Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Marxisme et mouvement ouvrier.

Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par Gayraud de Mazars » 20 Avr 2021, 05:54

Salut camarades,

Le groupe Révolution (TMI) défend La FI et Mélenchon pour 2022, cela n'est pas une surprise, que d'illusions, mais un peu de lucidité sur la politique à faire, rupture avec le capitalisme... Le programme de Mitterrand bien que plus radical que celui de Mélenchon, il a échoué à en finir avec le capitalisme, il n'était pas révolutionnaire, mais réformiste, le réformisme est une impasse pour les travailleurs et la jeunesse !

Il y a 40 ans, le premier gouvernement de François Mitterrand
16 avril 2021, article publié sur le site de Révolution (TMI)
Par Jules Legendre

https://www.marxiste.org/actualite-fran ... mitterrand

Image

Il y a près de 40 ans, le 10 mai 1981, François Mitterrand remportait l’élection présidentielle. Un mois plus tard, les partis de gauche gagnaient très largement les élections législatives. Pour la première fois de l’histoire de France, la gauche arrivait seule au pouvoir, sous la forme d’un gouvernement de coalition entre le Parti Socialiste et le Parti Communiste.

Cette victoire électorale suscita d’immenses espoirs. La construction d’une « France socialiste » semblait à l’ordre du jour. Mais ces espoirs furent rapidement déçus. Dès le mois de juin 1982, Mitterrand annonça une « pause » dans les réformes. Puis, en mars 1983, ce fut le « tournant de la rigueur ».

Alors que des milliers de jeunes et de travailleurs vont militer pour la victoire de Jean-Luc Mélenchon, en avril 2022, il est important de revenir sur l’expérience du premier gouvernement de François Mitterrand, de façon à comprendre à la fois les causes de sa victoire électorale et les raisons de son incapacité à transformer radicalement le pays.

La crise des années 70

Après quasiment trois décennies de forte croissance (les « Trente Glorieuses »), le choc pétrolier de 1973-1974 frappe durement l’économie mondiale. Ce choc n’est pas la cause de la crise, mais son déclencheur. En 1974, l’ensemble du capitalisme mondial rentre en récession, victime d’une gigantesque crise de surproduction.

Face à cette crise, la bourgeoisie française adopte des politiques d’austérité drastiques. Le « Plan Raymond Barre », adopté en 1976 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, limite la hausse des salaires et augmente l’impôt sur le revenu. En contrepartie, le patronat est censé embaucher massivement. Mais faute de marchés, la bourgeoisie n’investit pas – et donc n’embauche pas. Elle préfère spéculer et stocker son argent en Suisse. Ces politiques ne peuvent enrayer ni l’inflation, qui atteint 13,6 % en 1980, ni la hausse du chômage, qui passe de 3 % de la population active en 1974 à 5,3 % en 1980.

Le PC vire à droite, le PS à gauche

Après le sabordage du mouvement révolutionnaire de mai-juin 1968 par les directions réformistes du mouvement ouvrier, une période de radicalisation politique s’ouvre en Europe. Elle se caractérise par un afflux de militants dans les rangs des grandes organisations de la classe ouvrière, mais aussi par une croissance des organisations d’extrême-gauche. Malheureusement, dans la plupart des cas, ces dernières s’abîment dans le sectarisme ou l’opportunisme. Nombre de militants « trotskistes » proches du lambertisme – comme Jospin ou Cambadélis – vont se dissoudre dans le Parti Socialiste.

De son côté, le Parti Communiste connaît un afflux important de nouveaux militants, mais accélère sa dérive réformiste. Dès le lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, le PC avait adopté l’objectif d’un « socialisme à la française », censé advenir à la faveur d’une succession de réformes réalisées par un gouvernement d’« union démocratique ». Cette perspective réformiste trouve son aboutissement formel lors du XXIe Congrès du PCF, en 1974. L’expérience et les leçons de la Révolution russe de 1917 y sont rejetées au profit d’une transition graduelle du capitalisme au socialisme. Ce virage à droite – théorique et programmatique – s’accompagne d’autres dérives. A la fin des années 1970, le PCF adopte une orientation anti-immigration. Les immigrés sont accusés d’être responsables de la hausse du chômage.

Ce virage à droite du PCF – jusqu’alors très dominant, à gauche – ouvre un espace aux autres courants du réformisme, et notamment au Parti Socialiste. Alors que l’ancienne SFIO était sortie laminée de son passage au pouvoir pendant les guerres coloniales, le PS se réorganise à partir de 1971 sur une ligne nettement à gauche. En 1971, lors du congrès d’Epinay qui voit la naissance du nouveau parti, son dirigeant François Mitterrand déclare : « Celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. » Grâce à son discours radical, le PS gagne le soutien de millions de travailleurs qui veulent changer la société et sont refroidis par le tournant nationaliste du PCF – ou par sa proximité affichée avec la bureaucratie soviétique.

