Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Rien n'est hors-sujet ici, sauf si ça parle de politique

Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par yannalan » 12 Mars 2019, 16:20

Pour répondre sur les syndicats, il y a deux niveaux, le local et le national. Au niveau local, selon l’entreprise, son recrutement, les traditions, etc... on peut avoir une section combative qui fait le boulot, j'en ai vues, ou d'autres tellement molles que le pauvre délégué finit par prendre ses heures de délèg pour aller chez le coiffeur...
Par rapport à Marx et Riazanov, on n'est plus à l'époque où des enthousiastes se regroupaient pour construire eux-mêmes les Maisons du Peuple et se réunissaient en-dehors du boulot Les syndicats sont maintenant bien institutionnalisés, fonctionnent à coup de subventions, les CE aussi... Quand j'en parle, j'ai l'impression de vendre des assurances... Que faire contre cette évolution?
yannalan
 
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Byrrh » 12 Mars 2019, 22:41

Gayraud de Mazars a écrit :Quand a débuté votre combat en politique camarades et pourquoi ? Allez camarades, laissez votre témoignage, même court.

Mon bilan est tellement insignifiant que je ne parlerais pas de "mon combat". Je ne suis jamais parvenu à gagner quiconque aux idées communistes, donc ce "combat" a une importance très relative.

D'aussi loin que je me souvienne, mon sentiment d'"adhérer" au communisme remonte aux premiers mois de l'année 1993. J'étais encore collégien, en classe de 3ème, dans un établissement du centre de Nancy. Dans ma classe, il y avait quelques enfants de prolos (plutôt des Portugais et des Maghrébins), quelques enfants de lumpen, et essentiellement des gosses de profs, d'ingénieurs, de commerçants, de professions libérales. Depuis le primaire, j'étais un gamin tout désigné pour me faire emmerder par les autres ; je me suis surtout fait cogner par les gosses de prolos et de lumpen, mais à vrai dire, les pires étaient les gosses de petits-bourgeois ou de bourgeois moyens. Déjà très renseignés sur leur avenir professionnel et sur la place qu'ils allaient occuper dans la société à l'âge adulte, c'étaient de vraies petites ordures. Certains d'entre eux, tout en allant au catéchisme, se disaient "de gauche" (PS), et faisaient de la retape auprès des profs (!!!) pour qu'ils votent "oui" à Maastricht. Oui, des trous du cul de 13 ou 14 ans qui ont ça dans la tête... sidérant. J'étais de gauche, mais pas comme ces connards finis à la pisse.

Trois ans plus tôt, mes parents m'avaient emmené à la synagogue (juste à côté du collège) pour le rassemblement local qui avait suivi les actes antisémites du cimetière de Carpentras. Encore quelques années avant, j'avais eu droit à une expo, à la galerie de la Salle Poirel, où étaient présentés des agrandissements de photos des camps nazis (par agrandissements, j'entends : des panneaux hauts de deux ou trois mètres ; on voyait bien les détails), ainsi qu'à une visite du camp du Struthof, en Alsace. Je savais qui était Jean-Marie Le Pen.

En septembre 1993, arrivé au lycée, je me suis retrouvé avec les mêmes connards. Suite à une diff' de tracts devant l'établissement, j'ai adhéré, dans les semaines qui ont suivi la rentrée, à la Jeunesse communiste. J'y suis resté environ 2 ans, cela n'avait aucun intérêt. Entre 14 et 16 ans, je me suis rendu compte que le PCF de la fin du XXème siècle n'avait strictement rien à voir avec la Révolution d'Octobre que j'admirais tellement. En classe de 1ère, en choisissant une filière merdique, j'ai cessé d'être avec les connards - qui sont tous aujourd'hui profs, cadres, ingénieurs et commerçants.

Mon communisme était clairement lié à la mémoire de l'extermination des Juifs d'Europe, mais aussi à la révolte suscitée par ce que m'avaient fait subir des jeunes et des adultes dans cette bonne ville de Nancy. Si Charleville-Mézières n'existait pas, cette ville pourrait sans problème être désignée comme la plus idiote des petites villes de province...

