Pas de vague

Re: Pas de vague

Message par Zelda_Zbak » 26 Oct 2018, 05:57

Oui, tu as raison, je suis injuste, pardon.
Hier, à la cantine, j'ai mangé à table avec 3 collègues comme moi, passés d'ex prof en souffrance (constante ou intermittente, ça dépend des collègues), qui ont décidé de changer de job tout en restant éducation nationale. Et fort heureusement, l'Education Nationale a prévu des dispositifs pour ces collègues fort nombreux sur le long terme.
Nous avons bien sûr échangé sur le phénomène #pasDeVague.
3 sur 4 ont constaté que cette vague résonnait en nous très fort. Un seul collègue semblait un peu moins touché.

L'un disait en substance : "Il faut qu'ils portent plainte (au commissariat) dès qu'un truc anormal leur arrive."

Un autre à la question "Vous avez eu quand même eu quelques moments de grâce dans votre ancienne carrière de prof ?"
- Moi ? pas une seconde de grâce... (rire très triste...)

Enfin le dernier me racontait une autre fois ceci qui figurerait en bonne place sur #pasDeVague.
Un élève (parmi d'autres) lui jettent un enc... à la figure. Et je ne parle pas d'un encrier, mais l'effet psychologique est tout aussi violent.
Le collègue déboule chez sa proviseure, demande une sanction à la hauteur de l'insulte.
La proviseure "Bah, qui n'a jamais été injurié dans sa vie !il faut relativiser, ce ne sont que des mots. Vous êtes vraiment trop frontal, Monsieur Machin".
Mon ami, qui est effectivement très frontal, c'est même pour ça que je l'aime beaucoup, de marmonner pendant que la proviseure parle :
"Connasse... pauv'cloche... débile... nullasse... pétasse... "
etc...
la proviseure s'arrête de parler, estomaquée...

"Ben quoi, je croyais que c'était que des mots ??? "

Eh eh eh... bam dans ta gueule... "Acceptez des élèves ce que je ne tolèrerais pour ma part de personne", c'est encore une des contradictions d'un chef d'établissement, représentant du recteur dans son établissement, recteur lui-même représentant du ministre dans son académie.

PS : je chemine, je chemine dans ma tête. #pasDeVague présente déjà un gros avantage : on peut le faire lire à tout jeune qui nous déclare : "Je veux être prof" et qui croit avoir une vocation... pour un métier dont il sous-estime très largement les turpitudes.
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Re: Pas de vague

Message par Zelda_Zbak » 26 Oct 2018, 06:41

Ronnie


@RonnieNika59
7m7 minutes ago
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Replying to @MarieLaureGB @chanuage
L'évaluation au "mérite"
#pasdevague = tu es un bon prof
Notes sur-évaluées = tu es un bon prof
Projeeeeets multiples = tu es un bon prof
Obéissance passive aux injonctions même (surtout) aux plus insensées = tu es un bon prof
Bon lècheur de bottes = tu mérite la HC et la CExcep.
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Re: Pas de vague

Message par kaïre » 26 Oct 2018, 08:39

Bon, faudrait quand même pas trop exagérer et voir tout en noir. Prof en lycée pro industriel de 1966 à 2008, en région parisienne (93-95-75) et en province, je n’en suis pas morte et j’ai même regretté de partir en retraite.
Bien sûr, il y a eu des moments difficiles (ex : un petit groupe d’élèves FN foutant systématiquement le b…) mais il y a eu aussi, bien plus nombreux, plein de moments extraordinaires, trop long à raconter…
Bien sûr, la violence des jeunes augmente, reflet de celle de la société. Bien sûr, un certain nombre de comportements sont inadmissibles. Mais aussi, bien sûr, il y a des profs qui ne sont pas fait pour ce métier. Et j’ai côtoyé des collègues que je qualifiais d’ « assassins d’enfants » (là aussi, trop long).
On leur demande le « respect » en oubliant qu’il se mérite et ne s’impose pas. Et que pour l’obtenir, encore faut-il être respectable. Culte de l’argent facile, « incivilités », violence… Et alors ? L’exemple vient de haut ! « Valeurs de la République » ? Vendre des armes à des assassins !
Et puis, qu’est-ce que ça va donner, cette « libération de la parole » (faut être à la mode) ? Ordre, discipline, exclusions, uniformes, centres éducatifs fermés, et pourquoi pas lever aux couleurs et Marseillaise au début de chaque cours !
Bien sûr, être prof, c’est un boulot difficile et exigeant qu’après les heures de cours on emporte encore chez soi. Et pas uniquement à cause des copies à corriger. Mais la solution n’est certainement pas dans toujours plus de répression. Or, c’est ce vers quoi tout semble s’acheminer.
Et de solutions, hormis exiger collectivement des moyens humains et matériels -ce qui ne peut pas tout résoudre-, il n’y en pas dans le cadre de ce système, « car l’école ne peut être isolée de l’ensemble de la société et de sa crise générale, économique et sociale » comme l’écrit la LO.
kaïre
 
