Opposition de gauche en URSS - Documents

Marxisme et mouvement ouvrier.

Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par Duffy » 23 Oct 2019, 13:38

Je suis en train de lire certains des textes de Trotsky sur les problèmes économiques en URSS, et je me suis mis à chercher sur internet certains des textes qu'il cite d'autres oppositionnels de gauche en URSS et, de fil en aiguille, j'en suis à venu à chercher les textes de l'Opposition de gauche en URSS en français, ou même en anglais...

Et l'on en trouve finalement assez peu, à part bien sûr dans les Œuvres de Trotsky, ainsi que quelques textes de Rakovsky.
Mais je ne trouve pas d'édition qui rassemblerait les écrits de l'Opposition de gauche en URSS dans son ensemble. Ou alors c'est que je cherche mal ! Mais je crois que ça n'existe simplement pas...

On trouve cependant des publications qui s'en rapprochent... en russe.

"L'opposition communiste en URSS, 1923-1927" (4 vol.) regroupe la quasi-totalité des documents de l'Opposition de 1923 à 1927 disponibles dans le fonds Trotsky de la bibliothèque Hogton de l'Université Harvard : vol. 1, vol. 2, vol. 3, vol. 4.

Les 87 numéros du "Bulletin de l'Opposition", de 1929 à 1941.

J'indique tout de même les quelques textes de l'Opposition de gauche en URSS disponibles sur marxists.org.

Notamment le texte traduit et publié par Inprecor l'an dernier des prisonniers b-l dans l'isolateur de Verkhnéouralsk : "Le tournant fasciste en Allemagne" (1933).
Avec lui, deux autres textes (en russe) avaient également été retrouvé (sans qu'aucune traduction ne soit disponible, à ma connaissance) : "Tactiques et tâches de l'opposition léniniste" et "La situation dans le pays et les tâches des bolcheviks-léninistes" (1932).
Voir là-dessus cet article de la LO et cet autre de la LDC.

Pour terminer, des Mémoires...
"Mémoires" d'Alexander Ivanovich Boyarchikov, Alexander Ivanovich (1902–1981).
"Mémoires et positions" d'Isai Lvovich Abramovich (1900-1985) : vol. 1, vol. 2.
"Mémoires" (extraits, notamment sur Makhno) de Grigori Grigorov (1900-1994), et une lettre (en français) du même sur Trotsky, traduite et publiée par J.-J. Marie.

Il ne faut pas hésiter à jouer de Google translate ou équivalent.

Bien sûr, si quelqu'un avait des références à ajouter, qu'il n'hésite pas...
Duffy
 
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Re: Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par com_71 » 25 Juil 2020, 20:46

Duffy a écrit :
J'indique tout de même les quelques textes de l'Opposition de gauche en URSS disponibles sur marxists.org.

Notamment le texte traduit et publié par Inprecor l'an dernier des prisonniers b-l dans l'isolateur de Verkhnéouralsk : "Le tournant fasciste en Allemagne" (1933).
Avec lui, deux autres textes (en russe) avaient également été retrouvé (sans qu'aucune traduction ne soit disponible, à ma connaissance) : "Tactiques et tâches de l'opposition léniniste" et "La situation dans le pays et les tâches des bolcheviks-léninistes" (1932).
Voir là-dessus cet article de la LO et cet autre de la LDC.


3 textes provenant de l'isolateur viennent d'être publiés sur le site de Convergences.
https://www.convergencesrevolutionnaire ... ?navthem=1
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par Zorglub » 25 Juil 2020, 22:24

Le texte de l'isolateur se trouve aussi avec la nouvelle traduction de Cours nouveau aux Bons Caractères.
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Message par com_71 » 25 Juil 2020, 23:38

Zorglub a écrit :Le texte de l'isolateur se trouve aussi avec la nouvelle traduction de Cours nouveau aux Bons Caractères.


Il y a trois textes trouvés dans l'isolateur publiés par Convergences. Le 3e de ces textes, "La crise de la révolution et les tâches du prolétariat ", avait effectivement déjà publié en mai 2020, en annexe de la nouvelle traduction de Cours nouveau aux Bons Caractères.