Dès le début des années 70, le PS et le PCF entament un processus de rapprochement, formalisé en 1972 par l’adoption d’un « Programme commun de gouvernement ». Celui-ci comprend toute une série de mesures sociales (abolition de la peine de mort, nouveaux droits pour les femmes, abrogation de lois répressives, etc.), mais aussi des nationalisations massives, l’indexation du salaire minimum sur l’inflation, etc. Si ce programme est relativement radical, il n’en reste pas moins réformiste et « keynésien » : il ne s’agit pas de renverser le capitalisme, mais de « régler » sa crise en relançant la consommation par des dépenses publiques faramineuses. La bourgeoisie est censée accompagner la politique gouvernementale en embauchant et en investissant massivement pour profiter de la relance de la consommation provoquée par l’injection d’argent public. Mais le caractère utopique d’une telle perspective va devenir flagrant dès l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

La gauche au pouvoir

François Mitterrand remporte l’élection présidentielle de mai 1981 avec plus d’un million de voix d’avance. En juin, le PS et le PCF obtiennent une large majorité à l’Assemblée nationale. Un « gouvernement d’union de la gauche » se met donc en place en juin 1981. Des mesures sont promulguées en matière de droit des femmes, de justice (abolition de la peine de mort), mais aussi de droit du travail (dont l’interdiction des licenciements « politiques »). Par ailleurs, le gouvernement engage toute une série de nationalisations. Près d’une quarantaine de banques et plusieurs entreprises de l’industrie chimique et de la métallurgie sont nationalisées.

Cependant, cette vague de réformes a de sérieuses limites. Dans le secteur industriel, les nationalisations restent limitées ; elles concernent surtout des entreprises en difficulté, que l’Etat se donne pour objectif de renflouer. Il nationalise les pertes, mais les profits restent privés. Surtout, la gestion des entreprises nationalisées n’est ni centralisée, ni démocratiquement planifiée. L’exemple des banques est révélateur : la plupart des 39 banques nationalisées restent indépendantes les unes des autres et se font concurrence, en même temps qu’elles sont soumises à la concurrence des banques demeurées privées.

Les nationalisations dans l’industrie ne sont pas mieux réalisées. Les entreprises restent sous l’autorité des mêmes gestionnaires issus du privé, qui sont hostiles à leurs salariés et au gouvernement. L’ensemble des mesures économiques du gouvernement se heurtent à la forte résistance de la bourgeoisie – et aux lois du marché capitaliste.

Le « Mur de l’Argent »

La perspective d’une victoire de la gauche avait fait souffler un vent de panique dans la bourgeoisie. L’ex-ministre de l’Intérieur de Giscard d’Estaing, Michel Poniatowski, prophétisa même l’arrivée de chars soviétiques sur la place de la Concorde. Le 10 mai, l’élection de Mitterrand sème le chaos à la Bourse de Paris. Les 11 et 12 mai, les ordres de vente sont tellement nombreux qu’il est impossible de les enregistrer. Le 13 mai, lorsque la Bourse se remet à fonctionner, elle chute de 13,9 %. Des patrons quittent le pays en emportant leurs économies et les actifs de leurs entreprises. Le tout jeune Bernard Arnault s’exile pour un temps aux Etats-Unis.

La fuite des capitaux est massive. Elle s’accompagne d’une grève des investissements et d’une offensive contre la monnaie française, le franc. Le gouvernement dépense d’énormes quantités d’argent public dans l’espoir de susciter des investissements privés, mais ceux-ci ne viennent pas. L’échec de la politique de relance keynésienne du gouvernement est bientôt évident. Celui-ci est alors placé devant un choix : capituler et appliquer une politique d’austérité – ou poursuivre l’application de son programme de réformes ambitieuses en s’attaquant à la propriété capitaliste.

Pour financer les mesures sociales du « programme commun » et ouvrir la perspective d’une transformation socialiste de la société, il fallait nationaliser toutes les banques et les fusionner dans un monopole public bancaire, mais aussi nationaliser les grands leviers de l’économie et de la distribution, c’est-à-dire toutes les grandes entreprises industrielles et commerciales, et les placer sous le contrôle de leurs salariés. Faute d’engager une telle politique, le gouvernement capitula.

