Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

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Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Gayraud de Mazars » 29 Juil 2020, 12:43

Salut camarades,

C'est avec peine que nous avons appris, tous, je pense, le décès d'une grande dame - Gisèle Halimi... Avocate, militante, de tant de causes si précieuses, je souhaitais reproduire ne sachant quoi trouver de pertinent, un article sur ses combats, j'ai choisi cet article de Lutte Ouvrière de 2006...

Le procès de Bobigny de 1972 : Une étape du combat pour les droits des femmes
05 Avril 2006, par Sophie GARGAN
Dans le journal de Lutte Ouvrière...

https://journal.lutte-ouvriere.org/2006 ... 12781.html

Le téléfilm Le procès de Bobigny, diffusé le 3 avril [2006] sur France2, a rappelé ce que fut cet épisode du combat des femmes pour le droit à l'avortement.

C'était en 1972. Marie-Claire, 16 ans, enceinte à la suite d'un viol, comparaissait devant le tribunal de Bobigny pour avoir avorté. Quant à sa mère, elle était jugée pour "complicité", car l'avortement était alors un délit. Les femmes n'avaient pas le droit d'interrompre une grossesse non désirée. Les peines encourues étaient lourdes: six mois à deux ans de prison pour celle qui avait avorté, et un à cinq ans pour celle ou celui qui lui en avait procuré les moyens.

Lors de leurs procès, la mère et la fille eurent le courage de braver cette loi injuste, criminelle et hypocrite. Tout le monde savait alors que, chaque année, des centaines de milliers de femmes avortaient. Celles qui avaient les moyens, ou les relations sociales qui vont souvent avec, le faisaient avec l'aide de médecins ou à l'étranger. Les autres, celles qui, comme Marie-Claire et sa mère, étaient de milieu modeste, recouraient à tout ce qui pouvait servir pour déclencher l'avortement. Des dizaines de femmes mouraient chaque année, des suites d'un avortement clandestin dans de mauvaises conditions sanitaires.

Marie-Claire eut donc le courage d'affirmer que ce n'était pas sa mère qui lui avait demandé d'avorter, mais qu'elle avait décidé, elle-même, de ne pas mettre au monde un enfant non désiré. Quant à sa mère, elle eut le cran d'affronter un tribunal d'hommes nantis et pleins d'assurance pour leur asséner que ce choix relevait du seul droit des femmes, et pas des tribunaux. Elles étaient soutenues autour du tribunal par des manifestantes brandissant des pancartes: "Notre ventre nous appartient", "Un enfant, si je veux, quand je veux".

Gisèle Halimi, avocate et militante pour les droits et les libertés des femmes, assura la défense des deux accusées. Elle fit le procès de cette législation barbare. Jacques Monod, prix Nobel de médecine, vint dire à la barre que cette loi était dépassée par la médecine; le professeur Milliez, médecin gynécologue, catholique et pratiquant, en affirmant qu'il aurait avorté Marie-Claire si celle-ci le lui avait demandé, mit en évidence l'hypocrisie de cette loi.

Marie-Claire fut relaxée. Sa mère fut condamnée à 500F d'amende avec sursis, et la femme qui avait pratiqué l'avortement à un an de prison avec sursis. Les tribunaux eux-mêmes étaient contraints de reconnaître l'absurdité de la loi. Mais c'est le combat mené par Marie-Claire et sa mère, et par des centaines de milliers d'autres femmes dans ces années-là, qui allait finir par imposer la liberté pour les femmes de mettre fin à une grossesse non désirée. Comme l'a rappelé Gisèle Halimi dans une interview, il faut savoir "désobéir à une loi répressive pour affirmer une liberté première".

Le droit à l'interruption volontaire de grossesse est aujourd'hui remis en cause, ne serait-ce que par le manque croissant de structures médicales où le pratiquer. Ce n'est pas un combat du passé, il reste d'actualité.


Article en 2011...

Il y a 40 ans - Avril 1971, Le Manifeste des 343 : La pression de la lutte des femmes pour le droit à l'avortement

https://journal.lutte-ouvriere.org/2011 ... 24562.html

Sur le même sujet mais en 2012...

