Résister à la langue unique...

Rien n'est hors-sujet ici, sauf si ça parle de politique

Re: Résister à la langue unique...

Message par com_71 » 05 Oct 2019, 09:15

L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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com_71
 
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Re: Résister à la langue unique...

Message par Indesit » 20 Juin 2020, 08:06

Gayraud de Mazars a écrit :Salut camarades,

Résister à la langue unique
Par Jean-Louis Davant | Publié : 30/09/2019
Dans Enbata journal hebdomadaire basque...

http://www.enbata.info/articles/resiste ... gue-unique



Ce projet ethnocide n’a jamais été renié ni aboli par leurs successeurs républicains, monarchistes ou napoléoniens : à travers tous les régimes politiques, les gouvernements français successifs de diverses obédiences ont gardé ce cap négatif dans leurs paroles comme dans leurs actes, jusqu’à une période récente.

Pour les paroles nous disposons d’un florilège impressionnant de propos ethnocides. En voici quelques échantillons.

Le 8 décembre 1792, le député Lauthemas déclare à l’Assemblée nationale : “Partout où les communications sont gênées par les idiomes particuliers, qui n’ont aucune espèce d’illustration et ne sont qu’un reste de barbarie des siècles passés, on s’empressera de prendre tous les moyens nécessaires pour les faire disparaître le plus tôt possible”.

Le 30 septembre 1793 l’abbé Grégoire, député de la Convention, propose au Comité de l’Instruction publique “d’extirper cette diversité d’idiomes grossiers, qui prolongent l’enfance de la raison et la vieillesse des préjugés.”

Et le 4 juin 1794 il présente à l’Assemblée un rapport “sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française”, pour “uniformer le langage d’une grande nation”.

Le 27 janvier 1794, le député Barère : “Nous avons révolutionné le gouvernement, les moeurs, la pensée, révolutionnons aussi la langue ; le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la République parlent allemand ; la contre-révolution parle italien [occitan] ; le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreur.”


Fraternellement,
GdM


Je pense qu'il faut introduire un peu de nuance dans le propos.

D'abord, à propos de la Révolution française, j'avais lu un livre sur le sujet, c'est un peu plus compliqué que cela. Au début, les révolutionnaires voulaient être compris, et donc s'exprimer en langue vernaculaire. Un quidam avait même commencé à traduire les principes des droits de l'homme en langue d'oc. Mais ensuite, le durcissement de la guerre avec l'Autriche a amené un durcissement sur la question. Pour faire simple, la radicalisation politique a amené la radicalisation linguistique.

De plus, c'est une tarte à la crême que d'accuser la Révolution d'être liberticide. Ce qui me fait marrer dans ces gens-là, c'est qu'on a l'impression que la Révolution les dérange, en revanche, les exécusions de l'Ancien Régime, où on battait les paysans, etc., là ils ne disent rien.

Par ailleurs, dans d'autres pays réputés plus libéraux, les langues locales ont régressé aussi : qui parle encore écossais en Ecosse, ou valdotan en Val d'Aoste ?

Sur le fond, je parle personnellement plusieurs langues étrangères (anglais et italien à un niveau à peu près courant, allemand et néerlandais corrects, espagnol, portugais en passif), et je suis sensible à la question de la disparition des langues.

Ce que je pense au niveau de la France, c'est qu'une langue commune était nécessaire ; cela s'appelle une koiné, du grec qui jouait ce rôle dans l'Empire d'Alexandre et ses successeurs, et a continué de le jouer dans la partie orientale de l'Empire romain puis dans l'Empire de Byzance. Que cette koiné soit le français de Paris ne pose pas de problème, de toute façon, il en faut une, que ce soit celui de Paris ou celui de Toulouse ne change pas le problème.

Mais cela n'impliquait pas forcément la disparition des langues locales, qui pouvaient devenir un facteur d'enrichissement culturel. Leur maîtrise par la population pouvait d'ailleurs être un pont avec d'autres langues étrangères : l'alsacien vers l'allemand, le flamand vers le néerlandais, l'occitan vers les autres langues romanes, voire, en outre-mer, le mahorais vers le swahili... aujourd'hui, règne un monolinguisme destructeur, d'ailleurs les enquêtes montrent que la maîtrise de langues autres que l'anglais (allemand, français, russe...) régresse dans la population européenne, malgré les stages Erasmus et tutti quanti. Comme dans bien d'autres domaines, en matière culturelle, on régresse...

Bien cordialement,
Indesit
 
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