Belles feuilles

Marxisme et mouvement ouvrier.

Belles feuilles : Platon, Le Banquet

Message par com_71 » 30 Juil 2020, 22:18

Pour sourire un peu :
Pausanias
...Tout le monde sait bien qu'il n'y a pas d'Aphrodite sans Éros. Si donc il n'y avait qu'une seule Aphrodite, il n'y aurait qu'un seul Éros ; mais, puisqu'il y a bien deux Aphrodites, il s'ensuit nécessairement qu'il y a aussi deux Éros. Comment nier qu'il y ait deux Aphrodites ? L'une, qui est sans doute la plus ancienne et qui n'a pas de mère, c'est la fille d'Ouranos129, celle que naturellement nous appelons la « Céleste ». L'autre, la plus jeune, qui est la fille de Zeus et de Dionè, c'est celle que nous appelons la « Vulgaire ». Tout naturellement, la correction impose que l'Eros qui coopère avec l'une soit appelé le « Vulgaire » et que celui qui coopère avec l'autre soit appelé le « Céleste ». S'il faut certes faire l'éloge de toutes ces divinités, il n'en reste pas moins que l'on doit s'efforcer de déterminer quel lot est échu à chacune des deux. Il en va en effet de toute action comme je vais le dire. Prise en elle-même, une action n'est ni belle ni honteuse. Par exemple, ce que, pour l'heure, nous sommes en train de faire, boire, chanter, converser, rien de tout cela n'est en soi une action belle ; mais c'est dans la façon d'accomplir cette action que réside telle ou telle qualification. Lorsqu'elle est accomplie avec beauté et dans la rectitude, une action devient belle, et lorsque la même action est accomplie sans rectitude, elle devient honteuse. Et il en va de même à la fois pour l'amour et pour Éros ; Éros n'est pas indistinctement beau et digne d'éloge, seul l'est l'Éros qui incite à l'amour qui est beau.
Cela dit, l'Éros qui relève de l'Aphrodite vulgaire est véritablement vulgaire, en ceci qu'il opère à l'aventure ; c'est ainsi qu'aiment les gens de peu...

Éryximaque
...C'est par la médecine que je commencerai mon discours, de façon à donner à cet art la place d'honneur. En effet, la nature des corps comporte le double Éros que je viens d'évoquer. Car, dans le corps, ce qui est sain et ce qui est malade, c'est, tout le monde l'admet, quelque chose de différent et de dissemblable. Or le dissemblable recherche et aime le dissemblable. Ainsi donc, l'amour inhérent à la partie saine est différent de l'amour inhérent à la partie malade. Dès lors, de même qu'il est beau – Pausanias le disait à l'instant – d'accorder ses faveurs aux êtres humains qui le méritent, et honteux d'accorder ses faveurs aux débauchés, de même, quand il s'agit des corps eux-mêmes, favoriser ce qu'il y a de bon et de sain dans chaque corps est beau et c'est ce qu'il faut faire, et c'est cela que l'on appelle médecine, tandis que cela est honteux pour ce qui est mauvais et malsain et qu'il faut défavoriser, si l'on veut suivre les règles de l'art. Car, pour le dire en un mot, la médecine est la science des opérations de remplissage et d'évacuation du corps que provoque Éros ; et celui qui sait distinguer dans ces cas quel est le bon Éros et quel est le mauvais, celui-là est le médecin le plus accompli...
De même, dans notre art, c'est une affaire importante que de bien user des désirs relatifs à l'art culinaire, de manière à en cueillir le plaisir sans se rendre malade.
Ainsi donc en musique, en médecine et partout ailleurs, aussi bien dans les choses humaines que dans les choses divines, pour autant que cela est permis, il faut sauvegarder l'un et l'autre amour, puisqu'ils s'y trouvent tous les deux.
Étant donné que l'arrangement des saisons de l'année est aussi plein de ces deux Éros, chaque fois que les attributs dont je viens de parler – le chaud et le froid, le sec et l'humide – rencontrent dans leurs rapports mutuels l'Éros qui est bien réglé, chaque fois qu'ils s'accordent et qu'ils se mêlent de façon raisonnable, ils viennent apporter l'abondance et la santé aux hommes, aux animaux et aux plantes ; ils ne leur causent aucun dommage. Mais, chaque fois que l'Éros qui s'accompagne de démesure prévaut en ce qui concerne les saisons de l'année, il provoque de nombreuses destructions et de nombreux dommages. En effet, les épidémies se plaisent à provenir de tels phénomènes, et il en va de même pour la masse disparate des maladies qui frappent les animaux et les plantes : gelée, grêle, nielle du blé, proviennent du déséquilibre et du dérèglement qui s'installent dans les relations mutuelles qu'entretiennent de tels phénomènes qui relèvent d'Éros. Il est une science de ces phénomènes, qui s'intéresse aux mouvements des astres et des saisons de l'année ; elle a pour nom astronomie...
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles Trotsky, Entre Impérialisme et Révolution

Message par com_71 » 04 Août 2020, 16:38

LDT 1922 a écrit :.
Nous l’avouons humblement, nous ne reconnaissons pas la morale absolue de la prêtraille, des églises, des universités, du Vatican, de la Croix ou du Pèlerin. L’impératif catégorique de Kant, l’idée philosophique abstraite d’un Christ immatériel, dégagé de tous les attributs que lui ont conférés l’art et le mythe religieux, nous sont aussi étrangers que la morale éternelle découverte sur le Sinaï par ce parangon d’astuce et de cruauté qu’était le vieux Moïse. La morale est fonction de la société elle-même ; elle est l’expression abstraite des intérêts des classes de la société, surtout des classes dominantes. La morale officielle est la corde avec laquelle on tient en laisse les opprimés. Au cours de la lutte, la classe ouvrière élabore sa morale révolutionnaire qui débute par le renversement de Dieu et des normes absolues.

Par honnêteté, nous entendons, nous, la conformité de la parole et de l’action devant la classe ouvrière en vue du but suprême du mouvement et de la lutte : l’émancipation de l’humanité par la révolution sociale. Nous ne disons point, par exemple, qu’il ne faut pas employer la ruse, que l’on ne doit pas tromper, qu’il faut aimer ses ennemis, etc. Une morale aussi élevée n’est évidemment accessible qu’aux hommes d’État profondément croyants, tels lord Curzon, lord Northcliffe ou M. Henderson.

Nous haïssons nos ennemis ou les méprisons, selon qu’ils le méritent ; nous les battons ou les dupons, suivant les circonstances, et si même nous concluons un accord avec eux, il ne s’ensuit pas que, dans un élan d’amour magnanime, nous soyons prêts à tout leur pardonner. Mais nous estimons que l’on ne doit pas mentir à la masse et la tromper sur les buts et les méthodes de sa lutte. La révolution sociale est basée tout entière sur le développement de la conscience du prolétariat lui-même, sur sa foi dans ses propres forces et dans le parti qui le dirige. A la tête de la masse et avec la masse, notre parti a commis des fautes. Ces fautes, nous les avons reconnues ouvertement devant la masse et, avec elle, nous avons donné le coup de barre nécessaire.