Sur deux passages consultés les deux traductions ne semblent pas diverger. Celle des Bons Caractères paraît plus élégante mais ceci n'engage que moi. La traduction de Convergences est plus abondamment annotée. Elle comporte en annexe, traduit à partir du Bulletin de l’Opposition, novembre-décembre 1931, un article de Léon Trotski intitulé « Explications données dans un cercle d’amis (et sous-titré Sur la question des éléments de double pouvoir en URSS) ». Titre en russe : Объяснения в кругу друзей dans les Bulletins de l’opposition numéro 25-26.

Avec le texte publié par Inprecor, "Le tournant fasciste en Allemagne"
https://www.marxists.org/francais/4int/ ... evikn2.htm
4 "textes de l'isolateur" sont donc maintenant disponibles en français.
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Re: Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par Byrrh » 24 Jan 2022, 20:21

Souscription (10 euros au lieu de 17 jusqu'au 13 mars) pour un ouvrage à paraître en mai 2022 :
Image

Les cahiers de Verkhnéouralsk. Récits de militants trotskystes soviétiques 1930-1933

Collection Classiques
À paraître : Mai 2022
ISBN : 9782493083043
Pages : 260

C’est du fond d’une des plus sinistres prisons russes des années 1930, située au sud de l’Oural, que le hasard de travaux dans une cellule a permis de découvrir une profusion de journaux et écrits clandestins de membres de l’Opposition de gauche que Staline y avait fait enfermer.Nous publions huit de ces textes, la plupart traduits pour la première fois. De leurs auteurs, on ne connaissait parfois que le nom, et encore, tant la dictaturestalinienne a voulu effacer jusqu’à la mémoire des militants qui restèrent fidèles aux idéaux d’Octobre 1917. Ils combattaient avec Trotsky la dégénérescence dupremier État issu d’une révolution ouvrière victorieuse. Ce que la dictature stalinienne ne pouvait tolérer. Car l’activité et l’existence même de ces milliers de bolcheviks-léninistes représentaient une dénonciation vivante du stalinisme, de ce régime défenseur d’une bureaucratie parasitaire qui écrasait la classe ouvrière, qui trahissait les intérêts de la révolution socialiste mondiale et qui donnait une image dévoyée et sanglante du communisme. Face à cette monstrueuse régression, il n’y eut alors que ces militants pour défendre les traditions de luttes et les idéaux du mouvement ouvrier. Jusqu’à ce que Staline,qui n’avait pu en venirà bout, les fasse exécuter en masse dans ses camps en 1937.

https://www.lesbonscaracteres.com/livre ... hneouralsk
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Message par Byrrh » 03 Fév 2022, 19:14

J'ai déjà reçu mon exemplaire. Cet ouvrage contient ces 4 textes, qui figurent parmi ceux découverts en 2018 :

- Tactique et tâches de l’opposition léniniste (début 1931)
- La crise de la révolution - Les tâches du prolétariat (juin 1932)
- La situation dans le pays et les tâches des bolchevik-léninistes (décembre 1932)
- Le coup d'État fasciste en Allemagne (avril 1933)

Le dernier de ces 4 textes avait été publié en français fin 2018 dans Inprecor, et les 3 premiers sur le site web de Convergences révolutionnaires en 2020. Mais d'après ce que j'ai compris, ces traductions se basaient sur les textes publiés par la presse russe, qui comportaient de nombreuses erreurs. Les éditions Les Bons Caractères offrent une nouvelle traduction plus fidèle, réalisée directement à partir de photos des documents originaux.

L'ouvrage contient également 2 autres textes de 1930 qui proviennent de ces mêmes militants trotskystes de Verkhnéouralsk :

- Lettre à Trotsky sur l'isolateur de Verkhnéouralsk (novembre 1930)
- La crise de la révolution, les perspectives de lutte et les tâches de l'Opposition (juin 1930)

Ces deux textes avaient été traduits en français en 1980-1981 et publiés dans les numéros spéciaux 6 et 7-8 des Cahiers Léon Trotsky intitulés "Les trotskystes en Union soviétique".
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Message par com_71 » 03 Fév 2022, 19:31

4+2=6
Les Bons Caractères annoncent 8 textes ??
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par Byrrh » 03 Fév 2022, 20:15

com_71 a écrit :4+2=6
Les Bons Caractères annoncent 8 textes ??

