Sexualité (agressions, orientation, etc.)

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Sexualité (agressions, orientation, etc.)

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 01:55

A la faveur d'une insomnie, je viens de voir en replay "On n'est pas couché". Et j'ai été juste passionnée par cette partie du débat. Peu ont du voir la partie diffusée en temps réel, vu que c'était l'extrême fin de l'émission, genre 3H du matin.

https://www.youtube.com/watch?v=ne6DS_h9nwI

Je trouve Angot d'une intelligence inouïe, et bien sûr, d'une grande violence, mais elle a le droit, elle ne parle pas de ce qu'elle ne connaît pas en l'espèce. Pour ceux qui ne sauraient pas, Angot est une écrivaine qui a connu les affres de l'inceste, violée qu'elle a été par son père, ce qui me fait penser que je vais lire son bouquin, L'inceste. Dans la gradation de tous les crimes sexuels, on atteint le sommet. Et quand je lis cet extrait, je me dis qu'il faut que je le lise, que c'est une écrivaine qui sait son métier :

Si je dis "merde à ceux qui le liront" c'est parce que j'aurais aimé avoir autre chose à raconter. Que ça. Ecrire n'est pas choisir son récit. Mais plutôt le prendre, dans ses bras, et le mettre tranquillement sur la page, le plus tranquillement possible, le plus tel que possible. Tel qu'il se retourne encore dans sa tombe, si sa tombe c'est mon corps. S'il se retourne encore, c'est que je ne suis pas morte. Je suis folle mais pas morte. Je ne suis pas non plus complètement folle.


Je ne suis pas d'accord avec elle sur certains aspects : sur la féminisation des mots (elle est contre par exemple), mais j'aime ses arguments, sa force, son intelligence.

"Quand je dis 'je suis écrivain', on me voit en train d'écrire. Quand je dis 'je suis écrivaine', on se dit 'Tiens, elle dit écrivaine !'. Car ce sont les mots qui nous contrôlent et non l'inverse. Ne nous y trompons pas."

Encore une fois, je ne suis pas d'accord. Je dis "auteure, écrivaine, rectrice, docteure", je dis Madame et jamais plus Mademoiselle. Et je tiens beaucoup, beaucoup à tout ça.
Parce que comme les hommes, je suis une personne sexuée, et non pas une personne dont le sexe par défaut est masculin. Alors il y avait 2 solutions pour rétablir un peu d'égalité dans la langue :
- décréter que docteur était neutre par défaut, et qu'on allait inventer un suffixe masculin ou féminin... Mouarf, en partant d'un suffixe masculin ? Ca aurait fait quoi ? docteurier et docteurière ? n'importe quoi.
- soit on dit : docteur étant un suffixe masculin, on crée des suffixes féminins.

Bon revenons au sujet tout aussi fondamental du viol, des agressions sexuelles.

Ne vous trompez pas sur le montage qui donne l'impression qu'Angot a explosé, que Rousseau a pleuré, et qu'Angot est la méchante.
Angot a explosé, et comment pourrait-elle parler sereinement, le public (EELV probablement) a sifflé, Angot est sortie du plateau, a pleuré , s'est calmée, est revenue, et le montage a fait le reste.

Tout le débat finalement est juste passionnant. Qu'il mette hors de colère est juste... incontournable. Face à une immense tristesse, la colère est le seul plan B qui donne l'impression de ne plus être passif.
Ce que dit Rousseau aussi m'a passionnée bien sûr ! J'ai bondi, mais bondi, et je pense que vous bondirez aussi, si ce qu'elle dit est vrai sur cette fillette de 11 ans. Je vais aller chercher l'info et la déterrer c'est pas possible !
Je partage totalement sa vision sur l'aspect : faut causer, causer, raconter, dire, parler... de toutes les agressions de tous les degrés à caractère sexuel que l'on a subi durant notre vie. Pour bien comprendre que c'est fini, que plus jamais une agression sexuelle ne nous désarçonnera au point de ne pas nous servir de la loi, qui est avec nous sur ce coup, et qui doit l'etre de plus en plus, et qui le sera de plus en plus si l'on se serre les coudes. Il y a de quoi être optimistes et combatives sur le sujet aussi, fort heureusement ! Et puis bien évidemment, les agressions sexuelles ne s'abattent pas que sur les femmes. Il faut sortir les poubelles de cette société. Le pire, c'est vraiment le silence dans ce domaine, qui condamne la victime à des comportements dangereux pour elle-même , et le criminel, s'il est psychopathe, ce qui est souvent le cas, à une impunité éternelle.