Le « tournant de la rigueur »

Le 9 juin 1982, François Mitterrand annonce une « pause dans les réformes ». Une première vague de mesures d’austérité est annoncée : gel des salaires et baisse des investissements publics. En 1983, le Premier ministre Mauroy annonce officiellement le « tournant de la rigueur », qui était déjà une réalité depuis plusieurs mois. Les ministres communistes quittent le gouvernement – mais trop tard. Faute de tirer les leçons de cette défaite, le PCF entame un long déclin.

Le tournant de la rigueur sème la désillusion dans l’électorat de gauche. A partir de 1982, la gauche enchaîne les défaites électorales : elle perd les cantonales en 1982, puis les municipales en 1983. Aux européennes de 1984, la liste de droite obtient 43 % des suffrages, le PS seulement 20 % et le PCF 11 %. Le Front National – jusqu’alors marginal – talonne le PCF avec 10,9 % des voix. Enfin, en 1986, la droite remporte les législatives. Immédiatement, le gouvernement de Jacques Chirac s’attelle au démantèlement des réformes et des nationalisations de 1981-1982. Comme toujours, les dirigeants réformistes ont démoralisé les travailleurs – et, ce faisant, ont préparé le retour de la droite au pouvoir.

Capituler ou rompre avec le capitalisme

Arrivée au pouvoir sur un programme réformiste qui ignorait complètement la possibilité d’une résistance de la bourgeoisie, la gauche s’est retrouvée paralysée par la contre-offensive de la classe dirigeante. Placée devant l’alternative entre lutter, y compris par des mesures révolutionnaires, ou capituler et défendre le régime capitaliste, elle a choisi la seconde voie. En fait, elle n’imaginait même pas qu’il soit possible de rompre avec le capitalisme.

Quarante ans plus tard, cette leçon est toujours d’actualité. Il est impossible de régler les problèmes du chômage et de la pauvreté sans s’attaquer au contrôle de la bourgeoisie sur les principaux leviers de l’économie, c’est-à-dire sans placer les banques, la grande industrie et la grande distribution entre les mains de la population.

Aucune solution n’existe à l’intérieur du capitalisme pour les problèmes qu’il crée. Un futur gouvernement de gauche qui refuserait de faire ce pas, de s’attaquer sérieusement au « mur de l’argent », serait condamné à suivre le même chemin que François Mitterrand en 1981-1982. Si la gauche ne veut pas revivre ce scénario, elle doit se préparer à rompre avec le capitalisme !


Fraternellement,
GdM
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par Plestin » 20 Avr 2021, 07:32

Gayraud de Mazars a écrit :Le programme de Mitterrand bien que plus radical que celui de Mélenchon, il a échoué à en finir avec le capitalisme, il n'était pas révolutionnaire, mais réformiste, le réformisme est une impasse pour les travailleurs et la jeunesse !


Salut GdM,

Le programme de Mitterrand n'a pas échoué, il a parfaitement réussi, en l'occurrence à faire payer la crise aux travailleurs, faire payer par l'Etat la remise en selle de grandes entreprises privées à bout de souffle par manque d'investissements et pillage des capitalistes, faire endosser à l'Etat le rôle de licencieur massif dans toutes ces entreprises, et compromettre encore un peu plus le PCF dans tout ça. C'est un immense succès. Pour la bourgeoisie s'entend. En prime, il a permis l'émergence du FN.
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par artza » 20 Avr 2021, 08:40

Quelques remarques à la volée.

Entre 1974 et 1981 la LCR et l'OCI organisations se réclamant à l'époque du trotskysme ont-elles fait autre chose que pousser à la roue cette Union de la gauche et plus précisément le PS aux dépens du PC...jusqu'à célébrer banderoles concurrentes déployées au pied de Mitterrand à la Bastille cette victoire historique!

L'article a le mérite de rappeler que le fameux tournant de la rigueur fut initié par un gouvernement comptant des ministres du PCF.

Le programme commun plus qu'un programme "réformiste" était un programme électoral.
Un programme miroir aux alouettes destiné à engluer les votes et les consciences tout en rassurant la bourgeoisie si l'en était besoin!

Un programme destiné au caniveau en montant les marches de l'Elysée comme l'avait prévu... Blanqui ;)
artza
 
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par Gayraud de Mazars » 13 Mai 2021, 17:29

Salut camarades,

La révolution suspendue selon Jean Luc Mélenchon
12 mai 2021, article publié sur le site aplutsoc
par Robert Duguet

https://aplutsoc.org/2021/05/12/la-revo ... rt-duguet/

https://aplutsoc.files.wordpress.com/2021/05/melenchon-mitterand.jpg

10 mai 2021, Mélenchon fait une conférence de 60 minutes sur le quarantième anniversaire de 1981. Il y retrace le chemin qui a été de son point de vue, celui d’une génération en politique : la mienne, la nôtre, celle qui a eu 20 ans en 1968 et qui a fait ses classes dans la grève générale de 10 millions de travailleurs contre De Gaulle. Elle avait la volonté de « changer la vie ». La reconstruction du nouveau PS en 1971 à Epinay permet en dix ans de donner au pays une majorité politique en 1981. Dans le discours d’intronisation de François Mitterrand, qui déchaîne alors contre lui les tenants d’une droite chassée du pouvoir, on y lit ceci :