En terminale, j'ai compris que le communisme, c'était le trotskysme, et j'ai commencé à cotiser à LO. À peu près à ce moment-là, il y a eu novembre-décembre 1995, une atmosphère que je n'ai pas retrouvée depuis.

À LO, cela s'est bien passé avec certaines personnes (que je continue à voir de temps en temps avec plaisir), et avec deux ou trois autres, pas du tout. Manque de pot, c'étaient ces deux ou trois personnes qui me suivaient. Quiproquo débile, l'une de ces personnes, je pense, m'a pris en grippe à cause de mon nom de famille, qu'elle a identifié à tort comme un nom de bourge, alors que mes parents étaient VRP et dactylo. À cette époque, j'ai eu droit à des affirmations débiles sur l'homosexualité ; je n'avais pas fait mon coming out, et ça a mis quelques années à macérer, mais quand ça a débordé, j'ai quitté LO, où je n'étais de toute façon qu'un vague sympathisant de 21 ans. C'était un peu après les européennes de 1999.

Au bout de quelques mois, je me suis rapproché d'un groupe de jeunes réunis autour d'un ex de LO. Ce groupe se réclamait du trotskysme, même si le niveau de ces jeunes était nullissime. Le groupe en question a rejoint la LCR quelques mois plus tard. Je me suis retrouvé avec d'autres jeunes, qui n'étaient clairement pas trotskystes ; ils appartenaient à la droite de la LCR et des JCR, et pour ceux qui font encore de la politique aujourd'hui, ils sont soit dans la galaxie Mélenchon, soit au PCF.

J'ai quitté la LCR vers juin 2001. L'année suivante, la création de ce forum m'a permis de reprendre contact avec des gens de LO. J'y ai remilité un peu, mais ça n'a pas duré, parce que les deux ou trois personnes qui m'avaient fait du tort n'ont pas voulu régler avec moi certalns différends, préférant me traiter comme un affabulateur. Depuis, je reste un sympathisant de LO - cette fois-ci au sens large -, et ma seule utilité politique se résume à corriger des articles pour la revue d'un petit courant trotskyste du NPA, dont je ne suis même pas membre (comment le pourrais-je, franchement ?).

J'aimerais remiliter à LO un jour, mais je doute que cela soit possible. Ce n'est pas très grave, personne n'est irremplaçable (sauf Lénine, Luxemburg, Liebknecht et Trotsky).
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par kaïre » 12 Mars 2019, 23:24

Après longue hésitation, voici quand même :

Mon combat politique ? Il a commencé dès mon arrivée à Paris débarquant de province. Les premiers militants que j’ai rencontrés, c’étaient les bons : les anarchosyndicalistes de la CNT. Je n’attendais que ça, des révolutionnaires, des gens qui se battaient contre cette société pourrie.

Car révoltée, je l’étais depuis longtemps.

On était au début de la guerre d’Algérie, j’avais 13 ans et des poussières et je venais de perdre ma mère, épuisée et malade de neuf grossesses tous les deux ans. Des ouvriers algériens travaillaient dans le parc de la maison de fonction que nous occupions car mon père dirigeait l’usine d’armement d’à côté et il y avait droit. Nous n’avions pas la télévision, mais on écoutait la radio (Ah ! Le château des Carpathes de Jules Verne en feuilleton…).

C’était le début des « événements ». Tout naturellement, comme j’étais très curieuse, je suis allée les voir, avec de l’eau et des bonbons, pour en savoir plus. Et j’ai commencé à discuter avec l’un d’eux qui, je l’ai su plus tard, était trésorier du FLN local. Très vite, j’ai été convaincue que c’était une guerre dégueulasse que menait la France, que ces gens avaient bien raison de se battre pour leur liberté. J’ai commencé à aller dans le bidonville d’à côté, bisous aux enfants et aux mamans, longues discussions… Et à convaincre mes copines de l’institution de bonnes sœurs où j’étais. Nous formions un petit groupe pour l’indépendance de l’Algérie.

