Election législative Belfort

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Election législative Belfort

Message par Plestin » 18 Jan 2018, 21:39

Le 28 janvier 2018 aura lieu une élection législative partielle dans la 1ère circonscription du Territoire de Belfort, suite à l'annulation de l'élection du député LR.

Cette circonscription regroupe les cantons de Belfort Centre, Belfort Est, Beaucourt, Danjoutin, Delle, Fontaine, Grandvillars, soit en gros le Centre, l'Est et le Sud du département.

Lutte ouvrière sera présente avec comme titulaire Yves Fontanive, ouvrier en fonderie à Delle, et comme suppléante Christiane Petitot, enseignante retraitée.

Il y a au total dix listes :

- Ian Boucard (Les républicains).

- Christophe Grudler (Modem-LREM).

- Jean-Raphaël Sandri (Front National).

- Sophie Montel (Les Patriotes, le parti de Florian Philippot désormais concurrent du FN).

- Yves Fontanive (Lutte Ouvrière).

- Anaïs Beltran (La France Insoumise + le Parti Communiste + le MRC de Chevènement).

- Arthur Courty (Parti Socialiste).

- Julie Kohlenberg (Debout la France).

- Jonathan Vallart (UPR, le parti d'Asselineau).

- Vincent Jeudy (Europe Ecologie les Verts).
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Re: Election législative Belfort

Message par Plestin » 27 Jan 2018, 17:45

La circonscription comprend environ la moitié de la population de Belfort (soit environ 25.000 personnes sur 50.000) et tout le Sud-Est du département, soit au total environ 70.000 habitants (à peu près la moitié de la population du département, qui ne compte que deux circonscriptions).

Sur Belfort, la circonscription englobe les cantons Belfort Centre et Belfort Est, qui ne correspondent pas à la partie la plus ouvrière ; le Centre accueille de plus en plus de cadres et l'Est englobe deux casernes importantes. Toutefois, les travailleurs de l'industrie et des services sont quand même là et bien là...

Beaucoup travaillent encore sur le site historique d'Alstom Belfort (qui n'est pas dans la circonscription), un grand site industriel qui comptait autour de 7.000 personnes dans les années 1990 et qui a connu à la fois un morcellement important et une forte chute de ses effectifs. Alstom a morcelé ses activités par métiers, en créant des sociétés indépendantes, en en revendant certaines etc. ce qui a rendu plus difficile le travail des militants syndicaux et politiques combatifs. Le patron a d'autant plus facilement réussi à s'attaquer aux travailleurs, secteur par secteur.

Aujourd'hui, les deux principaux acteurs industriels de la plateforme sont le groupe américain General Electric et le groupe allemand Siemens. GE avait déjà repris il y a longtemps l'activité turbines à gaz et centrales à cycle combiné, récupérant une partie de Belfort ainsi qu'un autre site à Bourogne (qui est dans la 1ère circonscription). Il a ensuite repris les activités énergie restantes (turbines à vapeur etc.), lors d'un feuilleton mémorable sous le gouvernement Hollande, où GE a promis des créations d'emplois qui en fait n'en sont pas (quelques personnels sous-traitants déjà présents ont été embauchés, et par ailleurs d'autres emplois sont supprimés). GE emploie moins de 4.000 personnes dans le secteur (1/4 de ses effectifs en France). Dernièrement, l'usine ferroviaire restée Alstom, célèbre pour sa contribution historique au TGV (motrices), a été au centre d'une polémique et de lutte quant à sa délocalisation en Alsace, et finalement des commandes inopinées de l'Etat via la SNCF sont venues maintenir provisoirement les 400 emplois, avec très peu de visibilité sur l'avenir ; et il y a quelques mois, le groupe Siemens a annoncé le rachat d'Alstom, ce qui ajoute à l'incertitude.

Parmi les autres employeurs importants de Belfort, il y a aussi le centre hospitalier, qui fait l'objet d'un regroupement avec celui de Montbéliard sur un nouveau site localisé à Trévenans, à mi-chemin des deux villes, avec 3.800 personnes (et 200 lits en moins) ; plus difficile d'accès pour les personnes non véhiculées, il voit ses finances obérées par les emprunts mais aussi un loyer de 6,2 millions d'euros pour les activités logistiques au bénéfice d'une société en partie privée.

Belfort accueillait autrefois l'usine informatique et électronique Bull (2.500 personnes à la fin des années 1980), qui a fermé et dont les entreprises installées sur le site en guise de reconversion se sont évaporées dans des scandales divers (GigaStorage) ou d'autres difficultés (SERRIB).

