Sexualité (agressions, orientation, etc.)

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Re: Agressions sexuelles

Message par Zelda_Zbak » 10 Oct 2017, 16:42

Mon amie et camarade de LO (qui est décédée aujourd'hui) m'apprend un jour (elle a dans les 35 ans) qu'elle est en couple avec une femme. Et quand je lui ai demandé "Et depuis quand sais-tu que tu es homosexuelle ?". Elle m'a répondu "Je ne suis pas homosexuelle. J'aime Marie." Elle réussissait toujours à me surprendre, avec sa manie de ne pas rentrer dans les petites cases toutes prêtes. Elle me manque. :(
Parfois, je me dis aussi que cela pourrait m'arriver, d'aimer une femme, si je n'étais plus avec l'homme que j'aime pour une raison x ou y. Enfin pas souvent. Juste quand je vois Patti Smith, dont j'ai toujours été amoureuse. Ce qui réduit quand même sérieusement mes chances de me mettre en couple avec une femme, si c'est elle sinon personne.
Ecoutez sa voix rauque sur cette envoûtante mélopée, et puis il y a son physique, plus elle vieillit Patti, et plus on dirait une vieille sage indienne.

https://www.youtube.com/watch?v=GJ8EkGfO7WI

Une autre remarque : je vois (au hasard) Sandrine Rousseau. Je me dis immédiatement "Ce qu'elle est belle, mais vraiment belle !". Et on a rarement la réaction d'un homme (supposé hétéro) qui ose dire, en regardant, je ne sais pas moi, Shia Laboeuf, "Ce qu'il est beau, mais vraiment beau ce gars !". Dans cette société, les hommes sont peu libres d'apprécier la beauté de leurs pairs. C'est marrant. Bon après, OK, il n'y a pas que Shia Laboeuf, vous voyez ce que je veux dire, c'est l'idée. :)
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Byrrh » 10 Oct 2017, 18:43

Hmm, évoquer la question de l'orientation sexuelle sous ce titre [le titre d'origine était : "agressions sexuelles"], c'est moyennement affriolant... :?

Je me range plutôt parmi ceux qui pensent que les proportions d'hétérosexuels exclusifs, d'homosexuels exclusifs et de chaque nuance de bisexuels sont stables d'une époque historique à une autre, d'un milieu social à un autre, d'un pays à un autre. Ce que certaines enquêtes réalisées depuis l'époque de Kinsey semblent confirmer (même si dans un monde où s'exercent toutes sortes de pressions réactionnaires sur les individus, sur ce qu'ils déclarent être ou même sur la façon dont ils se conçoivent, ce n'est pas aussi aisé à quantifier que la fréquence de tel ou tel groupe sanguin). De fait, j'aurais tendance à penser que l'orientation sexuelle est innée, et ne saurait certainement pas s'expliquer par telle ou telle façon d'éduquer les enfants, tel ou tel "traumatisme", etc.

Plestin convoque la notion de plaisir, dans son long premier message. À vrai dire, nombre d'homosexuels hommes et femmes ont expérimenté très jeunes le profond déplaisir qu'il y a à être différent, minoritaire, quand on est au milieu d'un groupe ou d'une famille hostiles. La satisfaction qui peut être un aspect de leur orientation sexuelle particulière, ils et elles ne l'ont entrevue qu'à un âge bien plus tardif, voire pour certains jamais, la peur ou la honte intériorisée dominant tous les autres sentiments. Si cette notion de plaisir était la clé du mystère, eh bien, il n'y aurait sans doute pas un seul individu homosexuel dans la société actuelle, l'expérience du déplaisir étant ce qui vient en premier. Pourtant, ce déplaisir ne suffit pas à empêcher qu'il y ait des homosexuels ; pas même ces fameuses "thérapies de conversion", parfois très barbares, auxquelles sont soumis des jeunes et des moins jeunes dans certains pays, de force, ou de leur propre initiative pour ceux que la société a convaincus qu'ils étaient malsains ou monstrueux.

Plestin a également abordé la question de la bisexualité. Dans une autre société réellement humaine, ce qui nous surprendrait sans doute, ce serait l'inédite visibilité (ou affirmation) des individus qui sont bisexuels d'une façon ou d'une autre et qui, d'après Kinsey et ses continuateurs, sont relativement nombreux dans la population. À notre époque, la plupart des individus qui correspondent aux graduations 1 à 5 de la fameuse échelle de Kinsey sont invisibles, donc par défaut ils sont "hétéros", entre guillemets.

