Éphéméride

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Éphéméride

Message par Cyrano » 11 Avr 2021, 11:27

Mary appelle son fils Pedro, pour remercier l'ami indien qui avait été si attentif et prévenant pour elle. Elle ne sait pas que son ami Pedro Bissonette avait un avenir réduit. Pedro était aussi président de l'Organisation des droits civiques Oglala Sioux (OSCRO). Il sera abattu quelques mois plus tard, en octobre 1973 par les miliciens du BIA. Sa meilleure amie, Annie Mae Aquash, disparaît en décembre 1975. Notre brave Lakota woman raconte comment, alors qu'elle se reposait chez des amis blancs, elle apprend qu'Annie Mae est retrouvée:
Au début du mois de mars 1976 j'ai reçu un téléphone d'un ami de Rapid City qui m'annonçait qu'Annie Mae avait été retrouvée morte dans la neige au pied d une falaise, pres de Wanblee, sur la reserve de Pine Ridge. Un essaim d'agents du FBI s`était aussitôt rendu sur les lieux et ils avaient expédié son corps à Scotts Bluff pour l'autopsie, après lui avoir coupé les mains afin de les envoyer à Washington pour identification – cruauté inutile car ils auraient parfaitement pu prendre les empreintes digitales sur place sans la mutiler. Il semble que |es assassins l'aient également violée. Elle a été enterrée dans une fosse commune. Après son identification par le FBI, un rapport officiel a conclu qu'elle était morte de froid. Cela sous-entendait qu'il s`agissait encore d'une Indienne ivre morte qui était tombée dans la neige et ne s'était pas relevée. Mais le rapport d'autopsie ne faisait état ni de drogue ni d'alcool.

Les amis et les parents d'Annie Mae ne se sont pas contentés de cette explication. lls ont obtenu de la Cour l'exhumation du corps et qu'un pathologiste choisi par eux pratique une seconde autopsie. Ce médecin a immédiatement découvert une blessure par balle dans le crâne et identifié le projectile, une balle de calibre 32. Il a trouvé également les mains coupées jetées dans le cercueil avec le corps. William Janklow, le procureur général de l`État du Dakota du Sud, avait déclaré que la seule façon de traiter les Indiens renégats de l'AIM était de leur loger une balle dans la tête..., certains avaient bien reçu le message.

Plusieurs dizaines d'indiens ayant participé à l'occupation de Wounded Knee en 1973 seront assassinés dans les mois et années qui suivirent cette occupation mémorable.
Dans le dernier numéro de Lutte Ouvrière, il y a un article: "États-Unis : 51 ans d’incarcération". Le chapeau de l'article dit:
«Romaine " Chip » Fitzgerald était le militant des Black Panthers incarcéré depuis le plus longtemps dans les prisons américaines. Âgé de 72 ans, il y a passé 51 années. Il vient d’y mourir, l’État américain n’ayant jamais voulu le libérer.»
La conclusion de l'article peut s'appliquer, comme un gant, au sort des militants de l'AIM:
«Clairement, il s’agit de montrer que l’État aux USA ne pardonne jamais à qui a osé se dresser contre lui.»
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Re: Éphéméride

Message par Gayraud de Mazars » 13 Avr 2021, 07:01

Salut camarades,

Les 60 ans du vol de Gagarine
Brève de Lutte Ouvrière en 2011...

Le 12 avril 1961, le cosmonaute soviétique Youri Gagarine réussissait le premier vol spatial habité. Ce succès était dû aux progrès dans l'industrie de l'URSS, à l'éducation, la recherche et la science, permis par la centralisation de l'économie et sa planification Et ce, en dépit des gaspillages dus à une bureaucratie parasitaire qui avait réussi à confisquer le pouvoir aux travailleurs, sous l'égide de Staline et de ses courtisans serviles.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Éphéméride

Message par artza » 13 Avr 2021, 07:54

Le massacre de la rue Transnonnain (célèbre litho de Daumier) le 14 avril 1834.
Tout a commencé la veille le 13.
Manifestation et première barricade pour protester contre des mesures du gouvernement de Louis-Philippe par la grâce des Trois glorieuses et traître à tous les espoirs de ces trois journées révolutionnaires, pour limiter les libertés d'expression.
Inutile de chercher la rue Transnonnain, Haussmann est passé par là. En gros c'était dans le coin de la rue Beaubourg.
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Re: Éphéméride

Message par Cyrano » 13 Avr 2021, 10:00

Il semble que la boucherie de la rue Transnonnain soit bien restée dans les mémoires. Auguste Blanqui rappelait ce massacre
en 1848 pour défendre le drapeau rouge.

«Nous ne sommes plus en 93 !1 Nous sommes en 1848 ! Le drapeau tricolore n’est pas le drapeau de la Répu­blique ; il est celui de Louis-Philippe et de la monarchie. C’est le drapeau tricolore qui présidait aux massacres de la rue Transnonain, du faubourg de Vaise, de Saint-Étienne. Il s’est baigné vingt fois dans le sang des ouvriers.»

https://blanqui.kingston.ac.uk/texts/po ... rier-1848/
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Re: Éphéméride

Message par Cyrano » 03 Mai 2021, 09:12

2 mai 1960...

