dans les îles de Khios (Chios), Mytilène et Syros, où il est question de ceux qui ont versé leur sang et leurs larmes dans les carrés de Syros (ce qui désigne probablement le cimetière "anglais", qui a accueilli des soldats pas seulement anglais pendant la deuxième guerre mondiale). Elle fait partie de l'album "Saint-Février" dont nous avons déjà parlé, composé en plein régime des colonels et alors que Mytilène était l'un de leurs centres d'emprisonnement et de torture. Mitropanos n'a pu les chanter qu'une fois la dictature tombée.

https://www.youtube.com/watch?v=GFnbnwDW5NY


Autre île qui ne fait pas partie de la Grèce mais abrite une importante population grecque et turque : Chypre. Elle a été elle aussi le théâtre de nombreux affrontements, mais les plus récents ont concerné ceux entre Grèce et Turquie au XXème siècle. Chypre a été cédée par l'empire ottoman au Royaume-Uni en 1878 pour administration, tout en conservant sa souveraineté sur l'île ; lors de la première guerre mondiale, en 1914, le Royaume-Uni a carrément annexé l'île ; les sentiments nationalistes grecs se développent durant les années 1930 et la deuxième guerre mondiale, avec la revendication de "l'Enosis" (l'unification avec la Grèce) ; en 1955, il y a même un soulèvement armé contre le Royaume-Uni, et ce dernier s'appuie sur des milices chypriotes turques en renfort de ses propres troupes pour s'y opposer ; en 1960, l'indépendance de Chypre est accordée mais trois puissances tutélaires - Royaume-Uni, Grèce et Turquie - ont le droit d'y intervenir en cas de désordre ; on a alors une République de Chypre regroupant les chypriotes grecs et turcs (ces derniers représentent 18 % de la population et sont sur-représentés à 30 ou 40 % dans les institutions). Des politiciens des deux bords font tout leur possible pour attiser le nationalisme et de graves affrontements ont lieu dans les années 1960. En Grèce, le régime des colonels tente de réaliser "l'Enosis" en fomentant un coup d'Etat à Chypre en 1974 : la Turquie riposte par une intervention militaire mais, malgré l'échec du coup d'Etat, décidé de rester et d'occuper le tiers Nord de l'île. Cet épisode a précipité la chute des colonels en Grèce même. Comme une répétition miniature de la Grande Catastrophe, il s'est traduit par des déplacements dramatiques de population dans les deux sens. Il y a désormais la République de Chypre, grécophone, au Sud, et la République de Chypre du Nord, turcophone, non reconnue par l'ONU et souffrant de son embargo, au Nord ; la Turquie a eu ensuite une politique de colonisation du Nord de l'île pour augmenter la population chypriote turque. Il ne reste que deux villages "mixtes", un de chaque côté de la ligne verte qui sépare les deux pays et est sous contrôle des troupes de l'ONU.

(Victoria Hislop a consacré un autre roman à Chypre : "La ville orpheline" ; je ne l'ai pas encore lu mais plusieurs camarades me l'ont vivement recommandé)

Dans les années 1990, plusieurs incidents graves émaillent encore les relations entre la partie grecque et la partie turque ; en 1996, une manifestation de motards contre la partition de l'île part de Berlin (symbole de ville ayant été divisée) en direction de Chypre où elle doit être rejointe par des motards locaux le 11 août ; la Turquie envoie au même moment 2.500 militants des "Loups Gris" (extrême-droite turque) pour s'opposer aux motards ; sous la pression politique, la manifestation de motards est décommandée mais certains motards et autres habitants chypriotes décident d'y aller quand même et se heurtent, dans la ligne verte, à l'attaque des Loups Gris et de policiers turcs qui battent à mort l'un des manifestants, Anastasios (dit "Tassos") Isaac. Le 14 août, une manifestation de protestation a lieu dans la foulée des obsèques de "Tassos" ; un cousin de ce dernier, Solomos Solomou, cigarette à la bouche, s'échappe de la manifestation pour passer en force un poste de garde turc et escalader un mât dans le but d'y décrocher le drapeau turc : avant de pouvoir y parvenir, il est abattu par les soldats turcs.

Ici, un extrait du journal télévisé grec relatant l'épisode (attention, images choquantes) :

https://www.youtube.com/watch?v=0PBhPXexj8w


L'épisode de Solomos Solomou a été le dernier grand événement traumatisant pour l'opinion publique en Grèce, avant que des pourparlers ne soient engagés et que la situation s'améliore grâce à l'ouverture de rares passages entre Nord et Sud où les habitants peuvent désormais circuler. Mais les négociations entamées suite à l'arrivée du parti communiste de Chypre (un parti social-démocrate) au pouvoir au sud, favorable à une réunification négociée, n'ont pas abouti pour autant.

Une célèbre chanson de Mitropanos, "Panta yelasti" (toujours avec le sourire), a illustré le nouveau statut de "héros" de Solomos Solomou, représenté ici par un jeune homme qui escalade la façade d'un bâtiment, cigarette à la bouche.

https://www.youtube.com/watch?v=6IIG1i2GDw4

Quant à Kharis Alexiou, elle a fait une chanson en l'honneur d'Anastasia, la fille de "Tassos" Isaac qui était encore dans le ventre de sa mère à l'époque : "To tragoudi tou chelidoniou" (la chanson de l'hirondelle).

https://www.youtube.com/watch?v=t-0N6Vs12Yg


Est-ce par nationalisme ? Peut-être, mais ce n'est pas certain, venant de ces deux chanteurs qui ne sont pas réputés "anti-turcs" cela peut n'être que de la solidarité avec les victimes. Mais c'est vrai que les limites sont parfois difficiles à tracer.