En ce qui me concerne, dans la mesure où je suis complètement blasé suite à de trop nombreux incidents, je veille moi-même à être tout à fait "invisible" quand je suis avec mon compagnon dans un lieu public. Donc, pour la plupart des gens qui balaient du regard une foule anonyme, je suis un "hétéro" au milieu de cette foule d'autres "hétéros" vrais ou supposés. Et l'écrasante majorité des "Kinsey 6" font pareil, parce que tout le monde n'est pas téméraire, surtout face à des agresseurs dont le seul courage, en général, est celui du nombre (le véritable courage, celui qu'il nous faut pour supporter cette condition kafkaïenne, je ne sais pas s'ils en seraient capables...).
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Zelda_Zbak » 11 Oct 2017, 09:21

Si ça peut te consoler, Byrrh, eh bien que je ne te sente aucunement triste sur le coup (c'est l'expression bête) je vais aller en Russie tout bientôt. Et mon mari (d'origine russe) de m'expliquer qu'en Russie, on ne se bécote pas dans la rue, c'est vraiment perçu comme vulgaire.
Alors on saura se tenir lol. Et pourtant, il embrasse sa mère sur la bouche lol, comme sa femme, par 5 ou 6 baisers bien tendres et appuyés... Au point qu'il m'est déjà arrivé de (presque) embrasser ma mère sur la bouche
une fois, lol... Elle aurait été "choquée" ! Ralala, tout ça, c'est culturel. Je suis pourtant heureuse que dans le Marais, n'importe quel amoureux puisse embrasser sa moitié en public sans choquer, hétéro ou homo, et bien sûr que je préférerais que ça soit partout sur la planète, cette ambiance "Embrassez qui vous voulez". :)

L'autre jour, j'en ai peut-être déjà parlé ici (désolée si je rabâche, ça doit être le fait que j'aie passé 50 ans, je ne me souviens plus ce que j'ai déjà dit à qui ni quand), j'ai été choquée comme toujours quand à la fête de l'huma, j'ai vu en l'espace d'une heure 3 couples hétéros avec l'homme qui pose la main sur le cul de sa femme, et le caresse voluptueusement devant tout le monde en marchant.
Je trouve juste ça débectant et très macho bien sûr, et jamais de la vie je ne supporterais qu'un homme me fasse cela en public.
Il paraît que l'érotisme des uns est la pornographie des autres... il peut y avoir un peu de cela.
Bon, en tout cas, du coup, c'est de bon coeur que je saurai me retenir en public avec mon tendre. Après tout, il y a la sphère intime et la sphère publique. C'est pas important tout ça, c'est surtout important de pouvoir en parler librement.

Toujours à la fête de l'huma, j'ai beaucoup ri quand j'ai vu cette affiche : on voit une mère donner le sein à son bébé. Et ce texte "Si cette image vous choque, et que rien ne vous choque quand vous regardez le JT de 20H et toute la violence du monde, posez-vous des questions !!!" hihihi, bien envoyé !

Pour revenir aux agressions sexuelles, j'ai réalisé un truc chez ma psy hier : j'admire Christine Angot. Je l'admire d'avoir vécu l'enfer de l'inceste et d'être restée debout, d'avoir parcouru tout ce chemin difficile et d'avoir malgré tout "réussi" sa vie, en tout cas réussi à faire de qu'elle aime, écrire. Bravo Christine ! Tu es une publicité vivante pour la psychanalyse (ou la théraphie par le processus cognitif, peu importe la méthode). Perso, je suis branchée thérapie ICV + relaxation pleine conscience, chacun(e) sa méthode.
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Plestin » 11 Oct 2017, 10:10

Byrrh, ton point de vue est intéressant. On a tous les deux un déroulé très différent semble-t-il. Ce que j'ai vécu de mon côté n'avait a mon avis rien d'inné, mais je comprends bien que tout le monde n'aie pas le même ressenti.

Sur la notion de plaisir : tes arguments sont parfaitement justes. Mais le déplaisir de la sensation d'être minoritaire voire en milieu hostile, allant jusqu'à l'impression de vivre une calamité, n'exclut nullement le plaisir du désir, de l'attirance, concrétisée ou pas, et qui contribue à sculpter la sexualité de l'individu. Bien sûr, là-dessus je ne peux pas parler pour tout le monde.

