Belles feuilles

Marxisme et mouvement ouvrier.

Belles feuilles, Victor Serge

Message par com_71 » 31 Mars 2026, 14:46

Victor Serge, Vie des Révolutionnaires, préface de 1929 a écrit :
Je n'ai changé que quelques mots à cette brochure écrite il y a plusieurs années. Ce sujet — la vie, la formation, les luttes, la trempe de la génération révolutionnaire qui a vaincu en Russie — mériterait un travail approfondi. Mais notre génération n’a guère plus de loisirs que n’en eut celle-là. Aussi insuffisante qu’elle soit, cette brochure contribuera à faire connaître l’exemple des hommes qui, de notre temps, ont fait le plus pour la transformation du monde.

Les années ont passé. Il aurait fallu doubler tout au moins le nombre de ces pages, ajouter aux noms, pour la plupart obscurs, qu’on y trouvera, ceux des morts du temps de paix dont quelques-uns comptent parmi les plus grands. Les années de paix nous ont coûté plus cher à certains égards que les années de guerre civile. L'usure des chefs, l’usure du cerveau de la révolution, s’est cruellement fait sentir. Que de disparus ! Lénine, atteint précisément au cerveau, consumé par son immense labeur ; Léonide Krassine, technicien du parti prolétarien dans deux révolutions ; Félix Dzerjinski, qui avait porté sans faiblir sur ses épaules révolutionnaires le terrible fardeau de la terreur nécessaire ; Tsourioupa, l’organisateur du ravitaillement dans les années terribles ; Frounze, ancien ouvrier du textile, devenu le vainqueur de Pérékop ; Lachévitch, vigoureux soldat et chef d’armée ; Lilina, organisatrice de l’enseignement à Léninegrad ; Stépanov-Skvortsov, un des premiers vulgarisateurs du marxisme en Russie… On nous a tue à Genève, sur le seuil de la Société des Nations, l’écrivain et le penseur Vorovski, ambassadeur de la république du travail. D’autres, atteints par l’usure dans leur volonté de vivre, désespérés de ne pouvoir plus travailler ou faisant de leur mort même un suprême geste de lutte, sont partis volontairement : Loutovinov, l’organisateur des métallurgistes ; Eugénie Bosch, un des plus grands combattants de la révolution soviétique en Ukraine ; Glozman et Boutov, bons compagnons de l’organisateur de la victoire ; Adolphe loffé, qui avait représenté la révolution en Allemagne, en Chine et au Japon à des époques où mûrissaient des événements décisifs, se sont suicidés. Des accidents absurdes nous ont pris Sklionski, économiste et soldat, et Larissa Reissner, jeune révolutionnaire étonnamment douée, qui avait traversé les champs de bataille de la Volga, les montagnes de l’Afghanistan, les barricades de Hambourg ; Bogdanov, philosophe et savant, compagnon et adversaire de Lénine, est mort d’une expérience de transfusion du sang.

Gardons le riche souvenir de ces vies qui nous éclairent le chemin comme des torches et pensons à nos travaux, à nos luttes, au présent et à l’avenir. L’exemple de ces révolutionnaires comporte quelques enseignements dont nous avons plus particulièrement besoin aujourd’hui que le vieil ordre capitaliste semble de nouveau assuré et que tant de maux mettent chaque jour à l’épreuve le courage et la ténacité dos militants prolétariens.

Moins heureux que nous qui sommes les témoins de la victoire du prolétariat russe, ces hommes entrèrent dans la lutte à une époque où la société bourgeoise paraissait si stable que ses apologistes osaient l’affirmer fondée sur les lois immuables de la nature humaine ; à une époque où leur pays vivait ployé sous un despotisme millénaire. Ils surent pourtant discerner dans leur présent les cheminements souterrains de la révolution.

Ils connurent l'adversité la plus grande. Aux « sages » de leur temps — d’il y a vingt ou trente ans à peine ! — universitaires libéraux, gens rassis, mutuellistes, coopérateurs et « socialistes » pleins d'« esprit pratique », ces hommes qui bâtissaient, pour la conquête du pouvoir, le parti du prolétariat, paraissaient des illuminés. On ne le leur envoyait pas dire. Ils poursuivaient leur chemin à travers les sourires, les polémiques, les prisons, la misère, l’exil ; ils poursuivaient leur œuvre.