Cet événement d'il y a seulement 21 ans illustre quelle poudrière est cette région, et à quel point les risques de nouveaux conflits existent. La Grèce s'oppose à la Turquie sur différents points dont Chypre. La Grèce est en mauvais termes avec la République de Macédoine, à laquelle elle refuse de porter ce nom qui est aussi celui d'une région du Nord de la Grèce (où se trouve Thessalonique), et il y a eu dans les années 2000 des manifestations de chaque côté de la frontière, la droite nationaliste grecque en fer de lance d'un côté, les nationalistes macédoniens de l'autre (mais la gauche grecque a aussi mordu à l'hameçon). Au Nord de la ville de Xanthi, en Grèce, vit une population slave musulmane - les Pomaks - qui a longtemps souffert d'ostracisme : musulmane donc accusée de faire le jeu des Turcs, slave donc accusée de faire le jeu des Bulgares ; elle survit misérablement dans quelques villages dont certains ne sont même pas desservis par une route goudronnée. Il existe une revendication de la Grèce sur le Sud de l'Albanie où la population parle le grec et, en Grèce en 2008-2009, j'ai pu entendre des réflexions sur les tripatouillages de l'ONU autour du Kosovo : "il n'y a qu'à donner le Kosovo à l'Albanie et nous rendre l'Epire"... (l'Epire est une région historique à cheval sur le Nord-Ouest de la Grèce et le Sud de l'Albanie).

On pourrait résumer la situation avec ce poème étrange de Manos Eleftheriou (un natif d'Ermoupoli), "To kato kosmou ta poulia" (les oiseaux du monde souterrain), même si son interprétation est sujette à caution parmi les Grecs eux-mêmes. Le poème a été mis en musique par Stavros Kouyioumtzis.

Paroles (traduction approximative) :

"Le temps empoisonné est là en embuscade,
pour te trouver dans les détroits (ou les ruelles étroites) du monde souterrain
et, au ralenti depuis 13 siècles, il cherche
ton arche et ton sang pour le boire

Les fouetteurs et les Symplégades t'attendent
Au milieu de ses bijoux d'or, une mariée ne trouve pas le sommeil
Elle a les Cyclades accrochées à ses oreilles
et son lit est le repaire du tueur

Cachés, les mots amers, au fond des coquillages
Cachés, les sortilèges de la mer, dans le vent du Nord
Elle finira par s'éteindre, la bougie de la maison,
et tu ne trouvera plus ni la porte ni la serrure

Les oiseaux et les paons du monde souterrain
avec la lumière et la nuit te broderont un costume
Les hommes grinceront des mâchoires et aiguiseront leurs dents
Ils sauteront et courront et t'attraperont à mi-chemin"


On peut y voir la mission d'un héros qui aurait pour but de sauver la Grèce (la mariée) du tueur avec lequel elle n'enfantera rien de bon, ou qui l'empêche d'enfanter. Ce tueur, c'est "le temps empoisonné", qui fonctionne "au ralenti depuis 13 siècles", ce qui correspond en gros à l'émergence de l'islam (mais on sait que ce poète n'aurait pas fait un texte anti-islam). On peut donc le comprendre plutôt comme 13 siècles d'affrontements, de peurs, de suspicions et de défiance mutuelle entre tous les peuples de la région ; tant que le héros n'aura pas fait entendre aux hommes (tous les hommes) les mots amers cachés au fond des coquillages, tant qu'il n'aura pas libéré les sortilèges de la mer cachés dans le vent du Nord, il n'y a pas d'issue, et le temps est compté faute de quoi la bougie s'éteindra et ce sera fini pour le héros comme pour l'humanité...

Quelques précisions : "l'arche" c'est le coffre où l'on met ce qu'on a de plus précieux ; les Symplégades sont, dans le mythe de Jason et des Argonautes, deux rochers situés au niveau du Bosphore (commandant donc un chemin vers le Nord), qui s'écartent et se rapprochent en écrasant tous ceux qui veulent passer (mais les Grecs utilisent aussi le mot Symplégades pour désigner de terribles difficultés) ; le monde souterrain, c'est quelque chose d'assez différent de "l'enfer" tel qu'on se le représente aujourd'hui.

Il y a peut-être aussi, dans ce poème, d'autres allusions à la mythologie (la déesse Léto interdite d'enfanter d'Apollon et poursuivie par le serpent Python ? le mythe des hyperboréens, peuple vivant au-delà du vent du Nord (Borée, qui souffle dans un coquillage) et qui connaîtrait le bonheur ?) Mais rien de certain, le poète éprouvant lui-même un malin plaisir à semer des énigmes dans ses textes... :D

Le principal interprète de la chanson a été Dalaras, qui l'a enregistrée dès 1974 :

https://www.youtube.com/watch?v=TI9cnoHcECQ
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Zorglub » 07 Sep 2017, 22:27

Merci pour ce partage !
Je ne connaissais pas hormis Theodorakis, la B.O. de Z de Costa-Gavras était pas mal (https://www.youtube.com/watch?v=jbaS5o_yBME)

Je suis plutôt Aphrodite's Child (666) :) avec Vangelis Papathanassiou (B.O. de Les chariots de feu) et Demis Roussos. Groupe dont j'ignore la popularité en Grèce mais qui firent des chansons sirupeuses populaires ailleurs (en anglais). Avec 666 on est loin de la chanson populaire grecque mais dans l'irrévérence envers la religion.
J'ai appris que le disque (double album) avait été interdit dans certains pays car un des morceaux était "chanté" par Irène Papas, simulant un orgasme féminin. Irène Papas qui joua dans Z.

Les îles m'ont rappelé un film de Jean-Daniel Pollet, L'ordre, sur une île (Spinalonga) sur laquelle on avait entassé les lépreux laissé à eux-mêmes.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ordre_(film))
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 09 Sep 2017, 08:05

Oui, il y a des artistes grecs qui ont fait une carrière internationale dans la chanson, la musique ou le cinéma, et presque rien en Grèce même (Demis Roussos, Vangelis...), surtout rien ou presque rien en Grec ; c'est encore tout un vaste chapitre ! D'autres ont un profil plus mixte avec une activité grecque et une autre internationale (il n'y a pas que Nana Mouskouri dans ce cas... et Irène Papas est un bon exemple). Mais même des compositeurs grecs comme Chatzidakis (grand "vendeur" de mélodies à l'international) ou Theodorakis, sont dans ce cas.