8 textes si l'on compte les 2 annexes :

- Aux ouvriers de tous les pays (Appel du comité exécutif de l'Internationale communiste), de mars 1933 ;
- Les ouvriers allemands se relèveront, le stalinisme jamais !, extrait d'un article de Trotsky daté du 14 mars 1933, paru dans le Bulletin de l'Opposition (bolchevique-léniniste) n° 34, évoquant cet Appel stalinien.

Mais du coup, ce ne sont pas 8 textes de Verkhnéouralsk.
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Message par com_71 » 04 Fév 2022, 19:32

Merci bien.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Opposition de gauche en URSS - Documents

Message par com_71 » 04 Fév 2022, 20:00

Alors, pour les impatients :
L'extrait en question doit être celui-ci
Trotsky a écrit :Dans l'appel du Comité exécutif de l'Internationale communiste (" Aux ouvriers de tous les pays ") du 5 mars, les staliniens ne parlent pas du " social-fascisme ", comme de l'ennemi principal. Ils ne rappellent pas non plus la grande trouvaille de leur chef : " la social-démocratie et le fascisme ne sont pas des antipodes, mais des jumeaux ". Ils n'affirment plus que la lutte contre le fascisme exige l'écrasement préalable de la social-démocratie. Ils ne soufflent mot de l'impossibilité du front unique par en haut. Au contraire, ils énumèrent scrupuleusement les cas où, dans le passé, la bureaucratie stalinienne, de manière inattendue pour les ouvriers et pour elle-même, s'est trouvée dans l'obligation de proposer, en passant, à l'improviste, le front unique aux dirigeants réformistes. C'est ainsi que sous la rafale de la tempête historique, s'éparpillent les théories artificielles et fausses, dignes de charlatans.

Se référant aux " conditions originales de chaque pays " et à l'impossibilité qui, soi-disant, en découle, d'organiser le front unique à l'échelle internationale (on oublie d'un seul coup toute la lutte contre " l'exceptionnalisme ", c'est-à-dire la théorie des droitiers sur les particularités nationales !), la bureaucratie stalinienne recommande aux Partis communistes nationaux d'adresser une proposition de front unique aux " Comités Centraux des Partis sociaux-démocrates ". Hier encore, on appelait cela capituler devant le social-fascisme ! C'est ainsi que passent sous la table, dans la corbeille à papiers, les plus hautes leçons du stalinisme de ces quatre dernières années, et que tombe en poussière tout un système politique.

L'affaire ne s'arrête pas là : venant juste après avoir déclaré qu'il était impossible d'élaborer des conditions de front unique dans l'arène internationale, le Comité exécutif de l'Internationale communiste l'oublie aussitôt et, vingt lignes plus loin, formulent les conditions dans lesquelles le front unique est acceptable et admissible dans tous les pays, quelles que soient les différences des conditions nationales. Le recul devant le fascisme s'accompagne d'un recul panique devant les commandements théoriques du stalinisme. Des éclats et des débris d'idées et de principes sont jetés sur la route comme du lest.

Les conditions de front unique, mises en avant par l'Internationale communiste pour tous les pays (Comités d'action contre le fascisme, manifestations et grèves contre l'abaissement des salaires) n'apportent rien de nouveau, au contraire, elles sont la reproduction schématisée, bureaucratisée des mots d'ordre que l'opposition de gauche avait formulés de manière beaucoup plus précise et concrète il y a deux ans et demi, et qui lui avait valu d'être rangée dans le camp du social-fascisme. Un front unique sur ces bases pourrait donner en Allemagne des résultats décisifs; mais, pour cela, il devrait être réalisé à temps. Le temps est le facteur le plus important en politique.

Quelle est donc la valeur pratique des propositions du Comité exécutif de l'Internationale communiste actuellement? Pour l'Allemagne, elle est réduite au minimum. La politique de front unique suppose un " front ", c'est-à-dire des positions fermes et une direction centralisée. L'opposition de gauche a avancé dans le passé les conditions du front unique, en tant que conditions de défense active, avec la perspective d'un passage à l'offensive. Aujourd'hui, le prolétariat allemand en est arrivé au stade de la retraite désordonnée, qui ne comporte même pas de combats d'arrière-garde. Dans ces circonstances, .peuvent et vont se former des unions spontanées entre ouvriers communistes et sociaux-démocrates pour des tâches isolées et épisodiques, mais la réalisation systématique du front unique est remise inévitablement à un avenir indéfini. Il ne faut déjà plus se faire d'illusions à ce sujet.

