Cronstadt

Marxisme et mouvement ouvrier.

Re: Cronstadt

Message par Cyrano » 25 Avr 2021, 17:50

Encore un p'tit peu sur le sujet? Avec la même source pour les citations.
ll est d'ailleurs malaisé de définir la place exacte qu'occupe Trotsky dans la bataille de Cronstadt. Il affirmera plus tard n'avoir pas pris personnellement la plus petite part ni dans l'écrasement du soulèvement de Cronstadt, ni dans les répressions ultérieures et s'être mis totalement et démonstrativement à l'écart de cette affaire, à cause de la farouche bataille menée dans la flotte sur la question syndicale et conclue par le triomphe de Zinoviev : «Les matelots "communistes" qui avaient voté la résolution de Zinoviev, dans leur écrasante majorité, participaient à la révolte [...]. je considérai, et le bureau politique n'y objecta pas, que la responsabilité des négociations avec les matelots et, en cas de nécessité, des mesures de pacification, devait retomber sur les épaules de ceux qui hier jouissaient de leur confiance politique .» Il affirme aussi qu'il ne mit alors jamais les pieds à Petrograd pendant la révolte, même s'il signa ou cosigna au titre du conseil militaire de la République les ordres et décrets d'une opération dont Zinoviev assura la direction politique et Toutkhatchevski la conduite militaire.
Dans une lettre privée, en 1937, il s'interroge même : est-il oui ou non allé à Petrograd? Il ne s'en souvient plus.

Des négociations? De la pacification? On ne verra rien de tout ça. Cette non participation explique qu'il ne voit pas la nécessité de s'exprimer sur ce sujet. Surtout quand les souvenirs sont flous.
Mais y'a aussi que Trotsky n'a pas accès aux archives, of course, pour pouvoir faire un texte qui tienne la route:
En octobre 1937, Léon Trotsky écrit au trotskyste américain Wasserman:
Il y affirme nécessaire de clarifier l'histoire de Cronstadt afin de pouvoir discuter avec les anarchistes, mais ajoute : «Cependant pour beaucoup de raisons, je ne puis écrire un article sur cette question.» et affirme qu'il a proposé à son fils, Léon Sedov, d'écrire un travail documenté qu'il préfacerait. Wasserman insiste. Trotsky lui répond le 14 novembre qu'il comprend son insistance, mais il n'a en ce moment, répond-il, ni «les matériaux nécessaires ni le temps d'un article [...] absolument exhaustif». Si Léon Sedov peut faire ce travail, Trotsky l'utilisera pour un article. Cinq jours plus tard, il écrit à son fils : «Il est absolument nécessaire d'écrire sur Cronstadt.» Il insiste sur un point : «Les matelots paysans, guidés par les éléments les plus antiprolétariens, n'auraient rien pu faire du pouvoir, même si on le leur avait abandonné. Leur pouvoir n'aurait été qu'un pont, et un pont bien court, vers le pouvoir bourgeois
Soulignant néanmoins que «le mécontentement était très grand››, il conclut : «les matelots en rébellion représentaient le Thermidor paysan», ce qui n'est pas la même chose que la réduction de la révolte à la volonté d'obtenir des privilèges.

Malgré tout, faudra bien en causer. Malgré ses dénégations, la répression pour beaucoup, c'était Léon. Et ça l'est encore aujourd'hui. Puisque je voyais récemment sur un compte facebook, au sujet de la répression de la mutinerie de Cronstadt:
«Qu'en disent les trotskistes ?»
«Ils ont probablement du mal à admettre que cette boucherie a été organisée et mise en oeuvre sous le commandement de leur idole»
Mais depuis ces articles de Trotsky, y'a de l'eau qu'est passée sous les ponts de Pétrograd. Et surtout, on a eu l'ouverture des archives que des historiens de talent comme Jean-Jacques Marie ont pu exploiter.
Je retiens un texte de Léon Trotsky du 6 juillet 1938 qui me semble contenir beaucoup de choses sur l'attitude du bonhomme – et qui explique un peu pourquoi Trotsky n'a pas beaucoup d'éléments pour parler de la rébellion de Cronstadt.
Je n'ai jamais parlé de cette question [la répression]. Non que j'aie quoi que ce soit à cacher, mais au contraire, précisément parce que je n'avais rien à dire. La vérité sur cette question, c'est que, personnellement, je n'ai nullement participé à l'écrasement de l'insurrection de Cronstadt, ni à la répression qui suivit.

Trostky explique aussi qu'il n'avait pas envie de se montrer dans cette affaire, parce que, dans le parti bolchévique, il y avait eu discussion longue et violente sur les syndicats. Il ne dit pas qu'il avait perdu cette discussion.
Justes ou non, ce sont, en tout cas, ces considérations qui déterminèrent mon attitude. Je suis resté complètement et ostensiblement à l'écart de cette affaire.

La décision de supprimer la révolte a été prise collégialement.
Mais, après que la décision fut prise, je continuai à rester à Moscou et ne pris aucune part, ni directe, ni indirecte, aux opérations militaires. Quant aux répressions consécutives, elles furent intégralement l'affaire de la Tchéka. […]
L'immense majorité des marins « communistes » qui défendaient la résolution de Zinoviev prit part à la rébellion. Je considérai, et le bureau politique ne fit pas d'objection, que les négociations avec les marins, et, si nécessaire, leur pacification, devaient être menées par les dirigeants qui avaient, la veille encore, toute leur confiance politique.

Léon Trotsky envisageait, tout naturellement, qu'il y aurait négociation avec les marins, et un travail pour pacifier l'affaire. Il n'y aura rien de tout ça: la pacification ce sera plus de 2000 fusillés.

Aussi, je réitère : c'est un réflexe pavlovien de sortir tout de suite les rares articles de Trotsky sur Cronstadt. Une personne curieuse en apprendra bien plus en lisant des articles récents de Jean-Jacques Marie. Après, si la personne fait dans le SM, elle peut se coltiner les presque 500 pages du bouquin de Jean-Jacques Marie. Et puis, tiens, aller lire un long rapport de la Tchéka au sujet de Cronstadt. C'est dans le dernier numéro (numérique) des Cahiers du Mouvement Ouvrier.
Cyrano
 
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