Mélenchon ça craint

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Re: Mélenchon ça craint

Message par com_71 » 29 Mars 2021, 12:48

Gayraud de Mazars a écrit :Lamentable Jean - Luc Mélenchon... Comme si le drapeau rouge, universelle bannière des travailleurs, ne représentait pas tout le peuple qui travaille. Laissons à la bourgeoisie, le drapeau tricolore... Le tricolore, une sombre pensée d'Union sacrée dans la tête de JLM ?


Et une sombre pensée d'Union sacrée avec JLM dans la tête de ceux qui ne trouve pas ça tout naturel ?
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Mélenchon ça craint

Message par Gayraud de Mazars » 30 Mars 2021, 06:46

Salut camarades,

Mélenchon, la Commune réconciliée avec le drapeau des versaillais ?
Lundi 29 mars 2021, publié sur le site aplutsoc
par Robert Duguet (1)

https://aplutsoc.org/2021/03/29/melench ... -duguet-1/

Image
Paris, 18 mars 2021, hommage à la Commune

« Quand la Commune de Paris prit la direction de la révolution entre ses propres mains ; quand de simples ouvriers, pour la première fois, osèrent toucher au privilège gouvernemental de leurs « supérieurs naturels», les possédants, et, dans des circonstances d’une difficulté sans exemple, accomplirent leur œuvre modestement, consciencieusement et efficacement (et l’accomplirent pour des salaires dont le plus élevé atteignait à peine le cinquième de ce qui, à en croire une haute autorité scientifique, le professeur Huxley, est le minimum requis pour un secrétaire du conseil de l’instruction publique de Londres), le vieux monde se tordit dans des convulsions de rage à la vue du drapeau rouge, symbole de la République du travail, flottant sur l’Hôtel de Ville. »

Karl Marx, Friedrich Engels, La Guerre civile en France (1871)

L’analyse historique que Mélenchon fait de la Commune de Paris n’est pas particulièrement originale, elle a souvent été reprise par les appareils de la vieille gauche aujourd’hui en décomposition : selon les périodes tantôt on faisait de la Commune, une affaire municipale plus à gauche, un aiguillon dans la démocratie bourgeoise, tantôt on insistait sur la mobilisation nationale contre l’envahisseur prussien : les staliniens étaient d’ailleurs assez forts sur la fibre cocardière, surtout après la guerre où il fallait appliquer la consigne de Staline dans l’oreille de Maurice Thorez : « pas de sottises ! Il faut soutenir De Gaulle ! »

L’interview de Mélenchon a une ligne directrice autour de laquelle tout le reste s’ordonne.

Il fait de la Commune une insurrection patriotique du peuple contre l’occupation prussienne. Réapparaît dans son discours le thème du peuple, entité abstraite, qui depuis l’éclatement du Front de Gauche après 2013, constitue le fond de sa pensée politique. Les classes sociales, leur rôle dans la production du travail ou de son exploitation est évacué de l’analyse. Il s’agit de s’adapter idéologiquement à l’air du temps, à savoir au national-populisme : sur fond de décomposition des appareils politique du mouvement ouvrier, disputer au RN la partie populaire de son électorat. De là découle dans la description qu’il fait de l’insurrection du 18 mars, après l’affaire des canons de Montmartre, le drapeau rouge qui se mélange avec le bleu blanc rouge et le chant repris de la Marseillaise par le peuple de Paris.

1848, l’aristocrate Lamartine, face à la montée prolétarienne, mène une lutte acharnée pour réconcilier le drapeau rouge avec le tricolore. Le gouvernement provisoire issu de la révolution de février réduit la représentation du mouvement ouvrier au socialiste Louis Blanc et à l’ouvrier Albert. La bourgeoisie donne au prolétariat la commission du Luxembourg qui est autorisée à discuter pour l’essentiel de l’association capital-travail. Lorsque la bourgeoisie « républicaine » estime que le moment est venu, elle laisse l’initiative aux généraux d’Afrique, les Cavaignac et les Lamoricière, pour écraser le prolétariat en juin. Le mouvement ouvrier est défait pour vingt ans : mais, dans la remontée de la conscience prolétarienne, il ne s’agira plus de soutenir l’aile gauche du républicanisme bourgeois mais de construire sa propre représentation politique. Dans les mois qui suivent les révolutions de 1848, la bourgeoisie a déjà choisi son maître, le bonapartisme, contre l’éphémère 2ème république parlementaire. Elle remercie Lamartine pour services rendus : ce dernier, qui ne voulait siéger ni à droite ni à gauche mais au plafond, ramasse une raclée mémorable contre Louis Napoléon Bonaparte.

