Belles feuilles

Marxisme et mouvement ouvrier.

Belles feuilles, pour sourire un peu : French Revolution...

Message par com_71 » 17 Sep 2021, 14:07

...Spartacist No. 12, September-October 1968
Les camarades de Voix Ouvrière sont la seule organisation se prétendant trotskiste qui a pratiqué une ligne ouvrière. Initialement, leurs cadres étaient concentrés dans les usines au point qu'ils manquaient d'une base adéquate dans les arènes étudiantes et petites-bourgeoises. Ils ont cependant pu établir des comités de liaison permanents avec les organisations pablistes, leur permettant de coordonner leur intervention avec les étudiants radicaux des JCR. Une telle augmentation des contacts entre ces organisations pourrait à l'avenir permettre aux camarades de VO d'aider les jeunes pablistes à rompre avec le révisionnisme dans leur mouvement et à s'orienter résolument vers une perspective prolétarienne révolutionnaire.

Cependant, l'axe sur lequel repose l'unité d'action V.O.-Pablistes est faux. La déclaration commune a appelé « toutes les organisations se prétendant trotskystes à se joindre à cette initiative ». Les camarades de VO estiment que les événements récents constituent « le 1905 français ». Rappelons-nous que la suite de la Révolution russe de 1905 fut une unification des bolcheviks et des mencheviks ! Il a fallu plusieurs années à Lénine pour rompre cette unité trop fraternelle. Ce qui a été mis en évidence en France par la dernière trahison de la CGT et du PC, ce n'est pas la nécessité d'un "regroupement trotskiste" mais la nécessité d'un nouveau parti révolutionnaire basé sur la revendication du programme bolchevik, unissant tous ceux, même de tendances telles que les maoïstes ou des syndicalistes, qui sont en faveur du pouvoir des comités ouvriers. Nous espérons que V.O., les bolcheviks français, n'ont pas été désorientés comme l'étaient les Russes en 1905.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Belles feuilles

Message par Kéox2 » 17 Sep 2021, 18:59

Etonnant... Et ?
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Re: Belles feuilles

Message par Zorglub » 17 Sep 2021, 19:49

Ce qui est amusant c'est ce que l'article préconise qui était la politique de VO, non ? Un parti large de l'extrême-gauche pouvant attirer, être crédible face au PC et pouvant permettre d'affirmer et éprouver les politiques de chacun. Ce que la revue reproche à VO était justement l'attitude de la LCR, non ?
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Belles feuilles. L. Frankel, lettre à Becker (12-6-1871)

Message par com_71 » 05 Oct 2021, 09:46

...cela ne nous empêche pas de continuer à vouer notre liberté personnelle et notre vie à la cause du prolétariat. Nos ennemis auront beau s’en prendre à nous en redoublant de fureur, ils auront beau prendre plaisir à nous écharper, nous ne reculerons pas. La masse tout entière des lâches et des paresseux d’esprit qui se nourrissent de la sueur du peuple a conclu une alliance visant à étouffer les revendications du prolétariat par l’emprisonnement, la poudre et le plomb. Eh bien, les dés sont jetés. Vous voulez le combat, vous l’aurez. Votre fureur ne peut qu’endurcir notre ardeur, votre haine renforcer notre parti et j’entrevois déjà les temps où ne s’opposeront que deux partis, et où il ne pourra être question que de « rose rouge ou blanche372 ». La lutte opposera le nouvel État libre, regorgeant de vie, reposant sur le travail et fondé sur un savoir positif, au vieil État exploiteur, vermoulu et monarco-curaillon. Le camp qui remportera la victoire ne fait aucun doute ; un puissant coup de tout le prolétariat abrégera les souffrances de votre monde.
Cette race qui ne se montre qu’en l’absence de danger et ne se risque à donner des coups de sabot d’âne que quand le lion gît à terre, cette race se terrera à l’approche de la tempête. Elle le fit en 1789, en 1830, en 1848. La tempête vient-elle à se calmer et la lutte du parti révolutionnaire a-t-elle été couronnée de victoire, il faut dès lors s’attendre à ce que cette race, incapable de s’enthousiasmer pour une idée sublime et encore moins de se battre pour elle, refasse lentement surface pour profiter de la victoire. Là, elle ne tarit pas d’éloges pour le même peuple qu’elle couvrait hier encore de boue, là on lit comme dans le National après les journées de 1830 : « Voilà le peuple qui a tout accompli depuis trois jours ; il était puissant, il était splendide ; c’est le peuple qui a vaincu, c’est à lui que reviennent tous les succès du combat » ; ou comme dans une proclamation du gouvernement provisoire de 1848, quatre jours après la révolution : « La révolution, faite par le peuple, doit être faite pour lui », le temps est venu d’imposer des limites aux longues et iniques souffrances des travailleurs, « qu’il faut aviser sans le moindre retard à garantir au peuple les fruits légitimes de son travail, etc. ».
Et l’on poursuit la rengaine jusqu’à spolier la victoire au peuple crédule. Gare alors à quiconque, une fois cette race fermement installée, ose réclamer ses droits, car elle a puisé entretemps dans toutes les provinces pour rassembler une armée à même d’écraser l’« anarchie », et l’on fait parler les canons pour répondre à la « canaille ». Chercher à justifier la Commune face à cette race revient à vouloir parler d’esthétique avec des cochons.
Les actes « barbares » dont elle nous accable, nous les soumettons sans crainte à l’incorruptible jugement de l’histoire. Elle se montrera en revanche moins clémente en constatant qu’au moment où les troupes versaillaises entrèrent dans Paris, nous n’avons pas su leur barrer la route rue après rue, renonçant à faire sauter casernes, églises et palais chaque fois que nous devions battre en retraite...