Le 1er mai 1960, c'était un dimanche. Dans la prison de Saint Quentin, en Californie, à 15h30, les gardiens sont venus chercher Caryl Chessman pour qu'il quitte sa cellule 2455. Il va passer sa dernière nuit dans une chambre confortable, avec un repas choisi par lui, avec musique, tralala.
Le lendemain, lundi 2 mai 1960, il va changer de chambre: ce sera pour la chambre à gaz. Il sera exécuté à partir de 10 heures du matin: Il est sanglé sur une chaise, à 10h03, il entend les petites boules de poison tomber sous la chaise dans le bac qui va les dissoudre pour que le gaz se répande. A 10h09, il cesse de respirer.
Caryl Chessman avait été arrêté en 1948 alors qu'il était en liberté conditionnelle. A l'poque ce n'était qu'un petit voyou arrogant et antipathique. Il est condamné à mort pour deux viols présumés: le violeur faisait entrer les victimes dans sa voiture, c'était donc considéré comme un rapt.

De recours en recours, de demande de révision en demande de révision, Caryl Chessman va rester 12 ans dans le couloir de la mort.
En 1954, il fait publier un livre: "Cellule 2455, couloir de la mort" ("Cell 2455 Death Row"). C'est un best seller mondial, un plaidoyer contre la peine de mort. Il devient alors le condamné à mort le plus célèbre. Malgré des articles dans la presse de tous les pays, malgré deux autres livres parus, malgré les conférences de presse, les campagnes contre son exécution, il est exécuté.
Dehors la prison du lundi matin 2 mai, des barrages police bloquent partout l'approche du pénitencier de Saint Quentin: il a des manifestants – même Marlon Brando est là. Les hélicoptères survolent aussi. Faut ce qu'il faut pour asphyxier tranquillement un condamné.

Aujourd'hui encore, aux Etats-Unis, si ça causse de peine de mort, il est fréquent d'invoquer le fantôme de Caryl Chessman.

https://www.youtube.com/watch?v=wGOTaikzKcs
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Re: Éphéméride

Message par com_71 » 08 Mai 2021, 06:30

76ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945

La "lutte de classe" datée du 8 mai 1945 était un numéro spécial "DE QUI L'INDOCHINE DOIT-ELLE SE LIBÉRER ?"
https://www.marxists.org/francais/barta ... 050845.htm

Dans le numéro suivant, du 21 mai 1945, pas question de victoire, par contre cet article :

LES MORTS ENSEVELISSENT LES VIVANTS

Pour celui qui contemple aujourd'hui le monceau de ruines de ce qui fut autrefois la civilisation capitaliste européenne, la bourgeoisie n'a d'autre explication que la "barbarie teutonne". Mais les vainqueurs "démocratiques" eux-mêmes, dans la pratique, n'ont pu montrer par un seul exemple la différence entre leurs méthodes et celles du 3ème Reich. La plus grande "émulation" règne parmi tous les Etats-majors et tous les Gouvernements pour, à chaque coup d'en face, non seulement rattraper, mais dépasser la barbarie de l'adversaire.

Aux "V1" répondirent les "tremblements de terre" et le "liquide brûlant" alliés, la destruction de villes européennes par l'aviation allemande fut suivie de la destruction totale des villes allemandes, à la terreur de la Gestapo dans les pays occupés (et en Allemagne) a succédé la terreur alliée en Allemagne (avec le concours des nazis !) et dans les pays "libérés" : répression et terreur blanche en Grèce.

Et si Hitler, conformément aux intérêts des capitalistes allemands, en découpant l'Europe avait dépassé même les folies du traité de Versailles, la victoire de la coalition "démocratique" a livré l'Europe au chaos : d'après M. Grew, secrétaire d'Etat américain, plus de 30 questions territoriales en Europe réclament un examen "approfondi" avant qu'une solution puisse intervenir ; et une seule d'entre elles, celle de Trieste, a déjà provoqué une tension armée entre Tito (c'est-à-dire l'URSS) et les Anglo-américains...

Le capitalisme pourrissant a consommé la ruine du Continent. Le niveau de vie des masses est descendu (tant que le capitalisme subsistera) à un niveau misérable, l'Etat capitaliste s'est définitivement émancipé de tout contrôle parlementaire pour ne plus sortir du régime d'oppression militaire et policière, la ville et la campagne s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, la culture et les mœurs sont complètement perverties ; voilà la barbarie, malgré une technique de plus en plus élevée.

Mais le recul historique de l'Europe n'est que la préface du recul du monde entier.

Smuts, Stettinius, et d'autres politiques bourgeois alliés ont reconnu "qu'une troisième guerre mondiale provoquerait la ruine des Etats-Unis eux-mêmes", c'est-à-dire du niveau de vie des masses.

Or, de cette troisième guerre mondiale il ne faut pas parler au futur, mais dans le présent, car le monde, en premier lieu les Etats-Unis (dont les capitalistes ont besoin de l'hégémonie mondiale), ne sortira plus jamais de la guerre. Nulle part il n'est question d'un arrêt des fabrications de guerre : les Etats-Unis ont déjà dépensé 275 milliards de dollars pour cette guerre, c'est-à-dire dix fois plus que dans celle de 14-18. Le 7ème emprunt de guerre vient d'être lancé. Même le pays le plus riche du monde est en voie de se ruiner.

La bourgeoisie, fossoyeur de la civilisation.

Au moment même où la guerre était sur le point d'éclater, les hommes d'état capitalistes "essayaient" encore d'ajourner le conflit. Car ils éprouvaient des craintes quant aux conséquences de cette guerre, non pas tant en ce qui concerne la ruine de la société, qu'ils prévoyaient, mais en ce qui concerne le sort de la domination de leur classe.

Le 25-8-1939, dans une entrevue entre Hitler et l'Ambassadeur français en Allemagne, ce dernier répondit aux inquiétudes de Hitler au sujet d'une guerre franco-allemande : "...si le sang français et le sang allemand doivent couler, il n'y aurait pas à payer que cet impôt de sang si fort qu'il fût ; les ravages d'une guerre certainement longue, entraîneraient un cortège d'atroces misères. Si je pensais effectivement, ai-je remarqué, que nous serions victorieux, j'avais aussi la crainte qu'à l'issue d'une guerre, il n'y eût qu'un vainqueur réel, M. Trotsky". (Livre jaune 1939, page 259).