Enfin, je comprends tout autant la vision d'Angot sur le fait qu'elle refuse toujours de participer à des clips de sensibilisation sur le sujet, quand par exemple Autain la sollicite. Elle a déjà fait le job. Elle a déjà tout dit sur le sujet qu'est "un" viol, parce que "le" viol en général, elle n'a rien de spécial à en dire, que voulez-vous qu'elle en dise, que c'est mal ??? Hier j'entendais la mère de Mohammed Merah à la télé dire "Moi, je dis, d'accord, ce qu'a fait Mohammed, c'est pas bien, mais Abdelkader... blablabla." C'est pas bien ? Vous imaginez le délire ? C'est pas bien ? J'ai détesté cette mère à ce moment-là. Dupont-Moretti, l'avocat du frangin Merah a dû se dire "Oh my god, mais qu'elle se taise !".

Sinon, hein, là, comme ça, s'il y a des domaines où je trouve que l'auto-défense est une option bien tentante, c'est bien celui-là. Perdre dix ans de sa vie à étaler sa vie de victime après un viol pour voir un type prendre quoi, si on a de la chance, 2 ans, et faire six mois fermes ou moins, s'il n'est pas récidiviste. Ahem...
https://www.service-public.fr/particuli ... oits/F1526
Ce qui me frappe toujours dans la loi, c'est qu'ils disent "l'auteur du crime encourt une peine pouvant aller jusqu'à..." mais on ne sait jamais quel est le minimum, c'est fantastique ça. Si on prend un cas lambda, une femme adulte sort dans la rue et se fait violer par un homme adulte sans acte de torture et sans arme, dont c'est le premier viol (répertorié). Il prend quoi, le gars, une fois qu'on a prouvé que c'est lui ou bien qu'il a avoué ? Qui peut répondre ?
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 02:47

Sur l'auto-défense après un viol, c'est même un film de genre : le rape and revenge. Ca défoule bien.

Un petit téléfilm bien foutu dans le genre, qu'on peut faire voir à des jeunes gens de 16 ans :
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9tour_mortel_(t%C3%A9l%C3%A9film)

On se dit que... si l'on est pas capables de tuer de ses propres mains le ou les violeurs comme la Madame du film :) , on peut au moins... porter plainte et voir un psy remboursé par la sécu nom de d'là !
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 03:15

http://www.europe1.fr/medias-tele/onpc- ... au-3452462

Formidable ! la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, en parfaite technocrate, fait pression sur le CSA pour favoriser "l'accueil de la parole des victimes"... Traduire quoi ??? virer Angot de chez Ruquier ??? Donc, heu, Angot, vous comprenez, quand elle se fout en colère, c'est pas une victime... Et après on se demande pourquoi Angot hurle quand elle entend un langage technocratique du genre "Former des gens pour accueillir la parole des victimes"... C'est inouï, la secrétaire d'Etat décide de ce que les victimes ont le droit de dire ou non, apparemment.
Marlène, range ta soupe de technocrate, les victimes n'ont pas toujours envie de se comporter en victimes bien gentilles, comme toi tu les rêves. Va falloir te mettre ça dans le crâne !
Les victimes, elles t'emmerdent. Ce sont des personnes à temps plein, et victimes à temps très très partiel, le plus partiel possible hein, parce que cette partie là de leur vie, c'est bien celle qu'elles n'ont pas choisie.

Au fait, Schiappa, tu ferais pas mieux d'agir pour qu'avec 10 victimes supposées, un Baupin soit vaguement questionné par la justice ? Ca serait plus utile que de faire chier Angot ! Et ça soulagerait davantage Rousseau... Juste un petit tuyau entre nanas "solidaires" !!!
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par Ottokar » 04 Oct 2017, 07:20