Ce que les tartufes de la légalité appellent notre démagogie n’est que la vérité proclamée trop ouvertement, trop brutalement et d’une façon trop inquiétante pour eux...
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles Trotsky, La famille Declerc

Message par com_71 » 01 Oct 2020, 22:29

Trotsky, dans la «Kievskaya Mysl» en 1915, puis dans l'«Humanité» le 22 janvier 1922 a écrit :
La famille Declerc
novembre 1915


Jules Declerc est à la guerre depuis novembre dernier ; il a quarante cinq ans, et dans le civil il était contrôleur de tramway. S'il avait été simple soldat, il serait resté avec sa classe quelque part, à l'arrière, à un poste d'auxiliaire. Mais pour le malheur de sa femme et pour le sien propre, il est sergent et il a été envoyé sur le front. Aujourd'hui ses galons lui coûtent cher, dit sa femme. Les premières semaines, il les a passées presque tout le temps au milieu des combats ; ensuite il a été dans les tranchées, et dans ces derniers mois sous Toul.

Madame Declerc est une belle femme, avec un frais visage au fin profil et des cheveux gris. Elle attend son mari en permission de quatre jours ; elle l'attend silencieusement, opiniâtrement . Sa voisine, Madame Richard, porteuse de pain, attendait aussi le sien, mais Richard a été tué par un boulet perdu, loin derrière la ligne de feu, à la veille de son départ pour la maison.

Au troisième mois de la guerre, ses petites économies commençait à s'épuiser, Madame Declerc se mit à travailler comme femme de ménage, et son propre ménage à elle passa du coup au second plan. Les enfants vont à l'école et y reçoivent un repas. Pendant les trois dernières semaines, le fils aîné Marcel, douze ans, visage pâle, coiffé d'un vieux béret, demande chaque jour à sa mère en revenant de l'école : «Et papa, est-il arrivé ?» et s'entend répondre une fois de plus que non ..., mais, pour sûr, bientôt, d'un jour à l'autre.

Madame Declerc a reçu de Paris une lettre de sa sœur aînée qui lui annonce la mort de son fils. Il avait vingt ans, il s'était marié en avril, il était parti à la guerre an août. «Ah ! quel bon garçon c'était. Il ne ressemblait à aucun autre...» dit Madame Declerc en pleurant à chaudes larmes... «Ma sœur est souvent malade et l'enfant est resté un certain temps chez nous ; nous l'aimions comme un fils». Il avait été blessé par une balle de schrapnell, légèrement sans doute, à la tête, un de ses amis l'avait porté au poste de secours. A ce moment même, éclata un obus qui blessa l'ami et tua le blessé. «On ne peut pas l'oublier, monsieur, il ne ressemblait à personne...»

Le lendemain du jour où arriva la nouvelle de la mort de Richard, Madame Declerc fut en retard d'un quart d'heure au travail et, en s'excusant expliqua à sa patronne : «C'est que, Madame, nous n'avons pas dormi pendant cette nuit.» «Nous» c'étaient les autres, celles qui étaient veuves et celles qui vivaient dans la crainte perpétuelle du veuvage. Elles se rassemblaient par groupes chez chaque nouvelle veuve ou auprès de chaque mère privée de son enfant pour passer la nuit avec elle, se souvenir et pleurer la plupart en deuil, avec de petits portraits du mari ou du fils, en broche sur la poitrine. Elles se repaissaient ensemble de leur malheur, de sa fatalité, de son universalité, et le matin suivant elles retournaient au travail.

C'est dans cette atmosphère d'angoisse, de nuits blanches et de labeur que Madame Declerc attend silencieusement, opiniâtrement son mari. «Non, non, dit-elle, aux instants de désespoir, aucun homme ne reviendra de la guerre, aucun.»

A la fin d'octobre, le pâle Marcel, dans son long pardessus qui sera encore bon l'année prochaine, revient à cinq heures du soir de l'école, par la grande rue, quand tout à coup, le petit marchand de légumes lui jette : «Cours ton père est revenu.»

Les mots lui sonnent aux oreilles et il court, repoussant de ses jambes maigres les pans interminables de son manteau. «Marcel, ton père est arrivé» lui crie Madame Richard en traversant la rue. Marcel, tout pâle, fait rapidement un signe de tête et, la main tachée d'encre, appuyé sur sa poitrine, il continue à courir. Le fruitier, l'homme le plus gros de Sèvres, est sur le pas de sa porte (son poids l'a sauvé du service militaire), il voit courir Marcel et lui crie d'un ton encourageant : «dépêche-toi, ton père t'attend». Marcel veut courir encore plus vite, mais impossible : son cœur bat, ses oreilles sonnent et ses jambes ne veulent plus bouger. Il pleure doucement, serre ses doigts tachés d'encre sur sa poitrine et chuchote : «Me voilà, papa, me voilà, cher, cher papa, me voilà.. ;» Il pleure et il rassemble ses dernières forces pour monter en courant la côte.

Le sergent Declerc est en effet arrivé, enfin, en permission de quatre jours. Comme les autres, on l'a envoyé pendant cent heures dans la vie de famille, dans la vie pacifique, à condition de revenir au jour fixé. En pleine nuit, les permissionnaires de toutes armes sont montés dans un train sombre, sans lumière, à quelques kilomètres de la ligne de feu ; éreintés, ils se sont assis ou couchés sur les banquettes ou par terre et peu après ils se sont endormis à la cadence mesurés des wagons. Ensuite ils se sont groupés dans les gares régulatrices en petites sociétés de «pays». Le lien du front est rompu pour le moment, celui du pays est rétabli ; on cause patois. Plus ils s'éloignent du front, plus le calme les assourdit. Declerc, avec le groupe le plus nombreux, descend à Paris.

Au moment de son arrivée, la femme était au travail, Marcel à l'école et seulement les deux petits, sous la surveillance de la sœur aînée, étaient à la maison. Le sergent embrassa les enfants, jeta un coup d'œil autour de lui et ressentit en lui-même certaine joie inquiète mélangée d'étonnement. Madame Declerc revint chez elle, ne sachant rien, fatiguée de croire et d'espérer, et cinq minutes après la joyeuse rencontre, une angoisse lancinante s'était emparée d'elle ; dans quatre jours, il faudra qu'il regagne le front.

Le sergent est très calme, ne se plaint de rien et sa femme s'étonne et s'effraie. Elle a l'impression de ne pas trouver le chemin de son cœur et le caractère éphémère de l'entrevue lui en devient plus douloureux ; on se croirait au carrefour de deux vies divergentes. Il est très économe Declerc, et non seulement il n'a pas une seule fois demandé d'argent, mais encore il a économisé sur sa solde de sergent ; il apporte à la maison une petite somme avec des cadeaux pour les enfants.