Theodorakis, par exemple, a fait certaines oeuvres qui s'inscrivent remarquablement dans la musique populaire grecque, d'autres qui relèvent pratiquement de la recherche musicale pour initiés, et d'autres encore qui ont plutôt trouvé le succès en dehors de Grèce, à commencer par la musique du fameux "Zorba le Grec" !

https://www.youtube.com/watch?v=2ErjLr2C2TM

Ce film de Cacoyannis de 1964 avec Anthony Quinn et Alan Bates (en guise de Grec) (mais aussi Irène Papas et des acteurs grecs moins connus) a eu un énorme succès à l'époque, mais en Grèce il est aussi vu comme ce drôle de film qui a laissé croire au monde entier que le sirtaki était la danse la plus répandue dans le pays.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sirtaki

Enfin, autre sorte de succès "international", les plus grandes vedettes grecques (Dalaras, Parios, Alexiou, Galani...) ont une grande notoriété dans la diaspora grecque, importante dans certains pays d'Europe et aux Etats-Unis ; ils peuvent sortir de Grèce et remplir des salles de concert (ex. : Alexiou + Galani ensemble à Paris ! Et quand elles viennent en France, elles donnent leurs interviews notamment à l'Humanité. On peut les trouver facilement sur internet, mais je ne mets pas le lien, car le site de l'Huma en ligne fonctionne par intermittence, et s'interrompt lorsque le journal a besoin de sous, pour reprendre un peu plus tard).

Il peut y avoir aussi des "électrons libres", comme Angélique Ionatos ou... Georges Moustaki, qui ne cherchent pas du tout à devenir des vedettes et font ce qui leur plaît, mais ont choisi d'évoluer plutôt hors de Grèce. Pour "Georges" Moustaki, selon wiki :

"
(...) pour le linguiste Louis-Jean Calvet, « Né à Alexandrie d’une famille juive grecque mais de langue italienne, baptisé Giuseppe par ses parents, inscrit à l’état civil égyptien sous le nom de Youssef, appelé à l’école française Joseph, puis Jo, un diminutif qui a fait croire, lorsqu’il est arrivé en France, qu’il s’appelait Georges, ce qu’il a laissé faire par admiration pour Brassens, il symbolise par cette simple succession de prénoms l’univers méditerranéen »
"

Moustaki a soutenu Philippe Poutou aux présidentielles de 2012 mais est décédé en 2013. Et après sa disparition, lors d'une interview d'Alexiou et Galani dans L'Huma, celles-ci disent le reconnaître comme un chanteur grec.

Zorglub, en 2012 l'histoire de l'île des lépreux a fait aussi précisément l'objet d'un bouquin de Victoria Hislop, "L'île des oubliés".

Pour ceux qui s'intéresseraient à la Grèce d'aujourd'hui, il y a aussi les romans policiers de Petros Markaris.
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 13 Sep 2017, 18:17

.
Voici encore un bel échantillon de chansons grecques, d'époques diverses, parmi celles qui relèvent du rebetiko ou de la chanson populaire et sont pour la plupart très connues là-bas :


- "S'agapo yiati ise orea" (je t'aime parce que tu es belle), une chanson traditionnelle de Smyrne. Magnifique chanson d'amour, dont le titre est un peu réducteur par rapport aux paroles : "Je t'aime parce que tu es belle et parce que c'est toi / j'aime le monde entier parce que c'est là que tu vis / ta fenêtre est fermée / ouvre un volet que je puisse voir ton image". Ici, Maria Soultatou l'interprète à sa manière démonstrative mais émouvante :

https://www.youtube.com/watch?v=GzWG3rlN-Vs


- "Anixe anixe" (ouvre, ouvre), en style d'Asie mineure, où il est encore question d'ouvrir une fenêtre... Musique de Yiannis Papayioannou. Adaptée et interprétée par le groupe Café Aman Istanbul :

https://www.youtube.com/watch?v=zH3Q0WcsV7U


- "Ouzo otan pis" ("quand vous buvez de l'ouzo"). Il s'agit en fait d'un détournement de la chanson de Roza Eskenazy interdite sous la dictature de Metaxas en 1936, "quand vous prenez de la poudre"... où il était dit en gros "quand je prends de la poudre le monde entier est ma victime, je me sens tout pouvoir, comme un roi, un dictateur, un dieu, un cosmocrate... La Grèce est à moi, tout le monde se rit d'elle, elle a perdu une jambe"... Ce que forcément, Metaxas a mal pris... Ici, les paroles sont les mêmes, excepté l'ouzo qui remplace la poudre, et le côté "pied de nez aux dictatures" reste là en filigrane. Chanté par Kharis Alexiou :

https://www.youtube.com/watch?v=O9ye5lVBuJk


- "O Salonikios", l'une des plus connues parmi les chansons interprétées par Stratos Dionysiou, sur une musique de Christos Nikolopoulos (l'un des musiciens grecs les plus prolifiques, et par ailleurs lui-même virtuose de bouzouki). Le titre désigne un homme, habitant de Salonique (Thessalonique), et dans la chanson, il danse.

https://www.youtube.com/watch?v=HVVcnB51Quk


- "Kharamata i ora tris" (trois heures du matin), une chanson de Markos Vamvakaris, interprétée ici par la compagnie En Khordo :

https://www.youtube.com/watch?v=SzrfIkQTF9A


- "Ta matoklada sou laboun" (tes paupières brillent), autre classique de Markos Vamvakaris, chanté par Dalaras lors d'un concert d'hommage à Bithikotsis.

