Pech Merle texte qui interpelle

Et lutte contre les pseudo-sciences et les obscurantismes

Pech Merle texte qui interpelle

Message par Plestin » 05 Nov 2018, 15:44

A l'occasion d'une visite de la grotte de Pech Merle puis du musée qui lui est associé, j'ai pu constater que les représentations d'Homo sapiens en Europe étaient toujours aussi blanches, à des époques où Homo sapiens avait probablement la peau foncée (- 25.000 ans etc.) L'inertie des dessins des années antérieures, sans doute. Alors que voici ce que dit par exemple une généticienne du Musée de l'Homme :

http://www.museedelhomme.fr/fr/cro-magn ... lanc-jaune

A quand une actualisation sur les innombrables représentations d'hommes préhistoriques blancs ?


Surtout, ce qui m'a interpellé dans le musée de Pech Merle, c'est le texte suivant, accompagnant un crâne exposé :

"L'homme du Cuzoul de Gramat, exhumé en 1928 par Raymond Lacam, représente l'un des squelettes mésolithiques les plus complets découverts en France. Son état de conservation, remarquable pour un homme qui vivait il y a plus de 5.000 ans, tient au fait qu'il avait fait l'objet d'une sépulture intentionnelle.

Cet homme est mort entre 25 et 30 ans. Son squelette permet de penser qu'il atteignait une stature de 1,65 m. Le crâne est robuste, pourvu d'empreintes musculaires accusées et d'un volume cérébral qui dépasse 1 700 cm3 (alors que la moyenne masculine des français est de 1 400 cm3). Le crâne est allongé d'avant en arrière, avec une face étroite et un nez fin.

Par certains caractères anthropologiques, l'Homme de Gramat semble représenter un métissage de différentes formes humaines typiques du Mésolithique (homme de Téviec, Bretagne et de Mugem, Portugal). Il serait, selon Henri-Victor Vallois qui en fit l'étude complète, l'un des premiers représentants d'une forme qui a précédé sur le sol français à la fois les nordiques et les méditerranéens."


Et là, je me dis : c'est peut-être vrai. Mais je sens comme un doute, sachant qui était Henri-Victor Vallois, certes un grand anthropologue, mais aussi un proche (ou membre) pendant longtemps, de l'extrême-droite française, adepte de ses théories raciales, nommé directeur du Musée de l'Homme une première fois en... 1941, remplaçant Paul Rivet démis par le gouvernement de Vichy (il y aura une seconde fois entre 1950 et 1961, Rivet ayant repris son poste en 1945). Il semble avoir changé sur la fin, et ses références les plus sulfureuses sont souvent gommées ; il a fini par partir en retraite sous les discours dithyrambiques de ses pairs (qui ont tous, même Yves Coppens, jeté un voile pudique sur son passé).

Mais voici ce qu'en dit par exemple l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) :

Les travaux de Vallois se situent dans le prolongement de la grande tradition française de l’anthropologie physique du XIXe siècle, définie comme l’effort pour décrire et classer les races humaines dans l’espace et dans le temps. Toute sa vie, il s’efforça de constituer une description exhaustive des races humaines, étudiant sur le terrain la population de la France, puis du Portugal, les Pygmées d’Afrique, les peuples du Congo, du Cameroun, de Madagascar, d’Afrique centrale, parcourant le monde à la recherche de races peu connues qui restaient à identifier et à décrire. Les classifications de Vallois identifient quatre grandes races, les Australoïdes, les Leucodermes, les Mélanodermes, les Xanthodernes, qui se diversifient en 27 races caractérisées par des traits tels que la couleur de peau, l’aspect des cheveux, la taille et la forme de la tête. Entre 1939 et 1944, il publie trois livres importants sur les classifications raciales : Les races de l’empire français (1939) Anthropologie de la population française (1943) et Les races humaines (1944), réédité jusque dans les années 1980. Vallois était convaincu de l’importance d’introduire la classification des groupes sanguins dans la taxinomie raciale. En paléoanthropologie, il est l’un des derniers et des plus ardents défenseurs de la théorie des Presapiens européens, aujourd’hui abandonnée.

Vallois régna pendant quarante ans sur l’anthropologie française, publiant plus de 400 articles et 30 ouvrages, et cumulant les fonctions de Directeur du Musée de l’Homme, Directeur du Laboratoire d’Anthropologie et du laboratoire Broca à l’EPHE, Directeur de l’Institut de paléontologie humaine, secrétaire général de la Société d’Anthropologie de Paris, et la direction de trois des plus importantes revues dans son domaine. Certains de ses travaux, publiés ou traduits en anglais et dans d’autres langues étrangères, connurent un rayonnement international.

Cependant l’anthropologie ne retient aujourd’hui que peu de choses des travaux de Vallois. Au regard de la science actuelle (et même dans une certaine mesure de la science de son temps), la plupart de ses idées – taxinomie typologique des races, défense d’une classification raciale fondée sur les groupes sanguins, réticence à l’introduction de la génétique des populations en anthropologie, soutien à la théorie des presapiens européens et à la validité du fossile de Piltdown, croyance à l’origine asiatique d’Homo sapiens, convictions sur la position phylogénétique des Néandertaliens et des Australopithèques, philosophie néolamarckienne de l’évolution (en partie inspirée par Lucien Cuénot) – sont aujourd’hui obsolètes, voire totalement dépassées. Le naufrage des idées de Vallois suit le destin de l’anthropologie physique traditionnelle au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale.



Nez fin, gros cerveau, prédécesseur à la fois des nordiques et des méditerranéens... Cela ressemble un peu à une quête d'ancêtre unique des Français... Dans le musée du Lot, ce n'est pas dit formellement, mais la suggestion est là, du moins cette interprétation est possible, et il n'y a pas l'ombre d'une critique.

Quelqu'un a-t-il davantage d'éléments sur le sujet ? Et sur l'Homme du Cuzoul de Gramat ?
Plestin
 
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