Tranquillement, comme assourdi encore par le calme qui l'entoure, il raconte les tranchées allemandes, qui étaient si près qu'on pouvait converser, le soir d'une ligne à l'autre presque sans élever la voix. Mais c'était défendu... On ne voit pas la fin de la guerre, c'est à dire qu'on ne voit dans les événements aucun indice de cette fin.

D'une voix rabaissée et lointaine — sa femme ne lui connaissait pas encore une voix pareille — le sergent raconte les grenades à main et les mines ; les gaz asphyxiants et les liquides enflammés, les fils barbelés... et Madame Declerc l'écoute les yeux fixes, croyant à peine avoir devant elle son vieux Jules, qu'il ait pu vivre et agir ainsi ; de temps en temps, elle le prend par la manche en disant :
«Non, je ne te verrai plus jamais, tu ne reviendras plus me voir.» Le sergent ne confirme ni n'infirme ; il lisse doucement ses cheveux tôt blanchis et regarde de côté.

Une fois dans l'obscurité, Marcel entendit une conversation de ce genre ; il grimpa sur les genoux du père, comme un pauvre petit chien faible, prit dans ses deux mains une des grosses mains et se mit à embrasser cette chère et rude main, avec une indéfinissable expression de désespoir muet que quelque chose de chaud mouilla les doigts du sergent.

Le lendemain de son arrivée, le sergent, bien lavé et rasé de frais, rendit visite à ses parents et amis. Les femmes l'assiègent de questions troublantes sur la guerre et sur la fin, le regardant comme s'il pouvait donner tout de suite une réponse décisive. Chaque fois, Declerc se troublait, se rappelant les instructions du capitaine au moment du départ en «perm» : Ne rien dire, et il répondait de façon évasive : «Nous espérons», en évitant le coup d'œil de ses interlocuteurs. Les femmes hochaient la tête et se taisaient.

Les quatre jours passèrent vite. Les voici déjà assis dans le wagon côte à côte, le sergent Declerc et sa femme. Elle l'accompagne jusqu'à Paris, lui tient le bras et le fixe dans les yeux. Une tendresse aiguë anime son regard et ses doigts. Lui est renfermé, comme distrait. Il lui répond brièvement, d'un ton presque indifférent et regarde surtout par la fenêtre. Parfois seulement, quand leurs regards se croisent, un sourire reconnaissant glisse sur son visage et disparaît. Il ne veut pas céder à l'émotion ; par la pensée, il est déjà là-bas.

A Paris, il faut aller à la gare du Nord. C'est là qu'on timbre le titre de permission, et voilà de nouveau Declerc embrigadé, détail infime, dans la grande machine de guerre : Sèvres, la femme et Marcel sont couverts pour lui d'un rideau de fumée. D'un air distrait il dit adieu à sa femme sous les yeux des autres permissionnaires et assis avec eux dans son compartiment le voilà définitivement replongé corps et âme dans l'atmosphère de la zone des armées.

Madame Declerc a remis dans l'armoire sa robe des dimanches, sa bague et sa chaîne qu'elle avait mises pour son mari, et elle recommence à monter les cent-quarante marches du coteau pour aller au travail ? Et déjà quelques jours plus tard, avec crainte et espérance, elle guettait des yeux le facteur. Les sombres nouvelles se succèdent. L'épicier de la riche boutique du coin est mort, son commis est blessé, le frère cadet du patron du magasin de jouets a eu la jambe enlevée. De plus en plus souvent les femmes en deuil se rassemblent la nuit, et elles en comptent déjà soixante-dix qui ne reviendront plus à Sèvres.

Marcel porte soigneusement le nouveau béret qu'on lui a fait avec l'ancien képi du sergent. Après le départ de son père ses paupières sont longtemps restées rouges, les taches sombres qu'il a sous les yeux sont plus profondes que jamais.

Sèvres, novembre 1915
L. TROTSKY.
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Belles feuilles, Trotsky, Lettre à Jules Guesde

Message par com_71 » 02 Oct 2020, 13:26

Jaurès est mort tribun pacifiste. L'autre grand du socialisme français d'avant la 1ère guerre mondiale, Jules Guesde, était en 1916 ministre d'État dans un gouvernement qui menait une guerre sanglante. Trotsky lui adresse une lettre ouverte le 11 octobre :

Lettre à Jules Guesde
11 Octobre 1916

A Monsieur le Ministre Jules Guesde, Ministre d'État.

Monsieur le Ministre,

Avant de quitter le sol français, assisté du commissaire de police, personnifiant les libertés à la garde desquelles vous veillez au sein du Ministère national, je crois de mon devoir de vous exprimer quelques pensées qui ne vous serviront probablement à rien à vous, mais pourront du moins servir contre vous.

En m'expulsant de France, votre collègue M. Malvy n'a pas eu le courage de me dire les motifs de cette mesure. De même, un autre de vos collègues, le Ministre de la Guerre, n'a pas trouvé bon d'indiquer les causes de l'interdiction du journal russe Notre Parole, dont j'étais un des rédacteurs et qui, pendant deux ans, a supporté toutes les tortures de la censure, fonctionnant sous le couvert de ce même Ministre de la Guerre.

Cependant, je ne vous dissimulerai pas que les motifs de mon expulsion n'ont pour moi rien de mystérieux : il s'agit de mesures répressives envers un socialiste internationaliste, un de ceux qui ne veulent pas assumer le rôle d'avocat ou d'esclave volontaire de la guerre impérialiste.

Mais les motifs de la mesure qui me frappe ne m'ont pas été donnés, à moi, l'intéressé ; ils ont, par contre, été exposés par M. Briand aux députés et journalistes.

A Marseille, un groupe de soldats russes mutinés, tuèrent en août leur colonel. La perquisition aurait révélé que quelques-uns de ces soldats possédaient des numéros de Notre Parole.

Telle est du moins la version de M. Briand dans sa conversation avec le député Longuet et le président de la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre, M. Leygues, qui la transmit aux journalistes de la presse bourgeoise russe.

Certes, M. Briand n'a pas osé affirmer que Notre Parole, soumise à sa propre censure, fut la cause immédiate du meurtre de l'officier. Sa pensée peut être exprimée ainsi : Vu la présence en France de soldats russes, il est nécessaire de balayer le sol de la République de Notre Parole et de ses rédacteurs, car un journal socialiste qui ne sème point d'illusion ni de mensonge pourrait, selon la parole inoubliable de M. Renaudel - donner le " cafard " aux soldats russes et les pousser dans la voie dangereuse de la réflexion.

Cependant, malheureusement pour M. Briand, son explication repose sur un scandaleux anachronisme. Gustave Hervé, alors encore membre de la Commission administrative permanente de votre parti, écrivait l'année passée que si Malvy jetait hors de France les réfugiés russes, coupables d'internationalisme révolutionnaire, lui, Hervé, garantissait que l'opinion publique de ses concierges accepterait cette mesure sans aucune objection. Evidemment, on ne peut pas douter que l'inspiration de cette prophétie ne fût puisée par Hervé dans un des cabinets du Ministère. A la fin de juillet, le même Hervé chuchotait officieusement que je serais expulsé de France.

