Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

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Re: Schoelcher jeté à terre en Martinique

Message par Plestin » 18 Juil 2020, 10:48

Par exemple, place Bellecour à Lyon, la statue équestre de Louis XIV.

Ce ne serait pas la première fois, puisque c'est la deuxième statue, celle du sculpteur Lemot, après que la première, celle du sculpteur Desjardins, qui était bien plus ressemblante (style avec perruque, pas "à la romaine" comme l'actuelle), ait été "détruite pendant la Révolution le 28 août 1792 pour être transformée en canons", selon wikipédia.

Comme quoi le déboulonnage ce n'est pas nouveau...
Plestin
 
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Re: Schoelcher jeté à terre en Martinique

Message par com_71 » 24 Juil 2020, 11:43

La suite, il va falloir peut être changer le titre du fil :
lutte ouvrière a écrit :Martinique : révolte des jeunes contre les gendarmes coloniaux
22 Juillet 2020

Les 16 et 17 juillet, Fort de France, en Martinique, a connu deux nuits d’affrontements entre jeunes manifestants et gendarmes. En effet, depuis plusieurs mois, en Martinique, un groupe de jeunes activistes nationalistes mène des actions de protestation dynamiques et un peu spectaculaires.

Ils sont dénommés « les antichlordécone » ou encore les « rouge vert noir » car ils brandissent le drapeau indépendantiste avec ces couleurs.

À plusieurs reprises, ils ont envahi des supermarchés appartenant aux riches békés pour réclamer réparation des préjudices causés par le chlordécone, ce pesticide extrêmement nocif importé par les gros planteurs reconnu comme responsable de cancers et autres maladies graves. C’est dans cette même mouvance que des jeunes ont revendiqué à visage découvert le déboulonnage des statues de Victor Schœlcher le 22 mai afin de mettre à mal le mythe de l’abolitionniste Schœlcher comme seul libérateur des Noirs antillais en 1848.

L’une des actions d’occupation d’une grande surface suivie d’échauffourée avec les gendarmes a conduit à des poursuites judicaires et policières. Jeudi 16 juillet, alors que deux de leurs camarades étaient en garde à vue, les jeunes « rouge vert noir » sont venus devant le commissariat réclamer pacifiquement leur libération. Aux Antilles, de telles actions sont souvent menées en chantant et en battant du tambour traditionnel. Mais très vite, ce sont les gendarmes blancs qui ont remplacé les policiers noirs et sont intervenus brutalement contre les jeunes. La prise violente du tambour par un gendarme a particulièrement suscité la colère. Un jeune qui a cherché à le récupérer a été frappé jusqu’au sang et la cible d’insultes racistes, comme « sale négro », avant d’être embarqué violemment par les gendarmes dans un fourgon.

Aux Antilles, tout comme le coup de pied d’un Blanc à un Noir, le geste d’arracher un tambour, commis par un Blanc contre un Noir, fait immédiatement penser à l’esclavage et au colonialisme d’antan, époques où la musique au tambour était interdite et réprimée car considérée comme un signe de rassemblement de révoltés. Ces gestes qui évoquent les pires moments d’oppression sont toujours immédiatement suivies de révolte.

De là sont parties deux nuits d’affrontements entre jeunes manifestants et gendarmes. Le calme n’est revenu à Fort de France que lorsque tous les jeunes ont été remis en liberté. Les vidéos des violences ont circulé très vite et ému la population. Les organisations politiques ont publié des communiqués de protestation et de soutien aux jeunes révoltés.

Tous les syndicats organisaient un meeting commun mercredi soir 22 juillet à la maison des syndicats. D’autres actions de protestation sont prévues par les organisations anticolonialistes et d’extrême gauche.

Pierre JEAN-CHRISTOPHE


Comment le site de Martinique la Première a rapporté le meeting du 22 juillet :
https://la1ere.francetvinfo.fr/martiniq ... 55972.html
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 24 Juil 2020, 13:30

Il est question dans l'article de LO d'opérations contre des supermarchés "à plusieurs reprises, ils ont envahi des supermarchés appartenant aux riches békés". En juin 2018, un groupe de jeunes, accompagnés d'un certain Kemi Seba, avait été récupérer dans un hypermarché "Génipa" des sachets de sucre de canne, sucre "taché de sang" car représentatif de l'esclavage. Combat Ouvrier avait parlé du passage de Kemi Seba :
Agir avec Kémi Séba ne peut que nuire au combat des opprimés !