Un lien pour retrouver cette lettre et d'autres :
https://transfert.free.fr/download/0LEq ... 0nzkiu2smQ
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Belles feuilles, René Maran

Message par com_71 » 16 Oct 2021, 23:16

Son introduction à son roman, Batouala (1921) :
PRÉFACE
Henri de Régnier, Jacques Boulenger, tuteurs de ce livre, Je croirais manquer de cœur si, au seuil de la préface que voici, je ne reconnaissais tout ce que je dois à votre bienveillance et à vos conseils.
Vous savez avec quelle ardeur je souhaite la réussite de ce roman. Il n’est, à vrai dire, qu’une succession d’eaux-fortes. Mais j’ai mis six ans à le parfaire. J’ai mis six ans à y traduire ce que j'avais, là-bas, entendu, à y décrire ce que j'avais vu.
Au cours de ces six années, pas un moment, je n’ai cédé à la tentation de dire mon mot. J’ai poussé la conscience objective jusqu’à y supprimer des réflexions que l’on aurait pu m’attribuer. Les nègres de l'Afrique Equatoriale sont en effet irréfléchis. Dépourvus d’esprit critique, ils n’ont jamais eu et n’auront jamais aucune espèce d’intelligence. Du moins, on le prétend. A tort, sans doute. Car, si l’inintelligence caractérisait le nègre, il n'y aurait que fort peu d’Européens.
Ce roman est donc tout objectif. Il ne tâche même pas à expliquer : il constate. Il ne s’indigne pas : il enregistre. Il ne pouvait en être autrement. Par les soirs de lune, allongé en ma chaise-longue, de ma véranda, j’écoutais les conversations de ces pauvres gens. Leurs plaisanteries prouvaient leur résignation. Ils souffraient et riaient de souffrir.
Ah! Monsieur Bruel, en une compilation indigeste et savante, Vous avez pu déclarer que la population de l’Oubangui-Chari s’élevait à 1.350.000 habitants. Mais que n’avez-vous dit, plutôt, que dans tel petit village de l’Ouahm, en 1918, on ne comptait plus que 1.080 individus sur les 10.000 que l’on avait recensés, sept ans auparavant? Vous avez parlé de la richesse de cet immense pays. Que n’avez-vous dit que la famine y était maîtresse?
Je comprends. Oui, qu’importe à Sirius que dix, vingt ou même cent indigènes aient cherché, en un jour d’innommable détresse, parmi le crottin des chevaux appartenant aux rapaces qui se prétendent leurs bienfaiteurs, les grains de maïs ou de mil non digérés dont ils devaient faire leur nourriture!
Montesquieu a raison, qui écrivait, en une page où sous la plus froide ironie, vibre une indignation contenue : « Ils sont noirs des pieds jusqu'à la tête et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre. »
Après tout, s’ils crèvent de faim par milliers, comme des mouches, c’est que l’ont met en valeur leur pays. Ne disparaissent que ceux qui ne s’adaptent pas à la civilisation.
Civilisation, civilisation, orgueil des Européens, et leur charnier d’innocents, Rabindranath Tagore, le poète hindou, un jour, Tokio, a dit ce que tu étais !
Tu bâtis ton royaume sur des cadavres. Quoi que tu veuilles, quoi que tu fasses, tu te meus dans le mensonge. A ta vue, les larmes de sourdre, et la douleur de crier. Tu es la force qui prime le droit. Tu n’es pas un flambeau, mais un incendie. Tout ce à quoi tu touches, tu le consumes...
Honneur du pays qui m’a tout donné, mes frères France, écrivains tous les partis; vous qui, souvent, disputez d’un rien, et vous déchirez à plaisir, et vous réconciliez tout à coup, chaque fois qu’il s’agit de combattre pour une idée juste et noble, je vous appelle au secours, car j’ai foi en votre générosité.
Mon livre n’est pas de polémique. Il vient, par hasard, à son heure. La question nègre est   « actuelle ». Qui a voulu qu'il en fût ainsi? Mais les Américains. Mais les campagnes des journaux d’outre-Rhin. Mais Romulus Coucou, de Paul Reboux, Le Visage de la Brousse, de Pierre Bonardi et l’Isolement, de ce pauvre Combette. Et n’est-ce pas vous, « Eve », petite curieuse, qui, au début de cette année, alors que vous étiez encore quotidienne, avez enquêté afin de savoir si une blanche pouvait épouser un nègre?