Vers la même époque - c'est-à-dire toujours antérieurement au meurtre du colonel à Marseille - le professeur Durkheim, président de la commission nommée par le gouvernement pour s'occuper des réfugiés russes, informait le représentant de ces derniers de la prochaine interdiction de Notre Parole et de l'expulsion des rédacteurs de ce journal (voir Notre Parole du 30 juillet 1916).

Ainsi tout fut préparé d'avance, même l'opinion publique des concierges de M. Hervé. On n'attendait plus qu'un prétexte pour frapper le coup décisif. Ce prétexte fut trouvé : les malheureux soldats russes, au moment opportun - dans l'intérêt de quelqu'un - tuèrent leur colonel.

Cette opportunité providentielle donne lieu à une supposition qui, je crains, pourra froisser votre pudeur ministérielle encore fraîche. Les journalistes russes qui se sont occupés particulièrement de l'incident de Marseille ont établi que dans cette affaire, comme presque toujours dans des cas semblables, un rôle actif a été joué par un agent provocateur. Il est facile de comprendre quel était son but, ou plutôt le but, poursuivi par les canailles bien rétribuées qui le dirigeaient. Un excès quelconque de la part des soldats leur était nécessaire, d'abord pour justifier ce régime de knout, quelque peu choquant pour les autorités françaises, ensuite pour créer un prétexte à des mesures contre les réfugiés russes qui profitent de l'hospitalité française pour démoraliser, pendant la guerre, les soldats russes.

On peut facilement admettre que les initiateurs de ce projet ne croyaient ni ne voulaient mener l'affaire aussi loin. Ils avaient probablement espéré atteindre des résultats plus amples avec des sacrifices moindres. Mais dans ces sortes d'entreprises, il entre toujours un élément de risque professionnel. Cependant, cette fois, les victimes furent non le provocateur lui-même, mais le colonel Krausé et ses meurtriers. Même les journalistes patriotes russes, hostiles à Notre Parole, ont émis la supposition que les exemplaires de notre journal ont pu être donnés aux soldats au moment voulu par ce même agent provocateur.

Essayez, Monsieur le Ministre, de faire, par l'intermédiaire de M. Malvy, une enquête dans ce sens ! Vous n'en espérez aucun résultat ? Moi non plus. Car, disons-le franchement, les agents provocateurs sont pour le moins aussi précieux à la prétendue "défense nationale" que les ministres socialistes. Et vous, Jules Guesde, après que vous avez pris la responsabilité de la politique extérieure de la Troisième République, de l'Alliance franco-russe avec ses conséquences, des prétentions morales du tsarisme, de tous les buts et méthodes de cette guerre, vous n'avez plus qu'à accepter, avec les détachements symboliques de soldats russes, les hauts faits nullement symboliques de S.M. le Tsar.

Au début de la guerre, lorsque les promesses généreuses étaient distribuées à pleines mains, votre plus proche compagnon, Sembat, avait fait entrevoir aux journalistes russes l'influence la plus bienfaisante des démocraties alliées sur le régime intérieur de la Russie. C'était d'ailleurs l'argument suprême par lequel les socialistes gouvernementaux de France et de Belgique essayaient, avec persévérance mais sans succès, de réconcilier les révolutionnaires russes avec le Tsar.

Vingt-six mois d'une collaboration militaire constante, de la communion des généralissimes, des diplomates, des parlementaires, des visites de Viviani et de Thomas à Tsarskoe-Selo, en un mot vingt-six mois d' "influence" ininterrompue des démocraties occidentales sur le tsarisme, ont fortifié dans notre pays la réaction la plus arrogante, adoucie seulement par le chaos administratif, et ont en même temps extrêmement rapproché le régime intérieur de l'Angleterre et de la France de celui de la Russie. Les promesses généreuses de M. Sembat valent, comme on le voit, moins cher que son charbon. Le sort malheureux du droit d'asile n'apparaît ainsi que comme un symptôme éclatant de la domination soldatesque et policière aussi bien en deçà qu'au-delà de la Manche.

Le pendeur de Dublin, Lloyd George, impérialiste acharné, aux manières de clergyman ivre, et M. Aristide Briand, dont je vous laisse, Jules Guesde, le soin de chercher la caractéristique dans vos articles d'antan - ces deux figures expriment le mieux l'esprit de la guerre actuelle, son droit, sa morale avec ses appétits aussi bien de classe que personnels. Et quel digne partenaire pour MM. Lloyd George et Briand que M. Sturmer, cet Allemand vrai Russe, qui a fait sa carrière en s'accrochant aux soutanes des métropolites et aux jupes des bigotes de la cour. Quel trio incomparable ! Décidément l'histoire ne pouvait pas trouver pour Guesde-ministre de meilleurs collègues et chefs.

Est-il possible pour un socialiste honnête de ne pas lutter contre vous ! Vous avez transformé le parti socialiste en un chœur docile accompagnant les coryphées du brigandage capitaliste, à l'époque où la société bourgeoise - dont vous, Jules Guesde, vous étiez un ennemi mortel - a dévoilé jusqu'au fond sa véritable nature. Des événements, préparés par toute une période de pillage mondial, dont nous avons maintes fois prédit les conséquences, de tout le sang versé, de toutes les souffrances, de tous les malheurs, de tous les crimes, de toute la rapacité et la félonie des gouvernants, vous, Jules Guesde, vous ne tirez pour le prolétariat français que ce seul et unique enseignement : à savoir que Guillaume II et François Joseph sont deux criminels qui, contrairement à Nicolas II et à M. Poincaré, ne respectent pas les règles du droit international !

Toute une nouvelle génération de la jeunesse ouvrière française, de nouveaux millions de travailleurs éveillés moralement pour la première fois par les foudres de la guerre, n'apprennent que ce que veut bien leur en dire le livre jaune de MM. Delcassé, Poincaré, Briand. Devant ce nouvel Evangile des peuples, vous, vieux chef du prolétariat, vous êtes tombé à genoux et vous avez renié tout ce que vous avez appris et enseigné à l'école de la lutte de classes.

Le socialisme français, avec son passé inépuisable, sa magnifique phalange de penseurs, de lutteurs et de martyrs, trouve enfin - quelle chute et quelle honte ! - un Renaudel pour traduire au jour le jour, à l'époque la plus tragique de l'histoire, les hautes pensées du livre jaune en une langue de la presse de même couleur.