N'ayant pas d'insomnie, je n'ai vu que l'extrait où Christine Angot est extrêmement agressive (on ne comprend d'ailleurs pas pourquoi) contre une victime de Baupin. Désolé, mais cela met mal à l'aise. Je me sens spontanément du côté de la victime d'un prédateur sexuel comme Baupin, qui joue des délais de prescription ou des failles du processus judiciaire pour s'en sortir. On peut toujours discuter des mots de la victime, de sa tactique, peut-être de sa façon de parler au nom de toutes les victimes. Encore que, même cela est douteux, car si ces femmes n'avaient pas parlé, Baupin paraderait encore et d'autres victimes d'autres prédateurs se tairaient.
Mais encore une fois, et le montage n'y changera rien, je me sens davantage du côté de la victime que de celle qui l'agresse (même si elle même a été victime d'horreurs).
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par logan » 04 Oct 2017, 09:15

Pareil que Ottokar

Toutes deux victimes peut etre, mais alors christine Angot aurait pu expliquer sa situation particulière, qui explique son pétage de plomb et le lynchage de Natahalie Rousseau qui s'ensuit.
C'est très grave d'ailleurs d'interdire à quelqu'un d'autre de parler de son agression comme le fait Angot, quel que soit son passé personnel.

Cette émission montre encore une fois que le lanceur d'alerte se heure à un mur, elle montre à quel point il est difficile d'evoquer le sujet, meme quand on est une élue EELV dans une emission "de gauche" bien-pensante. Bref cette émission démontre par l'exemple que la thèse de Nathalie Rousseau et son combat sont justes (il faut en parler).

Angot ne veut pas se résumer à etre une victime, ca la regarde. Mais pour des milliers d'autres femmes il est important de savoir qu'elles peuvent etre reconnue comme victime par la justice et soutenues par des structures qui les écoutent et les conseillent. Ce n'est pas avec cette émission qu'elles vont s'en convaincre.
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par Plestin » 04 Oct 2017, 09:28

C'est vrai qu'on ne comprend pas l'agressivité de Christine Angot au début, mais ensuite, je trouve que tout s'éclaire. Evidemment on est très mal à l'aise quand on réalise à quel point Sandrine Rousseau se trouve en situation difficile, elle-même victime et devant faire face à une attaque. Mais derrière les apparences, ce n'est pas la victime qu'Angot attaque, c'est la femme politique qui mêle (apparemment) dans son livre la description de son cas personnel et un discours lénifiant sur la nécessité de "former des gens pour accueillir la parole des victimes". Et moi aussi ça m'énerve, ce genre de discours. Angot le dit très bien, il y a des gens qui savent écouter et d'autres non. Et le fond du problème n'est pas là. S'il y a des victimes par millions, on va former des gens pour écouter par millions ? C'est absurde. Et qui va former les victimes à parler aux gens censés les écouter ??? Il faudrait peut-être s'attaquer à la cause, non, plutôt ???

Quant à l'affaire Baupin chez EELV, c'est vraiment incroyable, dans un parti qui se revendique du féminisme, des agressions sexuelles qui touchent carrément les responsables nationales. Est-ce que c'est un révélateur d'un féminisme de discours plutôt que sur le fond ? Bref, un féminisme politicien qui est incapable de se confronter à la réalité dans ses propres rangs ? Et est-ce que ce serait la même chose si ce type d'agression avait eu lieu ailleurs dans le même parti, à un échelon local par exemple ? Dans le silence, quel a été le poids de la difficulté des femmes à en parler, et celui d'une volonté politicienne de ne pas faire de vagues pendant toute une période parce que ça pourrait nuire à EELV ? Je ne sais pas. Dans l'exaspération d'Angot, il y a peut-être aussi ça qui pèse.

Donc, de mon côté, je comprends vraiment les deux réactions, celle de Rousseau comme celle d'Angot.

Concernant Rousseau, Zelda (salut Zelda :D ) tu dis :

Je partage totalement sa vision sur l'aspect : faut causer, causer, raconter, dire, parler... de toutes les agressions de tous les degrés à caractère sexuel que l'on a subi durant notre vie.


Peut-être. Peut-être pas. Causer et raconter à un proche qui ne sait pas écouter, et qui va réagir en cherchant à étouffer le truc, à planquer la poussière sous le tapis, ça peut aussi faire de sacrés dégâts et conduire la victime à se renfermer dans sa coquille. Parler oui, mais à bon escient, aux bonnes personnes. Parler c'est utile seulement si, en face, la réaction est à la hauteur, les personnes réagissent comme il faut. Et comme il faut, c'est quoi ? Ce peut être aider à riposter, porter plainte etc., mais pas forcément. Ce peut être à comprendre que ce qu'a fait l'agresseur, c'est vraiment dégueulasse, que ça peut avoir des conséquences sur ta vie mais ce n'est pas de ta faute, tu n'y es pour rien, qu'il va falloir que tu te prépares mentalement à affronter ça, donc à trouver de la force, précisément pour limiter l'ampleur des dégâts. Mais aussi, comprendre pourquoi ce genre de choses arrive, pourquoi c'est possible, pourquoi il y a des gens qui font ça. (A mon avis c'est sûrement le plus difficile à expliquer sans tomber dans "les bons et les méchants" ; expliquer que c'est l'agresseur qui a un problème).