Les affaires de drapeau et de chant dans l’histoire du mouvement ouvrier ne sont pas anodines… Le passage du tricolore au drapeau rouge signifie que le prolétariat n’est plus une force d’appoint de la démocratie républicaine. Plus question de se faire voler sa révolution comme en 1848. Dans la direction de la Commune siégeront des membres de la section français de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs), la 1ère Internationale.

D’emblée, la revendication de la résistance militaire à l’occupation prussienne, prend un contenu prolétarien. Tout simplement parce que Paris est assiégé : les conditions matérielles de la vie ne sont plus assurées à la population. La classe sociale qui est contrainte à l’offensive contre l’occupation c’est le prolétariat. Bien sûr qu’il y a eu des drapeaux tricolores et que des ouvriers ont chanté la Marseillaise, dans un premier temps ; mais très vite la résistance débouche sur le mot d’ordre d’une république sociale. L’assemblée nationale, issue des élections législatives de février, à majorité monarchiste, se réfugie à Bordeaux et remet le pouvoir exécutif à celui que Marx appelait « le nabot monstrueux », Adolphe Thiers. La bourgeoisie a fait son choix : il faut écraser Paris. Dans les accords de paix passés avec l’Etat-major prussien, Thiers demande la libération des soldats prisonniers qui formeront les futurs bataillons versaillais. Entre temps le nabot a mis la main sur les fonds de la banque de France.

Mélenchon a, du moins c’est lui qui le dit, la passion de l’histoire : quand on juge un processus révolutionnaire on pose en général la question du programme que l’on confronte à ce que la Commune a effectivement réalisé. Dans ces 30 minutes d’interview une seule phrase fait allusion aux revendications matérielles et à l’enseignement. Une seule phrase, je souligne…

Rappelons le programme que la Commune avait commencé à ébaucher :

En soixante-douze jours de sa courte existence, elle a interdit le travail de nuit pour les catégories concernées, réquisitionné les logements vacants pour les familles ouvrières qui étaient en attente, instauré un moratoire des loyers en retard, et limité la journée de travail à 8 heures ; elle a garanti par la loi l’égalité juridique des femmes et des hommes et plafonné les indemnités d’un élu au niveau du salaire de l’ouvrier qualifié. Elle a d’emblée, s’appuyant sur les moyens pourtant limités des mairies d’arrondissement – les syndicats professionnels n’existaient pas -, instauré l’instruction publique et laïque, séparé l’Église et l’État, interdit l’enseignement congréganiste, veiller à l’assistance publique pour les enfants abandonnés… Édouard Vaillant, délégué à l’enseignement, entre deux barricades, a appliqué le programme libéral de la révolution de 1789, que la bourgeoisie elle-même a rechigné à mettre en œuvre au long de ce XIXème siècle, voire a même renié dans la montée du bonapartisme. Mais surtout elle a réquisitionné les usines abandonnées par leurs patrons et en a confié la gestion aux producteurs eux-mêmes. C’est ce point qui fait dire aux marxistes de la 1ère Internationale et à Marx lui-même, « qu’elle est la forme enfin découverte de l’émancipation du travail. » Ce programme-là ne sera jamais compatible avec le drapeau bleu blanc rouge. La violence de la répression versaillaise, surtout la poursuite des exécutions de masse après la victoire strictement militaire, le poteau de Satory, les déportations s’expliquent parce que le prolétariat avait commencé à enfoncer un coin dans la propriété privée des moyens de production. Il fallait punir le prolétariat puis ériger sur la butte Montmartre le Sacré Cœur, en expiation des crimes de la Commune ; cette horreur architecturale vient d’être classée monument historique par la « socialiste » Hidalgo.

