Le décès d'Édouard de Lépine...

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Le décès d'Édouard de Lépine...

Message par com_71 » 22 Sep 2020, 04:33

...au Robert (Martinique) le 11 août, a été commenté dans l'extrême-gauche :

G.Pago, 12 août 2020 a écrit :Edouard de Lépine, une vie pour l'émancipation de la Martinique

Figure de la gauche martiniquaise, tout à la fois militant, historien et élu, Édouard de Lépine est décédé au Robert le 11 août, à l'âge de 88 ans. Tous deux militants communistes, nous avions fondé ensemble en 1972 le Groupe révolution socialiste (GRS). Même si nos chemins avaient divergé, nous étions restés proches. Voici mon hommage suivi de celui de Philippe Pierre-Charles, autre cofondateur du GRS.

De 1962, à son retour de la guerre d’Algérie où il avait été envoyé avec le contingent, jusqu’à sa mort en 2020, Édouard de Lépine et moi sommes restés amis. Le combat pour défendre les inculpés de l’OJAM (Organisation de la jeunesse anticolonialiste martiniquaise) nous a rapprochés, puis mon adhésion aux Jeunesses communistes dont il était le secrétaire général et moi, le secrétaire général adjoint. Nous étions des adeptes de la révolution cubaine, de Che Guevara, et partisans de l’indépendance politique pour le socialisme.

Cette position nous fait exclure du Parti communiste martiniquais (PCM). Nous construisons alors avec quelques autres – Philippe Pierre-Charles, Edouard Jean-Élie (qui nous a quitté le 13 juin dernier), Vincent Placoly (trop tôt disparu, en 1992), etc. – , le Groupe révolution socialiste en 1972. Puis nos divergences éclatent sur l’interprétation à donner à la victoire de la gauche en 1981, lors de l'élection présidentielle.

De Lépine y trouve le moyen de se désinscrire du combat indépendantiste tandis que nous autres cherchions les moyens de continuer le combat anticolonialiste en ré-intérrogeant notre tactique sans brader notre objectif. Les divergences devinrent importantes.

Par contre, malgré ce gap, j’avais gardé une vraie proximité avec un ami, un intellectuel contrariant mais un homme d’une grande culture et aussi d’une réelle fragilité intérieure. Cette complexité, je l’appréhendais. Sa mort m’attriste !

Philippe Pierre-Charles a écrit :C'est un géant qui nous quitte

Un pan de notre histoire s'effondre. Cette histoire qui l'a tant passionnée, à qui il a tant sacrifié. Curieuse ironie de la vie : il nous laisse sans avoir eu la santé qui lui aurait permis de donner son regard sur les débats (ou les non-débats !) qui font le bruit que l'on sait sur les "questions d'histoire" auxquelles il a consacré des dizaines d'années de sa vie.

On aurait pourtant bien tort de le réduire à la recherche historique et aux mandats d'élu qu'il a à l'occasion exercés. Même s'il a toujours eu une haute idée de ces missions et de leurs exigences, il est absolument certain que pour lui aussi bien le travail sur le passé que le travail d'élu n'ont été que des moyens au service d'une tâche plus grandiose : celle de l'émancipation de la Martinique comme partie intégrante de l'émancipation humaine.

Pour cette mission, il a tout essayé. Avant d'être le plus éminent des fondateurs du GRS, il a milité au sein et à la direction de la Jeunesse communiste du PCF puis du PCM avec une passion, une rigueur, une intelligence et une énergie qui forçaient le respect même de ses adversaires les plus coriaces. L'échec de son travail visant à la transformation de ce grand parti l'a conduit à tenter avec la même force l'aventure de la création d'une organisation dite "d'extrême-gauche" réalisant une synthèse inédite d'histoires et de générations différentes.

Dans ces années intenses, il a vécu une résistance du monde ouvrier et anticolonialiste à la rénovation plus fortes que son optimisme naturel. D'autres tentations lui sont venues et finalement la fascination pour Aimé Césaire et l'espoir de la Mitterrandie au pouvoir l'ont conduit au Parti progressiste martiniquais (PPM) où la conquête des mandats électifs était évidemment plus facile.