La réaction de l'entourage peut aider la victime comme elle peut amorcer le deuxième volet de sa destruction. Les réactions du genre "ma pauvre petite, à cause de lui ta vie est foutue", "il a détruit la vie de ma fille" etc., ça ne peut pas faire de bien. Face à un tel risque, et connaissant les membres de sa famille, mieux vaut en parler à quelqu'un d'autre.

Alors évidemment, ce que j'écris ça pourrait paraître un discours de professeur donneur de leçons. Par honnêteté pour les lecteurs, et parce que ça ne me pose aucun problème ni aucune difficulté (j'en ai de la chance), il faut la suite.

Et puis bien évidemment, les agressions sexuelles ne s'abattent pas que sur les femmes.


Je confirme, vu que j'ai moi-même subi une agression sexuelle vers l'âge de 10 ans, de la part d'un moniteur de centre aéré ! Mais - est-ce que c'est possible ? - une agression "non violente", toute en douceur (aussi je ne suis jamais parvenu à le haïr). N'osant en parler à personne - ça, c'est la conséquence de la pudibonderie familiale, sinon j'aurais pu - j'ai pris tout le truc sur moi, ça a été dur mais j'ai fini par surmonter cela (ça a quand même pris vingt ans !) Aucun psy, aucun soutien familial, rien, que dalle, puisque j'ai tout gardé. Je me suis tout simplement démerdé avec. Trouver une oreille attentive ça m'aurait sûrement fait gagner du temps, mais avec quelques années de plus j'y suis arrivé tout seul. (Quand j'ai commencé à en parler autour de moi, c'était à un moment où l'essentiel du boulot était fait). Sauf que tout le monde n'a pas mon caractère optimiste, joyeux et magnanime, et d'autres auraient pu sombrer ou évoluer d'une manière totalement différente !

Bref, avec le recul, ce que je me dis, et ce qui est le plus utile en tant qu'expérience à partager, c'est que le plus gros obstacle auquel il a fallu faire face c'est l'espèce d'omerta sur les sujets ayant trait au sexe dans l'entourage au sens large. De la part de gens qui, par ailleurs, étaient tous bienveillants et sympathiques et avaient des idées avancées sur des tas de sujets. Mais dont aucun ne m'avait prévenu que ce genre de choses pouvait arriver, ni de ce qu'il fallait faire dans ce cas. L'expression "ce qui ne me tue pas me rend plus fort" est devenue une banalité, mais ça s'est vraiment passé comme ça, sauf que me débrouiller pour surmonter ça tout seul m'a sûrement fait perdre un temps fou. C'est ça, mon seul regret : en réagissant vite il y aurait pu y avoir un tout autre enchaînement des événements, il aurait peut-être été possible de retrouver le type (dont je ne connaissais même pas l'identité), ne serait-ce que pour l'empêcher de faire pareil à d'autres, et faire en sorte que lui, qui a un problème, il soit pris en charge correctement. J'aurais même aimé pouvoir lui parler, calmement, et même l'écouter. Vingt ans après (environ), je n'aurais même pas su indiquer avec exactitude l'année de l'agression. Sans l'année, sans l'identité de l'agresseur, dont j'ai compris que c'était un intervenant temporaire / précaire qui n'a pas mis longtemps les pieds au centre aéré, et si longtemps après (il y avait "prescription"), c'était cuit... Depuis, encore vingt années de plus se sont écoulées.