La bourgeoisie était consciente que la guerre serait longue et qu'elle coûterait aux masses un lourd impôt de sang et d'atroces misères. Mais le seul obstacle qui la faisait hésiter à déclencher le massacre, c'était la crainte de la révolution prolétarienne. L'exemple de la guerre de 1870 finissant par la Commune, et de la guerre mondiale de 14-18 finissant par la révolution victorieuse d'Octobre 17, lui faisait craindre qu'en fin de compte les masses lui fassent payer sa barbarie.

Aucune peur ne pouvait cependant arrêter la bourgeoisie sur la voie où la poussaient les contradictions de son régime : déclencher la guerre pour vaincre ses concurrents capitalistes.

Classe historiquement condamnée et destinée à être enterrée par le prolétariat pour que l'humanité puisse vivre, elle comptait néanmoins se sauver et éviter la révolution prolétarienne, en écrasant sous les ruines de la civilisation la classe ouvrière elle-même.

Déjà en 1921, au IIIème Congrès de l'Internationale Communiste, Trotsky lançait l'avertissement suivant à la classe ouvrière de tous les pays :

"Au moment où les forces productives du capitalisme butent contre un mur, ne peuvent plus progresser, nous voyons la bourgeoisie réunir entre ses mains l'armée, la police, la science, l'école, l'église, le parlement, la presse, les gardes-blancs, tirer fortement sur les rênes et dire en pensée à la classe ouvrière : "...Je vois un abîme s'ouvrir sous mes pieds. Mais nous allons voir qui tombera le premier dans cet abîme. Peut-être avant ma mort, si vraiment je dois mourir, réussirai-je à te pousser dans le précipice, O classe ouvrière !"... Si la bourgeoisie, condamnée à mort au point de vue historique trouvait en elle-même assez de force, d'énergie, de puissance pour vaincre la classe ouvrière dans le combat terrible qui approche, cela signifierait que l'Europe est vouée à une décomposition économique et culturelle... Autrement dit, l'histoire nous a amenés à un moment où une révolution prolétarienne est devenue absolument indispensable pour le salut de l'Europe et du monde... L'histoire dit à la classe ouvrière "il faut que tu saches que tu périras sous les ruines de la civilisation, si tu ne renverses pas la bourgeoisie. Essaye, résous le problème !"

Le prolétariat d'Europe, malgré ses années de luttes et d'expériences, a été devancé par la bourgeoisie dans ce combat.

La catastrophe du Continent a été consommée. Une des forces essentielles de la lutte socialiste en Europe, le prolétariat allemand, a été enseveli sous les ruines causées par la bourgeoisie.

Mais malgré les terribles ravages et le recul de la civilisation, il reste au prolétariat assez de forces vives capables de prendre le dessus.

Sur les ruines accumulées, la bourgeoisie n'est pas arrivée à un équilibre capitaliste lui permettant de conjurer le péril de la révolution prolétarienne. La classe ouvrière européenne affaiblie ne se trouve pas seule en face de son ennemi. L'impérialisme a des tâches réactionnaires gigantesques à accomplir et des ennemis redoutables non encore abattus : c'est l'économie planifiée de l'URSS qu'il veut détruire, c'est l'éveil des peuples coloniaux qu'il veut continuer à asservir, c'est ses propres contradictions et rivalités. Et il suffit à l'heure actuelle de considérer la lutte du prolétariat français belge, italien, espagnol, de connaître l'hostilité grandissante du prolétariat anglais et américain vis-à-vis de sa propre bourgeoisie pour dire que LA CLASSE OUVRIERE PEUT ENCORE EMPECHER LES MORTS D'ENSEVELIR LES VIVANTS, c'est-à-dire que la classe condamnée par l'histoire, la bourgeoisie impérialiste consomme définitivement la ruine de l'humanité entière.

Mais pour cela il faut que l'avant-garde de la classe ouvrière prenne entièrement conscience des conditions de sa victoire : rompre politiquement avec la bourgeoisie et ses valets social-chauvins, dénoncer devant le peuple travailleur les guerres, les mensonges et les violences de la classe capitaliste, enseigner à la classe ouvrière non la conciliation, mais la nécessité du renversement de la bourgeoisie par une guerre civile sans merci, car :

"Une guerre plus légitime
c'est la guerre à qui nous opprime :
CELLE QUE NOUS NE FAISONS PAS"
.

https://www.marxists.org/francais/barta ... 052145.htm

En 1975 le président Giscard d'Estaing décidait de ne pas commémorer le 8 mai 1945. En 1981, Mitterrand rétablit la commémoration. Article de Lutte de Classe n°29 - juin 1975 :

La Ligue Communiste Révolutionnaire et la commémoration du 8 mai

La décision prise par Giscard d'Estaing de ne plus commémorer officiellement l'anniversaire de la capitulation de l'Allemagne, le 8 mai 1945, a provoqué une vigoureuse levée de boucliers en France. Et l'on retrouve parmi ceux qui ont pris position contre cette mesure, aussi bien des gaullistes traditionnels, tel Michel Debré, que l'essentiel de la gauche. Au sein de la gauche, le PCF a pris résolument la tête de la campagne pour la préservation de cette commémoration, au nom des patriotes de tous bords qui crient à la forfaiture et à la trahison. Que le PCF ait pris une telle attitude n'est pas fait pour surprendre. Elle s'inscrit dans la ligne de sa politique d'union de tous les français, et plus généralement elle s'inscrit dans la ligne nationaliste que ce parti a adopte depuis longtemps déjà, en se faisant le défenseur jaloux des valeurs nationales, trahies, selon lui, par la bourgeoisie.

