Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort !

Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort !

Message par Gayraud de Mazars » 08 Août 2019, 17:39

Salut camarades,

Bien triste nouvelle du départ d'un grand du cinéma...

Jean-Pierre Mocky, l'anar du cinéma français (1933-2019)
AFP/Claude CASTERAN Publié le jeudi 08 août 2019

https://www.lalibre.be/culture/cinema/j ... 58a8ded401

Franc-tireur du cinéma français, Jean-Pierre Mocky, décédé jeudi à l'âge de 86 ans, était un maître de la dérision, auteur prolifique d'une oeuvre inégale, entre comédies grinçantes, satires des moeurs contemporaines, et polars.

Également acteur, scénariste et producteur (il a toujours voulu contrôler l'ensemble du processus de production d'un film), il a réalisé plus de 60 longs-métrages ainsi qu'une quarantaine de téléfilms. Scénariste de ses films, il avait des acteurs fétiches, tels Jean Poiret, Michel Serrault ou Michael Lonsdale, dirigeant aussi des stars comme Bourvil, Philippe Noiret, Catherine Deneuve ou Jeanne Moreau.

"Je n'ai été d'aucune chapelle, d'aucun club et pas plus de telle ou telle +vague+", disait cet anar fort en gueule, ennemi de la demi mesure, qui a connu le succès et le déclin, sévère avec le milieu du cinéma. "La vérité, c'est que je fais peur aux décideurs. Je suis économiquement incorrect", estimait-il, persuadé qu'on lui en voulait de tourner de bons films à bas coût.

Jean-Paul Adam Mokiejewski - grand-père tchétchène, père et mère polonais - naît le 6 juillet 1933 à Nice. Certaines biographies affichent 1929 comme date de naissance, mais son père l'aurait volontairement vieilli pour qu'il puisse voyager seul lorsqu'il était mineur. Après de la figuration, au cinéma et au théâtre, le jeune homme à la "belle petite gueule", comme il dira, suit les cours de Louis Jouvet au Conservatoire.

Au début des années 50, il tente sa chance en Italie où il réussit pas trop mal. Parallèlement, il observe le métier de réalisateur : en 1954, il est stagiaire de Federico Fellini pour "La strada" et de Luchino Visconti pour "Senso".

De retour en France, il dirige en 1959 son premier film, "Les Dragueurs" (avec Charles Aznavour), qui marche bien. Très vite, il s'affirme en marge de la production traditionnelle avec des oeuvres cyniques et pleines d'humour noir. Dans "Un drôle de paroissien" (1963, son seul film à avoir reçu l'avance sur recettes du Centre national du cinéma), Bourvil pille les troncs avec religiosité et, dans "L'étalon" (1970), les hommes qui assouvissent la fièvre des sens de dames malheureuses sont remboursés par la Sécurité sociale.

"17 enfants"

Il va désormais s'en prendre, avec une causticité très personnelle, aux magouilles financières ("Chut!"), aux absurdités du système judiciaire ("Le témoin)", à l'administration ("Les compagnons de la Marguerite"), aux dessous de la politique ("Une nuit à l'Assemblée nationale", "Piège à cons").

Ses cibles seront aussi la télévision abêtissante ("La grande lessive"), la presse ("Un linceul n'a pas de poches"), le business religieux ("Le miraculé"), le fanatisme sportif ("À mort l'arbitre!") ou la corruption généralisée ("Y a-t-il un Français dans la salle ?"), une de ses réussites.

Mais, à partir des années 90, le public ne le suit plus. Infatigable, il "bricole" à toute vitesse des séries B (parfois, jusqu'à trois par an!) et des comédies burlesques aux budgets misérables. Se qualifiant alors de cinéaste "underground", il dénonce "la mafia (ndr : du 7e art) comme-il-faut qui court Paris, Cannes, Venise, Berlin". Lui, ce qu'il aime, ce sont les personnages "hors caste, incompris, gueules cassées et outsiders" de ses films libertaires.

Peu distribués, certains ne sont projetés qu'au cinéma parisien "Le Brady" - antre mythique du cinéma fantastique jadis fréquentée par François Truffaut - qu'il a racheté en 1994 et revendu en 2011. Cette année-là, il acquiert l'Action Écoles, ciné du Quartier Latin rebaptisé "Le Desperado", où il diffusera ses oeuvres.

Marié trois fois, Jean-Pierre Mocky a renoncé à compter sa progéniture. "J'ai 17 enfants connus. Voire davantage, les femmes que j'ai croisées le temps d'un fugace corps-à-corps se comptant par centaines", a-t-il écrit dans un livre amer de souvenirs, "Mocky soit qui mal y pense" (2016). Parmi ses enfants, figure le metteur en scène Stanislas Nordey que son père, à la vieillesse solitaire, n'a pas vu depuis des décennies.

En dépit de sa marginalité, il avait reçu depuis 2010 plusieurs hommages et distinctions de la profession. "Leur effet sur moi est à peu près aussi durable qu'un pet sur une toile cirée", pestait ce "fauteur de troubles pour les uns, fouteur de merde pour les autres".


Fraternellement,
GdM
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par Byrrh » 08 Août 2019, 19:22

Oh ben merde ! Bon, 86 ans c'est pas mal. Surprenant que des types comme Mocky ou Siné aient vécu aussi longtemps.
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par Cornulier » 08 Août 2019, 20:15

Bien vrai ça! Je me dis la même chose pour Mick Jagger et Keith Richards, qui continuent les tournées à plus de 70 balais, comme si ils avaient fait de l aérobic tous les matins en se couchant à 20h30 la veille depuis leurs 20 ans .... le corps humain peut être bien surprenant.
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par artza » 11 Août 2019, 06:37

86 ans? Plus les années passent plus je trouve que c'est bien jeune.

Il y a encore quelques années je trouvais que c'était un age très acceptable pour tirer sa révérence. Comme quoi, comme on dit il n'y que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

Lafargue lui, il était pour l'anticipation. C'est respectable, mais pour l'instant je ne suis pas tenté et je me garderais d'en faire une philosophie pour tous.
... (et Tes, m'excuses j'oubliais).

Pour revenir à Mocky, le premier film que j'ai vu, les Dragueurs (1959) m'avait intéressé. Un film impossible aujourd'hui.

Solo, pas gai, bien vu à l'époque. Un linceuil n'a pas de poche et surtout A mort l'arbitre (impossible aujourd'hui?) et le Miraculé désopilant.
Un drôle de paroissien une curiosité, mais peu d'intérêt.

Mocky était aussi affable et discret. Il apporta lui-même un de ses films à la fête de LO sans se faire voir. :D
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par com_71 » 11 Août 2019, 08:15

C'était quel film ? You remember ?
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par artza » 12 Août 2019, 07:13

Aucun souvenir.
Je ne fus pas témoin, c'est la camarade qui receptionna le film des mains de Mocky qui me l'a raconté à l'époque.
artza
 
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Re: Jean-Pierre Mocky, "l'anar" du cinéma français est mort

Message par pietro2 » 12 Août 2019, 21:49

UN ANAR INHUME AVEC CEREMONIE RELIGIEUSE. C'EST L'AGE QUI FATIGUE LES CONVICTIONS ? BOUILLIE DE CHAT...
pietro2
 
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