Avec le soutien d'organisations nationalistes martiniquaises, Kémi Séba a fait une tournée de propagande en Martinique dans la foulée des commémorations de l'abolition de l'esclavage.

Kémi Séba est un activiste noir de parents béninois, né à Strasbourg en 1981. Il s'est fait connaître en 2004, en banlieue parisienne, comme animateur de « la Tribu Ka », un groupe qui sous prétexte de lutte contre le racisme anti-immigrés ne dédaignait pas de prôner le suprémacisme noir et l'antisémitisme. Il était apparu rapidement comme proche de Dieudonné, lui-même proche du Front National. Il a plus récemment mené une activité au Sénégal, puis au Bénin, au nom du panafricanisme. L'Afrique ou la peau noire, cela ne constitue pas un programme de lutte contre l'exploitation.

Le progrès d'idées réactionnaires, affirmées comme celles du Front National, ou plus confuses comme celles remuées par Kémi Séba et consorts, ne peut que nuire au mouvement des exploités.

C'est donc cette girouette mégalomane qu'a sponsorisée le Kolektif Matinik formé par le MIR (Mouvement international pour les réparations) de Garcin Malsa, Moun d'Olivier Bérisson (ex-dirigeant de l'ASSAUPAMAR), etc. Ce faisant ces organisations ont fait preuve de bien de légèreté et d'inconscience. En tout cas, elles montrent que leur activité, qui ne tient nul compte des intérêts du mouvement ouvrier, peut aussi être nuisible à celui-ci.

Le lien entre le groupe de jeunes "rouge-vert-noir" d'aujourd'hui et des participants à l'opération "Génipa" de 2018 n'est pas certain. En tout cas le positionnement d'une partie du mouvement nationaliste derrière un démagogue réactionnaire était bien révélateur.
Il fut aussi question du drapeau "rouge vert noir" dans cet article de CO du 14 07 2018 :
À défaut d’indépendance on en brandit le drapeau !

Des militants nationalistes ou « culturels martiniquais » semblent avoir engagé une campagne de promotion du drapeau « rouge-vert-noir ».

Il est tagué depuis plusieurs mois le long des axes routiers de l’île. Il a aussi été brandi au cours de quelques manifestations récentes, notamment celles autour de la venue de Kémi Seba en Martinique et celle du 9 juin, devant la préfecture, à propos de l’inaction des autorités devant les arrivées de sargasses. Un « Lyannaj Wouj Ver Nwè » a organisé une « Journée des couleurs et du drapeau », le 1er juillet, au parc de Tivoli. Son représentant, Georges Dru, est intervenu à plusieurs reprises dans les médias, en particulier par une longue tribune dans France-Antilles les 27 juin et 4 juillet.

Le drapeau rouge-vert-noir est apparu publiquement en Martinique à la fin des années 1960, dans le sillage du mouvement de lutte pour la décolonisation de l’époque. Mais les luttes nationalistes ont mené à une impasse totale pour les peuples. Conscient du rejet de l’indépendance par la population, Georges Dru veut convaincre que l’éloge du drapeau est maintenant à dissocier de cette perspective politique. Il y parvient bien mal. S’il déclare : « ...[les couleurs et le drapeau] interpellent désormais tous ceux qui affirment, avec leur sensibilité propre, une personnalité, une spécificité, une identité, une différence martiniquaise, un besoin et une exigence de reconnaissance de notre Être martiniquais. Cela se traduit par un engagement de plus en plus important de forces sans-parti pour le rouge-vert-noir » ; on lit ensuite : « Actuellement, la Martinique fait partie du territoire de l'État français. Le bleu-blanc-rouge est le drapeau de l'État français. Par conséquent, il flotte sur ce territoire. Le rouge-vert-noir cohabitera donc, avec lui, dans le cadre de l'État français. En sera-t-il toujours ainsi ? Cela dépendra des choix politiques des Martiniquais, pour l'avenir et dans l'avenir ». Oui, évidemment l’avenir le dira ! Il dira surtout que les travailleurs ne se laisseront pas entraîner à la solidarité avec leurs exploiteurs, fussent-ils ou non martiniquais. En attendant, cette discussion sur le « drapeau martiniquais » parait bien dérisoire voire comme un signe d’impuissance.