Il y a un an et demi, nous déclarions que la clé de la situation se trouvait dans les mains du Parti communiste allemand. Aujourd'hui, la bureaucratie stalinienne a laissé échapper cette clé. Il faudra des événements importants, échappant à la volonté du parti pour donner la possibilité aux ouvriers de faire une halte, de se raffermir, de reformer leurs rangs et de passer à une défense active. Quand viendra précisément ce moment, nous ne le savons pas. Peut-être beaucoup plus vite que ne l'escompte la contre-révolution triomphante. Mais en tout cas, ce ne sont pas ceux qui ont composé le manifeste du Comité exécutif de l'Internationale communiste, qui dirigeront la politique de front unique en Allemagne.

Si la position centrale a été abandonnée à l'ennemi, il faut se renforcer aux abords, il faut préparer des points d'appui pour une future attaque concentrique. Cette préparation à l'intérieur de l'Allemagne implique qu'on fasse une analyse critique du passé, qu'on entretienne le moral des combattants d'avant-garde et leur cohésion, et que l'on organise là où c'est possible, les combattants d'arrière-garde, dans l'attente du moment où les détachements isolés pourront se réunir en une grande armée. Cette préparation implique, en même temps, la défense des positions prolétariennes dans les pays étroitement liés à l'Allemagne, ou qui sont ses voisins immédiats : en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Pologne, dans les Pays baltes, en Scandinavie, en Belgique, en Hollande, en France et en Suisse. Il faut entourer l'Allemagne fasciste d'un anneau puissant de positions prolétariennes. Sans cesser une seule minute de tenter d'arrêter la retraite désordonnée des ouvriers allemands, il faut maintenant créer pour la lutte contre le fascisme des positions prolétariennes fortes autour des frontières de l'Allemagne.

En premier lieu vient l'Autriche qui est la plus directement menacée par le coup d'Etat fasciste. On peut dire avec certitude que, si le prolétariat autrichien s'emparait aujourd'hui du pouvoir et transformait son pays en une place d'armes révolutionnaire, l'Autriche deviendrait pour la révolution du prolétariat allemand, ce qu'était le Piémont pour la révolution de la bourgeoisie italienne. Il est impossible de prévoir jusqu'où ira sur cette voie le prolétariat autrichien, poussé en avant par les événements mais paralysé par la bureaucratie réformiste. La tâche du communisme est d'aider les événements contre l'austro-marxisme. Le moyen en est la politique de front unique. Les conditions que le manifeste du Comité exécutif de l'internationale communiste répète avec tant de retard après l'opposition de gauche, conservent ainsi toute leur force.

La politique de front unique, cependant, présente non seulement des avantages mais aussi des dangers. Elle donne facilement naissance à des combinaisons des dirigeants derrière le dos des masses, à une adaptation passive à l'allié et à des oscillations opportunistes. On ne peut prévenir ces dangers qu'en se donnant deux garanties expresses : maintien de la liberté totale de critique en ce qui concerne l'allié et rétablissement de la liberté totale de critique à l'intérieur de son propre parti. Le refus de critiquer ses alliés conduit directement et immédiatement à la capitulation devant le réformisme. La politique de front unique sans démocratie à l'intérieur du parti, c'est-à-dire sans le contrôle du parti sur l'appareil, laisse les mains libres aux chefs pour des expériences opportunistes, complément inévitable des expériences aventuristes.

Comment agit dans ce cas le Comité exécutif de l'Internationale communiste? Des dizaines de fois, l'opposition de gauche a prédit que, sous le coup des événements, les staliniens seraient obligés d'abandonner leur ultra-gauchisme, et que, une fois sur la voie du front unique, ils commettraient toutes les trahisons opportunistes qu'ils nous attribuaient la veille. Cette prédiction s'est réalisée, cette fois encore, mot pour mot.

Après avoir fait un saut périlleux pour se retrouver sur les positions du front unique, le Comité exécutif de l'Internationale communiste foule aux pieds les garanties fondamentales qui, seules, peuvent assurer un contenu révolutionnaire à la politique de front unique. Les staliniens prennent acte et font leur la demande hypocrite et diplomatique des réformistes, concernant la soi-disant " non-agression mutuelle ". Reniant toutes les traditions du marxisme et du bolchevisme, le Comité exécutif de l'Internationale communiste recommande aux Partis communistes, en cas de réalisation du front unique, de " renoncer aux attaques contre les organisations sociales-démocrates, pendant la lutte commune ". C'est ainsi formulé ! Renoncer " aux attaques (!) contre la social-démocratie " (quelle formule honteuse !) implique que l'on renonce à la liberté de critique politique, c'est-à-dire à la fonction fondamentale du parti révolutionnaire.