Longtemps, ils ne formèrent que de petits groupes, amèrement divisés parfois. Aux difficultés de la lutte contre l’autocratie russe et la bourgeoisie internationale, s’ajoutaient trop souvent les crises du mouvement, les mésententes personnelles, les fautes des uns, les vilenies de quelques autres. Ils connurent après la défaite de la révolution de 1905 une période de noire réaction, au cours de laquelle on vit les hésitants se décourager, les lâches se défiler, les faibles se retirer, les meilleurs parfois désorientés. Ils surent, n’étant qu’une minorité au sein de la classe ouvrière, garder malgré tout leur clairvoyante intransigeance, remonter le courant, lutter opiniâtrement, avec un désintéressement absolu, pour leurs convictions, leur foi et l’avenir (c’est tout un). Et c’est peut-être dans la présente accalmie, où se préparent les grandes luttes de demain, à notre époque de pénible cristallisation des premiers noyaux des partis prolétariens de demain, à notre époque de luttes obscures sur deux plans opposés contre l’ennemi de classe et contre les maux dont souffre le mouvement ouvrier révolutionnaire, la plus grande leçon de ces existences.

Léningrad, décembre 1929.

Victor Serge.

https://www.marxists.org/francais/serge ... e-revo.htm
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles : Marx, discours sur la Pologne

Message par com_71 » 05 Mai 2026, 07:55

L’union et la fraternité des nations sont des mots que tous les partis ont aujourd’hui à la bouche, notamment les partisans bourgeois du libre-échange.
Il existe toutefois une certaine forme de fraternité parmi les classes bourgeoises de toutes les nations.
C’est la fraternité des oppresseurs contre les opprimés, des exploiteurs contre les exploités.
Tout comme la classe bourgeoise d’un pays est unie et fraternise contre les prolétaires de ce même pays, malgré la concurrence et la lutte entre les membres de la bourgeoisie eux-mêmes, de même les bourgeois de tous les pays fraternisent et sont unis contre les prolétaires de tous les pays, malgré leurs luttes et leur concurrence mutuelles sur le marché mondial.
Pour que les peuples puissent véritablement s’unir, leurs intérêts doivent être communs.
Pour que leurs intérêts puissent être communs, les rapports de propriété actuels doivent être abolis, car ces rapports de propriété conditionnent l’exploitation mutuelle des peuples : abolir les rapports de propriété actuels, tel est l’intérêt exclusif de la classe ouvrière.
Elle seule en possède d’ailleurs les moyens. La victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est en même temps la victoire sur les conflits nationaux et industriels qui opposent aujourd’hui les différents peuples les uns aux autres.
La victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est donc en même temps le signal de libération de toutes les nations opprimées.

La Pologne d’autrefois est certes perdue, et nous serions bien les derniers à souhaiter son rétablissement. Mais il n’y a pas que la Pologne d’autrefois qui soit perdue. L’ancienne Allemagne, l’ancienne France, l’ancienne Angleterre, toute l’ancienne société est perdue. Mais la perte de l’ancienne société n’est pas une perte pour ceux qui n’ont rien à perdre dans l’ancienne société, et dans tous les pays actuels, c’est le cas pour la grande majorité. Ils ont au contraire tout à gagner de la chute de l’ancienne société, qui implique la formation d’une nouvelle, ne reposant plus sur les antagonismes de classe.

De tous les pays, c’est en Angleterre que l’opposition entre le prolétariat et la bourgeoisie est la plus marquée. La victoire des prolétaires anglais sur la bourgeoisie anglaise est donc décisive pour la victoire de tous les opprimés contre leurs oppresseurs. La Pologne ne doit donc pas être libérée en Pologne, mais en Angleterre. Vous, les chartistes, n’avez donc pas à formuler de vœux pieux pour la libération des nations. Battez vos propres ennemis intérieurs, et vous pourrez alors avoir la fière conscience d’avoir vaincu toute l’ancienne société.