Depuis, Jean Finot a publié dans la Revue des articles sur l'emploi des troupes noires. Depuis, le Docteur Huot leur a consacré une étude au Mercure de France. Depuis, Les Lettres ont dit leur martyre, aux Etats-Unis. Enfin, au cours d’une interpellation à la Chambre, le Ministre de la Guerre, M. André Lefèvre, ne craignit pas de dire que certains fonctionnaires français avaient cru pouvoir se conduire, en Alsace-Lorraine reconquise, comme s’ils étaient au Congo Français.
De telles paroles, prononcées en tel lieu, sont significatives. Elles prouvent, à la fois, que l’on sait ce qui se passe en ces terres lointaines et que, jusqu’ici, l'on n’a pas essayé de remédier aux abus, aux malversations et aux atrocités qui y abondent. Aussi « les meilleurs colonisateurs ont-ils été, non les coloniaux de profession, mais les troupiers européens, dans la tranchée ». C’est M. Diagne qui l'affirme.
Mes frères en esprit, écrivains de France, cela n’est que trop vrai. C’est pourquoi, d’ores et déjà, il vous appartient de signifier que vous ne voulez plus, sous aucun prétexte, que vos compatriotes, établis là-bas, déconsidèrent la nation dont vous êtes les mainteneurs.
Que votre voix s’élève! Il faut que vous aidiez ceux qui disent les choses telles qu’elles sont, non pas telles qu’on voudrait qu’elles fussent. Et, plus tard, lorsqu'on aura nettoyé les suburres coloniales, je vous peindrai quelques-uns de ces types que j'ai déjà croqués, mais que je conserve, un temps encore, en mes cahiers. Je vous dirai qu’en certaines régions, de malheureux nègres ont été obligés de vendre leurs femmes à un prix variant de vingt-cinq à soixante-quinze francs pièce. Je vous dirai... Mais, alors, je parlerai en mon nom et non pas au nom d’un autre; ce seront mes idées que j’exposerai et non pas celles d’un autre. Et, d’avance, des Européens que je viserai, je les sais si lâches, que je suis sûr que pas un n’osera me donner le plus léger démenti.
Car, la large vie coloniale, si ton pouvait savoir de quelle quotidienne bassesse elle est faite, on en parlerait moins, on n’en parlerait plus. Elle avilit peu à peu. Rares sont, même parmi lès fonctionnaires, les coloniaux qui cultivent leur esprit. Ils n’ont pas la force de résister à l'ambiance. On s’habitue à l'alcool. Avant la guerre, nombreux étaient les Européens capables d’assécher à eux seul plus de quinze litres de pernod, en l'espace de trente jours. Depuis, hélas, j'en ai connu un, qui a battu tous les records. Quatre-vingts bouteilles de whisky de traite, voilà ce qu’il a pu boire, en un mois.
Ces excès et d’autres, ignobles, conduisent ceux qui y excellent à la veulerie la plus abjecte. Cette abjection ne peut inquiéter que de la part de ceux qui ont charge de représenter la France. Ce sont eux qui assument la responsabilité des maux dont souffrent, à l'heure actuelle, certaines parties du pays des noirs. C’est que, pour avancer en grade, il fallait qu’ils n’eussent « pas d’histoires ». Hantés de cette idée, ils ont abdiqué toute fierté, ils ont hésité, temporisé, menti et délayé leurs mensonges. Ils n’ont pas voulu voir. Ils n’ont rien voulu entendre. Ils n’ont pas eu le courage de parler. Et, à leur anémie intellectuelle l'asthénie morale s’ajoutant, sans un remords, ils ont trompé leur pays.
C’est à redresser tout ce que l'administration désigne sous l'euphémisme « d’errements » que je vous convie. La lutte sera serrée. Vous allez affronter des négriers. Il vous sera plus dur de lutter contré eux que contre des moulins. Votre tâche est belle. A l'œuvre donc, et sans plus attendre. La France le veut!