Tu mentionnes l'échelle de Kinsey. Je ne connaissais pas ! Il y a tout un article Wiki sur Kinsey, intéressant le gars ! Extrait :

Échelle de Kinsey

Les enquêtes menées par Alfred Kinsey au tournant des années 1950 auront entre autres permis de constater qu'homosexualité et hétérosexualité ne sont pas des orientations sexuelles et amoureuses mutuellement exclusives. Elles constituent plutôt deux pôles distinctifs ou complémentaires d'un même continuum sexuel humain. À partir de deux études effectuées sur le comportement sexuel des Américains auprès de quelque 5 300 hommes en 1948 et de 8 000 femmes en 1953, Kinsey établit une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles. Cette échelle, graduée (de 0 à 6) entre hétérosexualité et homosexualité, se proposait d'évaluer les individus à partir de leurs diverses expériences et réactions psychologiques :

Score Explication

0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuelle
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuelle
6 Exclusivement homosexuel(le)
X Asexuel(le)



(apparemment, "asexuel" a été rajouté par Wikipédia).

Et Kinsey faisait ce commentaire pertinent :

« [i]On ne peut cataloguer les hommes en deux catégories distinctes : hétérosexuels et homosexuels... Seul l'esprit humain invente ces catégories et tente de faire entrer de force la réalité dans des cases étriquées. Le monde vivant est un continuum avec des personnes dans la population qui n’occupent pas seulement les sept catégories de l’échelle (dite de Kinsey)... Même une échelle de sept points ne peut prétendre que de se rapprocher des innombrables nuances qui existent en réalité »[/i]



Kinsey a bien raison. J'essaye de le faire, ce test, eh bien j'arrive pas à rentrer entièrement dans les cases. Aucune ne peut définir l'ensemble de ma vie et, au cours de celle-ci, j'ai allégrement navigué le long de l'échelle dans les deux sens entre 0 et 6, je dis bien 6, parti de 0, revenu à 0 ! Et même en découpant ma vie en petits morceaux ça passe pas facilement. Je ne peux même pas me dire que du coup je suis "3", car quand je regarde la case "3" je me dis que non, ça c'est pas moi et ça ne l'a jamais été... A chaque période j'ai toujours eu une préférence. La vie c'est comme ça, plein de surprises... 0-1-2-4-6. Par contre, l'agression de mes 10 ans a clairement joué un rôle de "bombe à retardement", qui m'a pété à la gueule vers 18 ans et compromis pour un bout de temps l'option zéro. Ce que j'assume et ce dont j'ai tiré une force. Quand à 29 ans j'ai assisté à l'incinération de mon compagnon, après l'avoir accompagné jusqu'à sa mort, ça m'a brutalement relativisé mes propres blessures et ça a ouvert de nouvelles périodes.

Evidemment, j'ai mis ma compagne au courant de toute mon histoire dès le début. On est ensemble depuis 8 ans, et bien partis pour aller jusqu'au bout, j'espère !

Byrrh tu sembles avoir beaucoup été confronté à des réactions hostiles. J'ai dû avoir de la chance car à certains moments j'ai pris des options "téméraires" pour reprendre ton terme, et j'en ai eu finalement assez peu eu, des réactions. Si, dans le milieu familial quand j'étais jeune adulte, mais je suis parvenu à les affronter et finalement les domestiquer. Et dans la rue, j'ai presque toujours pu tenir tête. Faut dire que je me baladais plutôt seul qu'en couple.

Zelda, bons baisers de Russie (elle était fastoche celle-là), enfin, bon voyage en Russie !
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Zelda_Zbak » 11 Oct 2017, 11:04

C'est vrai que c'est génial comme idée !
De la même façon qu'il n'y a pas les noirs et les blancs, mais un concentration de mélanine variable sur toute la planète et qui s'exprime plus ou moins fort au court de la vie. C'est une super idée. Et l'on navigue entre asexuel(le), homosexuel(le) et hétérosexuel(le). Avec ça, on fait le tour de la question de façon très nuancée. Ca me paraît une excellente conceptualisation de la variabilité sexuelle entre individus d'une part, et d'un individu au court de sa vie.
Par contre, je ne vois pas la nuance suivante et fort courante probablement : j'ai parfois une attirance homosexuelle mais je n'ai pas d'expérience, car je n'ai jamais eu l'envie ou l'occasion de passer de l'envie à l'expérience pratique. Ca ne rentre pas dans les cases ? C'est pourtant là, dans la décision d'expérimenter, que la pression (ou non pression ou contre-pression) sociale intervient.