On peut relire aussi cet article de CO du 11 janv. 2020 :
Procès des manifestants des supermarchés !

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à la mi-octobre. Depuis cette date, un groupe de jeunes protestataires, soutenus par certains groupes nationalistes, a entrepris de bloquer les accès des magasins appartenant aux gros possédants békés de l’île.

Ils dénoncent la responsabilité de ces derniers dans l’empoisonnement de la population au chlordécone et réclament réparation. Le chlordécone est un pesticide hautement toxique responsable de l’accroissement de certains cancers et autres maladies. Il avait été acheté par les gros propriétaires békés et répandu sur les plantations de banane pour lutter contre le charançon. Le gouvernement français avait accordé une dérogation alors que le produit était interdit en France et aux USA.

Tour à tour, les supermarchés du groupe Bernard Hayot, (le plus riche béké des Antilles) tels les magasins Carrefour de Genipa à Ducos, de Cluny ou Dillon à Fort-de-France, Euromarché au Robert, le magasin M. Bricolage ou le magasin de vente de matériaux de Lagarrigue, ont été perturbés. Sept militants écologistes sont convoqués le lundi 13 janvier devant le tribunal de Fort-de-France. Ils sont suspectés d’avoir participé aux échauffourées à la suite de l’action des gendarmes contre des militants protestataires qui bloquaient les entrées du centre commercial Océanis et le supermarché Euromarché du groupe Hayot dans la commune du Robert.

Les faits s’étaient déroulés le samedi 23 novembre. Ce jour-là, les gendarmes envoyés en nombre s’étaient interposés brutalement pour empêcher le blocage du centre commercial. Provocations et échauffourées s’en étaient suivies entre gendarmes et militants car ces derniers, drapeaux rouge-vert-noir (indépendantiste) déployés, entendaient maintenir leur blocage. Ce procès aux relents coloniaux devra être l’occasion de renforcer la mobilisation. Il doit être celui des empoisonneurs !
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Re: Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 25 Juil 2020, 20:16

Communiqué de presse de Combat ouvrier

Non aux violences policières du 16 juillet contre les manifestants à Fort-de-France. Les scènes de violences policières auxquelles se sont livrées les gendarmes contre des manifestants le jeudi 16 juillet dans l’après-midi à Fort-de-France sont insupportables.

Les manifestants étaient rassemblés aux abords du commissariat de police en soutien à deux jeunes activistes qui avaient été mis en garde à vue le matin même dans le cadre de mobilisations anti-chlordécone. Des vidéos ont circulé dans lesquelles on voit des policiers s’acharnant tout particulièrement sur un des manifestants, avec des gestes d’une violence et d’une insistance rappelant ceux qui ont été vus au moment du meurtre de George Floyd à Minneapolis le 25 mai. Cela a déclenché une riposte des manifestants et des affrontements qui ont duré plusieurs heures. Combat ouvrier dénonce vigoureusement la brutalité policière et les comportements racistes qui l’ont accompagnée contre des manifestants pacifiques.

Combat ouvrier réaffirme sa solidarité avec ceux qui dénoncent une justice coloniale toujours prête à s’abattre sur les manifestants contre les exactions des pollueurs au chlordécone, et qui se montre clémente vis-à-vis de ces mêmes empoisonneurs.
Non aux brutalités inacceptables de la police.
Non ! Fort-de-France n’est pas Minneapolis !

Pour Combat ouvrier
Louis Maugée
Vendredi 17 juillet 2020
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Re: Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 25 Juil 2020, 20:25

Combat ouvrier 24 07 2020 a écrit :Statues détruites en série

La destruction de statues de personnages ayant un passé esclavagiste ou colonialiste a pris de l’ampleur à travers le monde après le meurtre raciste de George Floyd par un policier blanc aux États-Unis le 25 mai dernier.

