mouvement gilets jaunes... et ses suites...

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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par Patrocle » 28 Jan 2019, 10:09

artza a écrit :Il appelle à la grève (y compris les retraités) l'ensemble des français (sic), mais surtout sur aucune revendication qui puisse égratigner le capital.


en revanche il y aurait des revendications pour "égratigner" le capital le Boulo deviendrait digne d’intérêt ? Tu parles d'un objectif "égratigner le capital" :lol: ! Et pourquoi pas le "gratouiller", lui faire des "guili-guili"... Ha les grandes revendications qui vont enclencher un processus révolutionnaire que voila ! :roll:
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par com_71 » 28 Jan 2019, 12:02

Un intervenant de bonne foi - mais on ne peut demander du lait à un bouc - aurait bien sûr compris "mais surtout sur aucune revendication qui puisse, même un tant soit peu, égratigner le capital"...
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par Duffy » 28 Jan 2019, 12:45

Histoire de se tenir au courant quand même, parce que c'est tout de même regardé ici ou là :

Le deuxième appel de Commercy :
https://www.youtube.com/watch?v=GB1-Sg4jt7Y&t=14s

(par exemple) Montreuil répond à Commercy, le 26 janvier :
https://en.labournet.tv/yellow-vests-re ... l-commercy

Le texte produit par "l'AG des AG" (ça me rappelle quelquechose...) du 27 janvier :
https://reporterre.net/Appel-de-la-prem ... ets-jaunes

Il y a un long article dans Le Monde version internet, repris et raccourci dans la version papier :

Une assemblée de « gilets jaunes » propose un appel commun

Une centaine de délégations de toute la France se sont réunies samedi, dans la Meuse, pour tenter de d'unir leurs revendications générales

Quand le dernier point à l’ordre du jour a été abordé, samedi 26 janvier, à 21 heures, après plus de sept heures de débat et plusieurs votes – la plupart sur des questions de méthode –, on a bien cru
que cette première « assemblée des assemblées » de « gilets jaunes », très soucieuse du respect de l’avis de chacun, ne déboucherait sur rien de concret. L’animateur du débat s’en amusait
d’ailleurs, en annonçant l’ultime question : « Comment s’organiser pour être le plus démocratique possible ? Vous voyez, c’est ce qu’on essaye de faire ce soir et on a beaucoup de mal. La
démocratie, c’est super difficile ! »
Dans la salle, comble, une centaine de délégations de groupes « gilets jaunes » des Pyrénées, de Bretagne, de Normandie, des Cévennes, des Alpes, d’Alsace, de Lorraine, de Paris, Nantes ou
Poitiers, ayant répondu à l’appel vidéo lancé n décembre par le groupe de Commercy : il conviait ceux qui le voulaient à une première « grande réunion nationale » dans la Meuse.
Alors que, depuis deux mois, politiques et commentateurs critiquent leur incapacité à s’organiser, à délivrer un message clair et à parler d’une même voix, les pressant de se doter de « représentants », les
« gilets jaunes », réunis pour la première fois ce week-end, se félicitaient au contraire d’avoir pris le temps de « construire patiemment mais sûrement des bases locales », avant cette assemblée à grande
échelle.
Consacrées au partage d’expériences, les premières heures de discussion, samedi, offraient un rare panorama du mouvement. Sans se connaître, du nord au sud, d’est en ouest, ruraux, urbains, tous ont
reproduit peu ou prou la même geste : les blocages des routes et des péages, l’occupation des ronds-points, les débats sur les revendications, les manifestations du samedi.
Se confrontant, ces dernières semaines, aux mêmes difficultés : ronds-points évacués, cabanons détruits, quelques scissions de groupes, des gardes à vue. Les nombreux blessés étaient évoqués avec effroi,
alors qu’en n d’après-midi surgissait sur les smartphones la vidéo du visage ensanglanté de Jérôme Rodrigues, qui manifestait à Paris.

« On a peur de trahir »