Evidemment, tout ça n’a pas duré très longtemps. Scandale ! La fille de… ! J’ai eu droit à tout. Mon père, le curé, les bonnes sœurs, les flics… « Tu vas te faire violer ». Comme je n’avais reçu aucune éducation sexuelle, je ne comprenais rien. Je récitais l’évangile « tu aimeras ton prochain comme toi-même, tous les hommes sont frères… ». Il faut dire que mon père était un catholique intégriste, tendance monseigneur Lefebvre et qu’il nous imposait non seulement la grand messe du dimanche, mais tout le reste des c… Bénédicité, prière en commun, vêpres, semaine sainte, mois de marie, « si vis pacem, para bellum », etc. La totale ! Plus tard, je me suis dit qu’il devait être sympathisant OAS, mais il était bien plus que ça, comme je l’ai appris récemment : mes frères et sœurs ont dû observer une minute de silence lors de l’exécution de Bastien Thiry !

Rapidement, je me suis dit que des gens qui faisaient tout le contraire de ce qu’ils m’enseignaient ne valaient rien et j’ai, comme on dit, perdu la foi catholique et toute confiance en eux.

Je me suis mis à chercher. Peu à peu, je me suis fabriqué un syncrétisme confus d’existentialisme avec Sartre, de marxisme avec Garaudy (!), d’une sorte d’individualisme héroïque avec Zarathoustra de Nietzsche, le loup de Vigny, Alceste du Misanthrope, Ruy Blas, Cyrano de Bergerac… Tous ces personnages me fascinaient, je me récitais de longues tirades à chaque bagarre avec mes parents (mon père s’étant remarié avec une sorte de Folcoche, pétainiste comme lui, que je haïssais).

J’ai regardé du côté du PC, mais je ne connaissais personne. Les ouvriers de l’usine qui passaient tous les matins devant la maison, comment les rencontrer ? Et puis, je me posais des questions. 56, la Hongrie, comment peut-on être communiste et tirer sur des travailleurs ? Impossible. Si c’est ça le communisme, pas question. Dommage, en théorie, ce serait tellement bien.

Après l’échec de toute notre classe de bonnes sœurs au bac, mon père furieux m’a inscrit au lycée de jeunes filles. Une autre vie, les garçons de l’autre lycée, premiers cafés, premières cigarettes… Découverte de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, et de tant d’autres dont je n’avais jamais entendu parler. Qu’est-ce que j’ai lu…

J’appris que la prof d’histoire-géo était au PC. Malgré mes réticences, je suis allée la voir pour adhérer. Mais elle m’en a dissuadé, c’était une opposante. (Elle nous a d’ailleurs hébergés quelques fois, bien plus tard quand nous descendions distribuer le premier bulletin de la ville).

Voilà où j’en étais. Révoltée voire révolutionnaire, vomissant les bourgeois, mon milieu, les injustices, la guerre, toute cette société pourrie, mais personne.

Bac en poche, première année de pionne d’internat dans la ville pour pouvoir enfin me barrer de chez moi. Un rêve, Paris. Mutée en proche banlieue, j’ai vite arrêté. J’avais le même âge que les filles que j’étais censée surveiller, autant dire que la hiérarchie n’a pas supporté très longtemps les rapports que nous avions. Des tas de petits boulots, les galères…

Et j’ai rencontré les anars. Enfin, des révolutionnaires, des gens avec lesquels je pouvais partager ma révolte et faire enfin quelque chose. J’écrivais dans la version française du Combat syndicaliste alors bilingue, j’écoutais avec admiration les vieux réfugiés espagnols racontant leur révolution, Léo Ferré aux galas de la FA, etc.

Et puis un jour, sur le trottoir de je ne sais plus quelle rue, un petit jeune (devenu un petit vieux comme moi une petite vieille, - c’est pour rire !) qui vendait un petit journal, Voix Ouvrière. Moi, le mot ouvrier, ça me parlait, suis allée le voir. Et patatras ! D’abord un doigt, puis le bras, puis tout. Rendez-vous, lectures intensives, je ne savais rien, lui, comme d’autres ensuite, m’ont tout appris. Entre l’anarchisme et le marxisme, le communisme et le stalinisme, pas photo. Je suis devenue trotskyste.