Ce roman se déroule en Oubangui-Chari, l’une des quatre colonies relevant du Gouvernement Général de l'Afrique Equatoriale Française.
Limitée au sud par l’Oubangui, à l'est par la ligne de partage des eaux Congo-Nil, au nord et à l’ouest par celle du Congo et du Chari, cette colonie, comme toutes tes colonies du groupe, est partagée en circonscriptions et en subdivisions.
La circonscription est une entité administrative. Elle correspond à un département. Lès subdivisions en sont les sous-préfectures.
La circonscription de la Kémo, est l’une des plus importantes de l’Oubangui-Chari. Si l'on travaillait à ce fameux chemin de fer, duquel on parle toujours et que l'on ne commence jamais, peut-être que le poste de Fort-Sibut, chef-lieu de cette circonscription, en deviendrait la capitale.
La Kémo comprend quatre subdivisions : Fort-de-Possel, Fort-Sibut, Dekoa. et Grimari,
Les indigènes, voire les Européens, ne les connaissent respectivement que sous les noms de Kémo, Krébedgé, Combélé et Bamba. Le chef-lieu de la circonscription de la Kémo, Fort-Sibut, dit Krébedgé, est situé à environ cent quatre-vingt-dix kilomètres au nord de Bangui, ville capitale de l’Oubangui-Chari, où le chiffre des Européens n’a jamais dépassé cent cinquante individus.
La subdivision de Grimari, ou encore de la Bamba ou de la Kandjia, du double nom de la rivière auprès de laquelle on a édifié le poste administratif, est à cent vingt kilomètres environ à l'est de Krébedgé.
Cette région était très riche en caoutchouc et très peuplée. Des plantations de toutes sortes couvraient son étendue. Elle regorgeait de poules et de cabris.
Sept ans ont suffi pour la ruiner de fond en comble. Les villages se sont disséminés, les plantations ont disparu, cabris et poules ont été anéantis. Quant aux indigènes, débilités par les travaux incessants, excessifs et non rétribués, on les a mis dans l'impossibilité de consacrer à leurs semailles, même le temps nécessaire. Ils ont vu la maladie s’installer chez eux, la famine les envahir et leur nombre diminuer.
Ils descendaient pourtant d’une famille robuste  et guerrière, âpre au mal, dure à la fatigue. Ni les razzias senoussistes, ni de perpétuelles dissensions intestines n’avaient pu la détruire. Leur nom de famille garantissait leur vitalité. N’étaient-ils pas des « bandas » ? Et « bandas » ne veut-il pas dire « filets »? Car c’est au filet qu’ils chassent, à la saison où les feux de brousse incendient tous les horizons.
La civilisation est passée par là. Et dacpas, dakpas, m’bis, maroubas, lartgbassis, sabangas et n’gapous, toutes les tribus bandas ont été décimées...
La subdivision de  Grimari est fertile, giboyeuse et accidentée. Les bœufs sauvages et les phacochères y pullulent, ainsi que les pintades, les perdrix et les tourterelles.
Des ruisseaux arrosent en tous sens. Les arbres y sont rabougris et clairsemés. A cela rien d’étonnant : la sylve équatoriale s’arrête à Bangui. On ne rencontre de beaux arbres qu’au long des galeries forestières bordant les cours d'eaux.
Les rivières serpentent entre des hauteurs que les « bandas », en leur langue, appellent « kagas ».
Les trois qui sont les plus rapprochés de Grimari sont : le kaga Kosségamba, le kaga Gobo et le kaga Biga.
Le premier se dresse à deux ou trois kilomètres au sud-est du poste, et borne, dans cette direction, la vallée de la Bamba. Le Gobo et le Biga sont en pays n’gapou, à une vingtaine de kilomètres au nord-est...
Voilà, décrite en quelques lignes, la région où va se dérouler ce roman d’observation impersonnelle.
Maintenant, ainsi que disait Verlaine tout à la fin des « terza rima » liminaires de ses Poèmes Saturniens,
Maintenant, va, mon livre, où le hasard te mène.
Bordeaux, le 5 Novembre 1920.
R. M.
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Belles feuilles, Leo Frankel sur le 1er Mai