Mais ce qui semblait partagé par une majorité des présents pouvait-il pour autant être affiché dans un appel commun ? Et y avait-il d’ailleurs besoin d’un texte final à ce week-end ? N’était-ce pas trop tôt ?
« Pour une révolution, il faut quatre ans », rappelait un « gilet jaune » de Sète (Hérault), quand d’autres plaidaient pour des avancées rapides. Freinant toute décision, une question revenait comme un
leitmotiv, signe de la profonde crise de la représentation révélée par cette fronde : quelle était donc la légitimité des délégués de cette assemblée pour parler au nom de tous les « gilets jaunes » ?
« Il y a une telle méfiance, on a peur de trahir et d’être assimilé à ce qu’on combat : ce député à qui on délègue notre vote et qui une fois à l’Assemblée agit sans jamais nous consulter », confiait à la pause
Dominique, 57 ans, venue de Seine-et-Marne. « Je ne veux pas voir ce mouvement devenir très formaliste comme ce que j’ai connu à Nuit debout, s’inquiétait de son côté un Lorrain. Sinon on laisse gagner
les figures du mouvement qui, avec leur live Facebook, sont dans une logique verticale, et sont beaucoup moins légitimes que ces gens mandatés par la base. »
De prise de parole en prise de parole, une issue a semblé acceptable : pas de représentant, mais un appel, voté par l’assemblée des assemblées, qui sera soumis dans un second temps aux groupes locaux et signé par ceux qui s’y reconnaîtront. Une quinzaine de personnes a travaillé dessus plusieurs heures, avant qu’il soit soumis aux amendements puis au vote. Il a été adopté dimanche après-midi.
En texte et en vidéo, cet appel, le premier d’un collectif si nombreux de « gilets jaunes » de toute la France, rappelle d’abord les raisons de cette révolte « contre la vie chère, la précarité et la misère » et pour
« vivre dans la dignité ». Et poursuit : « Vingt-six milliardaires possèdent autant que la moitié de l’humanité, c’est inacceptable. (…) Finissons-en avec les inégalités sociales ! » Il demande « l’augmentation
immédiate des salaires, des minima sociaux, des allocations et des pensions, le droit inconditionnel au logement et à la santé, à l’éducation, des services publics gratuits et pour tous. »
L’appel fustige par ailleurs la répression du mouvement et « l’utilisation massive d’armes par tirs tendus qui mutilent, éborgnent, blessent et traumatisent ». Il estime que « 1 000 personnes ont été
arbitrairement condamnées et emprisonnées » et s’inquiète de la future loi anticasseurs qui « vise à les empêcher de manifester ». Le texte demande une amnistie pour les personnes condamnées.
Affirmant leurs valeurs, les « gilets jaunes » réunis à Commercy soulignent qu’ils ne sont « ni racistes, ni sexistes, ni homophobes », alors que les actes et propos de certains d’entre eux sont régulièrement
dénoncés depuis le 17 novembre, mais « fiers d’être ensemble avec [leurs] différences pour construire une société solidaire ».
Dans l’espoir de voir leur mouvement prendre plus d’ampleur, ils appellent « chacun », « avec ses moyens, à sa mesure », à les rejoindre. Et relaient l’appel à la grève déjà lancé pour le 5 février. Avant
d’asséner : « Macron démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple. »
Une nouvelle « assemblée des assemblées » est prévue dans deux mois, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) cette fois.

Aline Leclerc


Bon, je vous passe la demi-douzaine d'autres AG de Tours, Toulouse et autres qui appellent les syndicats à appeler à la grève générale etc. etc.
Duffy
 
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par com_71 » 30 Jan 2019, 22:54

LO 30 Janvier 2019 a écrit :À propos d’une lettre du NPA : ne pas relancer une fausse alternative

Dans une lettre signée d’Olivier Besancenot, Christine Poupin et Philippe Poutou au nom du NPA, les syndicats, associations et partis politiques – dont Lutte ouvrière –ont été invités lundi 28 janvier à une réunion. Il s’agissait selon le NPA d’étudier comment, dans la situation créée par le mouvement des gilets jaunes, « le mouvement ouvrier, les organisations du mouvement social, l’ensemble de la gauche sociale et politique » pourraient « prendre toute leur place ».

La lettre énonçait des objectifs comme « le soutien au mouvement des gilets jaunes, le combat résolu contre l’extrême droite, l’expression de nos revendications en faveur du monde du travail ». Elle y ajoutait « la construction de mobilisations contre la politique du gouvernement en convergence avec la contestation jaune (et la question de la grève) ».

Lutte ouvrière a répondu négativement à cette invitation, qui s’adressait également à des organisations comme La France insoumise de Mélenchon, le PCF, le mouvement de Benoît Hamon Génération.s et d’autres.

Le mouvement des gilets jaunes témoigne, depuis trois mois, de l’exaspération des couches populaires devant la dégradation de leur situation en matière de pouvoir d’achat, le chômage et la précarité croissante, l’aggravation des conditions de vie et la défaillance des services publics. Il s’en prend à juste titre au gouvernement Macron et à sa politique car si cette situation est le résultat de la crise de l’économie capitaliste, elle résulte aussi de la façon dont les gouvernements successifs ont travaillé à en faire payer les conséquences aux classes populaires.

Or parmi ces gouvernements il n’y a pas seulement le gouvernement Macron-Philippe, le dernier en date, mais aussi les gouvernements du quinquennat de François Hollande, auxquels ce que le NPA nomme « l’ensemble de la gauche sociale et politique » a apporté son soutien. Cette gauche s’y est complètement discréditée, au point qu’aujourd’hui les couches populaires et les travailleurs mobilisés dans le mouvement des gilets jaunes refusent de se reconnaître dans ses partis et dans les syndicats, constatant qu’ils ont trahi leurs aspirations.

Bien sûr ces organisations – auxquelles il faudrait ajouter le Parti socialiste que le NPA n’a tout de même pas invité – sont maintenant dans l’opposition et dénoncent la politique du gouvernement Macron pour tenter de retrouver un peu de crédit. Il est dans leur nature de vouloir, à terme, réussir à apparaître comme une alternative politique au gouvernement actuel. Mais si elles y parvenaient, on a vu dans le passé que cette « alternative » ne ferait rien d’autre que se soumettre aux exigences des grandes sociétés capitalistes. Que pourrait-on en attendre d’autre qu’une réédition de l’expérience désastreuse du gouvernement Hollande, sans doute en pire ?