Et voilà, le reste est une autre histoire.

Tout ça (beaucoup trop long, excuses) pour dire qu’on n’est pas condamné par le hasard de la naissance à une classe et à la vie qu’elle vous assigne. L’exploitation, le logement insalubre, les paies misérables, je n’ai rien vécu de tout cela, le lot de la condition ouvrière. J’étais matériellement une privilégiée. Mais bien des chemins peuvent amener à la conscience et l’engagement révolutionnaires.

Cependant, s’il n’y avait pas eu la guerre d’Algérie, la rencontre avec un militant FLN, une s… de belle-mère, etc. que serais-je devenue ? Beau mariage, mômes, bonnes et bagouzes ? Parfois je me demande, puis ne regrette rien. Je sais contre quoi et qui je me bats, j’en ai vécu une toute petite partie de l’intérieur, bien suffisante pour vomir le tout et travailler comme je peux à sa destruction.
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Plestin » 14 Mars 2019, 07:48

Merci Kaïre pour ce témoignage qui, bien que partant d'un autre milieu social, aboutit au même résultat. Et ce n'est pas moi qui vais te reprocher d'être trop longue :lol:

Décidément, la guerre d'Algérie a pesé lourd dans l'engagement de la génération qui l'a vécue. C'était aussi le cas pour Arlette...


Le camarade Byrrh a écrit :

J'ai quitté la LCR vers juin 2001. L'année suivante, la création de ce forum m'a permis de reprendre contact avec des gens de LO. J'y ai remilité un peu, mais ça n'a pas duré, parce que les deux ou trois personnes qui m'avaient fait du tort n'ont pas voulu régler avec moi certalns différends, préférant me traiter comme un affabulateur. Depuis, je reste un sympathisant de LO - cette fois-ci au sens large -, et ma seule utilité politique se résume à corriger des articles pour la revue d'un petit courant trotskyste du NPA, dont je ne suis même pas membre (comment le pourrais-je, franchement ?).

J'aimerais remiliter à LO un jour, mais je doute que cela soit possible.


C'est vraiment dommage. Peut-être que c'est une question de perception et que les propos qui t'ont blessé ont été proférés d'une manière anodine pour leurs auteurs, qui fait que les "deux ou trois" ne s'en souviennent même pas ou ne leur accordent pas la même importance que toi ? C'est souvent comme ça que les choses se passent...

Les rares propos désobligeants (de mon point de vue) que j'aie entendus sur l'homosexualité venant de gens de LO datent au moins des années 1990, en région parisienne et aussi, tiens, en Lorraine. C'étaient des propos non hostiles mais faisant s'interroger sur leur motivation. Par exemple, des propos critiquant "des anarchistes qui prônaient l'homosexualité parce que c'est tellement plus révolutionnaire", ce qui formellement n'était pas faux mais la réflexion laisse un arrière-goût désagréable. "Il n'y a pas d'homosexuels dans la classe ouvrière", le pire argument, impliquant que c'était un truc de bourgeois, et évidemment totalement faux ("s'ils savaient", que je me disais...) Ou encore "les homosexuels ne peuvent pas devenir des militants de LO parce qu'ils sont trop accaparés par leur vie dans le milieu gay", ce qui est vrai pour certains mais est loin de l'être pour tous et dénote donc un préjugé, d'autant qu'on pourrait faire le même genre de réflexion avec n'importe quel groupe social... C'est aussi stupide que de dire que les ornithologues ne peuvent pas devenir des militants de LO parce qu'ils sont trop accaparés par leur passion. L'essentiel est de savoir y répondre sans trop se braquer et d'essayer de faire évoluer les choses, vu que évidemment ce n'est pas le premier thème dont on discute quand on vient à LO et on peut très bien ne pas l'aborder du tout et se retrouver avec des gens pour qui ça n'est pas clair. Cette situation me "défrisait" quelque peu dans les débuts, mais ne m'a pas empêché de rester car l'essentiel à mes yeux était ailleurs évidemment, dans la lutte contre le capitalisme et pour le communisme, pour les milliards d'exploités sur cette planète. Et j'ai aussi pu voir des camarades défendant un collègue de boulot homosexuel contre l'ostracisme dont il était victime.