Il est sans grand intérêt de discuter des raisons qui ont incité Giscard d'Estaing à prendre cette décision. Elles relèvent à la fois des préoccupations diplomatiques du gouvernement français et des préoccupations publicitaires du président de la République.

Peu importent en effet pour les révolutionnaires socialistes, les anniversaires que les gouvernements bourgeois choisissent de commémorer en souvenir de leurs victoires dans les boucheries que constituent les guerres impérialistes. Qu'un jour ils décident de fêter la victoire, qu'un autre jour ils décident de supprimer cette commémoration, sous prétexte que ce qui est une victoire de l'un est aussi une défaite de l'impérialisme rival, devenu depuis un allié, ne concerne pas les intérêts des travailleurs, quelles que soient les frontières nationales derrière lesquelles ils sont nés. Tout au plus de telles décisions révèlent-elles le peu de cas que les politiciens bourgeois accordent eux-mêmes au cérémonial qu'ils ont mis en place pour duper la population laborieuse. Le rôle des organisations révolutionnaires en l'occurrence n'est pas de participer à cette mystification, mais au contraire de profiter de chaque occasion qui leur est donnée pour en dénoncer la nocivité.

Et pourtant l'attitude d'une partie de l'extrême gauche française face à la décision de Giscard de ne plus commémorer officiellement le 8 mai, face aussi au battage nationaliste organisé par le PCF, n'a pas été dénuée d'ambiguïtés.

Les organisations maoïstes ont, sans hésitation, emboîté le pas à ceux qui criaient à la trahison de la nation, faisant de la surenchère, si cela était possible, sur les déclarations nationalistes du PCF

Pour le PSU, s'il ne s'agit pas de suivre les maoïstes dans leurs débordements nationalistes, il faut condamner cette décision parce qu'elle efface le souvenir de la victoire sur le nazisme. Car, si le 11 novembre commémore l'anniversaire d'une victoire dans une guerre impérialiste, celle de 14-18, il n'en est pas de même, selon lui, en ce qui concerne la Deuxième Guerre mondiale. La victoire de l'Angleterre, des USA, de la France dirigée par de Gaulle sur l'Allemagne nazie, ce n'est pas la victoire d'un camp impérialiste en lutte contre un autre, mais selon le PSU, la victoire des anti-fascistes. L'argument a été généreusement employé. Par les sociaux-démocrates et les partis staliniens, par la fraction de la bourgeoisie française représentée par de Gaulle. Dans chaque guerre impérialiste on en utilise qui sont du même ordre. Lors de la Première Guerre mondiale, la bourgeoisie française justifiait « sa » guerre en se présentant comme la championne des libertés démocratiques, issue de la grande révolution de 1789, face à l'autocratie personnifiée par Guillaume II. La lutte des démocraties contre le nazisme allemand a été le masque derrière lequel les bourgeoisies « alliées » camouflaient les objectifs impérialistes de la guerre qu'elles menaient. C'est au nom de la lutte des démocraties contre la barbarie, que les staliniens et les sociaux-démocrates ont justifié l'union sacrée qu'ils ont pratiquée durant la Seconde Guerre mondiale, sacrifiant les intérêts des classes laborieuses sur l'autel des intérêts nationaux, c'est-à-dire sur l'autel des intérêts des bourgeoisies dites « alliées ». Car cette Deuxième Guerre mondiale, tout comme la première, était bien une guerre impérialiste. Elle débute d'ailleurs par l'affrontement entre deux camps rivaux de l'impérialisme, l'Allemagne d'une part qui avait conclu avec l'URSS un pacte de non-agression, et la France et l'Angleterre d'autre part. Et ce n'est pas le retournement d'ailleurs prévisible de l'Allemagne en 1941 contre l'URSS qui, en plaçant de fait cette dernière dans le camp des nations dites « alliées », pouvait transformer la nature de la guerre menée par ces « alliés », et faire de la guerre qu'ils menaient, non plus une guerre impérialiste, mais une guerre de la démocratie contre le nazisme.

Que le PSU fasse cette thèse sienne encore aujourd'hui est dans l'ordre des choses. Avec ou sans Rocard, le PSU s'est maintenu pour ce qu'il était : une fraction du courant social-démocrate. Et qu'aujourd'hui des membres fondateurs du PSU, tels Claude Bourdet et Édouard Depreux signent en tant qu'anciens résistants, au nom de ce parti, un communiqué protestant contre la décision de ne plus commémorer le 8 mai, n'est pas pour surprendre. Le PSU n'a jamais réellement rompu avec ses origines.

La Ligue Communiste Révolutionnaire a, en cette circonstance, adopté une attitude qui ne se différencie pas dans le fond de celle du PSU Ainsi peut-on lire, dans une déclaration de la LCR publiée dans Libération le 15 mai 1975 : « La décision de Giscard est significative de la politique du régime : la réconciliation dont il est question (celle de la France et de l'Allemagne-NDLR) est celle du Capital au niveau européen. Les apprentis fascistes du PFN ne s'y sont pas trompés ; qui ont applaudi cette décision, interprétée comme une réhabilitation du nazisme... C'est à ce titre que nous combattons cette décision... ce qui n'implique nullement la défense en tant que tel du 8 mai.

Cette date rappelle certes la reddition de l'Allemagne hitlérienne, mais une reddition signée par les états-majors pour frustrer la résistance ouvrière et populaire de sa victoire et sauvegarder l'ordre capitaliste en Europe. Ils ont ainsi trahi la lutte de ceux qui, en combattant le nazisme, voulaient en extirper à jamais les racines par l'instauration du socialisme ».