Vous parlez de ce test ?

http://vistriai.com/kinseyscaletest/

J'ai répondu en franchise absolue, et j'obtiens... une suspicion de mensonge... c'est pas cool ! :)


F The test failed to match you to a Kinsey Type profile. Either you answered some questions wrong, or you are a very unusual person.


I am proud to be "very unusual" ! lol !
Zelda, bons baisers de Russie

Ben moi, je la trouve bonne ! Je vous ferai un compte-rendu de ce qu'on y verra, bien sûr (sur un autre fil peut-être ? he he, pauvres pauvres modos)... On part du 06 au 16 novembre. Avec bien sûr, la nuit du 06 au 07, le plus près possible de la place du Palais d'Hiver à Saint-Pete (on sait pas encore si Poutine va occuper le terrain ou pas).
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Plestin » 11 Oct 2017, 11:24

C'est encore une autre échelle... Bigre !

Dans celle de wikipedia, c'est évident, la difficulté est de distinguer l'attirance et l'expérience. En prenant un critère ou en prenant l'autre, ça ne donne pas la même chose.

Sinon, malheureusement, Byrrh n'a pas tort... Cela vient d'arriver :

http://france3-regions.francetvinfo.fr/ ... 44989.html
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Byrrh » 11 Oct 2017, 11:58

Hé hé, les homosexuels et hétérosexuels exclusifs ont généralement du mal à concevoir l'extrême diversité de la bisexualité, son caractère possiblement mouvant selon le moment de la vie de l'individu concerné. Et réciproquement, les personnes bisexuelles (ou bisexualisantes :-) ) ont du mal à concevoir les orientations sexuelles exclusives, invariables. Classique !

Plestin a écrit :Byrrh tu sembles avoir beaucoup été confronté à des réactions hostiles.

Oui, comme j'y faisais allusion, on nous a insultés un trop grand nombre de fois. Et je précise que je n'ai jamais embrassé mon compagnon - ni personne d'autre avant - dans un lieu public. Les choses les plus lubriques que nous ayons faites, c'était : nous tenir la main, nous sourire mutuellement avec des yeux de merlan frit, ou une simple pression affectueuse sur le bras de l'autre. Je conçois que c'était déjà particulièrement dégoûtant, et qu'il fallait pour cela nous punir pour que nous ne recommencions plus. Ça a marché.

Bien sûr, le risque subsiste avec le voisinage et les gens du quartier, qui peuvent repérer que nous sommes trop souvent ensemble, ou que nous rentrons ensemble dans le même immeuble (d'autant que nous n'avons plus vraiment l'âge de la colocation étudiante). Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de problème. Touchons du bois !

Zelda_Zbak a écrit :Si ça peut te consoler, Byrrh, eh bien que je ne te sente aucunement triste sur le coup (c'est l'expression bête)

Eh bien, j'essaie de ne pas le montrer, d'être calme, de penser à autre chose, et de ne pas céder à la misanthropie. Mais oui, j'ai en général tendance à penser que la vie est assez nulle. Pour les raisons susmentionnées, et aussi parce que nous sommes fauchés. Heureusement qu'il y a les idées communistes, et tous les livres et films que je n'ai pas encore lus ou vus, parce que sinon, ça ferait longtemps déjà que je nourrirais les pissenlits par la racine ! :D
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Gaby » 11 Oct 2017, 12:28

Zelda_Zbak a écrit :De la même façon qu'il n'y a pas les noirs et les blancs, mais un concentration de mélanine variable sur toute la planète et qui s'exprime plus ou moins fort au court de la vie.

Ca n'a pas grand chose à voir, parce que la vision raciste est historique. Ce n'est pas la mélanine qui objective les rapports sociaux racistes. Exemple : les Irlandais émigrés en Amérique du Nord au milieu du XIXème siècle n'étaient pas considérés comme blancs. Ni les Italiens au début du XXème. Aujourd'hui, ça ne viendrait à l'idée de personne de dire que les Irlandais ne sont pas blancs.

