Belgique - Le PTB vu par Lutte Ouvrière...

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Belgique - Le PTB vu par Lutte Ouvrière...

Message par Gayraud de Mazars » 11 Mai 2026, 08:09

Salut camarades,

Article de Lutte Ouvrière en Belgique sur le PTB...

Des élus PTB rompent avec leur parti

Depuis 2 mois le PTB connaît plusieurs défections dans les rangs de ses élus. Deux députés régionaux, et deux élus communaux (un à Liège et un à Mons) ont coup sur coup annoncé quitter le parti et siéger dorénavant comme indépendants. Ce n’est pas une première pour le PTB. Les députés bruxellois Handichi et El Mokadem avaient déjà quitté le groupe PTB au parlement bruxellois en 2024 et 2025, pour respectivement rejoindre le MR et le PS. En 2025, le député européen Kennes, avait également choisi de quitter le PTB pour siéger en tant qu’indépendant.

Campagne de diabolisation

La presse et les partis de gouvernement font leurs choux gras de ces récents départs. La bourgeoisie en profite pour tacler le PTB, l’insultant de « secte », de parti « anti-démocratique », « marxiste » (dans la bouche des exploiteurs, c’est une insulte), réclamant, à l’instar de Denis Ducarme (MR), d’« appliquer le cordon sanitaire au PTB », c’est-à-dire qu’il ne soit plus invité dans les médias.

Cette campagne de diabolisation n’est pas sans rappeler celle entamée en France contre le parti de Mélenchon, La France Insoumise (LFI), et « l’extrême gauche », à la différence près qu’en Belgique elle prend un caractère ouvertement antimarxiste, c’est-à-dire anti- communiste et donc anti-ouvrier.

Il n’y a pas lieu de s’en réjouir. Au contraire ! L’actuelle tentative de diabolisation du PTB a dans sa ligne de mire tous les militants progressistes, et en particulier tous ceux qui se réclament des intérêts de la classe ouvrière. Les accusations dont le PTB fait l’objet, autant concernant ses liens avec le marxisme qu’à propos de son fonctionnement interne, ne peuvent que semer le trouble et la méfiance chez les travailleurs qui cherchent à s’organiser pour se défendre de l’exploitation et de la domination capitaliste. Tout cela ne renforce pas le camp des travailleurs.

Une conséquence de la politique du PTB

Néanmoins, autant il faut soutenir le PTB face à la haine de la bourgeoisie, autant il est nécessaire de comprendre que les départs d’élus qui accablent le PTB, tout comme leurs conséquences, sont le résultat de sa propre politique. A ce titre, sa direction en porte l’entière responsabilité.

En 2008, le PTB change de direction en vue d’une croissance organisationnelle et électorale. Pour gagner des membres et des voix, le PTB abandonne les références à Staline, à Mao et son soutien aux dictatures prétendument communistes. Parallèlement, les références au communisme comme le marteau et la faucille disparaissaient de la une de Solidaire, le journal du PTB, ainsi que de son site Internet.

Ce tournant ne fut pas que cosmétique. Si l’objectif révolutionnaire demeurait alors affiché, le PTB s’engageait dans une véritable réorientation politique qui devait effectivement l’emmener à grossir, autant en nombre de membres qu’en nombre de voix.

Comme Mélenchon en France, Die Linke en Allemagne ou encore Syriza en Grèce, le PTB a profité du mécontentement de toute une partie des électeurs du PS qui étaient las des mensonges, des trahisons et des scandales de corruption. Ceux-là espéraient trouver dans le PTB un « nouveau PS » pour incarner leurs espoirs en une politique progressiste de gauche.

Pour attirer ses nouveaux membres et électeurs, sans renier volontairement ses origines et ses ambitions révolutionnaires, le PTB adopta vers l’extérieur une propagande électoraliste tout en évitant de se prononcer sur « les points difficiles » et en ne publiant pas vers l'extérieur leurs analyses, leurs buts réels, leurs méthodes organisationnelles et les moyens de mettre fin à cette société pour « un socialisme 2.0 ». « Nous faisons la distinction entre ce qui se passe en salle et ce qui se passe en cuisine. Les meilleurs chefs coqs ne révèlent pas tous leurs secrets. La situation dans la cuisine est souvent plus chaotique que l’ambiance soignée de la salle » écrivait le PTB lors de son congrès de 2008.

Tactique et stratégie

En « salle », c’est-à-dire publiquement, le PTB s’affiche comme « la vraie gauche » et développe lors de ses campagnes un programme réformiste et anti-impérialiste. Sur bien des sujets, ses discours publics ne se distinguent plus guère de ceux du PS et des directions syndicales.

En « cuisine » néanmoins, c’est-à-dire, à l’intérieur du parti ou, parfois, dans certains médias à faible audience, le PTB continue de se référer à Marx, Lénine, et même, bien que de plus en plus rarement, à la révolution ouvrière. Raoul Hedebouw affirmait ainsi en novembre 2023, dans une interview au média français Le Vent Se Lève, qu’il n’y a aucun pouvoir dans les parlements ou dans les ministères, mais que le vrai pouvoir se trouve « dans les milieux économiques ». En 2026, dans une interview réalisée par la chaîne youtube Mathpolitics, Hedebouw confirme : « le vrai pouvoir est dans les conseils d’administration des grandes multinationales. Il n’est pas dans les gouvernements. »

Ce qui n’empêche pas le PTB de maintenir délibérément l'ambiguïté quant à sa possible participation à un gouvernement de coalition. Dès les élections de 2019, le PTB explique qu’il serait prêt à participer à une coalition gouvernementale de gauche pour mener une politique de « rupture ». Lors des élections de 2024, le PTB tenait à peu près le même discours, allant même jusqu’à communiquer une liste de trois réformes minimales sur lesquelles une potentielle coalition devrait s’accorder pour avoir une chance d’y voir participer le PTB : « le refus de l'austérité européenne », la révision de « la loi de 1996 » et le retour de « la pension à 65 ans ».
Entretenir l'ambiguïté sur la participation au gouvernement leur est nécessaire pour croître électoralement en s'appuyant sur les illusions électorales de la population.

