Histoire du trotskysme américain

Message par pelon » 13 Août 2003, 08:29

Ce livre - éditions Pathfinder, traduit en français depuis peu a été plusieurs fois cité sur le forum. Il peut être conseillé à ceux qui s'intéressent au mouvement trotskyste pour plusieurs raisons.
Ce livre est la transcription de 12 présentations faites en 1942 par Cannon à des militants. La période traitée (1928-1938) décrit donc la naissance du courant trotskyste américain, les 6 premières années très difficiles ("les jours de chien"), la percée dans la classe ouvrière avec leur participation dans des grèves avec évidemment les victoires de Minneapolis où le groupe trotskyste mena de main de maitre la lutte. Il explique aussi les difficultés dans l'organisation à accepter d'entrer dans le Parti Socialiste tactique alors préconisée par Trotsky (le tournant français).
Mais pour ceux qui s'intéressent aux difficultés de développement d'une organisation, ils y verront qu'il y a bien longtemps que le mouvement trotskyste est affecté des mêmes plaies. Voici quelques citations :
On est à ce moment dans ces premières années "de chien" :
CITATION Nous avons dit : notre première tâche est de faire connaître à l'avant-garde les principes de l'Opposition de gauche. Ne nous faisons pas d'illusions avec l'idée que nous pouvons aller maintenant vers les grandes masses non formées. Il nous faut en premier lieu gagner ce qui est gagnable de groupe d'avant-garde, qui comprend quelques dizaines de milliers de membres et de sympathisants du Parti communiste. Il nous faut cristalliser à partir d'eux un noyau suffisant de cadres, soit pour réformer le parti, soit - après l'échec définitif d'un tel effort et seulement quand la preuve en aura été faite de manière décisive - pour construire un nouveau parti avec les forces recrutées au cours de cet effort. Ce n'est que de cette façon qu'il est possible pour nous de reconstituer le parti dans le sens réel de ce mot.
A ce moment est apparue à l'horizon une figure qui est peut-être étrange à plusieurs d'entre vous, mais qui à cette époque a fait énormément de bruit. Albert Weisbord avait été membre du Parti et s'en était fait exclure vers 1929 pour l'avoir critiqué ou pour une quelconque autre raison - ça n'a jamais été clair. Après son exclusion, Weisbord a décidé d'étudier un peu. Il arrive fréquemment, vous savez, qu'après avoir fait les frais d'une mauvaise expérience les gens se mettent à réfléchir sur les causes de ce qui leur est arrivé. Weisbord a bientôt émergé de ses études pour annoncer qu'il était un trotskyste. Pas un trotskyste à 50 pour cent comme nous, mais un authentique trotskyste, à cent pour cent, dont la mission dans le vie était de nous remettre dans le droit chemin.
Sa révélation était : les trotskystes ne doivent pas faire un cercle de propagande , mais aller directement dans le "travail de masse". Cette conception aurait dû en toute logique le conduire à proposer de former un nouveau parti, mais il ne pouvait pas le faire de façon très commode parce qu'il n'avait aucun membre. Il a dû appliquer la tactique de s'orienter vers l'avant-garde - c'est-à-dire nous. Avec quelques amis personnels et d'autres individus, il a entrepris une énergique campagne de "forage de l'intérieur" et de martelage de l'extérieur en direction de ce petit groupe de 25 à 30 personnes que nous avions alors organisé à New York. Tandis que nous proclamions la nécessité de faire du travail de propagande en direction des membres et des sympathisants du Parti communiste comme une façon de nous lier au mouvement de masse, Weisbord, lui, préconisait un programme d'activités de masse, orientait 99 pour cent de ses activités de masse non vers les masses, ni même le Parti communiste, mais vers notre petit groupe trotskyste. Il était en désaccord avec nous sur tout et nous dénonçait comme de faux représentants du trotskysme. Quand nous disions "oui", il disait "oui, absolument". Quand nous disions 75, il surenchérissait la mise. Quand nous avons dit "Ligue communiste d'Amérique," il a appelé son groupe  la "Ligue communiste de lutte" pour faire encore plus fort....  
[/quote]
Je donnerai plus tard d'autres citations.
pelon
 
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Message par stef » 13 Août 2003, 09:28

Vu ton post d'hier, je me pose la question : c'est pour nous que tu cites ça ?
Si oui, peux tu étayer la démonstration ?
Si non , mille excuses.
stef
 
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Message par pelon » 14 Août 2003, 08:10