Si cet exemple pouvait être utile à quelqu'un(e) ou quelques-un(e)s, et contribuer utilement au débat, j'en serais ravi ! C'est d'ailleurs pour ça que j'en parle (sinon, s'étaler comme ça n'a pas d'intérêt en soi), et parce qu'avec le temps, je suis devenu "tranquille" avec le sujet.
Plestin
 
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Re: Altercation de 2 femmes qui refusent d'être des victimes

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 11:24

@logan
Toutes deux victimes peut etre, mais alors christine Angot aurait pu expliquer sa situation particulière, qui explique son pétage de plomb et le lynchage de Natahalie Rousseau qui s'ensuit.
C'est très grave d'ailleurs d'interdire à quelqu'un d'autre de parler de son agression comme le fait Angot, quel que soit son passé personnel.

Ca, ça va être la lecture exclusive de l'événement par les médias. Lecture que je n'ai pas du tout en ayant vu l'émission. Donc je recommande à chacun de vous de regarder l'extrait complet ci-dessus avant d'en parler au boulot ou autour de vous, car moi je continue de penser que cet extrait est un excellent moyen de mettre un coup de pied dans la fourmilière des agressions sexuelles, de la passivité de la justice.

Comme dit Plestin, Angot n'empêche jamais Rousseau de témoigner, tout au contraire. Elle lui hurle à sa façon "Mais parle-nous de toi, de toi et de toi seule. Tu as subi une agression sexuelle par un homme de pouvoir, décortique ça. Il n'y a pas l'agression, il y a une agression, des agressions. Pose sur la table ce qu'il t'a fait, comment et pourquoi ça t'a fracassée. Ne tiens pas de discours avec des solutions toutes prêtes." J'entends ça dans son cri, que je trouve tout à fait légitime et beau. Alors ce n'est pas une façon main stream d'exprimer sa souffrance, mais c'est une façon ultra respectable d'exprimer sa personnalité.

Oh Plestin, tu n'es pas un homme banal, merci pour ce témoignage sincère. On est en plein sujet.
Si les gens qui ont subi des agressions à caractère sexuel à un moment ou à un autre de leur vie les posaient quelque part, là où ils auront des gens qui les respectent et les écoutent, les aident soit à soigner les cicatrices, soit à porter plainte si cela fait encore partie des agressions non prescrites, tout serait déjà plus tolérable.
Moi aussi , j'ai vécu une ou des agressions sexuelles de plusieurs degrés au cours de ma vie de femme, et la promiscuité a commencé à 13 ans, quand on a une psychologie de 13 ans et un corps de 17, des gars de 30 ans vous sautent dessus comme un gâteau au chocolat, cela fait très peur. C'est juste "dégoûtant" comme dit toujours ma petite nièce de 12 ans. "Il y a un garçon au collège, il est dégoûtant" nous dit-elle parfois. Elle nous fait beaucoup sourire. Je ne sais pas si vous lisez la BD les Cahiers d'Esther de Riad Satouff, c'est savoureux. Toutes les fillettes ont quelque chose de son Esther.

Si cet exemple pouvait être utile à quelqu'un(e) ou quelques-un(e)s, et contribuer utilement au débat, j'en serais ravi ! C'est d'ailleurs pour ça que j'en parle (sinon, s'étaler comme ça n'a pas d'intérêt en soi),

Si, si. Cela a un intérêt en soi, de montrer que ça n'est JAMAIS aux victimes des agressions d'un jour d'avoir honte, jamais de la vie. Et de pouvoir en parler quand elles veulent si elles veulent, ici ne me paraît pas un endroit mal choisi. Il n'y a en aucun cas d'indécence, l'indécence, c'est celui qui a commis l'agression qui l'a commise, et en parler, c'est un peu lui rendre SON indécence au contraire.

Moi, ce que j'ai subi de plus grave fut une tentative de viol à 15 ans, à une contre 3 ou 4 (je ne me souviens plus) garçons de 15 à 20 ans. Ils me sautent dessus sans que j'aie rien vu venir, au départ, je me sentais en totale sécurité puisque parmi les agresseurs, il y avait le garçon T. que j'aimais, et qui m'aimait (j'ai bien dit qui m'aimait) pas qui croyait m'aimer. Il était fou de moi comme j'étais folle de lui, c'était notre premier grand amour, on avait 15 ans et on s'était contenté... de se donner la main tendrement et de passer nos journées ensemble. Je vivais l'amour dont j'avais toujours rêvé. Puis ça dérape. Un soir qu'on est sur la place publique à fumer gentiment des cigarettes, ces copains arrivent, me prennent pour une fille de la ville délurée (allez savoir) et à 3 ou 4, quand la nuit tombe, ils me sautent dessus, T. compris. Des mains dans mon soutif, des mains dans mon slip, et ils veulent me traîner vers la petite grange là-bas. Seigneur, je me suis dit : s'ils parviennent à te tirer jusqu'à cette grange là-bas, tu es morte. Oh pas morte morte, mais tu subiras un traumatisme de 9/10 sur l'échelle des agressions sexuelles, un truc de fou dont tu ne te relèveras jamais : un viol collectif. Alors je me suis battue, battue, battue. Tous les coups sont permis, ils se moquaient, riaient, ah j'étais pas élégante. Je griffais, cognais, mordais, crachais. Je luttais à mort, comme on lutte contre 3 ou 4 Rottweiler ? Vous imaginez ? Un peu sans doute.