En Martinique le 22 mai et en Guyane, ce sont les statues de Victor Schœlcher, un abolitionniste français, qui ont été détruites. Même si nous, militants de Combat ouvrier ne partageons pas tous les arguments des jeunes activistes qui ont détruit les statues de Schœlcher, nous comprenons la colère qui les anime car au fil des siècles, les autorités coloniales ont utilisé l’image de Schœlcher comme un mythe pour occulter des luttes menées par les esclaves pour leur propre liberté.

Aux États-Unis, le 6 juin 2020 à Richmond en Virginie, des manifestants ont détruit la statue de William Carter Wickham, un général pro-esclavagiste qui a vécu au 19ème siècle. D’autres statues dont celles de Christophe Colomb, le massacreur d’Amérindiens, ont été vandalisées. Le lendemain à Bristol en Angleterre, la statue d’Edward Colson, un marchand négrier qui a fait fortune au 18ème siècle, a été détruite et jetée dans le canal voisin. Ont suivi celle de Winston Churchill, célèbre premier ministre d’une puissance colonialiste et raciste ; puis le 10 juin à Bruxelles en Belgique celle du roi Léopold II (responsable de massacres et de mutilations de populations entières au Congo). La statue de Jean-Baptiste Colbert (ministre de Louis XIV et rédacteur du Code noir) située à Paris devant l’Assemblée nationale a été taguée et couverte de peinture rouge le 23 juin.

Aux USA les activistes anti racistes ont contraint l’armée à supprimer des casernes le drapeau des États esclavagistes de la guerre de sécession. Ces destructions de symboles du racisme ont le mérite de secouer l’opinion et de faire tomber certains mythes.

Mais si ce mouvement pouvait conduire à une plus forte prise de conscience des causes même du racisme, il y aurait un vrai pas de franchi. Car les causes de l’oppression raciale résident dans le fonctionnement même de la société capitaliste actuelle basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, sur les inégalités de classes. Le seul moyen d’éradiquer définitivement les injustices est de renverser le capitalisme par une révolution sociale des masses exploitées.

Additif :
Nous appelons à soutenir les activistes martiniquais poursuivis pour la destruction des statues de Schœlcher ainsi que le militant de la Brigade anti-négrophobie, Franco Lollia, dont le procès est prévu le 14 août prochain, pour avoir tagué la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale à Paris le 23 juin.
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Re: Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 27 Juil 2020, 04:13

A Fort de France, les statues de Joséphine et de d'Esnambuc ont été jetées à terre ce dimanche.
https://www.rci.fm/martinique/infos/Pol ... -le-prefet
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Re: Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 05 Août 2020, 18:00

LO, 05 Août 2020 a écrit :Martinique : des propos racistes provoquent la colère populaire

Lundi 27 juillet, plusieurs dizaines d’habitants de la petite ville du Diamant, en Martinique, ont manifesté contre les propos racistes de deux résidents blancs, accompagnant à la gendarmerie de la ville le jeune homme et la famille insultés. Ces derniers avaient en effet décidé de déposer une plainte.

Les manifestants sont restés ainsi mobilisés jusqu’à ce que les personnes en cause soient exfiltrées de leur domicile manu militari et mises en garde à vue.

L’affaire avait commencé le dimanche 26 juillet dans l’après-midi. Le jeune homme avait organisé une fête familiale à l’occasion de son anniversaire. Estimant que la musique était trop forte, la voisine irascible, résidant dans le quartier depuis quelque temps, avait filmé la soirée. Elle avait partagé ces vidéos sur Facebook en les accompagnant de propos injurieux, haineux et racistes, traitant les participants à la soirée de « singes ». Dans un échange avec un de ses amis, elle allait jusqu’à menacer d’user de cocktails Molotov ou de déboulonner la statue du « Nèg mawon » placée à l’entrée de la ville, symbole de la résistance antiesclavagiste.

Ces écrits largement partagés sur Internet ont provoqué la colère. Dès le lendemain, le jeune homme et la famille chez qui se déroulait la fête sont donc allés porter plainte à la gendarmerie, accompagnés de dizaines de personnes en colère. Devant la tournure prise par cette mobilisation, le nouveau maire Hugues Toussay a lui aussi déposé plainte pour injures racistes et propos haineux. La mobilisation a cessé tard dans la soirée, après l’interpellation des personnes en cause, qui devraient répondre de leurs propos devant la justice.