https://www.youtube.com/watch?v=9XEOKlpmjY4


- "Se touto to paliospito" (dans cette vieille maison), une histoire de séparation et de retour dans la vieille maison abandonnée par le couple, désormais occupée par les sorcières, les gitans (!) et les chauve-souris. Rebetiko de Tsitsanis, chanté par Thodoris Mermigas et surtout, dansé par Stelios Kritikos, malgré les morceaux d'assiette parfois glissants... (c'est pour ça qu'aujourd'hui on préfère lancer des fleurs ou des chips de polystyrène).

https://www.youtube.com/watch?v=5GDR7ugB-oc


- "Tha kano dou vre poniri" (je commencerai, fille sournoise), de Vassilis Tsitsanis, un classique du rebetiko chanté ici par Yiorgos Margaritis. "Je commencerai, fille sournoise, par faire le tour des quartiers où tu te promènes, et si je te vois avec ce type, saches que tu ne l'auras pas", "clarifie ta position dans cette situation sinon j'entre en révolution" !

https://www.youtube.com/watch?v=J3h7QPg3qxY


- "Tou votanikou o magas" (le gars du quartier "jardin botanique"), une musique de Grigoris Bithikotsis (qui fut aussi chantée par lui), interprétée ici par Chris Anastasiou :

https://www.youtube.com/watch?v=1-0c_x8uJZ0


- "Ston aggelon ta bouzoukia" (le concert de bouzouki des anges), sur l'une des musiques les plus connues de Christos Nikolopoulos. Elle est interprétée ici par une belle brochette de chanteurs : Themis Adamantidis (1er couplet), Irini Kharidou (1er refrain), Dimitris Basis (2ème couplet), Stella Theofilou (2ème refrain), tous ensemble + Dimitris Mitropanos (3ème couplet). Les paroles évoquent les chanteurs du passé (rebetiko et chanson populaire), disparus, qui à leur époque étaient parfois considérés par la haute société grecque comme des clochards ou des vagabonds, et qui reviennent sous forme d'anges pour chanter et jouer du bouzouki "comme au temps des Byzantins" et pour dire aujourd'hui "abandonnez vos luxueux costumes noirs et laissez entrer dans vos âmes la voix des Hommes".

https://www.youtube.com/watch?v=h0S_e7qhdD4


- "Zilia mou" (Ma jalousie), toujours Christos Nikolopoulos pour la musique, mais dans un style bien différent, et Kharis Alexiou en "live" comme interprète.

https://www.youtube.com/watch?v=G6KIqz3-pPk


- "Ilie mou se parakalo" ((rendez-moi) Mon soleil s'il vous plaît), une chanson mystérieuse, triste, angoissante, qui parle de souffrance inconsolable (voire de deuil) et peut faire référence aux années noires de la Grèce, sur une musique de Manos Loïzos. Ici, interprétée par Dimitris Basis : quel dommage qu'il laisse chanter la salle au début des refrains, mais j'ai choisi quand même ce morceau car il permet d'apprécier l'incroyable capacité de ce chanteur à moduler sa voix.

https://www.youtube.com/watch?v=xK0Y1_-K7Oo


- "Paei o kairos" (le temps a passé) de Manos Chatzidakis pour la musique (et, comme souvent, Nikos Gatsos pour les paroles), une chanson nostalgique. Ici interprétée par Ilias Liougos :

https://www.youtube.com/watch?v=_8VZCO9S2uc


- "Kaïmos" (chagrin) de Mikis Theodorakis ; il n'y a pas de traduction exacte du mot kaïmos en Français, un sentiment qui mélange chagrin, amertume, douleur et un peu de plaisir quand même (blues en anglais ? saudade en portugais ?) Cette chanson très connue, presque un hymne en Grèce (et même Georges Moustaki a pu l'inclure dans ses concerts), est interprétée ici par un grand chanteur que l'on n'avait pas encore croisé sur ce fil, un chanteur à la voix solide et fiable : Yiannis Kotsiras.

https://www.youtube.com/watch?v=dcWnvKpItGc


- "Savvatovrado" (la nuit de samedi), de Mikis Theodorakis, interprétée ici par Andreatos Yerassimos en présence du compositeur. Une chanson où un homme fait l'apologie de la nuit du samedi dans son quartier qui sent bon le basilic et le citron et où les enfants jouent, avec en fond un air de Tsitsanis... Il appréhende le retour du lundi : ah, si toute notre vie pouvait être comme une nuit de samedi, et si l'on pouvait mourir dans la nuit du dimanche au lundi... La chanson parle également d'hommes qui ont perdu leur travail et noient leur chagrin en sous-sol dans les bars. Elle est suivie d'une seconde chanson, "Edo to fos" (ici la lumière).

https://www.youtube.com/watch?v=yTOZOyL3N4c


- "Sto tholomeno mou myalo" (dans mon cerveau embrumé), chanson composée par Akis Panou, et pour laquelle on retrouve Andreatos Yerassimos.

https://www.youtube.com/watch?v=vv0Bkveuoe0


- "Ekho mia dipsa", ("J'ai soif" (de t'entendre)), l'une des belles et étranges chansons des îles grecques de Yiannis Parios.

https://www.youtube.com/watch?v=Okh8Ua5yJKA


- "Poulaki xeno" (oiseaux de passage), de Giorgos Papasideris, une chanson (sans doute des années 30) accompagnée d'une danse de type Tsamikos (se danse à plusieurs ; le premier de la chaîne a intérêt à être agile, et le deuxième, costaud pour le soutenir !) Ce style nécessite généralement un instrument à vent virtuose, clarinette le plus souvent. Le tsamikos est plutôt répandu dans les régions montagneuses du Nord-Ouest et du Centre de la Grèce continentale, et aussi un peu dans le Péloponnèse (Sud). Ici, c'est le groupe Oneirou Ellas qui nous en fait une reconstitution :

https://www.youtube.com/watch?v=0EP_04hbpMw


Voici aussi un vieux "tube" grec, qui a eu un avenir inattendu :