Si même un véritable mouvement d’ensemble naissait contre la politique gouvernementale et patronale – voire cette « grève générale » à laquelle Olivier Besancenot a appelé dans un entretien télévisé –, ces organisations n’auraient certes pas besoin des conseils du NPA pour tenter d’y prendre, comme dit la lettre, « toute leur place ». Elles ne le feraient pas pour conduire ce mouvement à une véritable victoire pour les travailleurs, mais pour le dévoyer vers leurs propres perspectives, comme elles l’ont toujours fait dans le passé. Il faudrait non pas soutenir cette tentative, mais la combattre.

Alors pourquoi vouloir faire croire que « nos revendications en faveur du monde du travail » seraient les mêmes que celles de ces organisations ? Pourquoi faire semblant de croire qu’elles pourraient s’engager dans « la construction de mobilisations contre la politique du gouvernement » autrement que pour tenter de redonner un peu de vernis à leur politique faillie ? De la part du NPA, c’est au fond une façon de se dire prêt à adhérer à une telle politique. C’est choisir une démarche à laquelle il n’est pas question que Lutte ouvrière apporte sa caution.

Aujourd’hui, la classe ouvrière a besoin de se mobiliser pour imposer ses exigences en matière économique et sociale, de le faire avec toute la force que peut lui donner sa place dans les entreprises, son rôle dans la production des richesses et dans la société en général. Mais à travers ses mobilisations, elle doit aussi se mettre en situation de montrer qu’en tant que classe, elle est la seule à pouvoir offrir une alternative à cette société qui s’enfonce dans la crise et à ce système capitaliste en décrépitude.

C’est à cela que vise, dans la mesure de leurs forces, l’intervention des militants de Lutte ouvrière. Cette perspective n’a rien à voir avec celle qui voudrait redonner vie aux fausses alternatives politiques dont les travailleurs n’ont que trop fait l’expérience.

André FRYS
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par com_71 » 30 Jan 2019, 23:21

LO 30 Janvier 2019 a écrit :Européennes : la liste gilets jaunes et les intérêts des travailleurs

Le 23 janvier, Ingrid Levavasseur, aide-soignante de 31 ans, a annoncé la constitution d’une liste de gilets jaunes aux élections européennes de mai prochain, baptisée RIC, Ralliement d’initiative citoyenne.

Animatrice du mouvement dans le département de l’Eure, elle est à l’image de beaucoup de femmes et d’hommes de ce mouvement.

Aide-soignante en soins palliatifs pendant trois ans, à domicile puis en clinique privée, payée 1 250 euros net par mois, elle déclarait lors d’un débat : « Je suis une femme seule, avec des enfants : la désertification, je la connais, l’humain, je le connais, la souffrance, je la connais. » Elle fait partie des nombreuses figures qui, en décrivant en termes simples, avec dignité, les difficultés de la vie quotidienne de ceux sur qui repose la société, ont rendu indécents les discours et leçons de morale méprisantes de Macron et de sa cour de journalistes.

Quelles que soient par ailleurs les limites d’une telle liste, que des hommes et des femmes prennent la parole et cherchent à se faire entendre, y compris sur le terrain électoral, est légitime.

Mais la question est bien celle du programme à défendre et à imposer pour enrayer la baisse catastrophique des conditions de vie des classes populaires.

De ce point de vue, il est probable que le programme de la liste des gilets jaunes ne dépasse pas les limites politiques et sociales actuelles du mouvement lui-même.

Le nom de la liste, Ralliement d’initiative citoyenne, reflète bien cette idée que pour résoudre les problèmes de l’heure, il suffirait de faire émerger et adopter des bonnes propositions par le plus grand nombre.

Mais il s’agit d’une illusion. Derrière la dégradation continue des conditions d’existence des travailleurs, il n’y a pas un déficit de propositions mais le talon de fer d’une classe sociale, cette grande bourgeoisie qui possède les plus grandes entreprises, les banques et la plupart des médias, et qui peut ainsi accaparer la plus grande partie des richesses. En France, huit milliardaires possèdent autant qu’un tiers de la population, ceux qui ont des fins de mois impossibles, qui doivent choisir entre le chauffage et la nourriture.

Aucun des problèmes, même les plus élémentaires, comme se soigner ou se loger, ne pourra être résolu sans renverser le pouvoir de cette minorité de privilégiés. Il est vital que les travailleurs défendent leurs intérêts, formulent leurs revendications et contestent la dictature du grand capital. C’est ce programme et cette perspective que la liste Lutte ouvrière défendra aux élections européennes.

Christian BERNAC
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par ulm » 12 Fév 2019, 09:06

Les gilets jaunes et les « leçons de l’histoire »
G
Dans une tribune publiée par le journal Le Monde (20/11/2018), le sociologue Pierre Merle écrit que « le mouvement des « gilets jaunes » rappelle les jacqueries de l’Ancien Régime et des périodes révolutionnaires ». Et il s’interroge: « Les leçons de l’histoire peuvent-elles encore être comprises ? »

Je suis convaincu, moi aussi, qu’une mise en perspective historique de ce mouvement social peut nous aider à le comprendre. C’est la raison pour laquelle le terme de « jacquerie » (utilisé par d’autres commentateurs et notamment par Eric Zemmour, l’historien du Figaro récemment adoubé par France Culture dans l’émission d’Alain Finkielkraut qui illustre parfaitement le titre de son livre sur « la défaite de la pensée ») ne me paraît pas pertinent. Dans mon Histoire populaire de la France, j’ai montré que tous les mouvements sociaux depuis le Moyen Age avaient fait l’objet d’une lutte intense entre les dominants et les dominés à propos de la définition et de la représentation du peuple en lutte. Le mot « jacquerie » a servi à désigner les soulèvements de ces paysans que les élites surnommaient les « jacques », terme méprisant que l’on retrouve dans l’expression « faire le Jacques » (se comporter comme un paysan lourd et stupide).