Ainsi, le 8 mai 1945 serait pour la LCR, la date de la victoire sur le nazisme, victoire de « la résistance ouvrière en populaire », que l'on aurait volé aux masses.

Cette version des événements est contestable à plusieurs titres. Tout d'abord au niveau des faits. En présentant ainsi les choses, la LCR exagère l'ampleur de la Résistance en France, qui n'a jamais rassemblé, au maximum de sa force, que quelques milliers d'hommes. Mais cette présentation d'une réalité déformée n'est pas sans signification politique. Pour la Ligue Communiste Révolutionnaire aujourd'hui, comme pour les organisations dont elle est issue, le POI et le PCI, la Résistance était un mouvement national duquel était sorti le mouvement de classe. Qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on ait développé une telle analyse relevait de l'opportunisme le plus grossier, de l'abdication de toute politique de classe devant l'union sacrée. pratiquée par le mouvement stalinien. Car comment pouvait-on prétendre que la Résistance, entièrement contrôlée par le PCF qui subordonnait toute sa politique à celle de la bourgeoisie française, représentée par de Gaulle, représentait, ne serait-ce qu'en germe, un mouvement de classe ? Alors qu'à aucun moment la classe ouvrière n'est intervenue de façon autonome, sur ses objectifs propres. Mais aujourd'hui, alors que trente ans sont passés, alors que les faits sont venus vérifier la fausseté d'une telle analyse, la Ligue Communiste Révolutionnaire la fait toujours sienne. Et pourtant, il est particulièrement difficile aujourd'hui de prétendre que la « résistance populaire, ouvrière » ait été frustrée de sa victoire. Quelle résistance ? Celle organisée par le PCF ? Mais en quoi était-elle ouvrière ? Parce qu'elle était contrôlée par le PCF, parti ouvrier ? Mais cette résistance était en fait contrôlée par de Gaulle, par l'entremise justement de ce PCF Vouloir y voir en quoi que ce soit un caractère ouvrier relève de la cécité politique, ou de l'escroquerie. D'ailleurs, à partir d'une telle analyse, si l'on poussait le raisonnement jusqu'à ses ultimes conclusions, on aboutirait à des absurdités insoutenables tant elles sont évidentes. Ainsi affirmer par exemple que le mouvement - ou la Résistance - populaire, ouvrier, a été frustré de sa victoire, c'est prétendre qu'à un moment ou un autre existait dans le pays une dualité de pouvoir. La Ligue Communiste Révolutionnaire n'ose tout de même pas prétendre que la présence de dirigeants du PCF aux côtés de Bidault au sein du Conseil National de la Résistance, ou encore la présence de ministres du PCF dans le gouvernement présidé par de Gaulle représentait cette dualité de pouvoir. Mais alors, dans quelles circonstances ? Sous quelles formes, par quel moyen la « Résistance populaire et ouvrière » a-t-elle été frustrée de sa victoire ? Question que la Ligue Communiste Révolutionnaire laisse sans réponse, et pour cause ! Parce qu'alors il faudrait trouver dans les événements quelque chose qui ressemble à une tentative contre-révolutionnaire. Or non seulement de Gaulle n'eut nullement besoin de recourir à la répression, mais ce fut lui qui quitta le pouvoir, laissant le PCF et le PS majoritaires à la tête du gouvernement, sans que le pouvoir échappe à la bourgeoisie.

Aujourd'hui, en combattant la décision de Giscard d'Estaing de ne plus commémorer le 8 mai, en expliquant que le 8 mai « représente plutôt la façon dont la bourgeoisie s'est appropriée la victoire en célébrant celle des armées régulières plus que celle des résistants » (Rouge n° 300), la Ligue Communiste Révolutionnaire reste fidèle à la tradition d'opportunisme qui marque le courant dont elle est issue.

https://mensuel.lutte-ouvriere.org//doc ... niste-7252
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Éphéméride

Message par com_71 » 08 Mai 2021, 06:50

Un autre anniversaire le 8 mai, celui des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, en Algérie. Dans la "lutte de classe" datée du 21 mai 1945, cet autre article :
LE SANG COULE EN AFRIQUE DU NORD

Quand il y a quatre mois le C.N.R., ornement démocratique de la "IVème République", faisait la demande – aussitôt repoussée – d'une "commission d'information" sur la situation en Afrique du Nord, notre journal écrivait (n° 42) : "Seule la politique des colons est approuvée par le gouvernement : REPRESSION COLONIALISTE SANS PHRASES. Ici il n'y a pas de place pour les balivernes du C.N.R."

L'aggravation constante de la situation en Afrique du Nord, où les masses en proie à la famine et aux maladies en étaient arrivées à se nourrir d'herbes, l'attitude de l'administration coloniale qui, sur l'ordre des colons, ne trouvait d'autre remède à cette situation que les brimades, les emprisonnements et les provocations, devait aboutir à un conflit sanglant.

Ce conflit que les hypocrites de la Métropole voulaient éviter au moyen de phrases "démocratiques", le gouvernement le prévoyait et s'y préparait de longue date. L'artillerie lourde, les tanks, les avions, dont on poussait la production "parce qu'on en manquait pour vider les poches de l'Atlantique", il les avait mobilisés pour sa besogne réactionnaire. Avec une férocité toute capitaliste la répression s'est abattue sur les masses nord-africaines et a transformé le pays en un vaste ORADOUR-SUR-GLANE.

Cependant que l'impérialisme répondait par les bombardements, les tortures, les viols et les pillages aux manifestations des masses nord-africaines pour le pain et pour la liberté, dans la presse bourgeoise et social-chauvine, ce ne fut qu'un cri pour condamner les indigènes et leur reprocher de s'être laissés guider par les provocateurs de la 5ème colonne.