- "Misirlou" (désigne une jeune femme égyptienne), un très vieil enregistrement de la version originale (1927) en style d'Asie mineure sur une musique de Nikos Roubanis, interprétée par Tétos Dimitriadis... Si cet enregistrement existe, c'est parce qu'il a été réalisé lors d'un concert à New York. Et si cette musique vous dit quelque chose :

https://www.youtube.com/watch?v=LW6qGy3RtwY

... c'est que vous l'avez déjà entendue en accéléré, par exemple par les Beach Boys ou (question de génération) par les Black Eyed Peas dans le film Pulp Fiction ! Et avant eux, en 1963, il y avait "Dick Dale & the Del Tones", qu'ils n'ont fait que reprendre en ne modifiant presque rien ! Où ça nous mène, tout de même, la musique grecque !

https://www.youtube.com/watch?v=ZIU0RMV_II8


En dehors des chansons les plus populaires, d'autres sont à signaler, moins connues mais qui représentent elles aussi un aspect de la musique grecque. Il y en a beaucoup, je me contenterai d'un exemple : l'oeuvre abondante de Yiorgos Stavrianos. On est dans la recherche de choses un peu différentes, mais qui gardent incontestablement un style grec. Un peu comme un Mikis Theodorakis mais en plus tardif et moins connu : bienvenue dans l'univers un peu étrange et mystique de Stavrianos.

- "Oli i zoi mas" (notre vie entière), chanté par l'interprète favori de Stavrianos, Kostas Mantzios. Une histoire de solitude et de vie comme un désert.

https://www.youtube.com/watch?v=Hmi5KnvLmtw

- "Se latrepsa" (je t'adorais), chanté par Areti Bellou. La perte d'un être cher.

https://www.youtube.com/watch?v=jaPPr2REyAI

- "To mavro asteri" (l'étoile noire), chanté par Kostas Mantzios. "Mon étoile noire, je suis attaché à toi"...

https://www.youtube.com/watch?v=Zim7R-nfOkE

- "Mayiko khali" (tapis magique), chanté par Kostas Mantzios.

https://www.youtube.com/watch?v=YynvhM602PI

- "Thessaloniki" (Thessalonique), chanté par Pantelis Theokharidis. Avec en prime toutes sortes d'images de la ville à différentes époques, notre sujet de départ !

https://www.youtube.com/watch?v=fBDsaQT3whc


Tout autre chose, voici une reprise de notre première chanson, "To minore tis avgis", par le groupe de "jazz tzigane grec" Gadjo Dilo, qui fait partie de leur album "Manouche de Grec" et aspire à incarner un autre aspect de la Grèce : ses tziganes ! Ici, en concert dans une église anglicane :

https://www.youtube.com/watch?v=lzVZ1mXBLZ4


Et puis, juste pour le plaisir, une chanson toute récente de Dimitra Galani (d'un album où elle fait tandem avec le chanteur-compositeur Eustathios Drakos) : "Ostrako" (coquille). Entre terre et mer.

https://www.youtube.com/watch?v=SLIaVEWL_SU


Voilà. Merci à tous ceux qui ont écouté et apprécié cette série grecque, qui n'avait pas été planifiée au départ... Mais ça fait bientôt dix ans que je baigne dans la musique grecque et en lisant le bouquin de Hislop, ça a fait tilt, et ça nous a emmené beaucoup plus loin que prévu ! Je suis heureux de vous avoir fait partager quelques-uns (euh... un bon nombre) des joyaux de la musique grecque, et connaître certains des principaux compositeurs et chanteurs. Il en reste pourtant tellement d'autres !

Dès que j'en aurai le temps, je compte encore ajouter la vidéo d'un très beau concert donné par trois grandes chanteuses, qui nous fait voyager à travers la musique populaire grecque et qui constitue un bon récapitulatif des années 1920 jusqu'à nos jours...
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Zorglub » 13 Sep 2017, 21:21

Merci encore Plestin.
As-tu lu le livre de Hislop sur l'île des oubliés ?
Café Aman Istanbul, groupe turque interprétant des chansons grecques. Etonnant. On voit d'ailleurs dans le clip, au début, ce qui me semble être la tour Galata.
Zorglub
 
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 14 Sep 2017, 04:24

As-tu lu le livre de Hislop sur l'île des oubliés ?


Je viens de l'attaquer ! J'en dirai quelques mots bientôt...

Café Aman Istanbul, groupe turque interprétant des chansons grecques. Etonnant. On voit d'ailleurs dans le clip, au début, ce qui me semble être la tour Galata.


Le groupe est gréco-turc, avec des Turcs et des Grecs de Turquie ( dont le chanteur : Stelios Berberis), quelques grecs sont quand même restés à Istanbul. Et on voit effectivement quelques vieilles images d'Istanbul au début, dont la tour de Galata.
Plestin
 
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 17 Sep 2017, 15:27

L'île des oubliés, de Victoria Hislop.

Le livre retrace l'histoire d'une famille crétoise originaire du village de Plaka, situé face à l'île de Spinalonga, dans l'Est de la Crète. A la veille de la seconde guerre mondiale, une enseignante de Plaka, Eleni, appréciée de tous, contracte la lèpre, peut-être au contact d'un de ses élèves ; elle et son élève sont contraints à l'exil à Spinalonga, où, dans les ruines d'une ancienne forteresse vénitienne puis turque, un camp de lépreux a été mis en place. Giorgis, le mari d'Eleni, qui faisait depuis des années le lien entre l'île des lépreux et le village de Plaka avec son bateau de pêche pour compléter ses maigres revenus, se retrouve à devoir y emmener sa femme pour l'y laisser définitivement, à son grand désespoir. Plus tard, il devra aussi y conduire l'une de ses filles...

La lèpre bouleverse les liens familiaux, décompose les familles dans les villages et en recompose d'autres à Spinalonga. En guise de camp, c'est plutôt un véritable village, avec ses maisons, ses commerces, ses services publics, tous tenus par des lépreux.