De nombreux autres habitants de la circonscription travaillent dans les départements voisins, dont beaucoup chez PSA (le site de Sochaux-Montbéliard dans le Doubs emploie 9.000 personnes, celui de Mulhouse dans le Haut-Rhin 7.000...), et d'autres travaillent en Suisse.

En dehors de Belfort, la circonscription compte quelques petites villes et des villages.

Delle (5.700 habitants) est une petite ville ouvrière, frontalière de la Suisse, marquée par la présence de trois usines : LISI Automotive, VonRoll et Eurocast. LISI Automotive emploie environ 250 personnes et fabrique des fixations pour l'automobile et l'aéronautique. VonRoll, filiale du groupe suisse du même nom, possède les deux anciennes usines UDD-FIM spécialisées dans les produits d'isolation électrique : l'usine de pièces composites (qui travaille notamment pour Alstom) et l'usine de fils émaillés ; l'effectif est tombé sous les 300 personnes. Eurocast est la fonderie d'aluminium et de zamak (alliage de zinc, aluminium, magnésium et cuivre) dénommée successivement Thécla Industrie, Delle Fonderie Industrielle, puis Rencast, fabriquant des pièces notamment pour l'automobile (principalement PSA) ; au gré des repreneurs, elle a vu fondre... les effectifs, tandis que les aides publiques diverses pleuvaient sous prétexte de pérennité du site. Le dernier repreneur en date est le groupe stéphanois GMD (le repreneur de GM&S La Souterraine) qui l'a acquise fin 2009 (avec seulement 107 travailleurs) et l'a renommée Eurocast.

Beaucourt (5.000 habitants) est aussi une ville ouvrière, site historique des usines de C.E.B. (Constructions Electriques de Beaucourt), un fabricant de moteurs électriques, filiale de Leroy-Somer, lui-même racheté en 2017 à l'Américain Emerson par le Japonais Nidec. Par le passé, ces usines, passées par les groupes Japy (les fameuses vieilles machines à écrire !), Unelec-Alsthom etc. ont pesé très lourd dans l'emploi local (près de 2.000 personnes dans les années 1960, puis 1.000 en 1977), il reste 250 personnes aujourd'hui.

Danjoutin (3.700 habitants) est une banlieue Sud-Est de Belfort, anciennement industrielle. Grandvillars (2.900 habitants) est une autre petite ville ouvrière, proche de Delle ; l'usine LISI Automotive a été transférée en Haute-Saône, mais le siège social du groupe LISI est venu depuis Belfort pour s'installer ici, sur le site des anciennes forges, réhabilité en grande partie par les pouvoirs publics pour 25 M€...

A l'Est du département, le village de Fontaine (600 habitants), ancien chef-lieu de canton, frontalier du Haut-Rhin, abritait l'ancien aérodrome de Belfort-Fontaine qui a été transformé en une zone industrielle où se sont surtout installés des entrepôts logistiques et quelques petites usines. Le village de Bessoncourt (1.100 habitants), plus proche de Belfort, accueille le centre informatique du groupe PSA avec 300 personnes environ, et un centre commercial Auchan avec également 300 personnes.

Toute la région de Belfort est à la fois une zone fortement ouvrière avec des traditions (notamment autour du PS et de la CFDT), mais marquée par le recul quasi généralisé des effectifs dans l'industrie et par le morcellement du groupe Alstom, qui pèse sur le moral et la combativité. C'est aussi, enfin, le berceau du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement, sorti depuis longtemps du PS avec un programme plus ouvertement nationaliste, qui a toujours donné une couleur locale particulière aux différents scrutins. Enfin, le feuilleton des gouvernements Sarkozy, Hollande, Macron, et des politiciens locaux, se succédant autour des péripéties d'Alstom en prétendant défendre l'emploi local, a apporté pas mal de confusion.

C'est toutefois une zone où Lutte Ouvrière est présente de longue date, sur la plateforme Alstom, au centre hospitalier (l'ancien et le nouveau) mais aussi à la fonderie de Delle. En 2017 aux législatives, c'était Christiane PETITOT qui était titulaire pour LO ; elle avait obtenu 1,05 % (243 voix). Cette année, c'est Yves FONTANIVE qui devient titulaire.