D’après un sondage datant d’avril 2023, c’est-à-dire un an avant les élections de 2024, 86% des électeurs du PTB souhaitent le voir participer au gouvernement. Pour le PTB, afficher publiquement les idées qu’il réserve pour les discussions internes entraînerait une rupture avec tout une partie de ses électeurs, et même de ses membres.

A ce titre, le départ du PTB de son député Jori Dupont est caractéristique. Membre du PTB depuis 12 ans, Dupont quitte le parti en affirmant « Pendant que le PTB refuse de monter au pouvoir par pureté idéologique, la droite a les mains libres. […] Je veux une gauche qui se salit les mains, pour gagner des budgets, des lois et des protections ». Sans préjuger des autres raisons qui auraient poussé ce député à rompre avec le PTB, force est de constater que malgré 12 ans d’adhésion, le PTB n’a pas réussi à convaincre cet élu de sa tactique.

Alors pour un député régional, combien de militants, de membres ou d’électeurs se tournent vers le PTB sur base d'illusions ? Le PTB qui renonce à défendre ses idées politiques profondes, en entretenant l'ambiguïté, voire du mensonge par omission, se construit sur base d’illusions : un terrain peu solide et bien éloigné de celui de Marx et Engels, qui affirmaient que les travailleurs étaient capables et devaient prendre le pouvoir consciemment. Or, les illusions sont l’exact opposé de la conscience !

Cette méthode de prestidigitateur ne concerne pas seulement la participation au gouvernement, mais des pans entiers du programme de la direction du PTB : rapport aux syndicats, au stalinisme, au parti communiste chinois, à la révolution, … Pire : elle s’est inscrite dans l’ADN militant du PTB qui jongle constamment entre « salle » et « cuisine », entre « tactique » électoraliste et « stratégie » prétendument révo- lutionnaire.

En marche vers l’impasse du réformisme ?

En l’absence d’explosions sociales, la voie sur laquelle s’est engagée le PTB ne peut aboutir qu’à deux situations, qui pourraient très bien se combiner. D’une part, le PTB connaîtrait de nouvelles crises, plus ou moins profondes, durant lesquelles des députés, des membres ou des pans entiers de son électorat se détourneraient de lui. D'autre part, la direction du PTB s'alignerait sur les illusions réformistes de ses électeurs et de ses membres.

En fait, les deux situations se produisent déjà à petite échelle. La première se remarque dans les récentes défections d’élus. La seconde a pu s’observer dans le retournement de la position du PTB concernant la guerre en Ukraine, sans même parler de la participation à des majorités communales où il assume des mesures d'austérité.

En effet, deux jours après le déclenchement de l’invasion du territoire ukrainien par l’armée russe, les députés du PTB prenaient position au parlement fédéral en dénonçant la responsabilité des États-Unis et de l’OTAN, mais aussi du gouvernement ukrainien dans le déclenchement de la guerre. Ce faisant le PTB défendait sa ligne « historique » anti-impérialiste. Néanmoins, cette intervention lui valut une volée de bois vert de la part des autres partis politiques et des journalistes, dont les réactions faisaient alors les gros titres dans plusieurs quotidiens du pays. Cette campagne médiatique suffit à faire plier le PTB, qui, craignant de ne pas être suivi par ses membres et ses électeurs, dénonça seulement six jours après la prise de position courageuse de ses députés, la « guerre criminelle de la Russie contre l’Ukraine ». A partir de ce jour, le PTB prétend trouver dans une organisation de la bourgeoisie, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), le moyen d'obtenir la paix en Europe. C’est pourtant le capitalisme, la course au profit et la concurrence qui engendrent les guerres !

Sur ce revirement, la direction du PTB ne s'est jamais expliquée publiquement. Au contraire, la direction du PTB attache beaucoup d’importance à nier toute évolution de sa position. Le texte « 10 questions et réponses à propos de la guerre en Ukraine » met d’ailleurs beaucoup d’énergie à cet égard, la phrase « le PTB a condamné la guerre de la Russie contre l'Ukraine dès le départ, de façon inconditionnelle et sans ambiguïté » y étant répétée à de multiples reprises. La politique du flou et du mensonge… encore une fois.

Alors qu’adviendra-t-il du PTB ? En 2014, Lutte Ouvrière s’exprimait déjà à ce sujet en ces termes : « Si les succès électoraux et militants du PTB se maintiennent, ce qui serait positif dans cette période de recul du mouvement ouvrier, la « colonne vertébrale » militante du PTB résistera-t-elle à l'arrivée de nombreux membres venus sur la base d'illusions réformistes et de militants ayant surtout comme formation les pratiques syndicales bureaucratiques ? Et le PTB gardera-t-il son héritage politique stalinien, ou bien le poids de ses nouveaux adhérents le poussera-t-il à adopter une politique plus éclectique, plus à la mode et plus petite-bourgeoise ? L'avenir le dira. »

Quoi qu’il en soit, quelle que soit l’évolution future du PTB, les travailleurs et militants ouvriers, y compris du PTB, ne pourront évoluer sur la voie révolutionnaire que s'il existe un réel courant militant proposant une politique communiste, internationaliste et révolutionnaire. Une politique pour les aider à s'émanciper des illusions bourgeoises et de toutes les bureaucraties, y compris syndicales.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gayraud de Mazars
 
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