Subitement, je gagne. Je me tire en courant. J'arrive chez mes parents la meche en bataille la robe déchirée. Je m'enferme à clé dans ma chambre et pleure, pleure, pleure ou pas. Ma mère frappe une heure à ma porte, résolument, patiemment (oh merci Maman ! Merci merci ! Bien des mères de ta culture et de ton époque auraient préféré laisser tomber, ce que tu as fait, c'est déjà beaucoup). Je ne voulais pas témoigner avec ma mère à chaud. J'ai fini par lui céder à elle. Et j'ai bien fait. J'ai ouvert la porte.
"mais que t'ont-ils fait ? Tu as été violée ou violentée ?"

Et de mettre des mots comme ça, de pouvoir dire "J'ai été violentée, pas violée", ça m'a permis de mettre des mots tout de suite. ET puis j'ai raconté les détails, et puis ma mère m'a félicité pour ma combativité, et puis moi aussi je me suis dit "S'ils ne m'ont pas eue à une contre 3 ou 4, personne ne m'aura jamais !" gnac gnac, j'ai la gnaque. Et puis ma mère me raconte, les gars de la campagne tu sais, c'est pas comme les gars de la ville. J'ai connu ça dans mon enfance. Ils voient trop les animaux forniquer, ils se disent qu'ils peuvent se servir comme des animaux. Voilà, c'est l'analyse de ma mère à l'époque. On parle de 1980. Elle aurait voulu porter plainte pour tentative de viol (en bande circonstance aggravante), elle n'aurait juste pas pu il me semble, ça n'existait pas. Et honnêtement, elle aurait eu fort à faire pour me convaincre moi, qui voulait me dépêcher de passer à autre chose, et puis elle n'a rien, mais rien de féministe. C'est juste une femme qui aime sa fille.

Passer à autre chose... C'est là que l'histoire devient tordue et que la psychologie d'une victime non reconnue entre en jeu. Tenez-vous bien. Mon jeune cerveau de 15 ans a tellement tellement sous-estimé l'agression... qu'il a zappé, totalement zappé vous dis-je, que parmi les agresseurs, il y avait T.
Alors 6 mois ou un an plus tard, j'ai retrouvé mon amour de vacances. Et c'est une autre raison qui nous a fait nous séparer cette fois, une raison bien indépendante de notre volonté et qui a ancré en moi ce premier amoureux comme Roméo et Juliette.
Puis j'ai poursuivi ma vie d'adulte, j'ai grandi, vécu, milité, toujours avec ce petit trou noir.
A 25 ans, je retrouve T. et je me dis : 10 ans que je l'aime en pointillé, vivons enfin notre amour. Et l'on vit notre aventure, d'adultes cette fois donc avec une vie amoureuse et sexuelle, pendant 15 jours.
Puis pour moi, la messe est dite. C'était une histoire que je me devais de conclure, je le quitte donc. Cet homme n'était pas mon avenir (un brin lumpen vous l'aurez deviné), c'était mon passé, un fantasme que je me devais de vivre pour passer à la suite de ma vie.

Vous vous doutez de ce que fait un lumpen quand on le largue, et qu'il a mal, puisque lui aussi m'aimait en pointillé depuis 10 ans et j'étais un fantasme de femme idéale : "Tu peux pas me quitter, c'est moi l'homme de ta vie. Si tu me quittes, je te tue. Si tu couches avec un autre bonhomme, je le tue."