En Martinique une petite fraction de la jeunesse révoltée exprime depuis plusieurs mois ses sentiments de colère, face au racisme et, en général, aux séquelles du colonialisme. L’incident du Diamant, qui a fait grand bruit sur l’île, vient renforcer ces sentiments.

La population de Martinique, confrontée à une situation économique et sociale de plus en plus difficile, à la pauvreté et au chômage endémique, n’accepte pas, en plus, l’arrogance de certains et leur comportement raciste et imbécile.

Marianne TIBUS
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Re: Résurgence du rouge vert noir en Martinique ?

Message par com_71 » 08 Août 2020, 23:35

Une des jeunes femmes ayant publiquement appelé à abattre des statues avait été précédemment remarquée pour s'être attaquée, dans le cadre scolaire, à la figure de Victor Hugo :
Le dimanche 18 mai 1879, un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage réunissait, chez Bonvalet, cent vingt convives.

Victor Hugo présidait. Il avait à sa droite MM. Schoelcher, l’auteur principal du décret de 1848 abolissant l’esclavage, et Emmanuel Arago, fils du grand savant républicain qui l’a signé comme ministre de la marine; à sa gauche, MM. Crémieux et Jules Simon.

On remarquait dans l’assistance des sénateurs, des députés, des journalistes, des artistes.

Il y a eu un incident touchant. Un nègre aveugle s’est fait conduire à Victor Hugo. C’est un nègre qui a été esclave et qui doit à la France d’être un homme.

Au dessert, M. Victor Schoelcher a dit les paroles suivantes:

Cher grand Victor Hugo,

La bienveillance de mes amis, en me donnant la présidence honoraire du comité organisateur de notre fête de famille, m’a réservé un honneur et un plaisir bien précieux pour moi, l’honneur et le plaisir de vous exprimer combien nous sommes heureux que vous ayez accepté de nous présider. Au nom de tous ceux qui viennent d’acclamer si chaleureusement votre entrée, au nom des vétérans anglais et français de l’abolition de l’esclavage, des créoles blancs qui se sont noblement affranchis des vieux préjugés de leur caste, des créoles noirs et de couleur qui peuplent nos écoles ou qui sont déjà lancés dans la carrière, au nom de ces hommes de toute classe, réunis pour célébrer fraternellement l’anniversaire de l’émancipation, je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à notre appel.

Vous, Victor Hugo, qui avez survécu à la race des géants, vous le grand poète et le grand prosateur, chef de la littérature moderne, vous êtes aussi le défenseur puissant de tous les déshérités, de tous les faibles, de tous les opprimés de ce monde, le glorieux apôtre du droit sacré du genre humain. La cause des nègres que nous soutenons, et envers lesquels les nations chrétiennes ont tant à se reprocher, devait avoir votre sympathie; nous vous sommes reconnaissants de l’attester par votre présence au milieu de nous.

Cher Victor Hugo, en vous voyant ici, et sachant que nous vous entendrons, nous avons plus que jamais confiance, courage et espoir.

Quand vous parlez, votre voix retentit par le monde entier; de cette étroite enceinte où nous sommes enfermés, elle pénétrera jusqu’au coeur de l’Afrique, sur les routes qu’y fraient incessamment d’intrépides voyageurs, pour porter la lumière à des populations encore dans l’enfance, et leur enseigner la liberté, l’horreur de l’esclavage, avec la conscience réveillée de la dignité humaine; votre parole, Victor Hugo, aura puissance de civilisation; elle aidera ce magnifique mouvement philanthropique qui semble, en tournant aujourd’hui l’intérêt de l’Europe vers le pays des hommes noirs, vouloir y réparer le mal qu’elle lui a fait. Ce mouvement sera une gloire de plus pour le dix-neuvième siècle, ce siècle qui vous a vu naître, qui a établi la république en France, et qui ne finira pas sans voir proclamer la fraternité de toutes les races humaines.

Victor Hugo, cher hôte vénéré et admiré, nous saluons encore votre bienvenue ici, avec émotion.