Marx, discours du 29 novembre 1847, au meeting international tenu à Londres pour le 17e anniversaire de l'insurrection polonaise de 1830 (article du Deutsche-Brüsseler-Zeitung, 9 décembre 1847)
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles : Weitling sur la patrie

Message par com_71 » 05 Mai 2026, 14:16

« Quel amour peut donc avoir aujourd’hui pour ce qu’on appelle la patrie celui qui n’a rien à perdre en elle, pas plus qu’il n’a quelque chose à perdre dans n’importe quelle autre terre étrangère ? La “patrie” n’est-elle donc rien d’autre que la terre du père, l’héritage dont tout un chacun a besoin pour assurer sa subsistance et son indépendance à l’égard des caprices des autres ? Mais si je n’ai pas cela, si pour vivre je suis obligé de travailler pour que d’autres en tirent avantage, afin qu’ils puissent jouer d’autant plus tranquillement les maîtres, comment puis-je aimer cette patrie ? La patrie qui est à mon goût c’est celle qui nourrit tous ses membres, mais pas les oisifs ; pour elle il vaut bien la peine qu’on se batte contre l’injustice ; pour elle on peut mettre en jeu sa vie, son sang et sa liberté… Malheureusement, vous les maîtres, vous ne nous avez laissé de la patrie rien d’autre que le nom, mais ce nom, nous le jetterons bientôt à vos pieds et nous nous réfugierons sous la bannière de l’humanité, qui ne comptera parmi ses défenseurs ni hautes ni basses classes, ni pauvres ni riches, ni maîtres ni valets. Aujourd’hui, dans notre propre pays, nous sommes entourés d’ennemis qui sont aussi malfaisants et tyranniques que les étrangers… La mort qu’ils nous infligent est la mort lente de l’épuisement et des privations, et la misère que nous subissons est la misère de la servitude. Et ces gens-là devraient être nos compatriotes ? Ce sont des vampires, des étrangers, des tyrans, qui nous ont volé notre pays, par la ruse ou par la force, peu importe… Tous les préjugés et toutes les passions de la foule sont attisés pour, au nom de l’amour de la patrie, la transformer en instrument docile, que la vanité et l’ambition peuvent ensuite gouverner assez facilement. Alors, par centaines de milliers, ces foules marchent contre les prétendus ennemis étrangers qui, eux aussi, ne sont rien d’autre que de vivants instruments dociles, des ouvriers, que l’on a par la ruse et la force arrachés à leurs charrues et sorti de leurs ateliers pour jouer avec eux une tragédie sanglante… Tant que la société vivra dans l’inégalité, tant qu’un peuple sera composé de maîtres et de valets, tant que Pierre ou Paul, Napoléon, Frédéric, Guillaume ou Nicolas seront les maîtres, nous, les travailleurs, nous devrons nous laisser utiliser comme ils le voudront par l’un ou l’autre de ces maîtres. C’est sur notre dos que toutes les classes de la société, le souverain du pays comme le souverain étranger, font peser des charges insupportables. »
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Belles feuilles : Engels, discours sur la Pologne