Cette capitulation est provoquée non par une nécessité pratique, mais par la panique. Les réformistes viennent et viendront à un accord dans la mesure où la pression des événements, conjuguée à celle des masses, les y oblige. L'exigence de " non-agression " est un chantage, c'est-à-dire une tentative de la part des chefs réformistes d'obtenir un avantage supplémentaire. Se soumettre au chantage signifie construire le front unique sur des bases pourries, et donner la possibilité aux combinards réformistes de le faire éclater sous n'importe quel prétexte.

La critique en général, et encore plus dans les conditions du front unique, doit, évidemment, correspondre aux rapports réels et ne pas dépasser certaines limites. Il faut rejeter l'absurdité du " social-fascisme " : ce n'est pas une concession à la social-démocratie mais au marxisme. Il ne faut pas critiquer l'allié pour ses trahisons en 1918, mais pour son mauvais travail en 1933. La critique, à l'image de la vie politique elle-même dont elle est la voix, ne saurait s'arrêter même une heure. Si les révélations communistes correspondent à la réalité, elles servent les objectifs du front unique, poussent en avant l'allié temporaire et, ce qui est encore plus important, donnent une éducation révolutionnaire au prolétariat dans son ensemble. Le premier degré de la politique honteuse et criminelle, que Staline imposa aux communistes chinois par rapport au Kuomintang, fut précisément marquée par le renoncement à cette obligation fondamentale.

L'affaire n'est pas meilleure en ce qui concerne la deuxième garantie. Renonçant à critiquer la social-démocratie, l'appareil stalinien ne pense même pas à rendre le droit de critique aux membres de son propre parti. Le tournant lui-même est accompli comme à l'habitude, sous la forme d'une révélation bureaucratique. Aucun congrès national, aucun congrès international ni même de plénum du Comité exécutif de l'Internationale communiste, aucune préparation dans la presse du parti, aucune analyse des événements politiques passés. Et ce n'est pas étonnant : dès le début de la discussion dans le parti, tout ouvrier qui réfléchit, poserait aux gens de l'appareil, la question : pourquoi les bolcheviks-léninistes ont-ils été exclus de toutes les sections, pourquoi sont-ils arrêtés, déportés et fusillés en URSS ? Est-ce donc seulement parce qu'ils creusent plus profondément et qu'ils voient plus loin ? La bureaucratie stalinienne ne peut admettre cette conclusion. Elle est capable de n'importe quel bond et tournant, elle ne peut ni n'ose accepter une confrontation loyale avec les bolcheviks-léninistes devant les ouvriers. Ainsi, dans la lutte pour sa conservation, l'appareil déprécie son nouveau tournant, en ruinant à l'avance son crédit non seulement auprès des sociaux-démocrates, mais aussi auprès des ouvriers communistes.

La publication du manifeste du Comité exécutif de l'Internationale communiste s'accompagne encore d'une circonstance, qui est un peu à côté de la question débattue, mais qui jette une vive lumière sur la situation actuelle de l'Internationale communiste et sur l'attitude du groupe dirigeant stalinien à son égard. Le manifeste est imprimé dans la Pravda du 6 mars, non comme un appel direct et ouvert au nom du Comité exécutif de l'Internationale communiste qui se trouve à Moscou, comme cela s'est toujours fait, mais il est présenté comme la traduction d'un document de l'Humanité, transmis par l'Agence Tass de Paris. Quelle ruse insensée et humiliante ! Après tous les succès, après la réalisation du premier plan quinquennal, après la " liquidation des classes ", après " l'entrée dans le socialisme ", la bureaucratie stalinienne n'ose pas imprimer sous son propre nom, le manifeste du Comité exécutif de l'Internationale communiste ! Voilà sa véritable attitude envers l'Internationale communiste, voilà comment elle se sent réellement dans l'arène internationale.

https://www.marxists.org/francais/trots ... 330314.htm

Et l'appel de l'IC.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... .item.zoom
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