Mais la lutte a pris une telle envergure et une telle profondeur populaire, que l'Humanité s'est vue obligée d'admettre le 15 mai que la cause des événements était une situation où "on affame les masses musulmanes, on les prive de tout tissu, au point que les femmes de l'intérieur ne peuvent sortir, car elles sont pratiquement nues", comme le disait notre journal dès janvier.

Y a-t-il un remède à cette situation ? L'Humanité demande au gouvernement et notamment au ministère de l'intérieur, de "châtier les traîtres et les provocateurs et pratiquer à l'égard des populations musulmanes une politique d'humanité et de démocratie dans notre intérêt commun" (12 mai).

Cela revient à demander au gouvernement réactionnaire et colonialiste, protecteur des colons et ennemi des fellahs, de se transformer en ami des fellahs et ennemi des colons, de même qu'ici l'Humanité ne cesse de "demander" au gouvernement des trusts de se transformer en gouvernement du peuple. Comme le disait Trotsky, "autant demander du lait à un bouc".

Mais même si le gouvernement, qui a montré qu'il n'était capable que de répression, pouvait prendre quelques mesures économiques en faveur des populations nord-africaines, "à notre époque on ne peut plus maintenir assujetti un peuple qui veut sa liberté et son indépendance".

Si les travailleurs français ne veulent pas apparaître aux yeux des masses nord-africaines comme les soutiens des entreprises coloniales du capitalisme, ils doivent rejeter cette politique et reconnaître sans conditions le droit à l'indépendance totale des peuples arabes de l'Afrique du Nord.

De même que, pour permettre les échanges économiques avec l'Afrique du Nord et combattre la famine, ils doivent soutenir la lutte des masses indigènes pour l'expropriation des colons monopoleurs et l'expulsion de l'administration coloniale au service des trusts.

Le PC, quand il était encore fidèle au communisme, a soutenu Abd-el-Krim dans sa lutte armée contre l'impérialisme français Aujourd'hui l'Humanité demande au gouvernement de "punir comme ils le méritent les chefs pseudo-nationalistes" (19-5).

La IVème Internationale, porte-drapeau de la lutte anti-impérialiste, assure les peuples de l'Afrique du Nord et leurs leaders de toute sa sympathie et de tout son soutien, et leur crie avec tous les ouvriers conscients de France :
VIVE L'INDEPENDANCE DE L'AFRIQUE DU NORD !

LA LUTTE DE CLASSES

https://www.marxists.org/francais/barta ... 052145.htm
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Éphéméride

Message par com_71 » 08 Mai 2021, 12:26

L'article du 18 janv. 1945 :
lutte de classe a écrit :QUE SE PASSE-T-IL EN AFRIQUE DU NORD ?
Ces temps derniers, certains journaux se sont préoccupés de la situation en Afrique du Nord. Celle-ci est tellement tragique qu'il devenait désormais impossible à la presse "démocrate" de la passer plus longtemps sous silence.

Bien entendu, il ne s'agissait pas pour ces journaux de défendre les indigènes d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie, mais de faire appel à la vigilance gouvernementale pour limiter les "abus" ; c'est à cette fin aussi que le C.N.R. décida d'envoyer en Afrique du Nord une "commission d'information".

Cette commission, quoique inoffensive, a été interdite par De Gaulle. Effectivement, à quoi servirait-elle ? Si dans la Métropole le C.N.R. sert de camouflage, d'ornement "démocratique" à la machine gouvernementale bonapartiste de De Gaulle, quel serait son rôle en Afrique du Nord ? Là-bas il ne s'agit nullement d'abus à "réformer", de faire patienter les masses. Un conflit mortel oppose les colons exploiteurs et oppresseurs et les 9/10 de la population indigène. Dans ces conditions, la commission d'enquête du C.N.R., si elle rassurerait "les esprits inquiets" de la Métropole, ne ferait au contraire qu'aggraver la situation politique en Afrique du Nord si elle était prise au sérieux par les indigènes. Car si les indigènes pensaient avoir l'appui de la "démocratie" cela ne pourrait que les inciter encore plus à l'action directe contre les colons.

C'est pourquoi seule la politique des colons est approuvée par le gouvernement : répression colonialiste sans phrases. Ici il n'y a pas de place pour les balivernes du C.N.R. dont l'inutilité devient de plus en plus visible dans la Métropole même, où ses "Comités" (sic) ne font que "suggérer" dans une situation qui appelle de plus en plus une solution radicale.

Cependant, le sort des classes laborieuses de l'Afrique du Nord ne sera pas laissé par les travailleurs de France à la merci du gouvernement de De Gaulle, c'est-à-dire des colons, exploiteurs féroces et fascistes. Les travailleurs savent que si les Nord-Africains sont écrasés par le gouvernement français pour sauver la domination des colons, ceux-ci se serviront de l'Afrique du Nord comme Franco s'est servi des Marocains du Rif : pour écraser les travailleurs de la Métropole et instaurer en France même un régime de terreur ouverte.

La situation en Afrique du Nord

Depuis quatre ans les masses indigènes d'Algérie, de Tunisie et du Maroc sont en proie à la famine et au typhus. L'Afrique du Nord n'a rien à se mettre sur le dos, rien à manger. Des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont en haillons, habillés de chiffons ou de sacs. Il ne s'agit plus pour eux de se vêtir, mais simplement de ne pas choquer la décence. Dans la plupart des familles indigènes, il n'y a qu'un misérable vêtement pour trois ou quatre personnes, vêtement que chacun met à tour de rôle pour sortir.

