sur le site du NPA

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Re: sur le site du NPA

Message par com_71 » 17 Oct 2018, 16:43

Gare a écrit :Salut,

Mais sinon à part l’exégèse du NPPV, vous en pensez quoi du contenu ?
C'est une chose de se demander ce que pense une minorité de membres de la direction du NPA mais ça ne dit pas ce qu'en pensent les amis de LO.


Il ne me semble pas que quiconque puisse demander aux participants à ce forum d'avoir une expression d'organisation.

Quant à LO elle a donné son avis sur l'état des discussions par un article du 26 sept., reproduit plus haut, et qui se concluait ainsi :

...Ce qui est une diversion, par contre, et même une tromperie, c’est d’entraîner les travailleurs à choisir entre deux options politiques proposées à la bourgeoisie : un peu plus ou un peu moins d’Union européenne. Cette opposition est orchestrée par des partis bourgeois. Après l’opposition droite-gauche qui a servi à piéger les travailleurs dans l’impasse de l’électoralisme, c’est une nouvelle fausse alternative et un nouveau piège pour les exploités. Les travailleurs n’ont pas se ranger derrière l’un ou l’autre. Doivent-ils plus combattre l’UE ou leur propre État national ? La réponse est simple : les deux. En se rangeant, même hypocritement, dans un de ces deux camps, les camarades du NPA vont ajouter leur petite contribution à un concert de partis bourgeois allant du FN à Mélenchon, en passant par des politiciens de droite. Il s’agit d’une divergence essentielle avec ces camarades qui, pour l’instant, n’a pas du tout été surmontée dans les discussions.

Pour notre part, même si les élections européennes sont encore loin et que le contexte politique peut changer, nous savons que nous voulons exprimer les intérêts des travailleurs, leurs intérêts matériels et politiques dans cette période de crise du système capitaliste. Nous sommes décidés à le faire, avec d’autres si la possibilité se présente, seuls s’il le faut.


Je ne vois pas que, depuis, il y ait eu des éléments nouveaux. Il a été question d'une nouvelle rencontre aujourd'hui même, wait and see...
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Message par com_71 » 20 Oct 2018, 13:58

Gare a écrit :
Au fait voici la motion en question (celle adoptée par la direction du NPA des 6 et 7 octobre 2018) : ...


Cette motion majoritaire a été mise en ligne sur le site du NPA le 16 oct. 2018.
https://npa2009.org/agir/vie-interne/un ... rrassee-de
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Re: sur le site du NPA

Message par com_71 » 09 Nov 2018, 14:27

Sur la question de l'Union Européenne :

article LO du 7 novembre 2018 a écrit :Mélenchon : le leurre de l’opposition à l’Europe

Jean-Luc Mélenchon était en meeting devant 1 500 personnes à Lille, mardi 30 octobre. Il a multiplié les formules contre l’Union européenne et contre Angela Merkel, accusant Macron de leur obéir.

« Il n’y a pas de différence entre ce que M. Macron décide et ce que la Commission européenne décide. Il recopie, il ne fait que ça », a dit Mélenchon, allant jusqu’à donner un satisfecit au gouvernement italien et à son ministre d’extrême droite Salvini : « Nous sommes contre ce gouvernement d’extrême droite italien. Mais il applique son programme en disant non à Bruxelles. Eh bien, c’est lui qui a raison. »

Mélenchon, par ses postures anti-Union européenne, finit par se sentir des points communs avec un gouvernement italien antiouvrier et antipauvre. L’Union européenne n’a pas été construite pour les travailleurs mais pour les besoins des capitalistes, aussi bien français qu’allemands. En faire la source de tous les maux revient à exonérer la bourgeoisie et le patronat français de leurs responsabilités dans le chômage et les bas salaires, la précarité et la misère. C’est appeler à se battre contre des moulins à vent et détourner le mécontentement des vrais ennemis du monde du travail.