Message par com_71 » 07 Mai 2026, 08:17

discours d'Engels (cf. plus haut) a écrit :Permettez-moi, chers amis, de m’exprimer ici aujourd’hui, à titre exceptionnel, en ma qualité d’Allemand. Car nous, démocrates allemands, avons un intérêt particulier à la libération de la Pologne. Ce sont les princes allemands qui ont tiré de grands avantages du partage de la Pologne, et ce sont les soldats allemands qui occupent encore aujourd’hui la Galice et la Posnanie. La responsabilité de débarrasser notre nation de cette honte nous incombe, à nous Allemands, et surtout à nous, démocrates allemands. Une nation ne peut devenir libre tout en continuant à opprimer d’autres nations. La libération de l’Allemagne ne peut donc avoir lieu sans la libération de la Pologne de l’oppression allemande. C’est pourquoi la Pologne et l’Allemagne ont un intérêt commun, et c’est pourquoi les démocrates polonais et allemands peuvent œuvrer ensemble pour la libération des deux nations.
— Je crois également que le premier coup décisif qui mènera à la victoire de la démocratie, à la libération de toutes les nations européennes, sera porté par les chartistes anglais. Je vis en Angleterre depuis plusieurs années maintenant et je me suis ouvertement rallié au mouvement chartiste pendant cette période. Les chartistes anglais seront les premiers à se soulever, car c’est précisément en Angleterre que la lutte entre la bourgeoisie et le prolétariat est la plus intense. Et pourquoi est-elle la plus intense ? Car en Angleterre, sous l’effet de l’industrie moderne et de l’introduction des machines, toutes les classes opprimées se fondent en une seule grande classe aux intérêts communs, la classe du prolétariat ; car, par conséquent, du côté opposé, toutes les classes d’oppresseurs se sont également unies en une seule classe, la bourgeoisie. La lutte s’en trouve ainsi simplifiée, et il sera donc possible de la trancher d’un seul coup décisif. N’est-ce pas là le cas ? L’aristocratie n’a plus aucun pouvoir en Angleterre ; la bourgeoisie règne seule et a pris l’aristocratie à son service. Mais toute la grande masse du peuple s’oppose à la bourgeoisie, unie en une formidable phalange, dont la victoire sur les capitalistes au pouvoir se rapproche de plus en plus. Et c’est à la machine que vous devez cette élimination des intérêts opposés qui divisaient auparavant les différentes sections de travailleurs, ce nivellement du niveau de vie de tous les travailleurs. Sans la machine, pas de chartisme, et bien que la machine puisse temporairement aggraver votre situation, c’est néanmoins elle qui rend notre victoire possible. Mais pas seulement en Angleterre ; dans tous les autres pays, elle a eu le même effet sur les travailleurs. En Belgique, en Amérique, en France, en Allemagne, cela a uniformisé la situation de tous les travailleurs et continue chaque jour de le faire de plus en plus ; dans tous ces pays, l'union des travailleurs de toutes les nations est le résultat de la machine, ce qui constitue un immense progrès. Qu'en déduisons-nous pour nous ? Puisque la condition des travailleurs de tous les pays est la même, puisque leurs intérêts sont les mêmes, leurs ennemis les mêmes, ils doivent aussi lutter ensemble, ils doivent opposer à la fraternité de la bourgeoisie de toutes les nations une fraternité des travailleurs de toutes les nations.
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Belles feuilles. Trotsky, quelques remarques sur Révolution

Message par com_71 » 05 Juil 2026, 18:53

Présentation
La publication de Révolution par une Entente où les éléments révolutionnaires avaient beaucoup d'influence inquiétait la direction de la S.F.I.O. et les dirigeants nationaux des J.S. qui publiaient déjà un organe propre, Le Cri des jeunes.
Une procédure engagée dès la parution du premier numéro aboutit à la décision du comité national mixte d'interdire sa parution, avec menace d'exclure les collaborateurs du journal s'ils persistaient dans sa publication.
Après une chaude discussion, les dirigeants de l'Entente s'inclinèrent formellement, mais Révolution parut de nouveau, sous la responsabilité personnelle de trois de ses militants responsables, en tant qu'organe extérieur à la S.F.I.O. - son titre était suivi de la mention "organe de lutte et de combat de la jeunesse ouvrière" - et fut diffusée à travers Paris et la province avec un réel succès.


Quelques remarques sur Révolution
Source : Bulletin intérieur du GBL (jeunes) n°2, 20 décembre 1934.

