Qui était Antonio Gramsci ?

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par artza » 09 Avr 2021, 10:07

C'est la même chose ;)
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par artza » 22 Mai 2021, 10:46

On peut lire avec profit la vie de Antonio Gramsci de Giuseppe Fiori.
Journaliste de la presse libérale de gauche, il aime bien Gramsci et a de la sympathie pour les luttes ouvrières.
Bien sur avec des lunettes de la petite bourgeoisie de gauche. C'est pas malhonnête.

C'est en poche, peut-être épuisé.
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par artza » 19 Fév 2022, 08:50

Je signale ici la parution d'un livre qui risque fort de passer complètement inaperçu.

Gramsci et le marxisme italien , face aux idéologies de l'époque de Christian Riechers. (Ni patrie ni frontières, 12 euro).
Traduit de l'allemand il publié dans cette langue en 1970. Inédit en français pendant 50 ans !

L'auteur ne cache ses sympathies pour Bordiga.
Le livre est honnête et rappelle l'estime réciproque entre Gramsci et Bordiga.

Les avant-propos de Michel Olivier et Sylvio Pons et la préface d'Arturo Pregalli et en annexe un article du bulletin "bordiguiste" Bilan de 1937 sont très utiles pour rappeler le chemin intellectuel d'A.G. dans sa jeunesse, les études classiques de philo, la guerre, Turin ses grèves et l'Ordine Nuevo, le PS italien la révo russe, le PC d'I.

Gramsci n'était pas marxiste de formation (matérialiste) mais élève de la philo idéaliste italienne ...il s'est acheminé par lui-même vers le marxisme.
La période ne l'a pas aidé. Il n'est pas arrivé à bon port.
Justice est rendue il est idiot de dire que Gramsci fut stalinien de là à en faire un marxiste génial de notre temps.


Le bouquin n'est pas toujours facile à lire ! Mais il mérite le détour.
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par pouchtaxi » 19 Fév 2022, 18:13

Le livre de Riechers, qui ne date pas d’hier, est étonnamment peu commenté par la pléiade multitudinaire des glosateurs de Gramsci qui habituellement lui trouvent moult vertus cardinales.

Evidemment il est à contre-courant de la lecture commune de Gramsci.
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par com_71 » 20 Juil 2022, 15:42

Présentation du livre de Riechers par son éditeur en français :
« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Cahiers de prison).

Sur ce point Gramsci était un visionnaire pour l’évolution du monde et surtout pour les manipulations futures de ses écrits. En effet, dans le clair-obscur actuel, il est (et a été) accommodé à toutes les sauces ! Le mérite de Christian Riechers consiste à avoir soumis en bloc sa pensée à un examen critique, en mettant en évidence ses limites et ses conséquences négatives implicites, aussi bien en référence à la discussion entre les marxistes européens de l’époque qu’à ses développements ultérieurs. L’auteur constate également que la position de Gramsci ne représente aucune rupture qualitative avec l’appareil doctrinal et l’orthodoxie de la Troisième Internationale (communiste).

Selon Augusto Del Nocce, les critiques du gramscisme « ont trouvé la plus rigoureuse expression philosophique dans l’un des meilleurs livres qui aient été écrits sur le penseur sarde, celui du marxiste allemand hétérodoxe Christian Riechers ».

Puissions-nous, à travers cet ouvrage, lever des ambiguïtés autour des réflexions théoriques de Gramsci et le défendre contre tous ses « faux amis ». En ce qui nous concerne, nous savons qu’Antonio Gramsci conserva l’amitié de Bordiga, le grand théoricien et fondateur du PC d’Italie –information non négligeable quand on connaît l’intransigeance politique et intellectuelle de ce dernier. Leur amitié resta intacte jusque dans les geôles fascistes, et cela malgré le combat politique féroce qu’ils menèrent l’un contre l’autre entre 1925 et 1927. Mais, l’amitié n’est ni la courtisanerie, ni la flagornerie. Toutefois, Bordiga ne se faisait pas d’illusions sur la pensée idéaliste de Gramsci : « Un idéaliste n’est ni un marxiste radical, ni un marxiste réformiste. Il est seulement quelqu’un qui est en dehors de notre voie. Gramsci nous a aidés, avec mille raisons, à chasser Turati [pour la fondation du PC d’Italie]. Mais théoriquement, et c’est toujours un mal lorsqu’on le tait, Gramsci avait moins d’orthodoxie que Turati. »

Nous profitons de l’édition française de ce texte, pour faire également le point sur l’évolution politique de Gramsci après 1927 et marteler une nouvelle fois qu’il ne fut pas stalinien. Il rompit avec l’Internationale communiste quand Staline et ses acolytes mirent la main sur le Komintern, contrairement à la geste inventée et à son utilisation politique sordide par le PCI. C’est pourquoi, nous rendons hommage à Silvio Pons, directeur de la fondation Gramsci, pour avoir exhumé des documents des archives de la Troisième Internationale qui démontrent définitivement ces pratiques. Il met ainsi un point final à toutes les discussions sur ce sujet.

http://mondialisme.org/spip.php?article3059
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par com_71 » 20 Juil 2022, 15:55

Au fait, ce livre, il ne semble pas évident à se procurer ?

A en croire un passage (sans référence) de la fiche Wikipédia, Gramsci mériterait d'être classé définitivement comme "réformiste".
wikipédia a écrit :Guerre de mouvement et guerre de position
Gramsci pense que l’État est bien plus qu'une simple bande d'hommes en armes au service de la bourgeoisie. Selon lui, l'État est devenu un terrain de luttes pour le progrès social. De plus, l'État s'est fortifié et il dispose d'un système éducatif qui apprend entre autres l'obéissance. Il dispose aussi d'une police et d'une armée nombreuse et équipée et formée au maniement des armes. La perspective d'une prise de l'État comme dans la guerre de mouvement s'estompe. La révolution bolchevique de Lénine n'est donc plus possible. Il reste donc la possibilité d'ouvrir des fronts multiples dans la politique, dans le droit, dans la culture (idéologie) et de faire avancer la tranchée comme dans la guerre de position[réf. nécessaire].
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par artza » 22 Juil 2022, 06:49

Il suffit d'écrire à l'éditeur
Yves Coleman
10 rue Jean Dolent 75014 Paris (sans autre mention) avec un chèque de 12 euros :D

Si c'est trop compliqué pour certains me contacter.
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Re: Qui était Antonio Gramsci ?

Message par Gayraud de Mazars » 13 Août 2022, 16:05

Salut camarades,

Traduit de l’italien par Olivier Favier.
Article publié sur le site l'Archive Internet des Marxistes, du 12 août 2022.
Extrait de «La ville future», dans Il Grido del Popolo, n. 655, 11 février 1917, et Avanti !, an XXI, n.43, 12 février 1917.

Je hais les indifférents
Par Antonio Gramsci
11 février 1917

Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.

Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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