Sur un groupe de chercheurs dans la lignée de Kinsey, il y a une série télé récente, Masters of Sex. Perso', je l'ai abandonnée après une poignée d'épisodes.
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Plestin » 11 Oct 2017, 14:28

Bien sûr, le risque subsiste avec le voisinage et les gens du quartier, qui peuvent repérer que nous sommes trop souvent ensemble, ou que nous rentrons ensemble dans le même immeuble (d'autant que nous n'avons plus vraiment l'âge de la colocation étudiante). Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de problème. Touchons du bois !


C'est étonnant, dans ma ville il y a un homme qui pendant longtemps s'habillait "en femme" (c'est un peu bête d'écrire ça...) bref, qui se travestissait ouvertement, marchait en ville, prenait le bus etc. Il le fait moins maintenant. Il est très connu, habite dans une petite cité ouvrière, prend régulièrement un café avec sa vieille maman en plein centre ville, je n'ai jamais vu personne l'insulter. (Maintenant, ça ne veut pas dire que ça n'est pas arrivé). J'ignore totalement si cela a le moindre rapport avec sa sexualité, mais ça pourrait évidemment être compris comme ça.

L'autre jour, on discutait moi et ma compagne avec un retraité berbère que l'on connaît bien (l'ancien placier du marché) et à ce moment-là le gars est passé, a dit bonjour à tout le monde, a échangé quelques mots. Ensuite, lorsqu'il est parti, l'ancien placier nous a dit : ce gars-là, il se déguise en femme, mais faut le comprendre, il a jamais su qui était son père, on est plusieurs à le savoir mais on ne veut pas lui dire parce que le père est un con. C'est pas grave. Il est gentil. Je le connais depuis qu'il est tout petit.

Je doute de la validité de l'explication, mais voir ce genre de réaction bienveillante, ça fait du bien !

(C'est le même ancien placier dont l'expression favorite est de dire que "dans la vie, y'a ceux qui mangent les raisins et ceux qui chient les pépins" !)
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Re: Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Plestin » 12 Oct 2017, 07:38

* * *

Byrrh, je me rends compte que j'ai très insuffisamment argumenté face à ce que tu disais :

De fait, j'aurais tendance à penser que l'orientation sexuelle est innée, et ne saurait certainement pas s'expliquer par telle ou telle façon d'éduquer les enfants, tel ou tel "traumatisme", etc.


J'ai donné mon point de vue et expliqué que dans mon cas j'étais persuadé du contraire et que c'était bien de l'acquis, pas de l'inné. Mais être persuadé ce n'est pas une preuve.

Si je passe ma jeunesse au crible, (on va dire "pour la science"), je trouve, non pas des preuves, mais de forts indices en faveur de l'hypothèse de "l'acquis" :

- Entre 5 et 10 ans : pas sûr qu'on puisse parler de sexualité, mais attirance évidente pour les filles. En maternelle, premier bisou sur la bouche avec une fille et, pour tous les autres gamins pendant longtemps (CP, CE1, CE2) on sera les "amoureux". On restera toujours proches, mais la vie nous éloignera (elle passe dans une autre école, puis déménage dans une autre ville du 93). Une autre "amoureuse" pendant deux ans (CM1, CM2). A cet âge-là, je dis aussi que je veux me marier avec la petite japonaise vue à la télé et qui m'a subjugué. Malgré tout, je suis un gamin un peu à part, souvent le nez dans des bouquins d'animaux, pas mal rêveur, timide. J'ai quelques bons copains d'école, plutôt dans le registre des non sportifs, des trop gros, des asthmatiques, et je déteste le foot. Je ne crains pas non plus de jouer avec les filles qui m'incluent sans problème dans leur groupe, dont bien sûr ma seconde "amoureuse". L'homosexualité, c'est juste un truc jamais vu, qui fait rire tout le monde, et dont je me moque volontiers comme la plupart de mes petits camarades. Par contre, à partir du CM1, je commence à subir des persécutions et agressions physiques de la part de gamins plus forts et plus âgés. Cela a commencé parce que dès la rentrée du CM1 j'ai volé au secours d'un copain qui se faisait emmerder, du coup pour la suite j'ai tout pris sur moi.

- A 10 ans : qui dit gamin un peu à part, rêveur, timide, dit proie facile. Mon agression sexuelle, dans un cadre périscolaire, une première fois des attouchements, quelques jours plus tard un viol sans violence (!), par un homme sans doute d'une trentaine d'années, d'une apparente grande gentillesse et qui me laissera d'abord tétanisé, puis complètement décontenancé. Plus jamais revu ensuite. Premier vrai contact avec quelque chose relevant clairement de la sexualité, sujet très tabou par ailleurs dans la famille, pas moyen d'en parler à quiconque. Gamin, débrouille-toi avec cette bombe à retardement !