Le socialisme de Babeuf, de Saint-Simon, de Fourier, de Blanqui, de la Commune, de Jaurès et de Jules Guesde - oui, de Jules Guesde aussi ! - trouva enfin son Albert Thomas, pour délibérer avec Romanoff sur les plus sûrs moyens de s'emparer de Constantinople ; son Marcel Sembat pour promener son je m'en fichisme de dilettante au-dessus des cadavres et des ruines de la civilisation française ; et son Jules Guesde pour suivre, lui aussi, le char du triomphateur Briand.

Et vous avez cru, vous avez espéré que le prolétariat français qui, dans cette guerre sans idée et sans issue, est saigné à blanc par le crime des classes dirigeantes, supportera silencieusement jusqu'au bout ce pacte honteux passé entre le socialisme officiel et ses pires ennemis. Vous vous êtes trompé. Une opposition surgit. En dépit de l'état de siège et des fureurs du nationalisme qui, sous des formes diverses : royaliste, radical ou socialiste, conserve sa substance capitaliste toujours la même, l'opposition révolutionnaire avance pas à pas et gagne chaque jour du terrain.

"Notre Parole", journal que vous avez étranglé, vivait et respirait dans l'atmosphère du socialisme français qui se réveillait. Arraché du sol russe par la volonté de la contre-révolution, triomphante grâce au concours de la Bourse française - que vous, Jules Guesde, servez actuellement - le groupe de "Notre Parole" était heureux de refléter, même aussi incomplètement que nous le permettait votre censure, la voix de la section française de la nouvelle Internationale, surgissant au milieu des horreurs de la guerre fratricide.

En notre qualité d'"étrangers indésirables" qui avons lié notre destin à celui de l'opposition française, nous sommes fiers d'avoir essuyé les premiers coups du Gouvernement français, de votre gouvernement, Jules Guesde.

Avec l'opposition française, avec Monatte, Merrheim, Saumoneau, Rosmer, Bourderon, Loriot, Guilbeaux et tant d'autres, nous avons partagé l'honneur d'être accusés de germanophilie. L'hebdomadaire de votre ami Plekhanov, votre copartageant dans votre gloire aussi bien que dans votre chute, qui paraît à Paris, nous dénonçait chaque semaine à la police de M. Malvy comme agents de l'Etat-major allemand. Autrefois vous avez connu le prix de pareilles accusations, car vous avez eu vous-même le grand honneur de leur servir de cible. Maintenant, vous accordez votre approbation à M. Malvy, résumant pour les gouvernements de la défense nationale les rapports de ses mouchards. Or, mon casier politique contient une condamnation à l'emprisonnement toute récente, prononcée contre moi par contumace, pendant la guerre, par un tribunal allemand pour une brochure sur "La guerre et l'internationalisme".

Mais même au dehors de ce fait brutal, de nature à s'imposer au cerveau policier de M. Malvy, je crois avoir le droit d'affirmer que nous autres, internationalistes révolutionnaires, sommes des ennemis beaucoup plus dangereux pour la réaction allemande que tous les gouvernements de l'Entente.

En effet, leur hostilité contre l'Allemagne n'est qu'une simple rivalité de concurrents tandis que notre haine révolutionnaire contre sa classe dirigeante est irréductible.

La concurrence impérialiste peut aussi rapprocher les frères ennemis ; si les projets d'écrasement complet de l'Allemagne se réalisaient, l'Angleterre et la France chercheraient dans une dizaine d'années à se rapprocher de l'empire des Hohenzollern pour se défendre contre la puissance excessive de la Russie. Un futur Poincaré échangerait des télégrammes de félicitations avec Guillaume ou son héritier : Lloyd George maudirait, en son langage de clergyman et de boxeur, la Russie, ce rempart de barbarie et de militarisme ; Albert Thomas, en sa qualité d'ambassadeur de la France près du Kaiser, recevrait du muguet de la main des dames de la cour de Potsdam, comme cela lui est arrivé il y a quelque temps avec de grandes duchesses à Tsarskoe Selo. On sortirait de nouveau les banalités de tous les discours et de tous les articles d'aujourd'hui et M. Renaudel n'aurait qu'à changer, dans ses articles, les noms propres, ce qui est tout à fait à sa portée.

Quant à nous, nous resterions les mêmes ennemis jurés de l'Allemagne dirigeante que nous sommes maintenant, car nous haïssons la réaction allemande de la même haine révolutionnaire que nous avons vouée au tsarisme ou à la ploutocratie française et si vous osez, vous et vos commis aux journaux, applaudir Liebknecht, Luxembourg, Mehring, Zetkin, comme ennemis intrépides des Hohenzollern, vous ne pouvez pas ignorer qu'ils sont nos coreligionnaires, nos frères d'armes ; nous sommes alliés à eux contre vous et vos maîtres par l'unité indissoluble de la lutte révolutionnaire.

Vous vous consolez peut-être en pensant que nous sommes peu nombreux ? Cependant, nous sommes bien plus nombreux que ne le croient les policiers de tous rangs. Ils ne s'aperçoivent pas, dans leur myopie professionnelle, de cet esprit de révolte qui se lève de tous les foyers de souffrance, se répand à travers la France et toute l'Europe, dans les faubourgs ouvriers et les campagnes, les ateliers et les tranchées.

Vous avez enfermé Louise Saumoneau dans une de vos prisons, mais avez-vous diminué pour cela le désespoir des femmes de ce pays ? Vous pouvez arrêter des centaines de Zimmerwaldiens après avoir chargé votre presse de les couvrir une fois de plus de calomnies policières, mais pouvez-vous rendre aux femmes leurs maris, aux mères leurs fils, aux enfants leurs pères, aux infirmes leur force et leur santé, au peuple trompé et saigné à blanc la confiance en ceux qui l'ont trompé ?

Descendez, Jules Guesde, de votre automobile militaire, sortez de la cage où l'État capitaliste vous a enfermé, et regardez un peu autour de vous. Peut-être le destin aura une dernière fois pitié de votre triste vieillesse et pourrez-vous percevoir le bruit sourd des événements qui s'approchent. Nous les attendons, nous les appelons, nous les préparons. Le sort de la France serait trop affreux si le calvaire de ses masses ouvrières ne conduisait pas à une grande revanche, notre revanche, où il n'y aura pas place pour vous, Jules Guesde, ni pour les vôtres.

Expulsé par vous, je quitte la France avec une foi profonde dans notre triomphe. Par-dessus votre tête, j'envoie un salut fraternel au prolétariat français qui s'éveille aux grandes destinées. Sans vous et contre vous, vive la France socialiste !

11 octobre 1916.
Léon TROTSKY


https://www.marxists.org/francais/trots ... 161011.htm
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Belles feuilles, Béranger, le Chant du Cosaque

Message par com_71 » 25 Déc 2020, 19:55

Texte cité par Lénine dans une interview au New York Herald Tribune No. 197 le 15 mars 1921.

New York Herald Tribune a écrit :...Discutant de la littérature française, il répéta une ballade du poète français Béranger, «Le Chant du Cosaque», dans laquelle l'auteur, bien qu'écrivant à l'époque où le cosaque était le plus fort soutien de la réaction, prophétisait que le moment viendrait où le cosaque briserait les trônes des rois et les autels des prêtres. « Ce temps, dit Lénine, est venu ».