Comme promis, une nouvelle citation. On est toujours dans "les années de chien" (1928-1932). On y apprend que recruter ne signifie pas toujours se renforcer :
CITATION
...Nous étions complètement isolés, refoulés sur nous-mêmes. Le Parti communiste et sa vaste périphérie semblaient hermétiquement barricadés contre nous.
Alors, comme c'est souvent le cas dans de nouveaux mouvements politiques, nous avons commencé à recruter des sources pas forcément trop saines. Si un jour vous en êtes réduits à une poignée d'individus, ce qui peut bien arriver aux marxistes dans les mutations de la lutte de classes; si les choses vont mal encore une fois et si vous devez tout recommencer, alors je peux vous dire d'avance quelques-uns des maux de tête que vous aurez. Tout nouveau mouvement attire certains éléments qu'on peut proprement qualifier de cinglés. Des phénomènes à la recherche constante de l'expression le plus extrême de radicalisme, des inadaptés, des moulins à parole, des oppositionnels chroniques déjà mis à la porte d'une demi-douzaine d'organisations. De tels gens ont commencé à venir à nous dans notre isolement en criant : "Bonjour camarades !" Je me suis toujours opposé à faire entrer de tels individus, mais le courant était trop fort....
Beaucoup de gens sont venus à nous qui s'étaient révoltés contre le Parti communiste, non pour ses mauvais côtés mais pour ses bons côtés : c'est-à-dire le discipline du parti, la subordination des individus aux décisions du parti dans le travail en cours. De nombreux dilettantes à l'esprit petits-bourgeois, qui ne pouvaient supporter la moindre discipline, qui avaient soit quitté le PC, soit en avaient été exclus, voulaient, ou plutôt pensaient qu'ils voulaient, devenir trotskystes...Beaucoup de ces nouveaux arrivants faisaient un fétiche de la démocratie. Ils étaient tellement dégoûtés par le caractère bureaucratique du Parti communites qu'ils désiraient une organisation sans autorité, ni discipline ni centralisation d'aucune sorte.
Tout les types de ce genre ont une caractéristique commune : ils aiment discuter des choses sans limite ni fin. La branche de NY du mouvement trotskyste à cette époque n'était qu'un resssassage incessant de discussions. Je n'ai vu aucun de ces éléments qui ne s'exprime facilement. J'en ai cherché , mais n'en ai jamais trouvé. Ils peuvent tous parler. Et pas seulement peuvent, mais vont parler. Et sur toutes les questions, interminablement. C'étaient des iconoclastes qui n'acceptaient rien comme tranché par l'histoire du mouvement. Il fallait refaire la preuve de tout et de chacun à partir de zéro.
Coupés de l'avant-garde représentée par le mouvement communiste et sans contact avec le mouvement de masse vivant des travailleurs, nous étions repliés sur nous-mêmes et soumis à cette invasion....
[/quote]
pelon
 
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Message par Barnabé » 14 Août 2003, 10:13

Mais tu as coupé le passage drôle:
CITATION Je me suis toujours opposé à faire entrer de tels individus, mais le courant était trop fort. J'ai mené une lutte acharnée dans la branche de New York de la Ligue communiste contre l'admission dans nos rangs d'un homme pour la seule raison de son aspect et de sa tenue.
« Qu'est-ce que tu as contre lui ? » me demandait-on.
« Il sillonne Greenwich Village, ai-je dit, avec un costume de velours côtelé, une moustache postiche et des cheveux longs. Il y a quelque chose qui ne va pas avec ce type. »
Je ne plaisantais pas non plus. J'ai dit : les types de ce genre ne conviendront pas pour approcher le travailleur américain ordinaire. Ils vont marquer notre organisation comme quelque chose de bizarre, d'anormal et d'exotique, quelque chose qui n a rien, à voir avec la vie normale du travailleur américain. J'avais complètement raison en général et particulièrement dans ce cas-là. Après avoir causé toutes sortes de problèmes dans l'organisation, notre type au complet de velours côtelé est finalement devenu un oehleriste.
[/quote]
Le fameux trotskyste américain "velours cotelé et moustache postiche" :hinhin:
Barnabé
 
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Message par com_71 » 14 Août 2003, 11:26

Ce n'est pas une insulte, une tendance ultra-gauche dans le mvt ouvrier américain des années trente.
Je crois que Hugo Oehler a été ensuite en liaison avec des militants espagnols et a particulièrement suivi la guerre d'Espagne.

Cf (pour les anglophones) Revolutionary History (back issue n°2)
Que de méprisables eunuques ne viennent pas soutenir que l'esclavagiste qui, par la ruse et la violence, enchaîne un esclave est devant la morale l'égal de l'esclave qui, par la ruse et la violence, brise ses chaînes ! Trotsky
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Message par Barnabé » 14 Août 2003, 11:26

C'étaient les partisans de Oehler.
Vu que ta question suivante va être "qui est Oehler?", Oehler (Hugo de son prénom) était un membre de l'organisaton trotskyste américaine, qu'il quitta en 35 (je crois) défendant une position gauchiste et sectaire dans la discussion sur le PS américain (qui a précédé l'entrée dans ce PS préconisée par :trotsky: ). Il a par la suite semble-t-il fondé un groupuscule ultra gauche...
Barnabé
 
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Message par Barnabé » 14 Août 2003, 11:55

Bon, ben alors contente toi de la première réponse:
un oehleriste est un partisan de Oehler.
et oublie qui est Oehler
:hinhin:
Barnabé
 
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