Le roman montre la façon dont les malades de la lèpre sont parvenus à reconstituer sur leur île un petit monde qui n'a rien à envier aux misérables villages de la côte, avec un café, un restaurant, un cinéma, un journal et beaucoup de solidarité... L'arrivée d'Eleni amène une enseignante de qualité qui participe au rebondissement du village... L'ajout de malades trop remuants expulsés d'un hôpital d'Athènes favorise aussi son développement, accéléré par l'obtention de subsides du gouvernement par le biais de notables lépreux qui font jouer leurs anciens réseaux d'influence...

Pendant l'occupation allemande, Spinalonga sera le seul endroit à échapper à la mainmise directe des nazis, tandis que les autres villages sont partagés entre leur soutien à la résistance crétoise et la crainte d'être entièrement rasés, ce qui arrive à plusieurs d'entre eux. Mais la guerre sera aussi un moment d'interruption des avancées qui, peu auparavant, commençaient à laisser penser qu'on pourrait un jour guérir la lèpre, et qui étaient incarnées par les visites régulières de deux médecins dévoués sur Spinalonga. Après guerre, les avancées se concrétiseront par l'arrivée d'un nouveau traitement, la dapsone, qui permettra de guérir la plupart des lépreux... mais le retour à leur ancienne existence ne sera pas toujours facile et certains regretteront même Spinalonga.

Je ne vous en révèle pas plus...
Plestin
 
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 19 Sep 2017, 05:10

Voici donc comme promis un concert donné par trois grandes chanteuses grecques et qui a pour objet de "faire un voyage à travers la chanson populaire". Ce concert a été donné en avril 2016 dans une salle du quartier Keramikos à Athènes.

Les trois chanteuses : Dimitra Galani, que vous connaissez déjà (si vous avez tout suivi...) ; Yiota Nega, que vous avez déjà croisé une fois ; et Eleni Tsaligopoulou, que vous n'avez fait qu'apercevoir. Le concert s'appuie sur le caractère très complémentaire de ces chanteuses : Dimitra et sa voix profonde et grave, Yiota et sa voix solide et sûre, Eleni et sa voix plus aiguë, son énergie incroyable et sa spécialisation relative sur les chansons d'Asie mineure.

Le concert comprend plus d'une quarantaine de chansons (entières ou seulement des extraits suivant les cas) dont certaines que vous aurez déja entendu (chantées par d'autres) et d'autres nouvelles. Il balaye quasiment un siècle de chanson grecque, avec de nombreuses "pépites". Vers la fin du concert les chanteuses ajoutent aussi une ou deux de leurs propres chansons. Quelques morceaux, bien que grecs, ont intégré d'autres influences (latino, jazz etc.) mais le concert révèle aussi une Grèce très tournée vers l'Afrique du Nord et le Proche Orient.

Vous avez plus bas le détail du concert avec quelques explications (je suis assez content d'être parvenu à identifier toutes les chansons !)

En attendant, peut-être, un petit "kit de survie en Grec" qui vous facilitera un tout petit peu les choses.

Quelques mots que l'on entend assez souvent :

ouranos : ciel
thalassa : mer
pelagos : haute mer
fengari (ou feggari) : lune
fourtouna : gros temps, orage, tourmente
ilios : soleil
pouli : oiseau
psaria : poissons
steria : terre
agapo, s'agapo : j'aime, je t'aime
matia : yeux
kosmos : monde
zoï : vie
karavi, kaïki... : bateau (il y a de nombreux mots pour désigner différentes sortes et tailles de bateaux ; karavi c'est plutôt un nom générique ; kaïki c'est le petit bateau de pêche ou caïque).
taxidi : voyage
tragoudi : chanson
louloudia : fleurs
potiri : verre (à boire)

Concernant les noms et leurs variantes / diminutifs :

Beaucoup de prénoms, peuvent être remplacés par des variantes ou des diminutifs, signifiant en général "petit" ou "petite" et qui sont familiers ou affectueux : Dimitra peut devenir Dimitroula (petite Dimitra), Eleni peut devenir Elenitsa ou Elenaki (petite Hélène), etc. Cela marche aussi pour les noms communs. Pour une mère, "mana mou" (ma mère) devient souvent "manoula mou" (ma petite mère).


Maintenant, vous êtes parés pour le concert, que voici !.


https://www.youtube.com/watch?v=dkg8S3VeLCk


Et voici la liste des chansons : (j'ai souligné les minutes de celles qui me semblent être les points forts du concert, mais c'est une question de goût).

0:00 (les 3 chanteuses ensemble) : en guise d'introduction, un très court extrait (seulement le refrain) de "Ston aggelon ta bouzoukia" (le concert de bouzouki des anges) de Christos Nikolopoulos, faisant référence aux chanteurs du passé, et se terminant par un appel à écouter la voix des Hommes ("anthropinès phonès").

0:53 (Dimitra) : "San apokliros yirizo" (je me promène comme en exil), de Vassilis Tsitsanis : une interprétation très belle et originale, par Dimitra.

3:35 (Yiota) : "Yienithika yia na pono" (je suis née pour souffrir), de Vassilis Tsitsanis.

5:40 (Eleni) : "Ti simera ti avrio ti tora" (ça peut être aujourd'hui, demain ou même maintenant), de Vassilis Tsitsanis.

7:35 : les trois chanteuses souhaitent bonsoir et bienvenue aux spectateurs, Dimitra présente le thème du concert, un voyage (taxidi) à travers la chanson populaire.

8:12 (Dimitra) : "Me tin ellada karavokyri" (avec la Grèce comme commandant), de Manos Chatzidakis ; une chanson étonnante où il est question de demander à Saint-Nicolas (Ayie Nikola) de protéger tous les bateaux grecs, qu'ils reviennent du Maroc (Moroko), de Benghazi en Libye (Veggazi), d'Algérie (Alyeri) ou qu'ils partent pour l'Egypte (Missiri) et de verser des fleurs (louloudia) sur toutes les mers (pelaga ola). Différentes sortes de bateaux sont nommées : "skouna", "bratsera", "briki", "fregata" (goëlette, bateau de pêcheurs d'éponges, brick, frégate). Il s'agit de les protéger de la tempête (fourtouna), du sirocco (siroko) etc. L'un des instruments utilisés est le tzouras (plus petit que le bouzouki, joué par le musicien à casquette à gauche d'Eleni), l'autre, le laouto (luth grec, joué par celui à droite de Yiota).