Message par com_71 » 23 Oct 2021, 07:05

ARTICLE PARU DANS LA PETITE RÉPUBLIQUE LE 1er MAI 1895
LA LUTTE DU PROLÉTARIAT ET LE 1er MAI

Dans tous les pays civilisés on aperçoit, à l’heure qu’il est, une lutte formidable, gigantesque qui relève le cœur des uns et fait frémir les autres, mais qui empoigne tout le monde et force les plus indifférents à s’en mêler : la lutte pour l’émancipation du prolétariat.
Qu’on jette ses regards sur l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la Suisse, ou de l’autre côté de l’Atlantique, on voit partout des signes démonstratifs de cette lutte. Elle n’est comparable qu’à la lutte du dernier siècle, à celle qui, grâce à l’imbécilité et à la dureté des dirigeants d’alors qui s’opposèrent aux réformes nécessaires, finit par soulever la France, ébranla toute l’Europe et fit crouler le vieux monde féodal.
La différence n’est que dans l’objet. Alors il s’agissait de l’émancipation du tiers État ; aujourd’hui, il s’agit de celle du quatrième État, du salarié intellectuel et manuel.
Et comme on vit alors les Voltaire, les Holbach, les Condorcet et tant d’autres encyclopédistes sortis de la noblesse, porter, de concert avec les Rousseau, les Diderot, les d’Alembert, etc., les coups les plus mortels aux privilèges de leur classe, on voit aujourd’hui des hommes de haute valeur, sortis de la bourgeoisie, faire cause commune avec les travailleurs dans leur lutte pour l’affranchissement du joug capitaliste.
Que les privilégiés d’aujourd’hui, les détenteurs de tous les moyens de production et de circulation soient satisfaits de l’ordre régnant, de l’ordre capitaliste, cela se comprend. Étant les maîtres de tout, ils ne conçoivent pas qu’on soit mécontent, et dénoncent tout ce qui tend à amoindrir leurs privilèges comme un crime contre l’ordre naturel des choses. C’est qu’ils ont tout intérêt à ne pas mieux raisonner et à agir de même. Au fond, ils pensent comme les privilégiés de l’ancien ordre, de l’ordre féodal : « Pourquoi changer ? Ne sommes-nous pas bien ? »
Mais ils ne pourront jamais faire croire que la nature ait constitué, d’un côté, une minorité possédant toutes les richesses créées par le travail, et de l’autre côté, la masse des créateurs de ces richesses ne possédant que sa force de travail. Ce n’est pas la nature qui fait que ceux qui labourent la terre n’ont pas toujours même assez de pain pour se nourrir, que ceux qui filent et tissent ne portent souvent que des haillons et que ceux qui bâtissent des palais n’ont pas toujours un gîte. Mais est-ce que ce que les hommes ont fait, d’autres ne peuvent pas le changer ? Que la classe ouvrière, que tous ceux qui souffrent de l’ordre capitaliste soient décidés à le changer, la manifestation internationale du 1er Mai nous l’indique assez clairement. Aussi, tous ceux qui veulent l’humanité libre saluent en elle l’avant-coureur d’un nouvel ordre où il n’y aura ni maîtres ni esclaves, ni exploiteurs ni exploités, mais des hommes libres vivant entre hommes égaux.
 