- De 10 à 13 ans : l'imagination dérive : la nuit je revis des scènes heureuses avec mon amie d'enfance (qu'il m'arrive encore de croiser mais c'est rare), et je revis l'agression sans pouvoir l'expliquer, comme une poule qui aurait trouvé un couteau. Désagréable, agréable ? Impossible à dire. Les deux à la fois. Cela dépend. Tantôt des larmes, tantôt du fantasme qui se construit.

- 13 ans, tout d'un coup la puberté : mon premier fantasme va à mon amie d'enfance, mon second va à mon agresseur. La bombe fait tic-tac.

- De 13 à 17 ans : la traversée du désert sexuelle, l'impatience de l'ado, je réorganise mes fantasmes, l'attirance pour les filles prend le dessus, l'autre je l'enfouis et je me dis que ça passera tout seul en grandissant. Mais voilà : les années ado difficiles, les persécutions qui continuent au collège, jamais redoublé / trop jeune pour la classe, pas moyen de concrétiser avec une fille, les plus costauds-plus machos-plus vieux affirment leur "virilité" en cherchant à démolir celle des autres, dont la mienne, et les filles ne regardent qu'eux. Le lycée, là enfin je me rétame une année, je redouble mon année de seconde, et moi le timide je me pousse en avant, je m'oblige à devenir délégué de classe, je veux défendre les autres, et accessoirement désormais je fais partie de ceux que les filles regardent, je bombe un peu le torse. Débuts aux JC aussi, de 15 à 17 ans, puis LO un peu avant 18 ans.

- 17 à 18 ans : première expérience sexuelle volontaire, avec D., une fille de ma classe de lycée. Fantastique. J'ai trouvé du premier coup quelqu'un avec qui ça colle parfaitement. Je pourrais faire ma vie avec. Elle-même est folle de moi.

Et là, la bombe à retardement m'éclate à la gueule. Mon attirance pour les hommes, bâtie autour du fantasme de mon agresseur, surgit. Elle devient irrépressible, précisément au moment où j'accède enfin à la sexualité pratique avec une fille. J'en suis conscient. Je veux la vivre mais je me refuse à le faire en trompant D. Je romps avec elle sans oser lui donner l'explication, je me contente de lui dire que je n'ai plus envie, ce qui n'est pas vrai. Elle ne s'en remettra jamais. Revue 20 ans plus tard, mariée avec des enfants, elle m'en voulait encore et visiblement elle n'était pas heureuse.

- 18 à 23 ans : je passe principalement aux hommes, avec juste deux expériences femmes mais toujours sur un mode qui n'implique pas d'engagement, je ne veux plus faire souffrir de femme. Fantastique découverte, les hommes. Je côtoie un tout petit peu le milieu "gay" qui ne me plaît pas du tout, ce n'est pas ça que je cherche, je cherche... des hétérosexuels. Je prends conscience de mon pouvoir de séduction très efficace sur les hommes, dans la rue, dans le métro (vive Paris !) Une sorte d'avantage concurrentiel, j'occupe une "niche écologique" : bien plus facile qu'avec les femmes où la concurrence est plus rude. Je deviens "téméraire", me heurte à quelques déconvenues évidemment, mais on ne m'agresse pas, pas physiquement en tout cas, j'ai intériorisé un mode "neutralisation de l'agresseur" assez efficace même face à des hétérosexuels hostiles. Je découvre que les bisexuels sont bien plus nombreux que ce que j'imaginais et ce, dans toutes les couleurs, toutes les origines, toutes les religions. J'en profite : une vie sexuelle riche, explosive, papillonnante, insouciante malgré l'arrivée du virus VIH. Mais toujours, une sexualité altruiste sous réserve d'absence d'engagement : j'aime faire plaisir, y compris à des hommes qui ne me plaisent pas vraiment, pas beaux, vieux, pour un soir ou deux, me disant que ça serait sympa si dans cette société tous les moches ou vieux étaient traités comme ça.

