Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Zorglub » 20 Sep 2017, 21:44

Merci encore pour ces retours détaillés.
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Re: Grèce : Victoria Hislop, Le Fil des souvenirs

Message par Plestin » 29 Sep 2017, 07:55

Victoria Hislop : "La ville orpheline".

C'est le roman sur la partition de Chypre.

Une grande partie de l'histoire se déroule dans la ville de Famagouste, sur la côte orientale de Chypre, au tout début des années 1970, sous le régime de l'évêque Makarios.

On y suit la vie de deux familles, les Georgiou (chypriotes de langue grecque) et les Özkan (chypriotes de langue turque), ainsi que d'un couple de riches propriétaires d'hôtels de luxe donnant sur la plage de Famagouste, les Papacosta.

La première moitié du roman décrit la vie à Famagouste et en particulier, dans le secteur touristique, la construction d'un énorme hôtel de luxe, le Sunrise, et la vie de son personnel, de ses patrons, et de ses touristes. Les différentes familles ont été marquées par des drames liés aux affrontements chypriotes gréco-turcs, mais tout ça est enfoui et le monde des hôtels est totalement isolé de la vie chypriote, totalement en dehors des événements politiques dans le pays. De riches touristes américains, allemands ou autres y prennent régulièrement leurs quartiers. Le fils aîné de la famille Georgiou, Markos, est gérant du Sunrise et surtout de sa boîte de nuit dont les bénéfices sont énormes. Le fils aîné de la famille Özkan, Hüseyin, est garçon de plage. Sa mère, Emine, est coiffeuse et coiffe régulièrement la patronne de l'hôtel, Aphroditi Papacosta, dont le mari, Savvas, n'a qu'une idée en tête, construire toujours plus d'hôtels.

Comme dans "Le Fil des souvenirs", on retrouve le personnage de la femme bourgeoise pas très heureuse et qui joue essentiellement le rôle de faire-valoir en portant des tenues élégantes et toutes sortes de bijoux, lors des banquets donnés dans l'hôtel. Le personnage de Markos (un arriviste) l'horripile, puis, petit à petit, elle change d'opinion, et deviendra son amante.

Loin des touristes, il y a bien d'autres événements. D'ailleurs, un fils Georgiou, Christos, s'est engagé dans l'EOKA B, une organisation chypriote grecque terroriste cherchant à déstabiliser le régime de Makarios avec le soutien de la Grèce des colonels. Un fils Özkan, Ali, s'est engagé dans les Loups gris. Puis, c'est la tentative de coup d'Etat contre Makarios, avec le soutien de la Grèce (cela précipitera la fin du régime des colonels, en 1974) et en retour, l'invasion du Nord de l'île par l'armée turque qui finit par s'installer définitivement. Christos comme Ali disparaissent au moment des combats et chaque famille espère revoir un jour son fils.

La "vie réelle" déboule brusquement sur la station balnéaire de Famagouste, dans la deuxième moitié du roman, avec la panique précédant l'arrivée des troupes turques, puis, des avions turcs commençant à bombarder les hôtels. Tous les touristes quittent la ville, et bientôt, toute la population aussi. Mais les Georgiou sont bloqués parce que la fille, Maria, est sur le point d'accoucher, et les Özkan, qui habitent tout près, sont bloqués parce que la mère, Emine, refuse de partir tant que son fils Ali n'est pas revenu. Bientôt, les deux familles se retrouvent seuls habitants d'une ville fantôme qui en comptait 40.000 quelques jours plus tôt. Elles doivent apprendre à survivre, et, grâce à l'amitié entre les deux mères de famille, Emine Özkan et Irini Georgiou, commencent à coopérer malgré les préjugés et l'hostilité de leurs maris (qui finiront par se connaître et devenir amis !) Markos et Hüseyin partent chaque jour à la recherche de nourriture. Face au danger des soldats turcs, qui patrouillent de temps en temps en ville et font des razzias dans les maisons abandonnées, tout le monde se réfugie au Sunrise, qui a gardé de grosses réserves en conserves et produits secs...

Bientôt, Markos découvre que la ville est coupée du monde par un no man's land entouré de barbelés.

De leur côté, Aphroditi et Savvas ont fui et, dans l'impossibilité d'aller vers la capitale Nicosie elle-même coupée en deux et bombardée, se retrouvent dans un camp de réfugiés du Sud de l'île, à vivre dans le plus grand dénuement...

Mais je ne vous dévoilerai pas tout.

C'est impressionnant, encore aujourd'hui, toute l'ancienne station balnéaire de Famagouste (le quartier Varosha) est resté une ville fantôme :


https://www.google.fr/maps/place/Gazima ... 33.9618684

La partie Nord de la ville, par contre, est à nouveau habitée, avec un peu plus de 40.000 habitants aujourd'hui (mais les anciens habitants n'y sont pas revenus). Le nom actuel de la ville, en Turc, est Gazimagusa. La ville de Nicosie, au centre-ouest de l'île, reste coupée en deux. La "ligne verte" sépare toujours les deux parties de l'île.
Plestin
 
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