Boris SAVIN
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Message par com_71 » 15 Nov 2018, 04:43

LO 14 Novembre 2018 a écrit :Rencontres LO-NPA : des divergences politiques
14 Novembre 2018

Une quatrième rencontre a eu lieu entre les représentants du NPA et ceux de Lutte ouvrière pour continuer à discuter des perspectives dans lesquelles chaque organisation entend intervenir lors des prochaines élections européennes.

Le NPA a envoyé à LO un texte faisant le bilan des divergences discutées et indiquant les axes politiques qui, selon lui, pourraient être ceux d’une campagne commune.

Ces camarades résumaient déjà leur démarche dans un article de leur hebdomadaire, L’Anticapitaliste, daté du 6 septembre : « Nous sommes favorables à des listes communes de nos deux organisations, mais à condition que le contenu défendu par ces listes réponde aux enjeux de la période, contre Macron, l’UE et pour les migrantEs. » Et, dans l’édition du 8 novembre, ils ont précisé leur position sur l’Union européenne : « Si l’on veut un tant soit peu défendre une politique rompant avec l’austérité, il faut être prêt à aller jusqu’au bout, c’est-à-dire la rupture avec l’Europe capitaliste, ses traités et ses institutions. »

Nous avons déjà dit que donner ainsi aux institutions européennes une responsabilité prépondérante dans les attaques menées contre les travailleurs et les couches populaires, c’était participer à une tromperie orchestrée par les partis bourgeois. Montrer du doigt ces institutions plutôt que les capitalistes pour le compte desquels elles agissent, c’est une diversion, et même une diversion dans un sens réactionnaire, celui du nationalisme. Cet alignement politique ne peut être entendu que comme une participation « d’extrême gauche » au camp anti-Europe.

En ce qui concerne Lutte ouvrière, depuis le début des discussions, nous disons quelle campagne, en tant que communistes révolutionnaires, nous voulons mener. Le contexte de crise profonde du système capitaliste met la classe ouvrière face à des responsabilités majeures. En même temps qu’elle doit se battre pour ses besoins immédiats, contre les attaques du patronat et du gouvernement, et retrouver le chemin des luttes collectives pour défendre ses conditions d’existence, elle doit combattre les forces d’extrême droite qui sont pour elle un danger mortel. La conscience des travailleurs est cependant en retard sur les nécessités de la situation, et notre tâche est de nous adresser à eux et de leur dire la vérité sur les dangers de la situation actuelle. Nous devons leur dire que, s’ils ne veulent pas être écrasés, ils doivent se battre pour leurs intérêts collectifs et que cela implique de remettre en cause la domination du grand capital.

Les divergences entre nos deux organisations ne sont pas nouvelles. Dans le passé, ces divergences ne nous ont pas empêchés de faire des listes communes, la dernière fois en 2004. C’était avec la LCR, qui se revendiquait du trotskysme. Le passage de la LCR au NPA a signifié l’abandon de cette référence. Mais, si nous ne voyons pas aujourd’hui comment concevoir une campagne commune, c’est surtout parce que la situation a fondamentalement changé. L’aggravation de la crise et ses conséquences politiques nous imposent d’affirmer notre programme révolutionnaire, sans en brouiller le contenu et les perspectives au milieu d’une campagne fourre-tout.

Si LO et le NPA se retrouvaient à présenter chacun une liste, cela permettrait au moins une expression libre et complète de chacune des deux organisations. Et, dans cette période de reculs réactionnaires, cela ne nous empêcherait pas d’agir en commun pour affirmer notre opposition aux attaques contre la classe ouvrière, à celles contre les migrants, ou encore sur d’autres terrains.