Le premier grand mouvement social qualifié de « jacquerie » a eu lieu au milieu du XIVe siècle, lorsque les paysans d’Ile de France se sont révoltés conte leurs seigneurs. La source principale qui a alimenté pendant des siècles le regard péjoratif porté sur les soulèvements paysans de cette époque, c’est le récit de Jean Froissart, l’historien des puissants de son temps, rédigé au cours des années 1360 et publié dans ses fameuses Chroniques. Voici comment Froissart présente la lutte de ces paysans : « Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et mirent le feu à la maison […]. Ces méchants gens assemblés sans chef et sans armures volaient et brûlaient tout, et tuaient sans pitié et sans merci, ainsi comme chiens enragés. Et avaient fait un roi entre eux qui était, si comme on disait adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pire des mauvais ; et ce roi on l’appelait Jacques Bonhomme ».

Ce mépris de classe présentant le chef des Jacques comme « le pire des mauvais » est invalidé par les archives qui montrent que les paysans en lutte se donnèrent pour principal porte-parole Guillaume Carle « bien sachant et bien parlant ». A la même époque, la grande lutte des artisans de Flandre fut emmenée par un tisserand, Pierre de Coninck décrit ainsi dans les Annales de Gand : « Petit de corps et de povre lignage, il avoit tant de paroles et il savoit si bien parler que c’estoit une fine merveille. Et pour cela, les tisserands, les foulons et les tondeurs le croyoient et aimoient tant qu’il ne sût chose dire ou commander qu’ils ne fissent ».

On a là une constante dans l’histoire des mouvements populaires. Pour échapper à la stigmatisation de leur lutte, les révoltés choisissent toujours des leaders « respectables » et capables de dire tout haut ce que le peuple pense tout bas. D’autres exemples, plus tardifs, confirment l’importance du langage dans l’interprétation des luttes populaires. Par exemple, le soulèvement qui agita tout le Périgord au début du XVIIe siècle fut désigné par les élites comme le soulèvement des « croquants » ; terme que récusèrent les paysans et les artisans en se présentant eux mêmes comme les gens du « commun », Ce fut l’un des points de départ des usages populaires du terme « commune » qui fut repris en 1870-71, à Paris, par les « Communards ».

Les commentateurs qui ont utilisé le mot « jacquerie » pour parler du mouvement des « gilets jaunes » ont voulu mettre l’accent sur un fait incontestable : le caractère spontané et inorganisé de ce conflit social. Même si ce mot est inapproprié, il est vrai qu’il existe malgré tout des points communs entre toutes les grandes révoltes populaires qui se sont succédé au cours du temps. En me fiant aux multiples reportages diffusés par les médias sur les gilets jaunes, j’ai noté plusieurs éléments qui illustrent cette permanence.

Le principal concerne l’objet initial des revendications : le refus des nouvelles taxes sur le carburant. Les luttes antifiscales ont joué un rôle extrêmement important dans l’histoire populaire de la France. Je pense même que le peuple français s’est construit grâce à l’impôt et contre lui. Le fait que le mouvement des gilets jaunes ait été motivé par le refus de nouvelles taxes sur le carburant n’a donc rien de surprenant. Ce type de luttes antifiscales a toujours atteint son paroxysme quand le peuple a eu le sentiment qu’il devait payer sans rien obtenir en échange. Sous l’Ancien Régime, le refus de la dîme fut fréquemment lié au discrédit touchant les curés qui ne remplissaient plus leur mission religieuse, et c’est souvent lorsque les seigneurs n’assuraient plus la protection des paysans que ceux-ci refusèrent de payer de nouvelles charges. Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des gilets jaunes a été particulièrement suivi dans les régions où le retrait des services publics est le plus manifeste. Le sentiment, largement partagé, que l’impôt sert à enrichir la petite caste des ultra-riches, alimente un profond sentiment d’injustice dans les classes populaires.

Ces facteurs économiques constituent donc bien l’une des causes essentielles du mouvement. Néanmoins, il faut éviter de réduire les aspirations du peuple à des revendications uniquement matérielles. L’une des inégalités les plus massives qui pénalisent les classes populaires concerne leur rapport au langage public. Les élites passent leur temps à interpréter dans leur propre langue ce que disent les dominés, en faisant comme s’il s’agissait toujours d’une formulation directe et transparente de leur expérience vécue. Mais la réalité est plus complexe. J’ai montré dans mon livre, en m’appuyant sur des analyses de Pierre Bourdieu, que la Réforme protestante avait fourni aux classes populaires un nouveau langage religieux pour nommer des souffrances qui étaient multiformes. Les paysans et les artisans du XVIe siècle disaient : « J’ai mal à la foi au lieu de dire j’ai mal partout ». Aujourd’hui, les gilets jaunes crient « j’ai mal à la taxe au lieu de dire j’ai mal partout ». Il ne s’agit pas, évidemment, de nier le fait que les questions économiques sont absolument essentielles car elles jouent un rôle déterminant dans la vie quotidienne des classes dominées. Néanmoins, il suffit d’écouter les témoignages des gilets jaunes pour constater la fréquence des propos exprimant un malaise général. Dans l’un des reportages diffusés par BFM-TV, le 17 novembre, le journaliste voulait absolument faire dire à la personne interrogée qu’elle se battait contre les taxes, mais cette militante répétait sans cesse : « on en a ras le cul » , « ras le cul », « ras le bol généralisé ».