Après ces paroles, dont l’impression a été profonde, Victor Hugo s’est levé et une immense acclamation a salué longtemps celui qui a toujours mis son génie au service de toutes les souffrances.

Le silence s’est fait, et Victor Hugo a prononcé les paroles qui suivent:

Messieurs,

Je préside, c’est-à-dire j’obéis; le vrai président d’une réunion comme celle-ci, un jour comme celui-ci, ce serait l’homme qui a eu l’immense honneur de prendre la parole au nom de la race humaine blanche pour dire à la race humaine noire: Tu es libre. Cet homme, vous le nommez tous, messieurs, c’est Schoelcher. Si je suis à cette place, c’est lui qui l’a voulu. Je lui ai obéi.

Du reste, une douceur est mêlée à cette obéissance, la douceur de me trouver au milieu de vous. C’est une joie pour moi de pouvoir presser en ce moment les mains de tant d’hommes considérables qui ont laissé un bon souvenir dans la mémorable libération humaine que nous célébrons.

Messieurs, le moment actuel sera compté dans ce siècle. C’est un point d’arrivée, c’est un point de départ. Il a sa physionomie: au nord le despotisme, au sud la liberté; au nord la tempête, au sud l’apaisement.

Quant à nous, puisque nous sommes de simples chercheurs du vrai, puisque nous sommes des songeurs, des écrivains, des philosophes attentifs; puisque nous sommes assemblés ici autour d’une pensée unique, l’amélioration de la race humaine; puisque nous sommes, en un mot, des hommes passionnément occupés de ce grand sujet, l’homme, profitons de notre rencontre, fixons nos yeux vers l’avenir; demandons-nous ce que fera le vingtième siècle. (Mouvement d’attention.)

Politiquement, vous le pressentez, je n’ai pas besoin de vous le dire.

Géographiquement,-permettez que je me borne à cette indication,-la destinée des hommes est au sud.

Le moment est venu de donner au vieux monde cet avertissement: il faut être un nouveau monde. Le moment est venu de faire remarquer à l’Europe qu’elle a à côté d’elle l’Afrique. Le moment est venu de dire aux quatre nations d’où sort l’histoire moderne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France, qu’elles sont toujours là, que leur mission s’est modifiée sans se transformer, qu’elles ont toujours la même situation responsable et souveraine au bord de la Méditerranée, et que, si on leur ajoute un cinquième peuple, celui qui a été entrevu par Virgile et qui s’est montré digne de ce grand regard, l’Angleterre, on a, à peu près, tout l’effort de l’antique genre humain vers le travail, qui est le progrès, et vers l’unité, qui est la vie.

La Méditerranée est un lac de civilisation; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie.

Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations: Unissez-vous! allez au sud.

Est-ce que vous ne voyez pas le barrage? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité,-l’Afrique.

Quelle terre que cette Afrique! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire; l’Afrique n’a pas d’histoire. Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas: Africa portentosa! (Applaudissements.)

C’est plus et moins que le prodige. C’est ce qui est absolu dans l’horreur. Le flamboiement tropical, en effet, c’est l’Afrique. Il semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit.

Eh bien, cet effroi va disparaître.

Déjà les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique; la France la tient par l’ouest et par le nord; l’Angleterre la tient par l’est et par le midi. Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal. L’Amérique joint ses efforts aux nôtres; car l’unité des peuples se révèle en tout. L’Afrique importe à l’univers. Une telle suppression de mouvement et de circulation entrave la vie universelle, et la marche humaine ne peut s’accommoder plus longtemps d’un cinquième du globe paralysé.

De hardis pionniers se s’ont risqués, et, dès leurs premiers pas, ce sol étrange est apparu réel; ces paysages lunaires deviennent des paysages terrestres. La France est prête à y apporter une mer. Cette Afrique farouche n’a que deux aspects: peuplée, c’est la barbarie; déserte, c’est la sauvagerie; mais elle ne se dérobe plus; les lieux réputés inhabitables sont des climats possibles; on trouve partout des fleuves navigables; des forêts se dressent, de vastes branchages encombrent çà et là l’horizon; quelle sera l’attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues? Des lacs sont aperçus, qui sait? peut-être cette mer Nagaïn dont parle la Bible. De gigantesques appareils hydrauliques sont préparés par la nature et attendent l’homme; on voit les points où germeront des villes; on devine les communications; des chaînes de montagnes se dessinent; des cols, des passages, des détroits sont praticables; cet univers, qui effrayait les Romains, attire les Français.