Pierre ROYAN
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Message par Ottokar » 16 Nov 2018, 11:32

Et pour que l'information soit complète, voici l'article publié sur le même thème dans l'Anticapitaliste cette semaine. La lettre envoyée par le NPA à LO (5 pages) se trouve au bout du lien suivant https://npa2009.org/agir/politique/lettre-lutte-ouvriere-propos-des-prochaines-elections-europeennes-0
Discussion avec LO sur les européennes : clap de fin, l’urgence de lancer la campagne du NPA

Nous avions engagé en juin des discussions avec Lutte ouvrière à qui nous avons proposé de faire campagne ensemble. Lors de notre dernière réunion, le 8 novembre, la délégation de LO nous a indiqué son refus.

Nous avions écrit, avant cette réunion, une longue lettre1 pour formuler une politique dépassant nos désaccords.

Les désaccords pointés sont le positionnement sur les institutions européennes ; la place des revendications contre toutes les oppressions, pour les droits des femmes, des LGBTI, l’antiracisme, les oppressions nationales, ainsi que la crise écologique ; la place accordée aux luttes sociales, car une campagne électorale peut et doit se faire le porte-voix des luttes et contribuer à les renforcer. Nous sommes d’accord sur beaucoup d’autres choses, l’opposition au gouvernement, la nécessité de renverser le capitalisme, du pouvoir des travailleurEs, etc.

Nous avons formulé une proposition qui, nous semblait-il, pouvait convenir à nos deux organisations. Sur les institutions européennes, nous avons proposé de dénoncer dans un même rythme l’UE et le gouvernement national, Macron et la bourgeoisie française. Nous avons proposé les éléments d’un programme qui « articule des revendications immédiates et des revendications transitoires, qui pose le problème de la propriété privée et de l’État, en un mot qui remette en cause le pouvoir des capitalistes et défende la perspective d’une Europe des travailleurEs et des peuples », en précisant les choses sur les revendications salariales, démocratiques, économiques, etc.

Enfin, nous avons abordé les enjeux d’une campagne commune, son importance dans la situation politique.

Quand c’est non, c’est non

Les camarades de LO ont reconnu que ce n’était pas les désaccords qui justifiaient le refus d’une campagne commune, qu’aucun désaccord entre nous n’était insurmontable. Ils ont rappelé qu’à plusieurs reprises, ces désaccords n’avaient pas empêché de mener campagne ensemble.

Mais il ont expliqué que, cette fois-ci, ils ne souhaitaient pas les dépasser car, étant donné la gravité de la crise du capitalisme, il fallait défendre « tout le programme », pour « convaincre les travailleurs de prendre le pouvoir » et que les autres points que nous voulions défendre « parasitaient » ce discours.

Nous leur avons fait part de notre étonnement, en indiquant que ce que nous défendons est un programme pour exprimer la colère du monde du travail, pour construire les mobilisations et poser la question du renversement du capitalisme par les exploitéEs…

Ils nous ont également indiqué que leur refus était lié à une appréciation de la situation politique qui nous semble catastrophiste, tout en indiquant que si elle devenait encore plus grave (« déclaration de guerre », « camps… »), il faudrait sans doute nous allier. Autrement dit, s’il était « minuit dans le siècle », ils seraient d’accord, mais pas à minuit moins le quart… Une forme d’attentisme illustrée par leur position sur le 17 novembre où ils indiquent qu’il ne faut surtout pas croire qu’on peut influer sur les choses, même localement.

Clairement, les camarades ne souhaitent pas de campagne commune, et une lettre devait nous arriver dans la semaine pour expliciter leur position.

Les arguments des camarades de LO ont varié au cours du temps, mais il semble surtout qu’ils ne veulent pas sortir de leurs positions propres, de leur « routine », pour se confronter à d’autres opinions, tenter de les intégrer comme une réfraction de discussions nécessaires au sein du mouvement ouvrier révolutionnaire.

Et maintenant ?