Révolution doit être un journal ouvrier ou ne pas être du tout. Un journal ouvrier n'est pas un journal écrit pour les ouvriers. Ce n'est pas non plus un journal écrit par les ouvriers. Mais il doit refléter la vie ouvrière et répondre à temps aux questions que les événements - petits et grands - provoquent chez les ouvriers.
Il faut écrire clairement, et, pour cela, il faut bien connaître la question que l'on traite et le but que l'on poursuit par l'exposé. Il ne faut jamais écrire pour écrire, pour faire un "leader" ou une rubrique quelconque.
Avant d'écrire un article sur une question précise, il faut parler sur ce même thème avec de jeunes ouvriers, écouter attentivement leurs questions, suggestions, objections, etc. Après avoir écrit l'article, il faut le soumettre à la critique des jeunes ouvriers.
Ne pas imiter la grande presse, ni par la disposition des articles, ni par le ton d'exposition. Quand une question importante pour la classe ouvrière, et surtout pour la jeunesse, surgit, on peut et on doit balayer les rubriques et consacrer le numéro tout entier à la même question (par exemple le chômage des jeunes, une grève importante avec la participation des jeunes, etc.) éclairée de différents côtés: exposition exacte des faits, reportage pris sur le vif, article théorique sur le même thème, des épisodes analogues de la vie internationale, etc. Un numéro pareil est comme un obus qui se fraye son chemin.
Il ne faut jamais prendre le ton d'un instituteur qui apprend à de petits enfants. Il faut toujours parler à des égaux, mais parler honnêtement, après étude et réparation, sans couvrir des lacunes par des phrases creuses.
Il ne faut jamais donner à l'article le caractère de commentaire sur des événements supposés connus. Chaque article doit avoir son armature ferme, composée de faits et de dates précises. Les commentaires doivent être sobres, découlant de l'exposé des faits eux-mêmes. C'est la seule voie pour éviter le didactisme stérile et humiliant.
Ne pas avoir peu de répéter les choses les plus élémentaires en les rafraîchissant toujours par des faits nouveaux.
Suivre attentivement toute la presse française bourgeoise et ouvrière, politique et syndicale, parisienne et locale; découper tous les faits, même insignifiants, qui se rattachent à la vie de la jeunesse ouvrière; placer les coupures dans des dossiers; consulter les dossiers chaque fois qu'il s'agit de faire un article sur telle ou telle question.
Créer immédiatement une carte de reporter révolutionnaire. Indiquer à chacun un quartier de la ville ou une fonction spéciale ( la justice bourgeoise pour les ouvriers, le chômage, la soupe populaire, les ouvriers étrangers, la caserne, etc.). Les reporters doivent être aussi des agitateurs et des recruteurs. Ils doivent être en liaison constante avec le milieu auquel ils sont attachés.
Une, deux ou quatre fois par mois, selon le rythme de la parution, réunir tous les collaborateurs, reporters et quelques jeunes ouvriers pour rassembler des suggestions et discuter des articles en préparation.
Dans les faits divers de la presse on trouve un tas de faits d'une grande signification pour la compréhension de la vie sociale en général et des jeunes ouvriers en particulier. Chaque jour apporte des nouvelles sur des suicides des jeunes désespérés, etc. On peut souvent remplir toute une page de ces faits divers bien assortis, avec des commentaires brefs et vigoureux.
Les articles signés ne sont pas bien indiqués pour la presse ouvrière en général, et celle des jeunes en particulier. Il faut habituer le lecteur à voir dans le journal une personnalité collective, c'est à dire l'organisation.
La question de la société socialiste, comme contraste à la société capitaliste, doit être éclairée par tel ou tel trait dans chaque numéro et à chaque occasion qui se présente. Il faut trouver chez les grands socialistes, à commencer par les utopistes, des formules pénétrantes de quelques lignes pour les reproduire à chaque page, à raison de deux ou trois.
Ce qui est absolument intolérable, ce sont des allusions compréhensibles seulement pour les jeunes "bureaucrates", des expressions argotiques de boutique, des abréviations absolument incompréhensible pour le jeune ouvrier moyen.
Le journal ne peut devenir un journal ouvrier qu'à la condition que toutes les forces de l'organisation soient dirigées vers les quartiers ouvriers, vers les quartiers industriels, etc. Le journal qui ne recrute pas des ouvriers pour l'organisation n'est pas digne d'exister.
Enfin, notre époque doit être bien reflétée dans le journal. Le trait essentiel de notre époque, c'est qu'elle soulève les questions les plus profondes de la vie sociale et exige les réponses les plus radicales. Nous vivons dans une époque pré-révolutionnaire qui n'a besoin que d'un parti vraiment combatif pour se transformer en une époque révolutionnaire. Le journal doit être combatif, courageux, et viser loin.

https://www.marxists.org/francais/trots ... 341200.htm
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