« Avoir mal partout » signifie aussi souffrir dans sa dignité. C’est pourquoi la dénonciation du mépris des puissants revient presque toujours dans les grandes luttes populaires et celle des gilets jaunes n’a fait que confirmer la règle. On a entendu un grand nombre de propos exprimant un sentiment d’humiliation, lequel nourrit le fort ressentiment populaire à l’égard d’Emmanuel Macron. « Pour lui, on n’est que de la merde ». Le président de la République voit ainsi revenir en boomerang l’ethnocentrisme de classe que j’ai analysé dans mon livre.

Néanmoins, ces similitudes entre des luttes sociales de différentes époques masquent de profondes différences. Je vais m’y arrêter un moment car elles permettent de comprendre ce qui fait la spécificité du mouvement des gilets jaunes. La première différence avec les « jacqueries » médiévales tient au fait que la grande majorité des individus qui ont participé aux blocages de samedi dernier ne font pas partie des milieux les plus défavorisés de la société. Ils sont issus des milieux modestes et de la petite classe moyenne qui possèdent au moins une voiture. Alors que « la grande jacquerie » de 1358 fut un sursaut désespéré des gueux sur le point de mourir de faim, dans un contexte marqué par la guerre de Cent Ans et la peste noire.

La deuxième différence, et c’est à mes yeux la plus importante, concerne la coordination de l’action. Comment des individus parviennent-ils à se lier entre eux pour participer à une lutte collective ? Voilà une question triviale, sans doute trop banale pour que les commentateurs la prennent au sérieux. Et pourtant elle est fondamentale. A ma connaissance, personne n’a insisté sur ce qui fait réellement la nouveauté des gilets jaunes : à savoir la dimension d’emblée nationale d’un mouvement spontané. Il s’agit en effet d’une protestation qui s’est développée simultanément sur tout le territoire français (y compris les DOM-TOM), mais avec des effectifs localement très faibles. Au total, la journée d’action a réuni moins de 300 000 personnes, ce qui est un score modeste comparé aux grandes manifestations populaires. Mais ce total est la somme des milliers d’actions groupusculaires réparties sur tout le territoire.

Cette caractéristique du mouvement est étroitement liée aux moyens utilisés pour coordonner l’action des acteurs de la lutte. Ce ne sont pas les organisations politiques et syndicales qui l’ont assurée par leurs moyens propres, mais les « réseaux sociaux ». Les nouvelles technologies permettent ainsi de renouer avec des formes anciennes « d’action directe », mais sur une échelle beaucoup plus vaste, car elles relient des individus qui ne se connaissent pas. Facebook, twitter et les smartphones diffusent des messages immédiats (SMS) en remplaçant ainsi la correspondance écrite, notamment les tracts et la presse militante qui étaient jusqu’ici les principaux moyens dont disposaient les organisations pour coordonner l’action collective ; l’instantanéité des échanges restituant en partie la spontanéité des interactions en face à face d’autrefois.

Toutefois les réseau sociaux, à eux seuls, n’auraient jamais pu donner une telle ampleur au mouvement des gilets jaunes. Les journalistes mettent constamment en avant ces « réseaux sociaux » pour masquer le rôle qu’ils jouent eux-mêmes dans la construction de l’action publique. Plus précisément, c’est la complémentarité entre les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue qui ont donné à ce mouvement sa dimension d’emblée nationale. Sa popularisation résulte en grande partie de l’intense « propagande » orchestrée par les grands médias dans les jours précédents. Parti de la base, diffusé d’abord au sein de petits réseaux via facebook, l’événement a été immédiatement pris en charge par les grands médias qui ont annoncé son importance avant même qu’il ne se produise. La journée d’action du 17 novembre a été suivie par les chaînes d’information continue dès son commencement, minute par minute, « en direct » (terme qui est devenu désormais un équivalent de communication à distance d’événements en train de se produire). Les journalistes qui incarnent aujourd’hui au plus haut point le populisme (au sens vrai du terme) comme Eric Brunet qui sévit à la fois sur BFM-TV et sur RMC, n’ont pas hésité à endosser publiquement un gilet jaune, se transformant ainsi en porte-parole auto-désigné du peuple en lutte. Voilà pourquoi la chaîne a présenté ce conflit social comme un « mouvement inédit de la majorité silencieuse ».

Une étude qui comparerait la façon dont les médias ont traité la lutte des cheminots au printemps dernier et celle des gilets jaunes serait très instructive. Aucune des journées d’action des cheminots n’a été suivie de façon continue et les téléspectateurs ont été abreuvés de témoignages d’usagers en colère contre les grévistes, alors qu’on a très peu entendu les automobilistes en colère contre les bloqueurs.