Le NPA est donc renvoyé à ses responsabilités. Puisque les camarades de LO veulent centrer leur campagne sur « la prise du pouvoir », il nous faut bien exister pour en dire davantage. Car, si nous voulons également convaincre que les exploitéEs doivent prendre le pouvoir, nous ne pensons pas que cela passe principalement par des « explications ». Nous pensons qu’il faut les combiner avec l’essentiel : l’expérience de la lutte, des liens qui se font dans la conscience entre différents éléments de dénonciation du capitalisme (crise climatique, assassinat des migrantEs, coût de la vie…) et la compréhension globale du système.

Nous n’avons donc pas d’autre choix que de tout faire pour être présentEs dans cette élection. Cela signifie pour nous une obsession à partir de maintenant : trouver le million d’euros nécessaire à l’impression des bulletins de vote et professions de foi, organiser une campagne politique militante pour exprimer la nécessité d’une opposition à la classe dominante, qu’elle s’incarne par l’UE ou par Macron, de la construction des mobilisations et du renversement du capitalisme.

Antoine Larrache et Christian Babel
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Message par artza » 02 Jan 2019, 09:41

Un interview de Poutou sur Ford...

https://npa2009.org/actualite/politique/2018-vue-par-philippe-poutou-les-medias-ne-filment-les-ouvriers que quand ils pleurent


et parfois quand ils disent des conneries. Allez bonne année et courage quand même.
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Message par Ottokar » 02 Jan 2019, 10:56

Les liens, c'est pas toujours pratique, autant avoir l'interview:
2018 vue par Philippe Poutou : “Les médias ne filment les ouvriers que quand ils pleurent”

Publié par Les Inrocks, par Mathieu Dejean. L'ancien candidat à la présidentielle du NPA, ouvrier à l'usine Ford de Blanquefort (Gironde), dont le constructeur automobile a annoncé la fermeture, revient pour nous sur l'année sociale et politique.

Quand Philippe Poutou nous répond au téléphone, il vient tout juste de finir de rédiger un tract qui partira à l'imprimeur dans quelques jours. Il s'agit du bulletin syndical de la CGT (dont il est adhérent), Bonnes nouvelles, qu'il diffuse à l'usine Ford de Blanquefort. Celle-ci vient de refuser un plan de rachat, condamnant les 860 ouvriers qui y travaillent, au grand dam du gouvernement. Au volant de sa voiture (en mode bluetooth, on vous rassure), l'ancien candidat à la présidentielle du NPA prend le temps de revenir pour nous sur l'année 2018, qui a célébré à grand renfort de pavés le cinquantenaire de Mai 68.

L’année se termine par une mauvaise nouvelle pour vous : Ford a refusé le plan de reprise de son usine de Blanquefort, qui aurait pu sauver 400 emplois (sur 860). Comment interprétez-vous cette décision prise sans complexes, et face à laquelle l’Etat semble impuissant ?

Philippe Poutou – Nous ne sommes pas surpris. Depuis dix ans Ford veut fermer l’usine. Cette année ils sont repassés à l’attaque. Ils ont bien préparé le terrain pour faire comme si la fermeture était inévitable. On s’est battus dans des conditions difficiles et malheureusement, malgré l’intervention de l’Etat, de Bruno Le Maire et d'Alain Juppé, ça n’a pas suffi. Ford va au bout de sa logique. On aurait pu négocier des primes, mais on est restés sur l’idée qu’il fallait sauver l’usine. Ce dont on a besoin, c’est d’un boulot, d’un salaire, pas d’une prime. Cette lutte a révélé que la multinationale n’a rien à faire des salariés. Mais elle a aussi, une fois de plus, révélé l’impuissance de l’Etat.

Bruno Le Maire s’est dit “écœuré”, Emmanuel Macron a jugé le geste de Ford “hostile et inacceptable”. Cette indignation est-elle sincère ?

Ils sont visiblement déterminés à contrer la démarche de Ford. La lutte va se poursuivre en janvier. Les services de l’Etat sont là, et nous aussi, on espère que Ford va accepter de vendre son usine. Mais pour cela il faut que l'Etat passe aux actes et prenne des mesures autoritaires contre Ford. On pousse pour.