Homme d'idées, géant de la pensée martiniquaise mais passionné par l'humain sur toute la surface de la planète, il a consacré les dernières années de sa vie à ce qui lui semblait essentiel : la pensée de Césaire, l'histoire du mouvement ouvrier aussi bien dans ses épisodes anciens que plus récents, la réflexion sur l'esprit public de notre pays, l'ambition d'une Martinique plus juste, plus prospère, plus démocratique.

Malgré les polémiques inévitables chez celles et ceux qui croient à leurs idées – et, pour notre part, nos convictions restent intactes –, nous avons vécu à ses côtés des moments passionnés, magnifiques, malheureusement trop courts quand il reste tant à faire.En ce jour de deuil pour toutes les forces progressistes de ce pays et d'ailleurs, nous ne pouvons qu'exhorter les nouvelles générations à puiser dans son exemple ce qu'il y a eu de meilleur pour le faire fructifier dans les conditions d' aujourd'hui.

C'est en tout cas l'hommage qu'il aurait le plus apprécié, à n'en point douter.

https://blogs.mediapart.fr/gilbert-pago ... martinique
Combat Ouvrier, 19 sept. 2020 a écrit :Édouard De Lépine, un intellectuel au service de sa classe
Professeur d’histoire et passionné, il écrivit de nombreux ouvrages notamment sur les luttes sociales en Martinique comme son ouvrage La crise de février 1935 à la Martinique : la marche de la faim sur Fort-de-France ou encore Chalvet février 1974.
Jeune, Edouard De Lépine a milité au parti communiste français, et à la fédération de Martinique de ce parti. Il y a été responsable des jeunesses communistes. Il sera plus tard à la direction du PCM (Parti communiste Martiniquais) avant d’être exclu de ce parti à la suite de ses prises de position en faveur de l’indépendance de la Martinique. En décembre 1968, le PCM avait nettement pris position contre l'indépendance lors son IVe Congrès. En 1972 De Lépine fut membre fondateur du GRS (Groupe Révolution socialiste).
C’est d’abord sous le nom du Mouvement du 10 janvier que le futur GRS exista, avec le regroupement de militants issus du PCM dont Gilbert Pago et d’un mouvement de jeunes lycéens proche d’eux.
En 1973, lors de son premier congrès, le GRS s’affilia au Secrétariat Unifié de la 4ème Internationale, d’étiquette trotskiste.
Ce dernier a toujours fait preuve de suivisme vis-à-vis des organisations petites bourgeoises nationalistes du tiers-monde. De Lépine se fixait plus à l’époque pour modèle Cuba, la Chine ou le Vietnam, que la révolution prolétarienne d’Octobre 1917.
« L’exemple prestigieux des combattants vietnamiens est là, aujourd’hui, qui nous montre la voie ; exemple héroïque, au moment où se conjuguent la crise de l’impérialisme et la crise du stalinisme » avait écrit l’organisation de De Lépine à l’époque.
Dix ans plus tard, grand admirateur de Césaire, il tourne le dos au GRS. Il rejoint le parti créé par Césaire avec des militants et intellectuels de la petite bourgeoisie anti-colonialiste, le PPM (parti progressiste martiniquais) et se range clairement sur le terrain du nationalisme modéré. Au journaliste de France-Antilles du 3 septembre 2014, qui lui demandait : Au fond, qu'est-ce qui vous a poussé à vous encarter au PPM ? Il répondait ainsi « C'est l'idée qu'on ne peut pas être indépendantiste à la place du peuple. A ce sujet, si Césaire m'a appris quelque chose, c'est à me mettre à l'écoute du peuple réel et à me dire que l'on ne peut pas vouloir faire l'histoire de la Martinique à la place des Martiniquais. Cela dit, j'étais indépendantiste quand j'ai adhéré au PPM. Je croyais à la possibilité d'une coexistence pacifique de plusieurs courants, indépendantiste révolutionnaire ou réformiste, autonomiste révolutionnaire ou réformiste. Cette coexistence étant la condition d'une véritable démocratie dans le parti. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. »
Nous devons à Delépine de nombreux ouvrages de talent sur la Martinique et ses hommes politiques, sur l’histoire du mouvement ouvrier. Il fut un bref compagnon de route de ce mouvement ouvrier. Mais comme beaucoup d’intellectuels il fit le choix plus confortable pour eux de soigner sa carrière personnelle. Il fit le choix de devenir un notable reconnu d’un parti bourgeois de gauche, le PPM, lié au parti socialiste français, fondamentalement ennemi de la classe ouvrière.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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