Je suis convaincu que le traitement médiatique du mouvement des gilets jaunes illustre l’une des facettes de la nouvelle forme de démocratie dans laquelle nous sommes entrés et que Bernard Manin appelle la « démocratie du public » (cf son livre Principe du gouvernement représentatif, 1995). De même que les électeurs se prononcent en fonction de l’offre politique du moment – et de moins en moins par fidélité à un parti politique – de même les mouvements sociaux éclatent aujourd’hui en fonction d’une conjoncture et d’une actualité précises. Avec le recul du temps, on s’apercevra peut-être que l’ère des partis et des syndicats a correspondu à une période limitée de notre histoire, l’époque où les liens à distance étaient matérialisés par la communication écrite. Avant la Révolution française, un nombre incroyable de révoltes populaires ont éclaté dans le royaume de France, mais elles étaient toujours localisées, car le mode de liaison qui permettait de coordonner l’action des individus en lutte reposait sur des liens directs : la parole, l’interconnaissance, etc. L’Etat royal parvenait toujours à réprimer ces soulèvements parce qu’il contrôlait les moyens d’action à distance. La communication écrite, monopolisée par les « agents du roi », permettait de déplacer les troupes d’un endroit à l’autre pour massacrer les émeutiers.

Dans cette perspective, la Révolution française peut être vue comme un moment tout à fait particulier, car l’ancienne tradition des révoltes locales a pu alors se combiner avec la nouvelle pratique de contestation véhiculée et coordonnée par l’écriture (cf les cahiers de doléances).

L’intégration des classes populaires au sein de l’Etat républicain et la naissance du mouvement ouvrier industriel ont raréfié les révoltes locales et violentes, bien qu’elles n’aient jamais complètement disparu (cf le soulèvement du « Midi rouge » en 1907). La politisation des résistances populaires a permis un encadrement, une discipline, une éducation des militants, mais la contrepartie a été la délégation de pouvoir au profit des leaders des partis et des syndicats. Les mouvements sociaux qui se sont succédé entre les années 1880 et les années 1980 ont abandonné l’espoir d’une prise du pouvoir par la force, mais ils sont souvent parvenus à faire céder les dominants grâce à des grèves avec occupations d’usine, et grâce à de grandes manifestations culminant lors des « marches sur Paris » (« de la Bastille à la Nation »).

L’une des questions que personne n’a encore posée à propos des gilets jaunes est celle-ci : pourquoi des chaînes privées dont le capital appartient à une poignée de milliardaires sont-elles amenées aujourd’hui à encourager ce genre de mouvement populaire ? La comparaison avec les siècles précédents aboutit à une conclusion évidente. Nous vivons dans un monde beaucoup plus pacifique qu’autrefois. Même si la journée des gilets jaunes a fait des victimes, celles-ci n’ont pas été fusillées par les forces de l’ordre. C’est le résultat des accidents causés par les conflits qui ont opposé le peuple bloqueur et le peuple bloqué.

Cette pacification des relations de pouvoir permet aux médias dominants d’utiliser sans risque le registre de la violence pour mobiliser les émotions de leur public car la raison principale de leur soutien au mouvement n’est pas politique mais économique : générer de l’audience en montrant un spectacle. Dès le début de la matinée, BFM-TV a signalé des « incidents », puis a martelé en boucle le drame de cette femme écrasée par une automobiliste refusant d’être bloqué. Avantage subsidiaire pour ces chaînes auxquelles on reproche souvent leur obsession pour les faits divers, les crimes, les affaires de mœurs : en soutenant le mouvement des gilets jaunes, elles ont voulu montrer qu’elles ne négligeaient nullement les questions « sociales ».

Au-delà de ces enjeux économiques, la classe dominante a évidemment intérêt à privilégier un mouvement présenté comme hostile aux syndicats et aux partis. Ce rejet existe en effet chez les gilets jaunes. Même si ce n’est sans doute pas voulu, le choix de la couleur jaune pour symboliser le mouvement (à la place du rouge) et de la Marseillaise (à la place de l’Internationale) rappelle malheureusement la tradition des « jaunes », terme qui a désigné pendant longtemps les syndicats à la solde du patronat. Toutefois, on peut aussi inscrire ce refus de la « récupération » politique dans le prolongement des combats que les classes populaires ont menés, depuis la Révolution française, pour défendre une conception de la citoyenneté fondée sur l’action directe. Les gilets jaunes qui bloquent les routes en refusant toute forme de récupération des partis politiques assument aussi confusément la tradition des Sans-culottes en 1792-93, des citoyens-combattants de février 1848, des Communards de 1870-71 et des anarcho-syndicalistes de la Belle Epoque.

C’est toujours la mise en œuvre de cette citoyenneté populaire qui a permis l’irruption dans l’espace public de porte-parole qui était socialement destinés à rester dans l’ombre. Le mouvement des gilets jaunes a fait émerger un grand nombre de porte-parole de ce type. Ce qui frappe, c’est la diversité de leur profil et notamment le grand nombre de femmes, alors qu’auparavant la fonction de porte-parole était le plus souvent réservée aux hommes. La facilité avec laquelle ces leaders populaires s’expriment aujourd’hui devant les caméras est une conséquence d’une double démocratisation : l’élévation du niveau scolaire et la pénétration des techniques de communication audio-visuelle dans toutes les couches de la société. Cette compétence est complètement niée par les élites aujourd’hui ; ce qui renforce le sentiment de « mépris » au sein du peuple. Alors que les ouvriers représentent encore 20% de la population active, aucun d’entre eux n’est présent aujourd’hui à la Chambre des députés. Il faut avoir en tête cette discrimination massive pour comprendre l’ampleur du rejet populaire de la politique politicienne.