Quant au ravitaillement, il est inexistant. Les villes où il y a une majorité européenne connaissent les restrictions, mais sont tout de même assurées d'un minimum vital. Mais les campagnes sont littéralement affamées, les campagnes où vivent 95% des indigènes, c'est-à-dire les 9/10 de la population totale. La base de l'alimentation indigène est le couscous. Pour faire du couscous, il faut de la farine. Or, la ration mensuelle allouée à chaque indigène par le ravitaillement est de 3 kg d'orge ou 3 kg de blé, soit 2 kg 500 de farine pour l'orge et l kg 500 à 2 kg pour le blé. Cela représente une moyenne de 50 g. de pain par jour. Il faut ajouter qu'ils n'ont souvent rien d'autre pour compléter cette maigre pitance : peu de légumes, pas de viande. On peut penser que s'ils recevaient pour toute nourriture nos 350 g de pain quotidiens, ils croiraient nager dans l'abondance, tant leur misère est effroyable ! Avant la guerre, le minimum vital pour chaque individu était de 20 à 25 kg de farine par mois. La ration actuelle représente donc à peine les 10% du minimum. De plus, les distributions se font là-bas d'une façon très irrégulière, avec des retards de 2 à 3 mois.

Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner si à l'heure actuelle, comme on l'écrit là-bas, des millions d'êtres humains vivent comme des bêtes, se nourrissent d'herbes et de racines. Il ne faut pas s'étonner si le typhus, "maladie de carence" par excellence, fait rage en Afrique du Nord. Et cela depuis quatre ans ! On estime que dans la seule Algérie il y a eu plus de 30.000 victimes en 1940-1941. Et depuis le nombre des morts par le typhus n'a fait que s'accroître. Tout récemment il y a eu 33 morts en une seule nuit dans un petit village de quelques centaines d'habitants. Un village kabyle qui comprenait 1400 habitants n'en compte plus que 300, soit 1100 victimes. Et pourtant dans la masse, la Kabylie était une des régions les plus résistantes aux épidémies. Mais aujourd'hui le typhus, compagnon inévitable de la famine, n'est pas localisé, il est général.

Jusqu'en 1942 on pouvait penser que cela était le fruit de la politique de Vichy, qui faisait des prélèvements massifs sur l'économie nord-africaine. Mais depuis, ce pays aurait dû connaître les bienfaits de l'intervention américaine, une avalanche de cotonnades et de corned-beef. Or il n'en a rien été et la situation des masses indigènes, comme en France, s'est encore aggravée.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Sans doute il serait très facile aux Américains, avec quelques bateaux, de ravitailler les populations nord-africaines. Et les nécessités de la guerre ne sont pas telles qu'elles rendent impossible l'organisation d'un trafic aussi réduit. Mais voilà !

L'impérialisme américain a des visées sur l'Afrique du Nord, et comme l'impérialisme français n'entend ni céder sa place ni composer, il fait crever l'indigène sans l'ombre d'un regret.

Le sort tragique des peuples nord-africains est donc un aspect de la lutte impérialiste. Mais il est d'abord l'aboutissement d'une exploitation impérialiste conduite d'une façon systématique et impitoyable.

En effet, est-ce que les ressources de l'Afrique du Nord ne devraient pas lui permettre de nourrir largement toute sa population ? Sans aucun doute il y a là-bas de tout pour tous. Autrefois, avant la conquête française, l'ensemble de la population nord-africaine était formée de petits et moyens paysans tirant de leurs terres des ressources suffisantes pour leur subsistance. Mais les colons français ont exproprié l'indigène sur une large échelle et réduit les 9/10 de la population à une condition prolétarienne. Elle a abouti à l'extrême paupérisation des masses indigènes et à l'énorme enrichissement des gros colons.

L'exemple le plus typique est celui de l'Algérie. En moins d'un siècle la propriété indigène y est passée de 16 millions d'ha à 7 millions. L'Etat colonial et les gros colons se sont donc approprié 9 millions d'ha. Trois mille gros colons y possèdent près de 2 millions d'ha, c'est-à-dire autant qu'un million et demi de propriétaires indigènes. Six gros vignerons y récoltent plus de 3 millions d'hectolitres de vin. Certaines entreprises capitalistes y possèdent plus de 50.000 ha de terre. Au contraire, 70% de la paysannerie indigène n'ont qu'une moyenne de 2 ha de mauvaises terres.

Ainsi, le résultat le plus évident de la colonisation française est la constitution d'une "féodalité" terrienne et économique vivant de l'exploitation intensive des masses indigènes préalablement expropriées et prolétarisées.

Aujourd'hui 99% des populations indigènes de l'Afrique du Nord sont formées d'ouvriers agricoles, de demi-fellahs et de travailleurs, qui n'ont d'autre ressource que leurs bras pour gagner le pain de leurs nombreuses familles. Il s'est donc constitué dans ce pays une abondante main-d'œuvre qui a longtemps permis aux capitalistes et aux trusts coloniaux de pratiquer une politique de bas salaires : de 3 à 10 frs par journée de 12 à 14 heures de travail.

Avec un salaire journalier de 10 frs, comment nourrir et habiller une famille de 5 personnes, alors que le quintal de blé coûtait 180 frs, le mètre d'étoffe 20 frs, une paire de chaussures 50 à 100 frs ? Aussi bien, la plupart des indigènes se nourrissaient-ils d'orge et de glands, sans manger toujours à leur faim. Ils allaient pieds-nus ou chaussés d'espadrilles et s'achetaient une gandoura par an, qu'ils portaient jusqu'à usure complète.