Dans la campagne actuelle, les médias ont surtout lourdement insisté sur la concurrence entre l'ancienne candidate FN du Doubs, devenue n°2 des Patriotes, Sophie Montel, qui est venue s'affronter à Belfort au candidat local du FN.
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Re: Election législative Belfort

Message par Plestin » 29 Jan 2018, 13:10

Dans un contexte de faible participation (29,5 %), tous les candidats font moins de voix qu'en juin 2017.

Résultats :

- Ian BOUCARD (LR/UDI) dont l'élection avait été invalidée, est en tête et creuse l'écart avec les macronistes, en obtenant 39,02 % (5.266 voix), en nette hausse relative.
- Christophe GRUDLER (LREM / Modem) obtient 26,67 % (3.600 voix), en nette baisse relative.
- Anaïs BELTRAN (France Insoumise soutenue par PCF et MRC de Chevènement) obtient 11,62 % (1.568 voix), en léger recul relatif mais, en réalité, en très net recul par rapport à l'addition de FI, PCF et MRC qui avaient chacun leur candidat en 2017 et totalisaient 22,71 % ! Mais Mélenchon fait comme si de rien n'était.
- Jean-Raphaël SANDRI (FN, candidat à la place de Sophie MONTEL passée aux Patriotes) obtient 7,52 % (1.015 voix). Le FN est en très net recul, tout en devançant très largement les Patriotes.
- Vincent JEUDY (EELV) fait 4,45 % (601 voix), alors qu'il n'y avait pas de candidat EELV en 2017.
- Julie KOHLENBERG (Debout la France) fait 3,82 % (515 voix).
- Arthur COURTY (PS) fait 2,60 % (351 voix), il n'était pas candidat en 2017 et rappelons que dans la région le gros du PS, traditionnellement implanté, avait suivi depuis longtemps Chevènement. Mais c'est un très mauvais score, qui a réjoui Mélenchon qui a twitté un peu précipitamment "Le PS à 1 % perd son match avec LO à 1,7 %" !
- Sophie MONTEL (Les Patriotes) fait 1,99 % (268 voix), c'est un échec pour la n°2 du nouveau parti de Philippot.
- Yves FONTANIVE (LO) fait 1,59 % (214 voix), en hausse relative.
- Jonathan VALLART (UPR d'Asselineau) fait 0,73 % (99 voix).

En juin 2017, Ian BOUCARD n'avait fait que 23,70 % tandis que le macroniste Christophe GRUDLER avait obtenu 31,83 % : il est donc possible que certains électeurs (notamment FN) aient décidé de sanctionner Macron en votant pour le mieux placé de ses opposants de droite. On verra ce que donnera le second tour ; en 2017, le second tour avait élu Ian BOUCARD à 50,75 % face à Christophe GRUDLER 49,25 %, et ce très faible écart associé à des irrégularités (35.000 faux tracts de la France Insoumise et du FN appelant à ne pas voter pour Macron ou à voter Boucard, distribués dans les boîtes aux lettres à la veille de l'élection) avait conduit à invalider l'élection.

Le FN avait fait 17,50 % des voix en 2017 : il est donc en forte baisse mais cela ne s'explique pas principalement par l'apparition des Patriotes.
La France Insoumise avait fait 12,17 %, le MRC 9,10 % et le PCF 1,44 %, totalisant 22,71 % : leur union autour de la candidate de FI est un échec. Ils ont sans doute pâti en partie de l'apparition d'un candidat EELV et d'un candidat PS qui n'existaient pas en 2017.

LO avait fait 1,05 % (avec 243 voix) en 2017. En 2018, LO obtient 214 voix ce qui représente 1,59 %, en amélioration relative en % (pas en nombre de voix vu le taux de participation). C'est à Delle, la ville où travaille le camarade tête de liste, que LO fait son meilleur score (3,79 % et 32 voix) devant Beaucourt (2,57 % et 34 voix) et Grandvillars (2,30 % et 10 voix) alors que dans le centre-est de Belfort il obtient 0,96 % et 38 voix. Rappelons que les quartiers les plus populaires de Belfort sont dans l'autre circonscription et que le centre-est inclut des quartiers plus aisés et deux casernes. La petite banlieue Danjoutin donne 1,09 % et 7 voix. Les scores sont très variables mais généralement plus faibles dans les villages, par exemple : Joncherey (1,76 % et 5 voix), Bourogne (1,50 % et 3 voix), Andelnans (1,09 % et 3 voix), Fontaine (0,89 % et 1 voix), Bessoncourt (0,44 % et 1 voix), Chèvremont (0,00 % et 0 voix) pour ne citer que les plus gros, mais aussi Saint-Dizier-l'Evêque (5,22 % et 6 voix), Courtelevant (5,00 % et 5 voix), Pérouse (2,88 % et 7 voix), Vézelois (2,71 % et 6 voix), Méziré (2,37 % et 5 voix), Montreux-Château (2,11 % et 4 voix), Meroux (1,93 % et 4 voix)...