C'est cela oui. J'ai peur, mais je le quitte, c'est pas négociable. Je retourne dans ma ville lointaine, avec pendant quelques années, la crainte de voir débouler T. fou de rage et d'alcool, et de finir dans la rubrique fait divers. M'enfin, ces menaces étaient heureusement comme souvent des menaces en l'air.

Quand est revenue précisément à ma conscience la véritable histoire de la tentative de viol collectif que mon surmoi (dirait un psychanalyste) avait profondément étouffée dans les limbes de mon cerveau ? Je cherche honnêtement. A 40 ans dirais-je. Quand j'ai décidé que ce que je ressentais, TOUT ce que je ressentais, n'était jamais malvenu. Tout doucement, ce souvenir profond, toujours minimisé comme un vieux truc cicatrisé sans intérêt, a osé remonter à la surface, et j'en ai reparlé avec ma mère (de façon très agressive à l'époque).

25 ans pour que je puisse dire cette histoire à moi-même et donc aux autres.

Aujourd'hui, à la faveur d'une merveilleuse psychothérapie de type ICV (intégration du cycle de la vie), j'ai pu enfin bénéficier de l'écoute parfaite à laquelle j'avais droit, et des réponses que je n'obtenais pas depuis si longtemps.
- Comment ont-ils pu me faire ça ?
- Et T. en particulier qui m'aimait ?
- Comment j'ai pu zapper ça ensuite si profondément ?
- Comment j'ai pu coucher avec lui 10 ans plus tard ?
- Que ce serait-il passé s'ils m'avaient traîné dans cette grange ?

J'ai eu toutes mes réponses, et les meilleures réponses de la terre grâce à cette excellente psychologue. Merci, merci Madame la psy (qui physiquement, ressemble beaucoup à Christine Angot, eh eh, un copain me dit parfois "Han, bonjour le tranfert !).

Voilà, j'ai dit tout ce qui était important sur ma tentative de viol collectif à 15 ans. Ca c'est passé comme ça c'est passé. Je souhaite juste qu'en 2017, si ça arrive à ma nièce, ou du similaire bien sûr, elle trouve plus vite un ou une merveilleuse psychologue qui lui évite par exemple un comportement de retour consenti vers la situation de risque, car quand on ne comprend rien, on retourne voir ce qui se passe, quitte à se remettre en grand danger, et / ou bien l'on tombe dans la drogue ou d'autres addictions.

Des bises les gens ! Dire, c'est bien. Encourager à dire, c'est bien. En douceur, en écoutant, sans réponse. Juste orienter vers une bonne psy. En MP, si vous avez besoin d'adresse, je vous fournis les références de la mienne, elle est sur Paris intra-muros, mais m'a déja donné des tuyaux pour de la famille en province. Je lui fais très confiance, sans que ce soit une gouroutte, lol.

Longue vie à ce fil. Si on devait en changer le titre, vu la tournure généraliste qu'il prendra j'espère, on pourrait le réintituler de la façon la plus ouverte possible : "Discussion sur les agressions sexuelles"
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Agressions sexuelles

Message par Plestin » 04 Oct 2017, 14:33

Longue vie à ce fil. Si on devait en changer le titre, vu la tournure généraliste qu'il prendra j'espère, on pourrait le réintituler de la façon la plus ouverte possible : "Discussion sur les agressions sexuelles"


Oui. C'est un sujet difficile, tout le monde n'y a pas été confronté - et dans ce cas, c'est pas facile de se sentir légitime à s'exprimer sur le sujet, pourtant il le faut - tandis que toutes celles & tous ceux qui y ont été confrontés n'ont pas forcément atteint notre stade de liberté à propos du sujet - et ce n'est pas facile non plus !

Mais, il n'y a pas de raison. Sur un site comme celui-là, on doit avoir le meilleur de l'avenir de l'humanité et on doit pouvoir être en pointe sur tous les sujets de société. C'est pour ça que je me suis "jeté à l'eau", et merci à toi Zelda de ne pas m'avoir laissé nager tout seul. Et puis, quand les gens mettent un visage (ou ici, un pseudo) sur celles & ceux qui ont subi une agression sexuelle (et s'en sont sortis), c'est tout de suite plus parlant que "ce sont des choses qui arrivent, il paraît, mais je ne l'ai jamais vu".