Mais ce genre d’analyse n’effleure même pas « les professionnels de la parole publique » que sont les journalistes des chaînes d’information continue. En diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale d’Emmanuel Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps.

Etant donné le rôle crucial que jouent désormais les grands médias dans la popularisation d’un conflit social, ceux qui les dirigent savent bien qu’ils pourront siffler la fin de la récréation dès qu’ils le jugeront nécessaire, c’est-à-dire dès que l’audimat exigera qu’ils changent de cheval pour rester à la pointe de « l’actualité ». Un tel mouvement est en effet voué à l’échec car ceux qui l’animent sont privés de toute tradition de lutte autonome, de toute expérience militante. S’il monte en puissance, il se heurtera de plus en plus à l’opposition du peuple qui ne veut pas être bloqué et ces conflits seront présentés en boucle sur tous les écrans, ce qui permettra au gouvernement de réprimer les abus avec le soutien de « l’opinion ». L’absence d’un encadrement politique capable de définir une stratégie collective et de nommer le mécontentement populaire dans le langage de la lutte des classes est un autre signe de faiblesse car cela laisse la porte ouverte à toutes les dérives. N’en déplaise aux historiens (ou aux sociologues) qui idéalisent la « culture populaire », le peuple est toujours traversé par des tendances contradictoires et des jeux internes de domination. Au cours de cette journée des gilets jaunes, on a entendu des propos xénophobes, racistes, sexistes et homophobes. Certes, ils étaient très minoritaires, mais il suffit que les médias s’en emparent (comme ils l’ont fait dès le lendemain) pour que tout le mouvement soit discrédité.

L’histoire montre pourtant qu’une lutte populaire n’est jamais complètement vaine, même quand elles est réprimée. Le mouvement des gilets jaunes place les syndicats et les partis de gauche face à leurs responsabilités. Comment s’adapter à la réalité nouvelle que constitue la « démocratie du public » pour faire en sorte que ce type de conflit social – dont on peut prévoir qu’il se reproduira fréquemment – soit intégré dans un combat plus vaste contre les inégalités et l’exploitation ? Telle est l’une des grandes questions à laquelle il faudra qu’ils répondent.
ulm
 
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par ulm » 12 Fév 2019, 09:08

dammed le texte est en double. Noriel sera à la fete de lo à presles.
ulm
 
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par Plestin » 13 Fév 2019, 15:28

Salut ulm, je n'ai pas bien compris, c'est toi qui a écrit ce texte ? ou c'est un texte de Noriel que tu cites ? (ou plutôt Gérard Noiriel ?)
Plestin
 
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par ulm » 13 Fév 2019, 20:59

ha!ha! non je n'ai pas la chance d’être un intellectuel. j’écris mes tracts dans ma boite ce qui est déjà pas mal. c'est un texte de Noriel que j'ai trouvé plutôt pertinent.
ulm
 
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Re: mouvement gilets jaunes... et ses suites...

Message par Plestin » 15 Fév 2019, 18:49

Gérard Noiriel a écrit :

Toutefois les réseau sociaux, à eux seuls, n’auraient jamais pu donner une telle ampleur au mouvement des gilets jaunes. Les journalistes mettent constamment en avant ces « réseaux sociaux » pour masquer le rôle qu’ils jouent eux-mêmes dans la construction de l’action publique. Plus précisément, c’est la complémentarité entre les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue qui ont donné à ce mouvement sa dimension d’emblée nationale. Sa popularisation résulte en grande partie de l’intense « propagande » orchestrée par les grands médias dans les jours précédents.


Je ne suis pas trop d'accord avec ça. Je me souviens que, quelques jours avant que l'on entende parler du moindre gilet jaune, j'avais dû prendre le taxi à Orléans pour mon boulot et que la femme chauffeur trouvait absolument scandaleuse l'augmentation du prix du diesel et me disait "c'est quand même incroyable, personne ne dit rien ? ça devrait être la révolution pourtant !"

Quelques jours plus tard, quand il a été question du premier appel des gilets jaunes, il y avait beaucoup de répondant sur les réseaux sociaux et je me suis dit que ça allait certainement marcher. Je pense tout simplement que les journalistes ont senti la même chose car, une partie de la petite bourgeoisie se mobilisant, ils l'ont forcément vu dans leur milieu et senti qu'un événement extraordinaire était sur le point de se produire.

Après, les journalistes ont contribué à amplifier l'écho que pouvait avoir le mouvement...

Noiriel écrit que les réseaux sociaux à eux seuls n'expliquent pas tout, c'est vrai, mais inutile d'aller chercher les journalistes, il y a d'abord la situation économique et sociale de gens qui ne sont pas forcément les plus écrasés, qui n'ont pas toujours été dans la misère mais qui ne supportent pas d'y tomber (et se mettent donc à bouger, là où ceux qui ont toujours été dans la misère ne le font pas forcément). Savoir par les réseaux sociaux qu'ils ne sont pas seuls est devenu un levier suffisamment puissant pour les faire se regrouper.

Le 10 novembre, donc une semaine avant la première grande manifestation du 17 novembre, j'écrivais précisément sur ce même fil que :

Des camarades à Roanne ont quand même pu constater qu'un appel à un rassemblement de tous ceux qui voulaient ORGANISER la manifestation, via les réseaux sociaux, a rassemblé spontanément 100 à 150 personnes !