Sur les 214 voix, 121 sont dans les villes (dont 76 dans les trois petites villes ouvrières et 45 à Belfort + banlieue) mais tout de même 93 voix sont éparpillées dans 38 villages. Il y a au total 56 villages, dont 18 où LO a zéro voix (0,00 %). A noter que les meilleurs résultats sont volontiers localisés autour de Delle, pour les "gros" villages (Joncherey, Bourogne) comme pour les autres (Saint-Dizier-l'Evêque, Courtelevant, Méziré).

Les résultats sont trop faibles numériquement pour pouvoir affirmer avec certitude que certains électeurs PCF de 2017 n'ont pas voulu voter pour la France Insoumise en 2018 et ont préféré voter LO. C'est néanmoins l'une des trois hypothèses les plus plausibles à la petite hausse relative de LO : soit l'électorat LO de 2017 s'est moins abstenu que celui d'autres partis, soit malgré l'abstentionnisme la campagne a permis de gagner quelques nouveaux électeurs, soit une minorité de l'électorat PCF a voté LO. Et c'est sans doute un peu les trois. Il faut certainement rajouter aussi une petite "prime" à Delle due à la tête de liste. Mais on est encore loin d'une majorité dans les soviets...

Pour terminer : le profil de la moitié de Belfort présente dans la circonscription, avec des différences notables par rapport au reste de la circonscription. On remarque que, par rapport au total de la circonscription :

- BOUCARD / droite fait un peu moins, 36,82 %.
- GRUDLER / LREM fait beaucoup mieux, 34,39 % : le vote macroniste semble être urbain aisé ou petit bourgeois. Et la politique militariste d'un Macron aurait-elle incité les casernes à voter davantage pour lui ?
- BELTRAN / LFI fait à peine plus, 11,94 %.
- JEUDY / EELV fait mieux, 5,62 %, sans doute un profil davantage petit bourgeois urbain.
- COURTY / PS fait un peu moins, 2,30 %.

- FONTANIVE / LO fait bien moins, 0,96 %.

- SANDRI / FN fait bien moins, 3,82 %.
- KOHLENBERG / Debout la France fait bien moins, 2,20 %.
- MONTEL / Les Patriotes fait un peu moins, 1,57 %.
- VALLART / UPR fait bien moins, 0,38 %.

Comme déjà remarqué dans une précédente partielle que j'avais commenté (à Versailles), et contrairement à certaines idées reçues, la présence de nombreux militaires (notamment le 35ème régiment d'infanterie, 1.200 militaires) ne se traduit pas par un profil électoral plus FN, mais semble profiter plutôt à la droite et au gouvernement militariste en place (PS à l'époque de Versailles, Macron aujourd'hui) : les militaires seraient donc réacs, mais (encore) loyalistes...
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Re: Election législative Belfort

Message par Plestin » 29 Jan 2018, 13:15

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Re: Election législative Belfort

Message par Gayraud de Mazars » 29 Jan 2018, 16:43

Salut camarade Plestin,

Merci pour tes remarques éclairantes et ton analyse fine de la situation sur Belfort et sa circonscription !

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Election législative Belfort

Message par Plestin » 06 Fév 2018, 09:04

Au 2ème tour : victoire très nette du Républicain Ian BOUCARD, 59,18 %, face au macroniste Christophe GRUDLER 40,82 %, dans un contexte de participation encore un peu plus faible qu'au premier tour : 28,91 %.

En considérant que ce sont à peu près les mêmes électeurs qui ont voté (ce qui ne saurait être totalement vrai) cela signifie que la droite doit sans doute sa victoire non seulement au report de voix de tous les électeurs de droite et d'extrême droite du premier tour, mais aussi à environ 10 % d'électeurs qui avaient voté pour un candidat étiqueté à gauche : une amorce d'un "tout sauf Macron, fut-ce la droite", qui reste une minorité de l'électorat vu le taux de participation. Tandis qu'une bonne partie du reste de la gauche a voté pour le macroniste.
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