Donc en temps normal, l'indigène était sous-alimenté et misérablement vêtu. Il n'avait aucune réserve alimentaire ni vestimentaire. Qu'une mauvaise récolte survienne et la faim se transforme en famine et appelle le typhus. La guerre actuelle a eu ainsi pour effet d'aggraver et de généraliser jusqu'à la catastrophe un état de choses endémique, conséquence inéluctable de l'exploitation impérialiste.

Et pourtant il y a encore du blé dans les silos des gros colons et des grosses sociétés. Mais ils ne le livrent pas et l'administration locale qui leur est entièrement dévouée, les laisse faire. Ils préfèrent le vendre au marché noir. Mais ils préfèrent voir le fellah crever de faim, dans l'espoir de le pousser à la révolte, puis d'amener le gouvernement à pratiquer une bonne répression. Et à la faveur de cette répression ils espèrent faire avorter tout projet de réforme en faveur de l'indigène et surtout obtenir un retour à la politique des bas salaires, aux 5 ou 6 francs journaliers d'avant-guerre qui leur assuraient de si substantiels bénéfices.
***************************************

Telle est la situation de l'Afrique du Nord. Exploitée à outrance par les colons et les capitalistes français maîtres de l'administration, elle ne peut renaître à la vie que par l'expulsion des intrus qui absorbent toute sa substance vitale. C'est ce que veulent les indigènes : c'est-à-dire l'indépendance de l'Afrique du Nord. Il y a là-bas une haine farouche et générale pour l'exploiteur français. Les mouvements nationalistes nord-africains ont pris une ampleur extraordinaire ; des troubles se produisent un peu partout et l'on parle même de l'existence d'un maquis.

Mais, nous répondra-t-on (et c'est un argument souvent invoqué par les chefs staliniens pour expliquer pourquoi ils ne soutiennent plus les Abd-el-Krim de l'Afrique du Nord), dans le monde capitaliste actuel l'Afrique du Nord ne peut pas être indépendante : si la France n'y était pas ce serait l'Amérique ou l'Angleterre qui prendrait sa place ! Argument d'exploiteurs, de capitalistes : "si ce n'est pas moi qui exploite mon ouvrier, ce sera un autre, qui sera peut-être pire". Mais cet argument ne vaut rien. L'indépendance de l'Afrique du Nord n'est pas un cadeau qui tomberait du ciel aux Nord-Africains. Cette indépendance doit être le résultat d'une lutte acharnée menée par les peuples indigènes et les travailleurs métropolitains contre les 200 familles. Victorieux dans cette lutte, l'appui du prolétariat mondial et des autres peuples coloniaux (qui forment l'énorme majorité de la population du globe) les rendra invincibles.

Le prolétariat de France sait qu'un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Il rejette entièrement la responsabilité de l'exploitation des peuples de l'Afrique du Nord sur les 200 familles. Au moment où les impérialistes de France, d'Amérique et d'Angleterre commencent à se prendre aux cheveux pour le pillage de l'Afrique du Nord, il proclame hautement le droit de ces peuples à disposer d'eux-mêmes jusques et y compris la séparation de la France. Les travailleurs français savent maintenant qu'à notre époque on ne peut plus maintenir assujetti un peuple qui veut sa liberté et son indépendance.

Pour le droit de l'Afrique du Nord à disposer d'elle-même !

Pour une COMMISSION D'ENQUÊTE OUVRIÈRE IMPOSÉE au gouvernement !

Pour l'échange économique avec l'Afrique du Nord par l'expropriation des colons monopoleurs et affameurs des indigènes et de la France !

Travailleurs, l'exploitation des colonies maintient vos propres chaînes ; le colonialisme est une pratique capitaliste ! Sur cette question aussi rompons délibérément et radicalement avec le passé. Ainsi seulement l'avenir nous appartiendra !
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Éphéméride

Message par Gayraud de Mazars » 04 Juin 2021, 07:33

Salut camarades,

4 juin 2021 : 32eme anniversaire du massacre de la place Tien An Men

Il y a 32 ans, les staliniens chinois commettaient un massacre de masse, abattant à la mitrailleuse lourde ou écrasant sous les chenilles des tanks, de milliers de manifestants mobilisés du Printemps de Pékin. Des centaines de milliers d’arrestations et autres mesures répressives suivirent à travers tout le pays. Ce massacre doit être considéré comme l’acte de confirmation et de réaffirmation du tournant vers le capitalisme le plus cru, initié par Deng Xiaoping en 1978 sous la formule « Enrichissez-vous ! ».

Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: Éphéméride

Message par Gayraud de Mazars » 26 Juin 2021, 17:14

Salut camarades,

Quitte à irriter certains camarades sur le FALO... :D

Le bourreau meurt aussi !

Il y a 803 ans jour pour jour, Simon de Montfort, chef de la Croisade contre les Albigeois et les cathares mourrait aux pieds des remparts de Toulouse d'une pierrière lancée par deux humbles femmes, en défense de la ville assiégée, pour le Comte de Toulouse menacé dans sa cité, par les soudards et mercenaires du Pape...

La canso de la crozada [La Chanson de la Croisade] nous livre la scène :

"E venc tot dreit la peira lai on era mestiers
E feric si lo comte sobre l’elm qu’es d’acers
Quels olhs e las cervelas els caichals estremiers,
El front e las maichelas li partic a cartiers ;
El coms cazec en terra mortz e sagnens e niers."

"Et la pierre arriva tout droit où il fallait,
Si bien frappa le comte à son heaume d’acier
Que les yeux, la cervelle, avec les dents du fond,
Le front et la mâchoire elle fit éclater.
À terre il tomba mort, livide, ensanglanté..."

Dans une rue de Toulouse on peut lire...

Simon de Montfort es mort !.jpg
A Tolosa !
Simon de Montfort es mort !.jpg (99.86 Kio) Consulté 809 fois


Fraïralament,
GdM
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