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Re: Pas de vague

Message par Zelda_Zbak » 26 Oct 2018, 08:51

Bonjour Kaïre.
Tu enseignais quoi ?
Ca a beaucoup compté dans mon cas et dans le cas des ex profs avec qui je mangeais hier.

Ce qui est certain pour moi aujourd'hui, c'est que je n'étais pas faite pour être prof toute la vie, comme en fait la grande majorité des gens.
Mais j'étais vraiment faite pour être prof une vingtaine d'années dans des conditions un peu correctes...

Moi, j'enseignais le français et l'anglais en LP. Tant que je faisais les deux, mon ressenti était globalement positif, même si cela restait difficile.
Mon ressenti est devenu insupportable quand la pratique est devenue : les lettres anglais ne feront dorénavant que de l'anglais en LP. Là, c'est devenu infect.
Parce que je passais de 5 classes à 9 classes, parce qu'en anglais, je n'avais plus prise sur eux, tandis qu'en français, j'avais beaucoup de facilité à les intéresser.
Les collègues de lettres histoire avaient globalement beaucoup moins de difficultés que les collègues de lettres anglais, qui sont devenus d'anglais tout court donc ou de maths...
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Re: Pas de vague

Message par titi » 26 Oct 2018, 16:59

Salut, je ne suis pas prof, mais parent, impliqué de près dans la vie des établissements où vont / sont allés mes enfants, conseils de classes, conseil d'administration, commissions diverses, bref, j'ai vu beaucoup de choses, de près.

Pas de vague, ça résonne aussi en moi, et pas forcément de la même façon que ce que j'ai lu de-ci de-là.
Quand on remonte des dysfonctionnements graves, ou des violences venant des élèves, ou des adultes, on a souvent droit à "pas de vagues", même si derrière des choses peuvent changer parfois.

J'ai vu des profs immondes, méchants, qui ne pensent que sanction et brimades, une prof qui a même dit un jour "mais à quoi ça sert le sursis dans un conseil de discipline" ? J'ai vu des profs géniaux, qui sont rarement emmerdés par leurs élèves (attention, je ne dis pas que ceux qui sont emmerdés sont tous des profs qui le méritent), qui obtiennent un respect énorme. J'ai vu des chefs d'établissements de tous acabits, qui saquent à tour de bras, ou qui au contraire cherchent toujours la part éducative dans toute sanction. Idem chez les CPE (vie scolaire), même si c'est plutôt le fait qu'ils ont assez ou pas de surveillants qui les fait être plus ou moins brutaux. Parce que oui, les moyens matériels et humains jouent énormément dans l'ambiance d'un établissement (collège ou lycée, en primaire je ne sais pas trop).

Dans mon lycée, polyvalent (général et pro), je fais les conseils de classes des sections pros, bien que ma fille soit en général. Parce que très peu de parents en pro s'investissent dans leur lycée, on le voit par les taux de participations aux élections de parents d'élèves qui sont extrêmement faibles en pro. Très peu de parents de pro adhèrent aux associations de parents. Pas la peine de vous expliquer pourquoi, ce n'est pas sorcier : trop d'élèves sont en pro "par défaut". Même des bons, mais pas nés dans le bon quartier. Leurs parents sont dégoûtés.
Eh bien, le proviseur est ravi que je fasse ces conseils de classe. Ça crée de la bienveillance, du lien. Mais ce n'est pas tout : avec ce proviseur, on dépense un maximum d'argent pour faire "sortir" ces élèves de pro, sorties scolaires culturelles, voyages. Car avant lui, le budget du lycée était "économisé", avec des réserves financières hallucinantes. Certes, dans quelques années, on ne pourra plus, mais en attendant, ça fait un bien fou à ces élèves de pro, d'êtres considérés, encouragés. Les résultats au bac sont bien meilleurs.