Qu’est-ce que cela dit du pouvoir politique ?

Jospin l'a dit il y a déjà longtemps [en 2000, à propos des licenciements chez Michelin, ndlr] : “L’Etat ne peut pas tout”. Cette impuissance est réelle, mais l’Etat se l'est fabriquée lui-même. Le Maire et Macron sont des représentants de l’ultra-libéralisme, du laisser-faire, de la liberté d’entreprendre, et ils se retrouvent eux-mêmes piégés dans leur propre idéologie, en but à une multinationale qui considère qu’elle peut faire ce qu’elle veut. Et ce n’est pas faux. Depuis vingt ans les lois qui sont votées sont en leur faveur. Une multinationale sait qu’elle a désormais quasiment les pleins-pouvoirs. Elle peut licencier facilement, ou fermer une usine. Le Maire se prend en pleine face le résultat de cette politique. Cet exemple va-t-il obliger l'Etat à se redonner de pouvoir ? C'est la question.

La colère sociale de ces derniers mois est-elle une colère contre le libéralisme et ses conséquences sur l’emploi selon vous ?

Je pense que oui, le lien est direct, mais le mouvement des “gilets jaunes” ne formule pas clairement qu’il réagit à l’ultralibéralisme. C’est plutôt une réaction aux conséquences de l’ultralibéralisme : la pauvreté, la précarité, les souffrances de la vie quotidienne, la disparition des services publics... Et aussi au mépris et à l’arrogance de Macron et des possédants. Ce décalage était explosif. Mais cela ne fait pas pour autant des “gilets jaunes” un mouvement révolutionnaire, comme on aurait pu s’y attendre. Les petits artisans, les petits commerçants souffrent socialement, même s’ils ne le formulent pas sous le registre de l’anticapitalisme. Ils le formulent en critiquant l’arrogance de Macron.

En tant que militant révolutionnaire, considérez-vous ce mouvement, et les journées auxquelles on a assisté le 1er décembre à Paris ou le 8 décembre à Bordeaux, comme autant de signes que la situation est vraiment explosive ?

Il y a quelque chose de nouveau. La violence dans les manifestations est encore plus forte que pendant le mouvement contre la loi Travail. La violence répressive est omniprésente, mais il y a aussi des batailles rangées. Il y a une envie de se battre physiquement. Il n’y a presque plus de peur parmi les manifestants, tellement le niveau de colère est élevé. Et l’opinion publique ne s’en démarque pas tant que cela, elle reste collée, en soutien. Pourtant, la télé montre en permanence la violence des “casseurs”, sans montrer les violences policières qui bien souvent provoquent ces situations. Nous, militants de gauche, révolutionnaires, nous sommes conscients que c’est notre camp qui se bat. Dans l’usine Ford, certains “gilets jaunes” n’avaient jamais fait grève. Les militants doivent s’intégrer à cela, et aider ce mouvement pour qu’il ne se trompe pas de cible.

C’est-à-dire ? Vous pensez que ses cibles sont encore mouvantes ? Que certaines (comme les politiques) font écran à d’autres (comme les grands capitalistes) ?

Oui, tout à fait. Le slogan “Macron démission” ne nous dérange pas, mais changer le gouvernement ne suffit pas. Et les députés non plus. De plus, il y a des régions où l’idéologie d’extrême droite est très présente parmi les “gilets jaunes”, il ne faut pas se le cacher. J’étais à Menton samedi, à une manifestation de soutien aux migrants à la frontière franco-italienne, et il y avait un groupe de “gilets jaunes” clairement racistes, anti-migrants, qui s’opposaient à la manif. C’est le reflet de la société.

Le NPA a regardé avec méfiance ce mouvement au début, considérant qu’il s’agissait de “rassemblements prétendument ‘citoyens’ aux allures de foire poujadiste, dans lesquels nous nous retrouverions au côté des ennemis les plus farouches du mouvement ouvrier”. Êtes-vous revenus de cette méfiance ?