Remarquez avec quelle majesté les grandes choses s’accomplissent. Les obstacles existent; comme je l’ai dit déjà, ils font leur devoir, qui est de se laisser vaincre. Ce n’est pas sans difficulté.

Au nord, j’y insiste, un mouvement s’opère, le divide ut regnes exécute un colossal effort, les suprêmes phénomènes monarchiques se produisent. L’empire germanique unit contre ce qu’il suppose l’esprit moderne toutes ses forces; l’empire moscovite offre un tableau plus émouvant encore. A l’autorité sans borne résiste quelque chose qui n’a pas non plus de limite; au despotisme omnipotent qui livre des millions d’hommes à l’individu, qui crie: Je veux tout, je prends tout! j’ai tout!–le gouffre fait cette réponse terrible: Nihil. Et aujourd’hui nous assistons à la lutte épouvantable de ce Rien avec ce Tout. (Sensation.)

Spectacle digne de méditation! le néant engendrant le chaos.

La question sociale n’a jamais été posée d’une façon si tragique, mais la fureur n’est pas une solution. Aussi espérons-nous que le vaste souffle du dix-neuvième siècle se fera sentir jusque dans ces régions lointaines, et substituera à la convulsion belliqueuse la conclusion pacifique.

Cependant, si le nord est inquiétant, le midi est rassurant. Au sud, un lien étroit s’accroît et se fortifie entre la France, l’Italie et l’Espagne. C’est au fond le même peuple, et la Grèce s’y rattache, car à l’origine latine se superpose l’origine grecque. Ces nations ont la Méditerranée, et l’Angleterre a trop besoin de la Méditerranée pour se séparer des quatre peuples qui en sont maîtres. Déjà les États-Unis du Sud s’esquissent ébauche évidente des États-Unis d’Europe. (Bravos.)

Nulle haine, nulle violence, nulle colère. C’est la grande marche tranquille vers l’harmonie, la fraternité et la paix.

Aux faits populaires viennent s’ajouter les faits humains; la forme définitive s’entrevoit; le groupe gigantesque se devine; et, pour ne pas sortir des frontières que vous vous tracez à vous-mêmes, pour rester dans l’ordre des choses où il convient que je m’enferme, je me borne, et ce sera mon dernier mot, à constater ce détail, qui n’est qu’un détail, mais qui est immense: au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. (Applaudissements.)

Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra.

Allez, Peuples! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité. (Applaudissements prolongés.)

Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires.

Allez, faites! faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté!

Ce discours, constamment couvert d’applaudissements enthousiastes, a été suivi d’une explosion de cris de: Vive Victor Hugo! vive la république!

M. Jules Simon, invité par l’assemblée à remercier son glorieux président, s’est acquitté de la tâche dans une improvisation, d’abord familière et spirituelle, et qui s’est élevée à une vraie éloquence lorsqu’il a dit que c’était aux émancipés, qui avaient tant souffert du préjugé et de l’oppression, à combattre plus que personne à l’avant-garde de la vérité et du droit.


http://dormirajamais.org/hugo/
https://fr.theepochtimes.com/baccalaure ... 40556.html
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Schoelcher jeté à terre en Martinique

Message par com_71 » 07 Oct 2020, 16:11

artza a écrit :Voilà qui va désespérer Allouville-Bellefosse! ;)

mais ils ont bien de quoi se rattraper... (ou avait, est-il vraiment toujours vivant ?)
https://www.youtube.com/watch?v=0vnLt0Dhg00
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Re: Schoelcher jeté à terre en Martinique

Message par com_71 » 07 Oct 2020, 16:18

artza a écrit :Une question d'ordre politico-historique les Caraïbes vont-ils remplacer nos ancêtres les Gaulois ?


À ce propos on peut savoir qu'en tant que "non-noirs", ils sont assez mal vus par une partie non négligeable du milieu culturello-nationaliste. ;)
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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