LO a collectivement beaucoup avancé sur la question et la preuve m'en a sauté aux yeux lorsque l'organisation a fustigé, en octobre 1998, les parlementaires de la "gauche plurielle" qui se sont défilés le jour du vote de la toute première version du PACS ce qui a conduit à son irrecevabilité. Cette prise de position a nécessairement mis en porte-à-faux ceux qui dans LO se trimballaient encore quelques toiles d'araignée sur la question. Et l'organisation n'a pas changé de position depuis, au contraire. Il y avait déjà eu de bonnes prises de positions plus anciennes, mais on ne pouvait les voir qu'à travers un petit article ici ou là, tandis qu'en 1998 il me semble même que c'était un édito du journal ou des bulletins d'entreprise, en tout cas quelque chose engageant bien plus l'orga dans son ensemble. Cela a eu pour effet de conforter mon engagement qui, pourtant, n'était pas menacé (et la boucle est bouclée avec notre sujet de départ).
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par com_71 » 14 Mars 2019, 11:07

Byrrh a écrit :Mon bilan est tellement insignifiant que je ne parlerais pas de "mon combat". Je ne suis jamais parvenu à gagner quiconque aux idées communistes, donc ce "combat" a une importance très relative.


Un mot là-dessus.
D'abord, tu n'en sais rien. Pas "parvenu à gagner quiconque" ? Gagner directement, peut-être. Mais tu ne peux pas avoir connaissance de tout ce qui s'est passé autour de toi, après toi, etc...
Ceux qui m'ont influencé au lycée (professeurs et élèves) l'ont vite oublié ou, plus nombreux et plus vraisemblablement, ne l'ont jamais su.
Ensuite, "bilan insignifiant" ? En quoi un bilan peut-il se résumer à une comptabilité froide ? Je sais bien qu'un bilan est généralement épluché par des comptables, mais justement c'est une raison pour avoir des réticences à employer ce mot quand il s'agit d'un humain pensant et sensible. Et je ne pense pas mépriser le travail des comptables en disant cela.
Il ne faut pas oublier qu'un parti vivant, c'est des militants, chacun à sa place, c'est aussi des dizaines de milliers de sympathisants, sans lesquels il ne peut vivre et agir ; et que la solidarité des uns aux autres existe dans les deux sens.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par com_71 » 14 Mars 2019, 11:29

Plestin a écrit :l'organisation a fustigé, en octobre 1998, les parlementaires de la "gauche plurielle" qui se sont défilés le jour du vote de la toute première version du PACS ce qui a conduit à son irrecevabilité.


C'était un article du journal, le 16 oct. 1998.
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L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Plestin » 14 Mars 2019, 12:07

Merci com'. C'est ça, pas un édito mais quand même un gros article.
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Byrrh » 14 Mars 2019, 16:34

com_71 a écrit :
Byrrh a écrit :Mon bilan est tellement insignifiant que je ne parlerais pas de "mon combat". Je ne suis jamais parvenu à gagner quiconque aux idées communistes, donc ce "combat" a une importance très relative.


Un mot là-dessus.
D'abord, tu n'en sais rien. Pas "parvenu à gagner quiconque" ? Gagner directement, peut-être. Mais tu ne peux pas avoir connaissance de tout ce qui s'est passé autour de toi, après toi, etc...
Ceux qui m'ont influencé au lycée (professeurs et élèves) l'ont vite oublié ou, plus nombreux et plus vraisemblablement, ne l'ont jamais su.
Ensuite, "bilan insignifiant" ? En quoi un bilan peut-il se résumer à une comptabilité froide ? Je sais bien qu'un bilan est généralement épluché par des comptables, mais justement c'est une raison pour avoir des réticences à employer ce mot quand il s'agit d'un humain pensant et sensible. Et je ne pense pas mépriser le travail des comptables en disant cela.
Il ne faut pas oublier qu'un parti vivant, c'est des militants, chacun à sa place, c'est aussi des dizaines de milliers de sympathisants, sans lesquels il ne peut vivre et agir ; et que la solidarité des uns aux autres existe dans les deux sens.