Oui. Ce qui est arrivé au NPA est aussi arrivé aux syndicats. Certains camarades étaient réticents, d’autres non. Maintenant, l’ensemble de l’organisation est convaincue que cette colère est la nôtre - même si elle a des côtés déplaisants. C’est comme les “bonnets rouges”, mais à une échelle plus grande. Ce mouvement n’était pas clairement défini comme de gauche. Socialement, il était un peu disparate, il n’avait pas des revendications portées par le NPA ou le mouvement syndical. Mais nous y sommes allés. Avec les “gilets jaunes, c'est pareil : nous sommes pour que la lutte se radicalise dans sa forme, mais cela doit se traduire dans les revendications. Il ne faut pas oublier que l’extrême droite cherche à jouer un rôle dans ce mouvement. Il faut l'en écarter, et donc que le mouvement précise ses revendications.

Vous dites être favorable à la radicalisation de la violence. On a beaucoup reproché aux "gilets jaunes" les dégradations sur l’Arc-de-Triomphe, ou sur la Bourse. Qu’avez-vous pensé de ce moment-là, et des réactions à cela dans les médias ?

Le NPA n’est pas violent. Mais la casse des vitrines, et le tag sur l’Arc-de-triomphe ne me choquent pas au regard du monde dans lequel on vit. Une voiture qui brûle, ou l’Apple Store de Bordeaux qui est vandalisé, qu’est-ce par rapport à des millions de chômeurs, à des gens qui n’arrivent pas à bouffer, à se soigner ? La colère est le produit d’un système profondément injuste. Le philosophe Frédéric Gros le dit très bien : on voudrait une colère, mais polie, bien élevée. La politesse de la colère n’a pas de sens. Entre un jeune qui perd sa main ou son œil et une voiture brûlée, on sait ce qui nous choque. La violence de la répression est injustifiable.

Ces dernières années on a beaucoup parlé de la disparition du monde ouvrier, structuré par des espaces collectifs de travail que sont les usines. Mais un autre monde ouvrier existe, plus disparate, isolé et ubérisé. Le mouvement des “gilets jaunes” en est-il la démonstration ?

Oui, mais plus qu’un mouvement de la classe ouvrière, c’est un mouvement des classes populaires en général. On limite souvent la classe ouvrière au salariat. Les "gilets jaunes" regroupent aussi des commerçants, des artisans, des paysans. C’est une partie de la population qui est touchée par la pauvreté, alors que les organisations ouvrières sont rendues inefficaces. Quelque part le mouvement des "gilets jaunes" est le résultat de cette absence.

Ce mouvement s’est fait sans les partis et sans les syndicats : a-t-on encore besoin d’eux ?

Force est de constater que les syndicats eux-mêmes ne sont pas capables de comprendre que c’est en partie le résultat de leur nullité. Les syndicats sont incapables de représenter la colère. Nous, militants, on en a ras le bol depuis longtemps. Les "gilets jaunes" ont réussi à produire une ambiance inhabituelle. Maintenant dans les médias et sur les réseaux sociaux, on discute partout de la pauvreté, de l’absence de démocratie. Le mouvement syndical avait échoué à cela.

Si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, Macron améliorerait son score, selon une enquête de l'Ifop pour le JDD. Comment expliquez-vous cela ?

C’est assez éblouissant. On n’est pas obligés de tout comprendre dans la vie ! (rires) Ceci dit, on peut l’expliquer par le vide qui fait face à Macron. L’absence de crédibilité à gauche, c’est ça le problème.

Jean-Luc Mélenchon, lui, n’obtiendrait que 14% des voix, en chute de 5 points. Pourquoi la France insoumise (LFI) recule-t-elle ainsi ?