Et aussi : pour les éventuels autres intervenants sur ce fil, qu'aucun ne se sente obligé de préciser, soit s'il/elle a été personnellement victime d'agression sexuelle, soit s'il/elle ne l'a pas été. Tout le monde est légitime pour donner son opinion. Chacun doit faire les choses comme il le sent, et ce serait un peu bête que plus personne d'autre que Zelda et moi n'intervienne, par crainte d'une marche trop haute à franchir.

En tout cas, le "pourquoi ça arrive" reste pour nous tous une sacrée question qui renvoie à la fois à la diversité des comportements possibles dans l'espèce humaine et à la nature de notre société.
Plestin
 
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Re: Agressions sexuelles

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 17:17

Merki Plestin. Merki les modos d'avoir changé le nom du fil.
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Re: Agressions sexuelles

Message par Zelda_Zbak » 04 Oct 2017, 17:43

Logan a écrit :Cette émission montre encore une fois que le lanceur d'alerte se heure à un mur, elle montre à quel point il est difficile d'evoquer le sujet, meme quand on est une élue EELV dans une emission "de gauche" bien-pensante

Cette émission n'est ni de gauche ni de droite, bien au contraire. A l'ère de LREM, elle est parfaitement dans l'air du temps.
Et un tout petit rectificatif, c'est Sandrine Rousseau, pas Nathalie.
Mais je voulais juste revenir sur une idée très intéressante qu'a développée Sandrine Rousseau : L'agression sexuelle est un comportement par essence individuelle, et peut donc devenir le fait de n'importe quelle personne, fusse-t-elle d'extrême-gauche et dirigeante même. Personne, absolument personne n'est à l'abri d'un pétage de plomb individuel. Et le phénomène doit donc exister, à la marge espérons, dans tous les milieux, tous les partis, toutes les chapelles.
Ce qu'elle développe, c'est que dans son parti, le problème est devenu public justement parce qu'il y a beaucoup de féministes et que la chape de plomb n'a pas été possible. C'est un bon argument.
Même si elle développe ensuite avoir été déçue par les pressions et les reproches qu'elle a subies, elle semble dire qu'au PS après le tsunami DSK, personne n'a bougé un cil !

Elle développe aussi l'idée que la prescription pour agression sexuelle qui était de 3 ans à l'époque des faits qu'elle dénonce... est passée à 6 ans. Elle peut être déjà fière d'avoir fait évoluer la loi pour bien des gens à l'avenir.

N'hésitez pas au travail à garder ce petit texte dans votre bureau :

https://www.service-public.fr/particuli ... oits/F1043

Perso, j'étais très heureuse de sortir une collègue C d'une très très mauvaise passe car elle avait le sentiment qu'un collègue Z (lettre au hasard) (pas son chef) la harcelait. Elle s'est mise à m'en parler. J'ai fermé la porte, je lui ai fait me raconter les détails. Elle espérait que ça s'arrête là. Je l'ai convaincu d'aller un tout petit peu plus loin (un tout petit peu). Je suis allée chercher le rappel à la loi ci-dessus qui est très très bien fichu, j'ai appelé Z dans le bureau, je lui ai mis le truc sous les yeux et je lui ai dit "On a un gros gros problème, C ici présente souffre de tes blagues salaces, de ta drague lourde, des allusions permanentes alors qu'elle doit rester à tes côtés toute la journée pour raisons professionnelles. Tu crois que c'est facile pour elle de te le dire ? Lis ceci s'il te plaît." Il a lu. Il a changé de couleur, s'est excusé platement et a juré que ça ne se reproduirait plus jamais. J'ai dit à C, bon, on va faire un peu confiance. Mais la confiance n'exclue jamais le contrôle ! Maintenant que tu lui as expressément dit NIET avec un rappel à la loi qu'il a très bien pigé, tu t'achètes un petit carnet. Tu mets comme première ligne :" tel jour tel date, recadrage de Z en la présence de S. en lui présentant le texte de loi sur le harcèlement sexuel. IL présente de plates excuses et jure qu'il a compris et changera totalement d'attitude. " Et à la moindre mauvaise habitude qui recommence, tu notes dans ton carnet : jour heure minute : telle phrase, telle attitude devant untel et untel ou pas. Bref, si ce type harcèle à nouveau toi ou une nouvelle femme, il trouvera du répondant et paiera l'addition.

Cela fait des années, peut-être 3 maintenant. C m'a dit que plus jamais Z ne l'a emmerdé, alors qu'ils continuent à collaborer tous les jours. On est bien contentes.
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