S'il existait encore, j'utiliserais l'émoticône "pouce levé"... Merci pour ce message.
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Cyrano » 01 Avr 2019, 13:02

«Ça a débuté comme ça.»
Pour moi, ça n'a pas débuté très précoce, mais ensuite tout alla très rapidement…

J'ai quitté le lycée à 17 ans : je n'avais plus envie d'étudier, je voulais être habillé mieux, je voulais bouffer mieux. Ma mère était seule avec moi, à faire des ménages chez les bourgeois, à laver leur linge, et galopant d'une maison à l'autre à pied. Une vie de pauvre chienne – et même aujourd'hui encore, ça reste en moi comme une colère sourde contre ce monde pour la vie qu'elle eut; plutôt pour la vie qu'elle n'eut pas. Je suis rentré au lycée en 1961, j'avais 14 ans. La guerre d'Algérie allait se terminer bientôt; et puis que m'importait ? Mon frère en était revenu vivant quelques années auparavant, pour moi c'était tout ce qui comptait. J'ai quittré le lycée, j'avais 17 ans.

Nous vivions dans un HLM première manière : au quatrième étage et c'était un poele à charbon qui chauffait l'appartement. Les deux chambres n'était donc pas chauffées, bien sûr : quand on se glissait dans les draps, brrr, ça réveillait – ce qui était un paradoxe. Mais j'aimais lire, alors le sommeil pouvait attendre. J'allai chercher du travail, sans spécialité, n'importe quel boulot, avec une paye, SVP, une paye. Je n'avais pas des gouts de luxe, juste pouvoir acheter le pain et des patates, et un steak, sans compter et recompter. Et acheter des livres, plutôt que relire mes Lagarde & Michard - et des disques, yé!

J'ai d'abord bossé, en 1965, dans une entreprise qui fabriquait des sirops menthe, grenadine et autres, une entreprise qui est devenue la référence mondiale dans ce domaine, une fierté locale. Je mettais les bouteilles dans des casiers ou j'empilais les casiers – on disait qu'on "gerbait" les casiers. On y embouteillait aussi du vin, du bon car y'avait 6 étoiles autour de la bouteille, bref du vin de table – formulation qui m'a toujours intrigué, comme si y'avait du vin de chaise? Il y avait, sur ces bouteilles de pinard des saloperies de petites capsules qui me dépiautait entre le pouce et l'index pour les mettre dans le casier. L'entreprise ne payait pas les gants. J'étais payé au SMIG qui tournait dans les 350 francs, des vrais francs, en billets : on n'avait pas de compte bancaire, on ne savait même pas à quoi ça pouvait servir.

Après une dizaine de mois dans cette tôle, quand la bise fut venue, je fus embauché dans une usine, une vraie usine, avec de la tôle, avec de grosses machines qui faisaient du bruit ou des gerbes d'étincelles. Je passais brutalement du SMIG à 350 francs mensuel (pour 40 heures par semaine) à un salaire plus élevé (mais pour une semaine plus lourde). On travaillait au rendement sans que ce soit démentiel. Mais on travaillait beaucoup : une semaine officielle de 45 heures (5 journées de 9 heures) – et souvent on bossait aussi le samedi matin. Avec une cinquantaine d'heures par semaine mon salaire atteignait le double du SMIG qui, au début de 1968, culminait à 360 francs. Je me souviens que le dimanche matin, je me levais à la même heure que d'habitude ou un peu plus tard; je déjeunais avec mon café au lait; je fumais ma gitane bleue puis je me recouchais : «Putain, j'y vais pas!...» et je lisais. Le Service Militaire m'avait procuré une coupure non désirée : mais je fus réformé, juste trois mois en habit kaki au lieu d'être en bleu de travail, et je retrouvai mon poste dans l'usine.