Je pense qu’il y a un facteur humain lié à Mélenchon lui-même. On se rappelle les scènes de la perquisition des sièges de LFI. C'est difficilement oubliable. Je le dis car dans l’usine, tout le milieu de gauche plutôt sympathisant de Mélenchon a été écœuré par son attitude à ce moment-là. Il a perdu beaucoup de crédit dans cette histoire. “La République, c'est moi”, “ma personne est sacrée”, c’était un peu inquiétant. On n’a pas envie d’une gauche comme ça. Et il se rabiboche avec un bout du PS. Chez les sympathisants, ça fait douter. Le côté "bleu blanc rouge", la question des migrants, a aussi fait douter de cette gauche qui se reconstruisait autour de lui.

Qu’avez-vous pensé de l’attitude de l’Europe dans la crise des migrants en 2018 ?

Elle a été ultra cynique, et violente. En fermant ses frontières, l'Europe condamne des gens à mourir. On sait que ça correspond à un monde de dictatures et de famines. On croirait que l’Europe veut se cacher de ça, ou veut nous le cacher pour qu’on ne voit que des gens qui arrivent. Macron semblait humain pendant sa campagne sur cette question. Mais une fois au pouvoir il a été d’une violence terrible. C’est loin d’être fini. A Menton on était 200. Le drame n’est pourtant pas moins important qu’il y a deux ans.

Vous critiquez beaucoup les médias sur Twitter. Est-ce que vous faites la différence entre les journalistes de terrain qui font remonter les faits dans des conditions souvent précaires, et les éditorialistes qui monopolisent la parole et défendent leurs idées sur les plateaux télé ?

Oui, évidemment, la différence est énorme. Mais je vais sur les plateaux, je vois aussi les petites stars du journalisme, et je suis donc très critique envers les médias. C’est leur rôle qui est problématique, pas les journalistes en eux-mêmes. Le sens de leur boulot, en télé et en radio surtout, est très critiquable. Les chaines d’info en continu vont globalement dans le même sens, c'est étouffant, et ça ne colle pas du tout avec ce qui se passe en réalité. Elles auraient pourtant intérêt à accepter la critique, et à admettre que les médias ont un rôle politique.
Prenons un exemple concret : la lutte Ford. Une usine doit-elle forcément fermer ? Les médias ne posent même pas cette question, ils ne filment les ouvriers que quand ils pleurent. Maintenant que tout le monde se rend compte qu’on est au bord de la fermeture, les médias s'intéressent à nous. On vient nous voir mourir. Toute la résistance, le fait que Ford a réalisé des milliards de profits, reçu des aides publiques, que 2000 emplois induits sont menacés, ce n’est quasiment pas discuté. La notion d'événement déforme la réalité sociale des choses. Quand on regarde la télé, c’est incroyable, il n’y a que des vitrines cassées. On passe à côté de la compréhension des phénomènes. Dans la presse écrite c’est différent, il faut reconnaître qu'il y a des points de vue différents qui s'expriment et qui font réfléchir, notamment par le biais des tribunes. Les médias doivent permettre ça.

Vous avez eu un échange musclé avec Mathieu Kassovitz sur Twitter au moment de “l’adresse à la nation” de Macron. Il a semblé vouloir se contenter des annonces du président. Vous avez été déçu ?

Mathieu Kassovitz est quelqu’un qu’on adore avec ma compagne. C’est Amélie Poulain, La Haine évidemment... En tant qu'acteur on l'aime bien, en tant que réalisateur aussi. Et même ses coups de gueule on aime bien. Mais là, on a été déçus, on s’est dit : “Mais merde, il est con ou quoi ? Qu’est-ce qui lui arrive ?” (rires) Il a le droit de défendre Macron, mais on ne l’a pas trouvé très malin. Et ça a été une surprise pour beaucoup de gens. On a eu un échange en message privé, je lui avais proposé qu’on discute. Mais visiblement, ça ne l’intéresse pas. Mais ça ne me vexe pas, ce n’est pas grave du tout ! (rires)

Propos recueillis par Mathieu Dejean
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Re: sur le site du NPA