Pierre-Jean de Béranger a écrit :Le Chant du Cosaque

Viens, mon coursier, noble ami du Cosaque,
Vole au signal des trompettes du Nord.
Prompt au pillage, intrépide à l’attaque,
Prête sous moi des ailes à la Mort.
L’or n’enrichit ni ton frein ni ta selle ;
Mais attends tout du prix de mes exploits.

Hennis d’orgueil, ô mon coursier fidèle,
Et foule aux pieds les peuples et les rois.

La Paix, qui fuit, m’abandonne tes guides ;
La vieille Europe a perdu ses remparts.
Viens de trésors combler mes mains avides ;
Viens reposer dans l’asile des arts.
Retourne boire à la Seine rebelle,
Où, tout sanglant, tu t’es lavé deux fois.
Hennis d’orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule aux pieds les peuples et les rois.

Comme en un fort, princes, nobles et prêtres,
Tous assiégés par des sujets souffrants,
Nous ont crié : Venez ! soyez nos maîtres ;
Nous serons serfs pour demeurer tyrans.

J’ai pris ma lance, et tous vont devant elle
Humilier et le sceptre et la croix.
Hennis d’orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule aux pieds les peuples et les rois.

J’ai d’un géant vu le fantôme immense
Sur nos bivouacs fixer un œil ardent.
Il s’écriait : Mon règne recommence !
Et de sa hache il montrait l’Occident.
Du roi des Huns c’était l’ombre immortelle :
Fils d’Attila, j’obéis à sa voix.
Hennis d’orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule aux pieds les peuples et les rois.

Tout cet éclat dont l’Europe est si fière,
Tout ce savoir qui ne la défend pas,
S’engloutira dans les flots de poussière
Qu’autour de moi vont soulever tes pas.
Efface, efface, en ta course nouvelle,
Temples, palais, mœurs, souvenirs et lois.
Hennis d’orgueil, ô mon coursier fidèle !
Et foule aux pieds les peuples et les rois.


https://www.hs-augsburg.de/~harsch/gall ... _ch18.html
Pièces jointes
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Belles feuilles. Engels (1877) perspective d'une guerre

Message par com_71 » 08 Fév 2021, 21:46

« … Et enfin, il n’y a plus pour la Prusse-Allemagne d’autre guerre possible qu’une guerre mondiale, et, à la vérité, une guerre mondiale d’une ampleur et d’une violence encore jamais vues. Huit à dix millions de soldats s’entr’égorgeront ; ce faisant, ils dévoreront toute l’Europe comme jamais ne le fit encore une nuée de sauterelles. Les dévastations de la guerre de Trente ans, condensées en trois ou quatre années et répandues sur tout le continent : la famine, les épidémies, la férocité générale, tant des armées que des masses populaires, provoquée par l’âpreté du besoin, la confusion désespérée dans le mécanisme artificiel qui régit notre commerce, notre industrie et notre crédit, finissant dans la banqueroute générale. L’effondrement des vieux États et de leur sagesse politique routinière est tel que les couronnes rouleront par douzaines sur le pavé et qu’il ne se trouvera personne pour les ramasser ; l’impossibilité absolue de prévoir comment tout cela finira et qui sortira vainqueur de la lutte ; un seul résultat est absolument certain : l’épuisement général et la création des conditions nécessaires à la victoire finale de la classe ouvrière ».


(“Introduction de décembre 1887 à la brochure de Sigismund Borkheim, À l’intention des patriotards allemands de 1806-1807.)
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Belles feuilles, André Breton, B. Péret, etc. Hongrie

Message par com_71 » 16 Mai 2021, 19:27

Un parallèle lumineux entre juin 1848, la Commune, l'insurrection hongroise de 1956, etc.
André Breton, nov. 1956 a écrit :Hongrie, Soleil levant
Tract du Groupe Surréaliste à propos de l’insurrection de Budapest - Novembre 1956

La presse mondiale dispose de spécialistes pour tirer les conclusions politiques des récents événements et commenter la solution administrative par quoi l’O.N.U. ne manquera pas de sanctionner la défaite du peuple hongrois. Quant à nous, il nous appartient de proclamer que Thermidor, juin 1848, mai 1871, août 1936, janvier 1937 et mars 1938 à Moscou, avril 1939 en Espagne, et novembre 1956 à Budapest, alimentent le même fleuve de sang qui, sans équivoque possible, divise le monde en maîtres et en esclaves. La ruse suprême de l’époque moderne, c’est que les assassins d’aujourd’hui se sont assimilé le rythme de l’histoire, et que c’est désormais au nom de la démocratie et du socialisme que la mort policière fonctionne, en Algérie comme en Hongrie.

Il y a exactement 39 ans, l’impérialisme franco-britannique [1] tentait d’accréditer sa version intéressée de la révolution bolchévique faisant de Lénine un agent du Kaiser ; le même argument est utilisé aujourd’hui par les prétendus disciples de Lénine contre les insurgés hongrois, confondus, dans leur ensemble, avec les quelques éléments fascistes qui ont dû, inévitablement, s’immiscer parmi eux.
Mais en période d’insurrection, le jugement moral est pragmatique : LES FASCISTES SONT CEUX QUI TIRENT SUR LE PEUPLE. Aucune idéologie ne tient devant cette infamie : c’est Gallifet lui-même qui revient, sans scrupule et sans honte, dans un tank à étoile rouge.

Seuls de tous les dirigeants « communistes » mondiaux, Maurice Thorez et sa bande poursuivent cyniquement leur carrière de gitons de ce Guépéou qui a décidément la peau si dure qu’il survit à la charogne de Staline.

La défaite du peuple hongrois est celle du prolétariat mondial. Quel que soit le tour nationaliste qu’ont dû prendre la résistance polonaise et la révolution hongroise, il s’agit d’un aspect circonstanciel, déterminé avant tout par la pression colossale et forcenée de l’État ultranationaliste qu’est la Russie. Le principe internationaliste de la révolution prolétarienne n’est pas en cause. La classe ouvrière avait été saignée à blanc, dans sa totalité, en 1871, par les Versaillais de France. À Budapest, face aux Versaillais de Moscou, la jeunesse - par-delà tout espoir rebelle au dressage stalinien - lui a prodigué un sang qui ne peut manquer de prescrire son cours propre à la transformation du monde.

Anne Bédouin, Robert Benayoun, André Breton, Adrien Dax, Yves Elléouët, Charles Flamand, Georges Goldfayn, Louis Janover, Jean-Jacques Lebel, Gérard Legrand, Nora Mitrani, Benjamin Péret, José Pierre, André Pieyre de Mandiargues, Jacques Sautès, Jean Schuster, Jacques Sénelier, Jean-Claude Silbermann.