Mais ça n'est pas la tendance de fond dans l'Education Nationale : les jeunes de pro sont de plus en plus sacrifiés, il y a quelques années ils ont perdu une année de formation (passage au Bac Pro en 3 ans au lieu de 4), et là, on leur prépare une réduction massive des cours de culture générale. A coté de ça, ParcoursSup a été désastreux pour ceux qui envisageaient autre chose que les filières courtes (type BTS). Bref, le message que l'Etat fait passer à ces jeunes est simple : rien à foutre de vous. 25% de chômeurs parmi les jeunes des quartiers populaires, pourquoi investir dans leur culture ? Motivant, n'est-ce pas ?

Alors dans d'autres lycées pro ou polyvalents, les proviseurs se transforment en gardes-chiourmes, j'en connais même qui font signer des "lettres de démission en blanc" aux élèves de pro, bonjour la confiance !

Ne croyez pas que l'Education Nationale cherche à remédier à ces situations : au contraire, sur toute leur scolarité, les jeunes auront eu les cartables trop lourds, les toilettes immondes, des profs brimants, des conseils de classes ou conseils de discipline pour défouler les adultes, de la précipitation pour manger (mal et froid) à la cantine, de l'orientation trop souvent par défaut, et maintenant l'interdiction des portables en cours de récré. Bref, l'école aura surtout formé des adultes prêts à subir leur future exploitation !
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Re: Edito LO du 22 octobre 2018

Message par artza » 27 Oct 2018, 05:53

... sauf si "les #pas de vague" s'imagine que Mélenchon va les tirer de là.

ça ma rappelle que du temps de Philipot le FN se vantait d'engranger des adhésions en réaction chez les profs. Clandestines because la dictature socialo- communiste bien connue de ces milieux!

Qui d'autre que la réaction peut dans un premier temps tirer profit de tout ça?

Sur le terrain il y aura rien. Des rondes de la BAC, quelques vigiles impuissants, des prêches de psy pour des oreilles sourdes.
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Re: Edito LO du 22 octobre 2018

Message par kaïre » 28 Oct 2018, 09:35

Quel est l’intérêt d’un édito de bulletin de boîte traitant des doléances pleurardes de profs -dont certains, parfois, ont bien cherché ce qui leur arrive- qui font le jeu des réactionnaires de tout poil ?
Une seule solution, la répression !
Au lieu de se battre collectivement pour plus de moyens humains et matériels, ce qui, sans tout résoudre, améliorerait quand même les situations, ils préfèrent pleurer et en appeler à une hiérarchie tout entière dévouée au pouvoir car sélectionnée pour ça.
Alors que les « réformes » se succèdent dans l’Education, toutes plus nocives les unes que les autres -la dernière en date, celle des lycées pro- combien en grève, combien dans les manifestations ?
S’en prendre aux élèves en réclamant toujours plus de sanctions, en appelant au « rétablissement de l’autorité (?) », c’est certainement plus facile que de se battre contre les véritables responsables des problèmes.
kaïre
 
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#pas de vague

Message par Ottokar » 28 Oct 2018, 09:48

les éditos de LO reflètent ses positions, au fil des semaines, et sont lus (ou pas) en continu dans les entreprises où les tracts sont distribués. De temps en temps, quand c'est possible, ce n'est pas mal de montrer la vraie nature de tous ces faux amis des travailleurs.
Mais il est possible aussi de parler des problèmes d'éducation, de dire qu'en effet le tout répressif ne résout rien et surtout que l'école n'est pas à l'abri du reste. Quand la société va mal, les problèmes du dehors arrivent à l'école. Dedans, on fait ce qu'on peut, mais il est vain d'espérer trouver des solutions durables sans résoudre aussi les problèmes de la société.
Ottokar
 
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Re: Pas de vague

Message par Zelda_Zbak » 29 Oct 2018, 11:11

Une émission intéressante et intelligente consacrée au sujet :

https://www.arretsurimages.net/emission ... ent-pauvre
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