Il y a 40 ans, octobre 1972 : le procès de Bobigny, un combat des femmes pour le droit à l'avortement

https://journal.lutte-ouvriere.org/2012 ... 28388.html

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Gayraud de Mazars » 29 Juil 2020, 18:32

Salut camarades,

Excellent article sur la mort de Gisèle Halimi, dans le journal de Lutte Ouvrière par Sylvie Friedman...

Gisèle Halimi, une combattante
Le mercredi 29 Juillet 2020

https://journal.lutte-ouvriere.org/2020 ... 50717.html

Depuis sa mort, mardi 28 juillet, tous les médias saluent en Gisèle Halimi une avocate qui fut une grande « féministe ». C’est une unanimité de louanges. Mais ils sont moins nombreux à rappeler qu’elle a aussi pris parti contre la colonisation.

Nous aussi saluons Gisèle Halimi, qui fut une combattante. Née en 1927, élevée dans un milieu juif tunisien traditionnel où l’on n’attachait guère d’importance à l’instruction des femmes et où on voulut la marier à 16 ans, elle a su se battre pour échapper à son sort, faire des études, et partir à Paris pour devenir avocate.

Elle n’avait même pas trente ans quand débuta ce qu’on appelle la guerre d’Algérie, c’est-à-dire en fait la lutte du peuple algérien pour son indépendance, quand l’Algérie était encore une colonie française. L’État français, avec à sa tête des gouvernements alternativement de droite, ou du centre avec Mitterrand, ou de gauche avec le socialiste Guy Mollet, mena une guerre implacable contre cette lutte légitime.

Dans cette période, plus d’un demi-million de jeunes Français ont été envoyés en Algérie au cours de leur service militaire, de 24 mois ou plus, jouer le rôle d’une armée d’occupation. On leur faisait mener des opérations dites de pacification qui consistaient à enlever ou à tuer tous ceux qui étaient soupçonnés d’être au FLN ou de l’aider. Des villages entiers furent détruits, leurs habitants tués ou rassemblés dans des camps.

Gisèle Halimi se spécialisa dans la défense des militants du FLN. Elle défendit en particulier une jeune militante, Djamila Boupacha, torturée et violée en prison par les militaires français. C’était prendre des risques que d’aller aider en Algérie les emprisonnés. Elle fut d’ailleurs menacée de mort par les tenants de l’Algérie française. Ce n’était pas une cause qui avait les faveurs de l’opinion publique et des médias, à une époque où même le Parti communiste français ne défendait pas l’indépendance de l’Algérie, mais seulement « La Paix en Algérie » et où les combattants FLN étaient présentés que comme de dangereux terroristes.

Nous ne discutons pas ici de la politique du FLN, que nous ne soutenions pas, tout en soutenant inconditionnellement la lutte du peuple algérien, mais du climat qui régnait à cette époque en France, et du courage d’une jeune femme qui fit ce qu’elle jugeait juste. Et à une époque où les femmes n’avaient pas encore officiellement le droit de travailler ou de posséder un compte en banque sans l’autorisation de leur mari !

Après l’indépendance de l’Algérie, Gisèle Halimi continua à combattre pour la cause des femmes. Dans un procès qui fit du bruit, celui dit de Bobigny en 1972, elle défendit une mère qui avait aidé sa fille à avorter. Car à cette époque, l’avortement était encore passible de prison. Le droit légal à la contraception n’existait alors que depuis peu, et des centaines de milliers d’avortements clandestins avaient lieu en France chaque année, avec tous les risques que cela impliquait pour les femmes concernées. La jeune fille fut relaxée, la mère condamnée à deux ans de prison avec sursis.

Ce procès fut une étape dans la longue lutte de bien des femmes et des hommes d’ailleurs, pour en finir avec la pénalisation de l’avortement et aboutir à la loi de 1975.

Elle participa ensuite au mouvement pour faire reconnaître le viol comme un crime, passible donc de la cour d’assises, et non plus comme un simple délit. Pendant le procès d’Aix-en-Provence, elle appela à la barre Arlette Laguiller, qui commençait à être connue, comme témoin non pas de ce viol, mais de la pression que subissaient au quotidien les femmes qui travaillaient.