[1] Qui vient de donner sa mesure en Égypte, selon ses techniques les plus éprouvées.
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Belles feuilles, Heine, pain, roses et petits pois

Message par com_71 » 24 Mai 2021, 11:33

Heine, Conte d’Hiver

C’était au triste mois de novembre,
Les jours se faisaient sombres,
Le vent arrachait les feuilles des arbres,
Et j’ai fait le voyage en Allemagne.

Et quand je suis arrivé à la frontière,
Alors j’ai senti un battement plus fort
Dans ma poitrine, j’ai même cru
Que les larmes me venaient aux yeux.

Et quand j’entendis la langue allemande,
Je fus pris d’une humeur étrange ;
C’était tout comme si mon cœur
Se mettait délicieusement à saigner.

Une petite harpiste chantait.
Elle chantait avec un vrai sentiment
Et une voix fausse, mais je fus très
Touché de son chant.

Elle chantait l’amour et le chagrin d’amour,
Le sacrifices, les retrouvailles,
Là haut, dans ce monde meilleur,
Où disparaissent toutes les peines.

Elle chantait la terrestre vallée de larme,
Les joies qui vite se dissipent,
Et l’au-delà, où l’âme se délecte
Transfigurée en d’éternels délices.

Elle chantait la vieille chanson du renoncement,
L’épopée du ciel,
Dont on berce, quand il pleurniche,
Le peuple, ce grand malotru.

Je connais la musique, je connais le texte,
Je connais aussi Messieurs les auteurs,
Je sais qu’ils buvaient du vin en douce,
Et prêchaient l’eau en public.

Une nouvelle chanson, une meilleure chanson,
Amis, je veux vous chanter !
Nous voulons ici sur terre
Bâtir le royaume des cieux.

Nous voulons être heureux sur terre,
Et ne voulons plus faire pénitence ;
Le gros ventre ne doit plus dévorer
Ce qu’a produit le labeur des mains.

Il pousse ici bas assez de pain
Pour tous les enfants des hommes,
Aussi les roses et les myrtes, la beauté, le désir,
Non moins que les petits pois sucrés.

Des petits pois sucrés pour tout le monde,
Dès que les cosses éclateront !
Nous laisserons le ciel
Aux anges et aux moineaux.

Et nous nous ferons pousser les ailes une fois morts,
Alors nous vous rendrons visite
Là haut, et nous, nous mangerons avec vous
Les bienheureuses tartes et les gâteaux.

Un nouveau chant, un meilleur chant !
Il sonne comme flûtes et violons,
Le miserere est passé,
Le glas ne sonne plus.

La vieille fille Europe est fiancée
Avec le beau Génie
De la liberté, ils gisent embrassés,
Ils jouissent de leur premier baiser.

Et s’il leur manque l’amen des curés,
L’union n’en est pas moins légitime –
Vive le marié ! Vive la mariée,
Et vivent leurs futurs enfants !

Un chant de mariage, voilà mon chant,
Le chant meilleur et nouveau !
Dans mon âme s’élèvent
Les étoiles de la suprême consécration –

Des étoiles enthousiastes, elles flamboient,
Se déversent en ruisseaux de feu –
Je me sens étrangement fortifié,
Je pourrais briser des chênes !

Depuis que j’ai pénétré en terre allemande
Des sucs enchantés coulent dans mes membres –
Le géant enfin a retrouvé sa mère,
Et ses forces de nouveau grandissent.

Seit ich auf deutsche Erde trat,
Durchströmen mich Zaubersäfte –
Der Riese hat wieder die Mutter berührt,
Und es wuchsen ihm neu die Kräfte

Im traurigen Monat November war’s,
Die Tage wurden trüber,
Der Wind riß von den Bäumen das Laub,
Da reist ich nach Deutschland hinüber.

Und als ich an die Grenze kam,
Da fühlt ich ein stärkeres Klopfen
In meiner Brust, ich glaube sogar
Die Augen begunnen zu tropfen.

Und als ich die deutsche Sprache vernahm,
Da ward mir seltsam zumute;
Ich meinte nicht anders, als ob das Herz
Recht angenehm verblute.

Ein kleines Harfenmädchen sang.
Sie sang mit wahrem Gefühle
Und falscher Stimme, doch ward ich sehr
Gerühret von ihrem Spiele.

Sie sang von Liebe und Liebesgram,
Aufopfrung und Wiederfinden
Dort oben, in jener besseren Welt,
Wo alle Leiden schwinden.

Sie sang vom irdischen Jammertal,
Von Freuden, die bald zerronnen,
Vom jenseits, wo die Seele schwelgt
Verklärt in ew’gen Wonnen.

Sie sang das alte Entsagungslied,
Das Eiapopeia vom Himmel,
Womit man einlullt, wenn es greint,
Das Volk, den großen Lümmel.

Ich kenne die Weise, ich kenne den Text,
Ich kenn auch die Herren Verfasser;
Ich weiß, sie tranken heimlich Wein
Und predigten öffentlich Wasser.

Ein neues Lied, ein besseres Lied,
O Freunde, will ich euch dichten!
Wir wollen hier auf Erden schon
Das Himmelreich errichten.

Wir wollen auf Erden glücklich sein,
Und wollen nicht mehr darben;
Verschlemmen soll nicht der faule Bauch,
Was fleißige Hände erwarben.

Es wächst hienieden Brot genug
Für alle Menschenkinder,
Auch Rosen und Myrten, Schönheit und Lust,
Und Zuckererbsen nicht minder.

Ja, Zuckererbsen für jedermann,
Sobald die Schoten platzen!
Den Himmel überlassen wir
Den Engeln und den Spatzen.

Und wachsen uns Flügel nach dem Tod,
So wollen wir euch besuchen
Dort oben, und wir, wir essen mit euch
Die seligsten Torten und Kuchen.

Ein neues Lied, ein besseres Lied!
Es klingt wie Flöten und Geigen!
Das Miserere ist vorbei,
Die Sterbeglocken schweigen.

Die Jungfer Europa ist verlobt
Mit dem schönen Geniusse
Der Freiheit, sie liegen einander im Arm,
Sie schwelgen im ersten Kusse.

Und fehlt der Pfaffensegen dabei,
Die Ehe wird gültig nicht minder –
Es lebe Bräutigam und Braut,
Und ihre zukünftigen Kinder!

Ein Hochzeitkarmen ist mein Lied,
Das bessere, das neue!
In meiner Seele gehen auf
Die Sterne der höchsten Weihe –

Begeisterte Sterne, sie lodern wild,
Zerfließen in Flammenbächen –
Ich fühle mich wunderbar erstarkt,
Ich könnte Eichen zerbrechen!