Dans mon HLM blême avec son poële à charbon, j'avais sympathisé avec l'employé qui livrait le charbon – il vivait avec sa femme et son jeune fils dans le même escalier, deux étages plus bas. Dans l'entreprise du charbonnier, même les délégués du personnel, pourtant «au Parti» étaient selon lui des mous, payés par le patron. Le charbonnier passait chez moi parfois en rentrant du boulot, avec sa tête encore noircie. Sa gauloise faisait un constraste blanc-noir, «une pe-ti-te tige de huit», comme il disait. Avec un café, des bêtises pour rire, le monde était alors refait, et bien refait.

Au début de l'année 1967, on changea d'HLM, mais toujours au quatrième étage, mais avec balcon, un vrai balcon où je pouvais lire et prendre café. Preuve de mon intérêt naissant pour la vie politique, depuis la fin de l'été, je lisais presque chaque jour Le Monde et je m'étais mis aussi au Canard Enchaîné. Et chaque mois, j'attendais mon Hara-Kiri, ce journal bête et méchant qui me ravissait. Je lisais aussi Jardin des Arts, une revue sur les… arts ? (bravo! vous m'suivez). J'achetais parfois l'insipide Vie Ouvrière, la revue de la CGT : je ne m'y retrouvais pas. Dans l'usine, y'avait un délégué du personnel, un CGT qui passait plutôt son temps à s'occuper de promotions proposées par le Comite d'Entreprise - un brave monsieur sympathique, pas vraiment stalinien.

Mes bouquins n'étaient pas politique. Beaucoup de poésies, et je n'étais resté sur les deux Alfred et sur Victor puisque je m'étais mis à Prévert. J'avais lu Le Voyage au bout de la nuit (lorsque j'étais arrivée à la dernière page, j'avais illico recommencé au début). J'avais lu l'Etranger de Camus (j'en avais appris la première page qui me fascinait avec ses petites phrases). Et plus copieux, Ulysse de Joyce, et je connaissais par cœur toutes les diverses tirades de Cyano. Et patati patata. Ah, j'avais lu Les mauvais coups de Roger Vailland. Pfff, le mec, eh! il avait asséz d'économies pour venir vivre à la campagne les quatres saisons sans bosser. Je trouvais que ma vie d'ouvrier était vraiment une vide de merde, fallait faire quelque chose.
Ah oui, j'avais lu aussi, ça me revient, le livre de Georgette Elgey sur la IVe république Mais j'avais lu aussi, surtout, L'Extricable de Raymond Borde, lu et relu. C'était, dans un style flamboyant, un mélange de résignation et de tuerie contre une société si lourde, grise et triste. La classe ouvrière était embourgeoisée, le Parti était devenu rien, mais ce monde de consommation était abrutissant. Un livre très "mai 68" que je lu en 1967. Y'a des soixante-huitard, moi j'étais plutôt un soixante-huitôt. Plutôt radical : la grève, la grève, et si y'en a qui veulent rentrer, on leur pète la gueule. On défile en ville en demandant aux commerçants de baisser le rideau pour montrer leur solidarité. Sinon, on casse tout – et on leur pète la gueule. Vous voyez la statégie? ça a la mérite de se résumer facilement : la patron de notre usine avait un petit château, on y va, on casse tout et, et? vous avez compris : on lui pète la gueule.