A la fin de l’interview le journaliste lit longuement un extrait d’un discours de Daniel Mayer : Mélenchon rend hommage à ce dirigeant socialiste, alors secrétaire de la SFIO et coordonnateur du mouvement socialiste dans la clandestinité. Il prononce fin 1945 un discours au Mur des fédérés, aux côtés du PCF : il fait le lien entre les fusillés de la Commune et ceux qui sont tombés dans la résistance, dans les maquis, dans les FTP, ceux qui ont été déportés… Il déclare : « …le seul moyen de leur rester fidèle est de construire le monde pour lequel ils sont morts. » On a vu comment les représentations officielles du mouvement ouvrier, SFIO et PCF, ont directement contribué, dans une situation de montée du prolétariat, à soutenir dans la clandestinité et à remettre le pouvoir à Charles De Gaulle. Alors que la résistance dans les maquis prenait un caractère prolétarien, le vieux guépoutiste Jacques Duclos écrivait : « A chacun son boche ! ». Tandis que bien des militants ouvriers tombés dans la lutte contre Vichy et les nazis auraient pu dire avec Missak Manouchian : « je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand ». Il s’agissait alors pour les appareils politiques du prolétariat d’encadrer les revendications et de les limiter à ce qui était contenu dans le programme du CNR, mais de ne pas toucher à la propriété capitaliste.

Voyez-vous, Mélenchon a aussi une divergence avec Jean Jaurès : il affirme avec aplomb que le grand tribun caractérise la révolution française comme une révolution bourgeoise. Non ! Non ! grosse erreur, elle est la Révolution universelle, dit-il… Pour qui a un peu lu la lumineuse histoire socialiste de Jaurès, cela prête à rire : le caractère extraordinairement vivant de son récit est fondé, non pas sur le concept abstrait du peuple version Mélenchon, mais sur le mouvement des classes sociales au sein de la révolution bourgeoise, par exemple sur l’émergence du courant jacobin des faubourgs qui aide la bourgeoisie à se débarrasser de ses ennemis féodaux. Tandis que ceux qui représentent la montée des formes nouvelles que prend l’exploitation capitaliste, cherchent à arrêter la révolution : ils s’appuieront plus tard sur le sabre de Brumaire… Dialectique vivante qui anticipe déjà la montée du mouvement ouvrier moderne mais qui reste dans les cadres d’une révolution bourgeoise. Certes une révolution qui a été plus loin dans la démocratie politique et sociale que ses consœurs européennes mais bourgeoise quand même…

Cette analyse repose sur un point de vue purement électoraliste et il faut en resituer le caractère falsificateur lié à l’itinéraire de l’intéressé depuis 10 ans : en 2017, il fait une campagne strictement adaptée aux institutions de la Vème république, et non de rassemblement comme celle de 2012. Son service d’ordre dans les manifestations de rue impose le drapeau bleu-blanc-rouge et la Marseillaise. Une campagne de rassemblement aurait sans doute permis d’être au second tour contre Macron. Aujourd’hui, il se dispose sur la même ligne dans une situation particulière où tous les appareils, y compris France Insoumise, couvrent la légitimité de Macron jusqu’en mai 2022.

Mélenchon déclare « La Commune appartient à tous les courants de la pensée révolutionnaires ». Certes ! Mais pour le mouvement ouvrier le drapeau bleu blanc rouge est celui des massacreurs de Versailles, de ceux qui ordonnaient en 1917 les fusillés pour l’exemple, de ceux qui ont interdit en 1945 la voie possible du socialisme, de ceux qui ont couvert les crimes du colonialisme…

Cette position national-populiste souille la Mémoire de la Commune, l’action de ceux qui appartiennent aux« courants de la pensée révolutionnaire », et qui n’ont pas renoncé à appliquer son testament.

Note :

(1) Sur les ondes de France Culture Mélenchon a consacré une interview de 30 minutes ce 27 mars sur la Commune. Vous pouvez vous référer à l’adresse suivante :

https://www.youtube.com/watch?v=HSSgMovwLwg


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Mélenchon ça craint

Message par com_71 » 30 Mars 2021, 11:03

Macron ignore la Commune de Paris, Mélenchon la tricolorise. Deux postures sur ce sujet, dans la campagne électorale de deux candidats au poste de président au service de la bourgeoisie...
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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