Certes, les médias commençaient sérieusement à en parler à ce moment-là, mais si le Huffington Post était en mesure de publier une carte des 400 lieux de manifestation prévus, c'est parce que ces 400 lieux existaient déjà et avaient commencé à cristalliser le mouvement, même si certains aspects pratiques n'étaient pas encore connus.

Noiriel a écrit :

Une étude qui comparerait la façon dont les médias ont traité la lutte des cheminots au printemps dernier et celle des gilets jaunes serait très instructive. Aucune des journées d’action des cheminots n’a été suivie de façon continue et les téléspectateurs ont été abreuvés de témoignages d’usagers en colère contre les grévistes, alors qu’on a très peu entendu les automobilistes en colère contre les bloqueurs.


C'est tout à fait juste, néanmoins les médias ont beau eu mettre le paquet, contrairement aux précédentes grèves de cheminots il y a eu une partie importante de la classe ouvrière (dont la plus défavorisée) qui est restée longtemps solidaire du mouvement et s'en est réjouie ouvertement.

Et tant mieux d'ailleurs, si ça se passe comme çà. Sinon, il serait impossible qu'une grève générale ou une révolution ne puisse avoir lieu tant que BFM TV ou LCI ne la soutiendraient pas !

Avec le recul du temps, on s’apercevra peut-être que l’ère des partis et des syndicats a correspondu à une période limitée de notre histoire, l’époque où les liens à distance étaient matérialisés par la communication écrite.


Alors là on ne peut vraiment pas être d'accord avec ça. "Les partis" et "les syndicats" sont mal vus de bon nombre des gilets jaunes et bien d'autres encore, parce que cela fait d'abord référence aux grands partis de gauche et aux grands syndicats qui les ont maintes fois trahis et dont l'éventuel "soutien" ne peut rien être d'autre qu'une manoeuvre politique visant à se refaire une virginité. Ils suscitent donc la méfiance. Tant mieux... Le problème c'est que "rompre" avec ces partis et syndicats peut se faire de façon réactionnaire, en adoptant l'idéologie de son petit patron par exemple...

Inversement, les cheminots sont tout autant que les autres des adeptes des réseaux sociaux, mais il n'y a presque pas eu d'endroits où cela les a conduits à s'organiser indépendamment des directions syndicales...


En diffusant en boucle les propos des manifestants affirmant leur refus d’être « récupérés » par les syndicats et les partis, ils poursuivent leur propre combat pour écarter les corps intermédiaires et pour s’installer eux-mêmes comme les porte-parole légitimes des mouvements populaires. En ce sens, ils cautionnent la politique libérale d’Emmanuel Macron qui vise elle aussi à discréditer les structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps.


Foin des "corps intermédiaires" et tant mieux s'ils n'arrivent plus à jouer leur rôle de pompier des mouvements ! Si seulement ça pouvait être vrai... Et si Macron ou tout autre gouvernant cherche à les discréditer parce qu'il estime qu'ils coûtent trop cher et ne sont plus utiles, eh bien il pourra le regretter ensuite, comme ce fut le cas en juin 36 pour le patronat qui avait viré de nombreux syndicalistes les années précédentes et n'en avait plus assez (provisoirement) pour étouffer le mouvement de l'intérieur...

Les "structures collectives que se sont données les classes populaires au cours du temps", elles se sont discréditées elles-mêmes, par la politique qu'elles ont mené pendant des décennies. Nul besoin là encore de donner un super-pouvoir aux journalistes. Pointer du doigt les journalistes de cette façon, cela revient à dire que c'est de leur faute et c'est un moyen d'exonérer "la gauche" (PS, PCF, principaux syndicats de salariés etc.) de ses responsabilités passées, en attendant qu'elle remettre le couvert un jour.

Le mouvement des gilets jaunes place les syndicats et les partis de gauche face à leurs responsabilités. Comment s’adapter à la réalité nouvelle que constitue la « démocratie du public » pour faire en sorte que ce type de conflit social – dont on peut prévoir qu’il se reproduira fréquemment – soit intégré dans un combat plus vaste contre les inégalités et l’exploitation ?


Il n'y a pas moyen. Les partis de gauche et les syndicats ne mènent plus, ou très partiellement, le "combat plus vaste contre les inégalités et l'exploitation". Il ne faut surtout pas que les partis de gauche retrouvent des moyens supplémentaires de berner la classe ouvrière. Nous n'avons pas besoin d'un parti de gauche, mais d'un parti communiste révolutionnaire.

Ils sont issus des milieux modestes et de la petite classe moyenne qui possèdent au moins une voiture.


Là c'est un peu un détail, mais l'auteur souligne à juste raison à quelle point le vocabulaire utilisé ("jacquerie", "croquant"...) est connoté et instrumentalisé. Sauf que, la "petite classe moyenne" il ne nous explique pas vraiment qui c'est, or, ce serait bien utile à une époque où justement, "les journalistes" et bien d'autres considèrent que gagner le SMIC c'est faire partie de la "classe moyenne" ! Et puis, je suis de plus en plus énervé par le mot "modeste" (que j'ai pourtant déjà utilisé) car, si on y réfléchit, quand on est pauvre on est modeste, on reste à sa place quoi... Et m..., pourquoi devrait-on rester "modeste" quand on est pauvre ?
Plestin
 
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