Je fais connaissance d'un postier. J'annonce tout à mes parents, "entre la poire et le fromage" : j'aime les hommes. Stupeur pour eux qui, peu de temps auparavant, me trouvaient au lit avec ma copine. La mère en colère et en larmes : "mon fils est un monstre". Sacrée maman... Le père, blessé dans son amour-propre, mais ne dit rien. Sacré papa... Le frangin, hétéro, me soutient d'emblée. Sacré frangin... Je fais une brève expérience de vie de couple avec le postier, à l'occasion d'une fugue après embrouille avec mes parents : cinq jours sans nouvelles de leur fils, ça les calme. Le postier s'avère être un con macho : comment, je rentre du boulot et t'as pas fait le ménage ? Il veut me battre ! Je riposte à coup d'assiettes lancées dans la gueule et je me tire. (En parallèle, j'ai aussi dû m'imposer en tant que LO dans une famille PCF. Les petits matins pour aller faire des difs de boîte, en partant en catimini avec le frangin en finissant de s'habiller sur le palier pour pas réveiller les parents...)

Je tombe par hasard sur mon amie d'enfance, gare du Nord ; je suis bouleversé. Je l'aime, c'est évident. Elle me reconnaît. Heureuse, elle me donne... une invitation à son mariage. J'ai perdu le carton, oublié son nouveau nom.

- 23 à 29 ans : je fais la connaissance de G. Un homme vraiment gentil, employé commercial dans l'industrie et que tous ses collègues aiment. Honnête, aussi : dès le premier soir, "tu sais, il faut se protéger, je suis séropositif". Choc. Je le prends dans mes bras. J'ai compris que maintenant les choses devenaient sérieuses. Il colle peu à mon fantasme, mais j'apprends à l'aimer. On vivra plus de 7 ans ensemble. Il viendra à quelques meetings d'Arlette. Je l'accompagnerai jusqu'à sa mort. Toute sa famille ouvrière calaisienne était au courant de sa vie et m'avait adopté spontanément, chaleureusement, sans rien demander, parents, frères, soeurs, beaux-frères, belles-soeurs, cousins, cousines. Sa dernière nuit à l'hôpital, je l'ai passée avec lui. Emporté par la toxoplasmose cérébrale. Son incinération, comme il le souhaitait, "pour tuer la bestiole", s'est déroulée un jour de novembre avec une chute de neige précoce et inattendue. La famille de Calais arrive trop tard à cause d'un poids lourd en travers sur l'autoroute. Je suis sur les marches, l'urne encore toute chaude serrée contre mon ventre, et le visage plein de larmes, quand la famille arrive : "c'est comme ça, on n'y peut rien, tu étais là toi, c'est l'essentiel". Je leur ai donné l'urne, elle est à Calais. Dans ma tête, mon compagnon est toujours vivant. Et la blessure de mes 10 ans, n'en est plus vraiment une, elle a tellement été relativisée, j'ai surmonté bien pire, regardé la mort de près, acquis une force inouïe. Effet collatéral, mes parents, qui avaient appris à apprécier G., se retournent et me soutiennent, j'ai gagné du respect à leurs yeux.

A partir de là, CDI trouvé à Lyon, différentes phases de ma vie, quelques femmes et pas mal d'hommes, deux fois en couple stable pendant quelques années, mais je n'entrerai plus dans les détails. Jusqu'à ce que mon amie d'enfance me retrouve grâce au miracle d'internet, après une vie fracassée dont les détails lui appartiennent. Divorcée, 4 enfants. Venus habiter avec moi à Lyon. Me revoilà strictement hétéro en pratique, et j'ai bouclé - ou résolu ? - mon histoire, comme si j'avais vécu une diversion en l'attendant. Les plus perplexes sont mes parents, qui avaient trouvé le courage d'annoncer mon homosexualité à toute la famille et qui ont dû presque à regret expliquer que finalement, j'étais avec une femme... Les pauvres !

Si on regarde tout ça avec un peu de recul, cela suggère qu'un même comportement sexuel à l'instant t peut avoir une genèse très différente d'un individu à l'autre. Dans mon cas, je ne crois pas que ça ait été inné, le rôle de l'agression catalysé par le machisme ambiant à l'école (sacré reflet de la société !) m'a poussé dans une direction inattendue, difficile à vivre ; un acquis, mais que j'ai rapidement retourné à mon avantage.

Le côté "neutralisation de l'agresseur" ou "attirance pour l'agresseur" est aussi étonnant, cela semble être un point commun avec l'histoire de Zelda, qu'elle a décrite, malgré les énormes différences.
Plestin
 
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