Seit ich auf deutsche Erde trat,
Durchströmen mich Zaubersäfte –
Der Riese hat wieder die Mutter berührt,
Und es wuchsen ihm neu die Kräfte.
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Belles feuilles, «Ne visitez pas l’Exposition coloniale»

Message par com_71 » 29 Mai 2021, 08:21

« Ne visitez pas l’Exposition coloniale » : le manifeste du groupe des surréalistes en 1931

A la veille du 1er mai 1931 et à l’avant-veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale, l’étudiant indo-chinois Tao est enlevé par la police française. Chiappe [préfet de police de 1927 à 1934], pour l’atteindre, utilise le faux et la lettre anonyme. On apprend, au bout du temps nécessaire à parer à toute agitation, que cette arrestation, donnée pour préventive, n’est que le prélude d’un refoulement sur l’Indo-Chine (*). Le crime de Tao ? Etre membre du Parti communiste, lequel n’est aucunement un parti illégal en France, et s’être permis jadis de manifester devant l’Elysée contre l’exécution de quarante Annamites.

L’opinion mondiale s’est émue en vain du sort des deux condamnés à mort Sacco et Vanzetti. Tao, livré à l’arbitraire de la justice militaire et de la justice des mandarins, nous n’avons plus aucune garantie pour sa vie. Ce joli lever de rideau était bien celui qu’il fallait, en 1931, à l’Exposition de Vincennes.

« Carnaval de squelettes »


L’idée du brigandage colonial (le mot était brillant et à peine assez fort), cette idée qui date du XIXe siècle est de celles qui n’ont pas fait leur chemin. On s’est servi de l’argent qu’on avait en trop pour envoyer en Afrique, en Asie, des navires, des pelles, des pioches, grâce auxquels il y a enfin, là-bas, de quoi travailler pour un salaire, et cet argent, on le représente volontiers comme un don fait aux indigènes. Il est donc naturel, prétend-on, que le travail de ces millions de nouveaux esclaves nous ait donné les monceaux d’or qui sont en réserve dans les caves de la Banque de France. Mais que le travail forcé – ou libre – préside à cet échange monstrueux, que des hommes dont les mœurs, ce que nous essayons d’en apprendre à travers des témoignages rarement désintéressés, des hommes qu’il est permis de tenir pour moins pervertis que nous et c’est peu dire, peut-être pour éclairés comme nous ne le sommes plus sur les fins véritables de l’espèce humaine, du savoir, de l’amour et du bonheur humains, que ces hommes dont nous distingue ne serait-ce que notre qualité de blancs, nous qui disons hommes de couleur, nous hommes sans couleur, aient été tenus, par la seule puissance de la métallurgie européenne, en 1914, de se faire crever la peau pour un très bas monument funéraire collectif – c’était d’ailleurs, si nous ne nous trompons pas, une idée française, cela répondait à un calcul français – voilà qui nous permet d’inaugurer, nous aussi, à notre manière, l’Exposition coloniale, et de tenir tous les zélateurs de cette entreprise pour des rapaces. Les Lyautey, les Dumesnil, les Doumer qui tiennent le haut du pavé aujourd’hui dans cette même France du Moulin-Rouge n’en sont plus à un carnaval de squelettes près. On a pu lire il y a quelques jours, dans Paris, une affiche non lacérée dans laquelle Jacques Doriot était présenté comme le responsable des massacres d’Indo-Chine. Non lacérée.

Le dogme de l’intégrité du territoire national, invoqué pour donner à ces massacres une justification morale, est basé sur un jeu de mots insuffisant pour faire oublier qu’il n’est pas de semaine où l’on ne tue, aux colonies. La présence sur l’estrade inaugurale de l’Exposition coloniale du président de la République, de l’empereur d’Annam, du cardinal archevêque de Paris et de plusieurs gouverneurs et soudards, en face du pavillon des missionnaires, de ceux de Citroën et Renault, exprime clairement la complicité de la bourgeoisie tout entière dans la naissance d’un concept nouveau et particulièrement intolérable : la « Grande France ». C’est pour implanter ce concept-escroquerie que l’on a bâti les pavillons de l’Exposition de Vincennes. Il s’agit de donner aux citoyens de la métropole la conscience de propriétaires qu’il leur faudra pour entendre sans broncher l’écho des fusillades lointaines. Il s’agit d’annexer au fin paysage de France, déjà très relevé avant-guerre par une chanson sur la cabane-bambou, une perspective de minarets et de pagodes.

« Les peuples coloniaux, alliés du prolétariat mondial »

A propos, on n’a pas oublié la belle affiche de recrutement de l’armée coloniale : une vie facile, des négresses à gros nénés, le sous-officier très élégant dans son complet de toile se promène en pousse-pousse, traîné par l’homme du pays – l’aventure, l’avancement.

Rien n’est d’ailleurs épargné pour la publicité : un souverain indigène en personne viendra battre la grosse caisse à la porte de ces palais en carton-pâte. La foire est internationale, et voilà comment le fait colonial, fait européen comme disait le discours d’ouverture, devient fait acquis.

N’en déplaise au scandaleux Parti socialiste et à la jésuitique Ligue des droits de l’homme, il serait un peu fort que nous distinguions entre la bonne et la mauvaise façon de coloniser. Les pionniers de la défense nationale en régime capitaliste, l’immonde Boncour en tête, peuvent être fiers du Luna-Park de Vincennes. Tous ceux qui se refusent à être jamais les défenseurs des patries bourgeoises sauront opposer à leur goût des fêtes et de l’exploitation l’attitude de Lénine qui, le premier au début de ce siècle, a reconnu dans les peuples coloniaux les alliés du prolétariat mondial.

Aux discours et aux exécutions capitales, répondez en exigeant l’évacuation immédiate des colonies et la mise en accusation des généraux et des fonctionnaires responsables des massacres d’Annam, du Liban, du Maroc et de l’Afrique centrale.

Signataires : André Breton, Paul Eluard, Benjamin Péret, Georges Sadoul, Pierre Unik, André Thirion, René Crevel, Aragon, René Char, Maxime Alexandre, Yves Tanguy, Georges Malkine.

(*) Nous avons cru devoir refuser, pour ce manifeste, les signatures de nos camarades étrangers.
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Re: Belles feuilles

Message par Gayraud de Mazars » 16 Août 2021, 10:59

Salut camarades,

Marceau Pivert, de la défense des conquêtes laïques à la République sociale

« [La laïcité]…En elle se réfugie le véritable optimisme humain, réaliste et scientifique, diamétralement opposé au pessimisme chrétien qui ne peut pas imaginer l'homme en dehors d'un gendarme pour le punir ou d'un prêtre pour l'absoudre.

En face d'une société corrompue, d'une classe bourgeoise qui revient à la religiosité et au mysticisme, qui n'a plus confiance dans la valeur de l'intelligence humaine et qui se blottit peureusement, abdiquant toute dignité, à l'ombre des églises et des hiérarchies ecclésiastiques, oui, la classe ouvrière demeure le seul support de la laïcité, la seule sauvegarde du libre examen. »

L’église et l’école, Perspectives prolétariennes, Editions Figuière (1932)

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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