Vive donc le 1er Mai !

Léo Frankel. »
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Re: Belles feuilles

Message par artza » 23 Oct 2021, 08:51

L'histoire ne dit pas si J-P. Becker à montré la lettre de L. Frankel au "général", au "Maure" voire aux deux.

...la lutte opposera le nouvel état libre...fondé sur un savoir positif,...


(ça sent encore les écuries de Lassalle. No body is perfect :) ).

N.B: une courte bio de J-P. B dans le "Maitron".
La vieille garde de la ligue des communistes, de sacrés lurons.
artza
 
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Re: Belles feuilles

Message par Gayraud de Mazars » 23 Oct 2021, 09:38

Salut camarades,

artza a écrit :(ça sent encore les écuries de Lassalle. No body is perfect :) ).


Deux excellente citations de Ferdinand Lassalle ! Bien d'actualité car nous sommes toujours comme communistes et révolutionnaires à contre courant dans une période bien réactionnaire !

« Tu as parfaitement raison de dire, » écrivait Lassalle à Marx, en 1854, à une époque de réaction mondiale extrême, « qu'il est impossible de surmonter l'apathie actuelle au moyen de théories. En extrapolant cette pensée, j’irai jusqu’à dire qu’on n'a jamais pu vaincre l'apathie aux moyens purement théoriques, c'est‑à‑dire que les tentatives de surmonter l’apathie politique par la théorie a pu produire des disciples, des sectes, ou bien des mouvements pratiques infructueux, mais qu'elles n'ont jamais suscité un mouvement général réel, ni un changement d’esprit universel de masse. Les masses ne s’engagent pratiquement et intellectuellement dans le torrent d’un mouvement que par la force dynamique des événements. »

********************

« L'instinct des masses dans les révolutions, écrivait Lassalle à Marx en 1859, est ordinairement beaucoup plus sûr que la raison des intellectuels... C'est précisément le manque d'instruction qui protège les masses contre les aléas d'une conduite trop raisonnable... La révolution ne peut s'accomplir définitivement qu'avec l'aide des masses et grâce à leur abnégation passionnée. Mais ces masses, précisément parce qu'elles sont “obscures”, parce qu'elles manquent d'instruction, n'entendent rien au possibilisme, et, comme un esprit peu développé n'admet que les extrêmes en toute chose, ne connaît que le oui et le non, ignore les notions intermédiaires, les masses ne s'intéressent qu'aux extrêmes, qu'à ce qui est entier, intégral, immédiat. »

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Belles feuilles

Message par Gayraud de Mazars » 25 Oct 2021, 07:18

Salut camarades,

En relisant La véritable histoire de Lutte Ouvrière cette citation qui m'a marqué qui pourrait caractériser notre époque, où la réaction monte !

"Le plus grand courage n'est pas comme on l'imagine celui des barricades ou des prisons.

C'est celui d'aller ouvertement contre le courant, dans la vie de tous les jours, au milieu de ses camarades de travail, soumis non seulement à certaines violences, mais risquer d'être incompris sinon écharpé par ceux à qui on s'adresse."

Robert Barcia alias Hardy
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Belles feuilles - Jules Vallès

Message par Gayraud de Mazars » 17 Déc 2021, 14:34

Salut camarades,

Recueilli sur les réseaux sociaux !

"Elle me fait horreur, votre Marseillaise de maintenant !
Elle est devenue un cantique d'Etat.
Elle n'entraine point de volontaires ,
elle mène des troupeaux.

Ce n'est pas le tocsin sonné par le véritable enthousiasme,
c'est le tintement de la cloche au cou des bestiaux.
"

Jules Vallès communard, (1832 – 1885) dans L'Insurgé

Et comme le dit la chanson...

C'est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes
A l'enterrement de Vallès
Ils en étaient tout bêtes
Fait est qu'on était un fier tas
A lui servir d'escorte


Fraternellement,
GdM
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