Message par Ottokar » 02 Jan 2019, 11:13

Et autant dire ce qu'on trouve faux. Moi, ce qui me choque, ce sont les phrases que je reproduis ci-dessous en les mettant en gras ou en les accompagnant de mes commentaires, des phrases, qui laissent supposer une bonne volonté des gouvernants ou semblent faire appel à eux. S'il y a UNE chose qu'il faut essayer d'apprendre à ses camarades de travail, c'est qu'il ne faut JAMAIS compter sur les gouvernants mais TOUJOURS sur leur détermination, leurs luttes, le rapport de forces. Après, on obtient ce qu'on obtient selon la force qu'on a, mais cela dépend toujours de ce facteur, pas d'une "idéologie libérale" comme il dit. C'est non seulement une question d'efficacité pour tout de suite, mais aussi d'enseignements pour l'avenir, de ce qu'auront appris nos copains de boulot dans la lutte. C'est à cela que doit servir le syndicalisme dans les meilleures traditions du syndicalisme révolutionnaire : à être "l'école de la lutte de classes".
Ford a refusé le plan de reprise qui aurait pu sauver 400 emplois (sur 860). Comment interprétez-vous cette décision face à laquelle l’Etat semble impuissant ?

Philippe Poutou – On s’est battus dans des conditions difficiles et malheureusement, malgré l’intervention de l’Etat, de Bruno Le Maire et d'Alain Juppé, ça n’a pas suffi. [La critique qui suit n'était pas nécessaire. On négocie ce qu'on peut... là, ils n'ont ni primes correctes, ni emplois !] On aurait pu négocier des primes, mais on est restés sur l’idée qu’il fallait sauver l’usine. Ce dont on a besoin, c’est d’un boulot, d’un salaire, pas d’une prime.

Bruno Le Maire s’est dit “écœuré”, Emmanuel Macron a jugé le geste de Ford “hostile et inacceptable”. Cette indignation est-elle sincère ?

Poutou : Ils sont visiblement déterminés à contrer la démarche de Ford. Les services de l’Etat sont là, et nous aussi, on espère que Ford va accepter de vendre son usine. Mais pour cela il faut que l'Etat passe aux actes et prenne des mesures autoritaires contre Ford. On pousse pour [il compte donc sur l'Etat... il ne dit pas qu'il faut leur imposer, à eux et à Ford].

Qu’est-ce que cela dit du pouvoir politique ?

Jospin l'a dit il y a déjà longtemps [en 2000, à propos des licenciements chez Michelin, ndlr] : “L’Etat ne peut pas tout”. Cette impuissance est réelle, mais l’Etat se l'est fabriquée lui-même. Le Maire et Macron sont des représentants de l’ultra-libéralisme, du laisser-faire, de la liberté d’entreprendre, et ils se retrouvent eux-mêmes piégés dans leur propre idéologie, en butte à une multinationale qui considère qu’elle peut faire ce qu’elle veut. Le Maire se prend en pleine face le résultat de cette politique. Cet exemple va-t-il obliger l'Etat à se redonner de pouvoir ? C'est la question.

Fausse question, l'affaire est tranchée. Le Maire n'est pas "prisonnier de son idéologie", il est au service de Ford, et amuse la galerie. Il est parfois ennuyé car Ford ne le laisse même pas sauver la face, mais c'est ainsi. Le Maire et Macron ont des électeurs, alors que Ford a des actionnaires... une différence de rôles, c'est tout.
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Message par Plestin » 02 Jan 2019, 13:07

Et aussi :

Nous, militants de gauche, révolutionnaires (...)


L’absence de crédibilité à gauche, c’est ça le problème.
Plestin
 
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Re: sur le site du NPA

Message par artza » 02 Jan 2019, 18:32

PP old school. Il n'a pas pris le tournant?
Et pendant ce temps là, JLM n'a d'yeux que pour Drouet...qui n'est p'être pas un p'tit chaperon rouge?
artza
 
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