Dans l'usine, je commençais à prendre langue avec le délégué CGT, mais tout alla alors si vite. Comme je lisais le Monde, j'avais remarqué, à l'automne 1967, des encadrés vantant la révolution cubaine et proposant des journaux. J'en avais acheté, mais bof, je ne sais pourquoi, ça me semblait surjoué, et surtout quel rapport avec ma vie d'ouvrier? Et dans Le Monde, je remarquai un petit encart, une toute pitite pub parlant d'un journal "Voix Ouvrière, un journal révolutionnaire". Ré-vo-lu-tion-nai-re, c'était écrit. Je me proposais de leur écrire, y'avait pas l'feu. Mais diantre, une pub, même petite, mais une pub dans Le Monde? C'est que le 29 novembre 1967, paraissait le numéro 1 d'un Voix Ouvrière qui était devenu hebdomadaire! Voilà la cause de l'effet. Car avant, c'était toute les deux semaines que ça paraissait.
Mais par une soirée d'hiver, vers 19 heures (toute fin 1967, ou janvier 1968), toc-toc, ça toque à ma porte. Ce n'est que le vent, rien de plus, mais non : c'était une jeune femme souriant qui présentait devant elle un numéro de Voix Ouvrière. Aujourd'hui les gens croient être dans le progrès avec les Drive, mais pfff, Voix Ouvrière, plus fort, arrivait chez toi. Evidemment : «Ah, je voulais vous écrire.» ça aide à entamer une discussion. Elle avait les manches de son pull trop longues, elle les avait retroussées. On a discuté dans la salle de séjour. Même pas un café. On a convenu de se revoir - elle passera d'abord at home, puis on se verra dans un bar, place de la gare. C'était hebdomadaire, comme le journal - qui me plaisait forcément, eh!

On me fit lire le Manifeste du Parti Communiste. Ça me parlait. Cette amertume, cette haine muette, lorsque j'étais devant ma presse, en sueur, en bleu de travail maculé pendant que passaient parfois, dans les allées, de beaux messieurs et belles dames parfumées. Je me sentais aussi pitoyable que Meursault en habit de deuil. Puis on me parla de la révolution russe. J'ai donc lu Les dis jours… Après tout, il n'y avait que 50 ans qui nous séparaient de 1917. On m'a attribué un pseudo. On m'a fait coller des affiches, on m'a fait vendre le journal. A l'époque les services sociaux étaient flous, je ne pouvais pas porter plainte à l'ADAS.
Pire, y'a eu pire : on m'a traîné au Cercle Léon Trotsky, à Paris, à 250 bornes de mon pieu, sans autoroute, dans une Dauphine, qu'on revenait à je ne sais quelle heure, que je retournais à l'usine au matin. Je me souviens de mon premier CLT, y'avait un rouquin, Cohn-Bendit himself, qui était allé à la tribune pour remercier Voix Ouvrière d'avoir exprimé sa solidarité (c'est écrit dans la Voix Ouvrière du 31 janvier 1968).
Je me suis syndiqué à la CGT sinon j'étais fusillé et dispersé dans la nature. Je me suis vite retrouvé en réunion hebdomadaire à l'Union locale – mais bien sûr, incognito, en repliant mes ailes nouvelles sous mon anorak défraichi.
Je rencontrai alors plus de militants locaux - et on prévoya de me faire rencontrer des sommités de Paris. J'ai attendu dans mon bar, avec mon anorak, j'ai attendu. Trois tables plus loin, y'avait un type déjà âgé avec une jeune femme. On ne devait pas avoir les bons signalements : je repartis chez moi, avec mon vélo – et Duburg et la jeune femme repartirent à Paris. Bin ça, c'était malin. Par la suite, rapidement, on reprit date, et là, on ne se loupa pas (pa pas? oui, ça se prononce comme ça).

Puis un matin de mai, on me demanda d'être présent devant l'entreprise, d'inciter les gens à causer avant d'entrer. Je n'avais aucun mandat syndical, rien, mais c'est ce qu'on fit. Mais on sort du sujet des débuts. Je n'ai pas vraiment de "pourquoi?". Des débuts sans raisons particulières, sans rebellion exaspérée, juste tout simplement l'air du temps qui venait dans les veines de certains?

Puis voilà, quoi. Ce fut le début d'amours, de désamours, de re-amours, de loin, de près, vieux compagnon de route – ou compagnon de déroute, ça dépend comment qu'on voit ça. Le temps passe vite finalement, et je comprends mieux la chanson de Michel Fugain : "Je n'aurai pas le temps, pas le temps... de…"
Cyrano
 
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Re: Quand a débuté votre combat politique, pourquoi ?

Message par Gayraud de Mazars » 01 Avr 2019, 15:47

Merci camarade Cyrano, pour ce récit, si alerte et vivant...
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gayraud de Mazars
 
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