Gisèle Halimi a choisi de combattre pour ce qu’elle estimait juste et a fait évoluer la loi, au début toujours à contre-courant dans un milieu réactionnaire, celui de « la justice », souvent à contre-courant dans l’opinion publique. C’était une femme courageuse.


Fraternellement,
GdM
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Cyrano » 03 Août 2020, 19:07

«Gisèle Halimi a choisi de combattre pour ce qu’elle estimait juste et a fait évoluer la loi»
Des louanges pour une réformiste, alors, si je lis bien?
ou pas?
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par com_71 » 04 Août 2020, 00:19

Certes, mais pas de la sorte qui fusille les ouvriers. :D
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Cyrano » 04 Août 2020, 07:32

Ah oui, voilà!
Je cherchais une formule lapidaire, pour différencier: tu l'as trouvée. Je m'en servirai.
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Patrocle » 04 Août 2020, 10:03

Cyrano a écrit :»
Des louanges pour une réformiste, alors, si je lis bien?
ou pas?


Je ne sais pas exactement qu'est-ce que tu as fais pour combattre le colonialisme français en Algérie, ou pour lutter contre les discriminations de genre ou encore pour l'IVG mais on pourrait sur ces questions, comparer ton bilan de "révolutionnaire" avec celui "réformiste" de Gisèle Halimi. pffffff ....

edit amin : a écrit :Rappel charte, art. 2
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Cyrano » 04 Août 2020, 10:41

Eh, Patrocle, on se calme, je m'amuse. Et com_71 n'est pas monté sur ses grands chevaux pour répondre à ma saillie sur le réformisme.
Mais les intégristes de la lutte des classes ne m'amusent pas, par contre: ce sont souvent des intégristes n'ayant participé à rien.
Faut être plus détendu. OK?
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Patrocle » 04 Août 2020, 20:36

Cyrano a écrit :Eh, Patrocle, on se calme, je m'amuse. Et com_71 n'est pas monté sur ses grands chevaux pour répondre à ma saillie sur le réformisme.
Mais les intégristes de la lutte des classes ne m'amusent pas, par contre: ce sont souvent des intégristes n'ayant participé à rien.
Faut être plus détendu. OK?


Désolé Cyrano d'avoir mal interprété et tu as raison la détente c'est pas plus mal.

A propos de la remarque en "rouge" : comparer les bilans n'a absolument rien à voir avec une attaque personnelle. Cela permet en revanche de situer les points de vue.
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par artza » 05 Août 2020, 06:38

Pour moi Gisèle Halimi restera l'avocate menacée de mort de Djamila Boupacha.
Beaucoup n'oublierons jamais sa défense de Marie-Claire violée, enceinte à seize ans et que sa mère aida à avorter.

Ces deux procès se déroulèrent dans des conditions totalement différentes et encore aujourd'hui ne résonnent pas de la même manière dans l'opinion.

Ensuite, Gisèle Halimi mis son renom au service de Mitterrand.
C'est presque une autre histoire et ça n'intéresse plus.
Gisèle Halimi fut aussi opposée au port d'un voile religieux dans les enceintes scolaires, qui s'en souvient ou s'en préoccupe?
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Re: Gisèle Halimi est partie... Restent ses combats !

Message par Cyrano » 05 Août 2020, 07:47

Dans l'article de LO:
Et à une époque où les femmes n’avaient pas encore officiellement le droit de travailler ou de posséder un compte en banque sans l’autorisation de leur mari !

Ça semble si loin, et c'est si près!
Mais le compte en banque, c'était chez les bourgeois. En 1968, encore, j'étais payé en liquide (avec un acompte au milieu du mois). Y'a juste 50 ans. Et au début des années 1970, on manifestait dans les rues de Bourges pour le droit à l'avortement. Ça fait bizarre de repenser à tout ça avec la grisaille du Covid.

Pour Patrocle: bah! sur un forum, y'a souvent des confusions, car on n'a pas le regard, le ton de voix, bref, tout ce qui fait le charme d'une causerie - même avec un masque.
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