11:10 (Les 3 chanteuses) : "Kaïki mou aï nikola" (mon caïque, Saint-Nicolas). Une chanson de la mer, entraînante, signée Vassilis Tsitsanis, dans laquelle le pêcheur boit à la santé de son petit bateau et (c'est plus prudent) aussi de Saint-Nicolas, et où il est question de ramener le poisson à terre (psaria sti steria) ce qui fait frétiller Eleni comme un poisson ! On enchaîne directement avec la chanson suivante.

13:17 (Yiota) : "Sto tounezi sti barbaria" (en Tunisie, en Barbarie). Une chanson de Vassilis Tsitsanis qui est presque toujours accolée à la précédente. "En Tunisie, en Barbarie, le mauvais temps nous a pris". "Bon sang, la mer !" ou "Maudite sois-tu, la mer !" ("anathema se thalassa"). En Grec, la Barbarie est plutôt l'ancien nom de l'Algérie que l'ensemble de l'Afrique du Nord.

14:51 (Eleni) : "Mes tou aiyaiou ta nisia" (la mer Egée, ses îles), chant traditionnel des îles grecques dont je vous ai déjà fait entendre la version de Yiannis Parios.

16:56 (Dimitra) : "Argosvinis moni" (vous vous languissez seul), de Vassilis Tsitsanis. Avec, à 19:07, un solo de outi (= oud, instrument à cordes oriental à manche court).

21:09 (Yiota) : "Arapines" (femme arabe), de Vassilis Tsitsanis. Souvenir d'un amour passé.

23:58 : (Dimitra) : après une introduction en solo de bouzouki jusqu'à 25:10, "Erota mou ayiatrefte" (mon amour incurable) de Takis Soukas, qui fut chanté initialement par Kostas Kollias puis Pitsa Papadopoulou en 1980. Et à mi-morceau, ça commence à bouger dans la salle...

27:47 : un long duo de outi et de kanonaki (l'instrument à cordes pincées à plat), en introduction de la chanson suivante.

30:54 (Eleni) : "Min perimenis pia" (je n'attendrai pas plus longtemps), de Apostolos Kaldaras, en style d'Asie mineure, qui fut chantée par Michalis Menidiatis et Voula Gkika.

34:16 (Eleni) : enchaînée à la chanson précédente, un court passage de "An ine i agapi amartia" (si l'amour est un péché) de Mimis Gleddas, qui fut notamment chanté par Tzeni Vanou. Si l'amour est un péché je veux le commettre avec toi...

35:19 (Dimitra) : "Se vlepo sto potiri mou" (je te vois dans mon verre), également de Mimis Gleddas et également chanté à l'origine par Tzeni Vanou.

36:56 (Dimitra) : enchaînée à la précédente, "Ta klisso ta matia" (je ferme les yeux) de Akis Panou, qui fut notamment un grand succès de Vicky Moskholiou en 1971.

39:00 (Yiota) : "Yialinos kosmos" (monde de verre), de 1960, composée par Apostolos Kaldaras. Je vous ai déjà fait entendre la version d'origine par Stelios Kazantzidis : "Qui me donnera la force de changer ce monde ?"

41:06 (Eleni) : "O pasatempos" (le passe-temps) de Manolis Chiotis, morceau de 1946 chanté à l'origine par lui-même et sa femme Mairi Linta, ainsi que par Roza Eskenazy (vous l'avez entendue) ou encore Stratos Payioumtis. Je ne veux pas être simplement ton passe-temps.

42:43 (Dimitra) : "Khorisame ena dilino" (nous nous sommes séparés un soir), chanson de 1949, de Vassilis Tsitsanis. Elle fut chantée notamment par Sotiria Bellou.

44:52 (Les 3 chanteuses) : une scène comique où il est question de trouver une chanson rendant hommage à Dimitra : c'est très facile, il en existe une qui s'appelle "Dimitroula mou" (ma petite Dimitra) de Panos Toudas, à l'origine chantée par Roza Eskenazy. Ensuite, une chanson pour Eleni : c'est tout trouvé, "Nitsa, Elenitsa" (ma petite Eleni) de Yiorgos Mitsakis en 1957, qui fut chantée en duo par Stelios Kazantzidis et Marinella. Arrive le moment où Yiota réclame aussi sa chanson. Et là, c'est plus délicat car ce prénom est peu répandu... Au début, Dimitra et Eleni cherchent puis concluent qu'il n'y en a pas... Finalement, si, Dimitra pense à la chanson "Pirame ti kato volta" (Pirame ti kato volta, omorfi mou panayiota = nous avons pris l'escalier, ma belle Panayiota) d'Apostolos Kaldaras en 1968. Panayiota étant le prénom dont Yiota est un diminutif et qui fait aussi allusion à la Sainte-Vierge... Ce que la principale intéressée ne trouve pas du tout crédible (belle Sainte-Vierge). S'ensuivent d'autres jeux de mots et le choix de remplacer les paroles de "Nitsa, Elenitsa" par "Yiota, Panayiota" suivi de "panayiotaki mou" (ma petite Panayiota), après une première tentative infructueuse qui suggérait une rime maladroite "papayiota mou" (ma papaye).

49:35 (Les 3 chanteuses) : "Stou thoma" (chez Thomas) de Stavros Xarchakos, l'une des chansons de la bande originale du film "Rebetiko". Viens cette nuit chez Thomas pour jouer du baglama, pour que les anges descendent sur terre et dansent le tsifteteli (la danse orientale, la danse du ventre !) et si tu aimes beaucoup le violon, peut-être que les diables viendront danser aussi...

53:54 (Dimitra) : "Matia vourkomena" ("les yeux embués", ou "embrumés", ou "flous"), de Stavros Xarchakos, que vous avez déjà entendue (dans un vieil extrait de film).

57:08 : solo de baglama (minuscule instrument à cordes) jusqu'à 58:17 en introduction de la chanson suivante.

58:17 (Eleni) : un extrait de "To feggari kani volta" (la lune se promène) de Mikis Theodorakis, un hommage à trois anciens musiciens-compositeurs-interprètes ; la lune se promène d'un musicien à l'autre entre les différents couplets ("Joue, mon Tsitsanis", "Joue, mon Zambetas" et, on ne l'entend pas ici, "Joue, mon Grigoris").

1:01:02 (Yiota) : "Matia mou megala" (mes grands yeux), alias "Ti glyko na s'agapoun" (c'est doux d'aimer). Une musique de Yiorgos Zambetas, un grand tube de Kharis Alexiou que Yiota chante peut-être encore mieux. "Mes grands yeux, mes yeux mélancoliques..."

1:03:28 (Dimitra) : "Agapi pou yines dikopo machairi" (l'amour est devenu une épée à double tranchant), de Manos Chatzidakis. Vous l'avez entendue (et vue) interprétée par Mélina Mercouri dans un extrait du film "Stella".

1:06:17 (Eleni) : "Eyine parexiyissi" (il y avait un malentendu), alias "I prodosia" (la trahison) de Manos Chatzidakis.

1:08:26 (Yiota) : "To tragoudi tis xenitias" (la chanson de l'exil), de Mikis Theodorakis.

1:10:53 (Eleni) : "Apopse inai pia yia mas" (ce soir est pour nous), alias "Apopse fila me" (ce soir avec mes amis), de Manolis Chiotis. Ce soir je suis avec mes amis, mais demain je serai seule...

1:12:22 : quelques secondes de transition musicale avant 1:12:54 quelques paroles de Dimitra au public.

1:13:10 (Dimitra) : "S'afti ti gonia" (dans ce coin) alias "To garsoni" (le garçon de café), de Manolis Chiotis. Dans ce coin, le garçon de café me connaît et me sert deux verres comme dans le passé, mais l'un des deux reste plein. Chanté à l'origine par Mairi Linta, la compagne du compositeur. Ici, cette version est un peu jazz.

1:15:39 (Yiota) : "Den thelo pia na xanarthis" (je ne veux pas que tu partes plus loin), de Manolis Chiotis, chanté à l'origine par Mairi Linta. Sur un air latino qui faisait "mexicain" à l'origine, mais qui est ici accéléré et transformé en cha-cha-cha ! Un cha-cha-cha grec !!! Qui est néanmoins très réussi !

1:18:26 (Dimitra) : "Pira ap'to kheri sou nero" (j'ai pris l'eau de votre main), de Akis Panou, chantée à l'origine par Vicky Moskholiou en 1968.

1:20:12 (Yiota) : "I zoï mou oli" (ma vie entière) de Akis Panou, que vous avez entendue en duo Paschalis Terzis / Dimitris Mitropanos.

1:22:13 (Eleni) : "Kato ap'to poukamiso mou" (en-dessous de ma chemise) de Christos Nikolopoulos. En-dessous de ma chemise, mon coeur sort. Une histoire de rupture suite à une "erreur coupable" de celui/celle qui chante.

1:24:06 (Yiota) : "To dikio mou" (j'ai raison) de Themis Karamouratidis. Il s'agit d'une chanson récente du répertoire de Yiota.

1:28:17 (Yiota) : "De me krataï o, ti thymamai" (Ce dont je me souviens ne m'est d'aucune aide), de Themis Karamouratidis. Idem. Mes souvenirs ne me sont d'aucune aide pour te retrouver car tu dois avoir changé.

1:33:20 (Eleni) : "Na m'agapas" (aime-moi) de Yiorgos Andreou. Une chanson récente du répertoire d'Eleni. Une Eleni déchaînée.

1:36:00 (Eleni) : "Issouna ti issouna" (vous étiez ce que vous étiez), alias "issouna xypoliti" (vous étiez pieds nus), alias "paksimadokleftra" (voleur de biscuits). Vous n'aviez rien, et maintenant que vous êtes avec moi vous voulez tout. Une chanson de Kostas Bezos en style d'Asie mineure datant de 1930. Eleni monte pieds nus sur les tables au milieu du public ! Un moment fort du concert.

1:41:00 (Dimitra) : "Akroyialiès dilina" (couchers de soleil sur les plages), de Vassilis Tsitsanis. La version originale chantée par Stella Chaskil date de 1948, mais sa reprise en 1973 est devenue un grand succès de Dimitra. L'histoire d'une fille étrange comme une ombre dont on se demande ce qu'elle fait ici et dont on se dit qu'elle a peut-être connu la mer et les plages sous le soleil couchant. Une réussite.

1:44:01 (Dimitra) : "Dio meres mono" (deux jours seulement), une chanson de Dimitra Galani (y compris la musique) qui fait partie de son répertoire récent.

1:48:15 (Les 3 chanteuses) : sur un fond de reprise de la chanson "Stou thoma", Dimitra présente les musiciens, et les trois chanteuses font leurs adieux et sortent de scène.

Les musiciens (dans l'ordre) :

Kithares (guitares) : Spiros Khatzikonstantinou.
Drams (batterie) : Serafim Yiannakopoulos.
Basso (basse) : Stelios Provis.
Krousta (percussions) : Aryiris Diamantis.
Kithares (guitares) : Aristidis Khatzistavrou.
Piano (piano) : Spiros Manessis.
Bouzouki et tzouras : Nikos Katsikis.
Bouzouki, outi et laouto (luth grec) : Thomas Konstantinou.
Kanonaki et baglama : Apostolos Tsarkadas.
Plestin
 
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