« En ce jour où je prends possession de la plus haute charge, je pense à ces millions et ces millions de femmes et d’hommes, ferment de notre peuple, qui, deux siècles durant, dans la paix et la guerre, par le travail et par le sang, ont façonné l’Histoire de France, sans y avoir accès autrement que par de brèves et glorieuses fractures de notre société. »

L’idée directrice de cette conférence est dans l’idée que l’orientation imposée en 1983, à travers le tournant de la rigueur et la mise entre parenthèse des réformes, n’était pas inéluctable. La révolution a été suspendue… Tout en récusant la théorie « gauchiste » de la trahison des directions de la classe ouvrière, qui explique son actuelle décomposition, il était possible de faire face à la montée du courant libéral au sein de la gauche : en fait, les couches populaires ont laissé faire, habituées à s’en remettre à ceux qui les représentaient, au lieu de contrôler leurs élus et de se mobiliser. Je caricature à peine : le peuple finalement est responsable de ce qui est arrivé. On connaît cette théorie : elle a toujours fait partie de l’arsenal idéologique du stalinisme, le peuple mérite le régime qu’il se plaint de supporter. Tout au long de son propos, Mélenchon va y avoir recours, certes en douceur mais le contenu y est.

Il nous dit qu’il faut comprendre le monde dans lequel nous étions alors : l’URSS et la Chine, plus un certain nombre de petit pays sont régis par la collectivisation des moyens de production. C’est la reprise constante de la théorie des blocs. Aucune analyse du fait que ces régimes, fondés sur des régimes dictatoriaux, étaient très exactement l’inverse de l’émancipation sociale contrôlée par les producteurs eux-mêmes. L’échec historique des régimes staliniens est la brèche dans laquelle s’est engouffrée la vague néo-libérale actuelle. Cette vague ne trouve pas en face d’elle une force capable d’incarner au moins une résistance, sinon une alternative.

Sur la place du PCF sur l’échiquier politique en 1973: leurs militants, dit-il, étaient les plus ardents défenseurs de l’union des forces de gauche, dans la continuité de l’action engagée, à l’issue de la guerre mondiale, par le Conseil National de la Résistance. Le PCF porte le programme de l’Union de la Gauche, tant qu’il reste sur la ligne de l’union. Le parti de Mitterrand l’a ensuite supplanté, parce qu’il a repris le flambeau de l’union. La position qui était celle de Mélenchon sur la nature de l’URSS et sur la fonction des partis communistes en Europe occidentale, qui allait lui permettre de construire une gauche au sein du PS, a totalement disparu : cette dernière avait permis de supplanter le CERES de Chevènement ainsi que le courant de Jean Poperen. Vient ensuite une longue énumération de ce que fit la gauche au pouvoir. Bien sûr des mesures positives ont été prises (les 39 heures payées 40, la 5ème semaine de congés annuels, la retraite à 60 ans…) mais elles sont le produit d’une intervention des masses sur la scène de l’histoire. Dans ce catalogue, les mesures positives voisinent avec d’autres qui contiennent en germe le néo-libéralisme actuel. Par exemple, les lois Auroux qui tracent dès 1982, dans l’esprit du catholicisme social de son inspirateur, le cadre d’un nouveau corporatisme dans les relations capital-travail. Au passage Mélenchon salue la CFDT, qui à l’époque jouait la carte gauchiste contre les confédérations CGT et CGT-FO. Rien n’est dit non plus de la place alors du mélenchonisme dans le combat pour la défense de l’école publique et des lois laïques, au moment de l’épisode de la loi Savary qui avait provoqué l’affrontement des deux France. Mais quand Mélenchon en vient à parler des nationalisations, on aborde la question centrale du refus de la rupture : les nationalisations ont permis un financement public des pertes pour ensuite privatiser les gains. Elles ne sont absolument pas des mesures anticapitalistes. Elles permettent au capitalisme français de chercher à s’imposer sur le marché mondial. D’ailleurs, Mélenchon ne revendique aucune mesure à caractère anticapitaliste dans son propos.

La question centrale des institutions de la Vème République est largement éludée, et pour cause puisqu’aujourd’hui il reconnait la légitimité de Macron jusqu’en mai 2022 et qu’il se prépare à faire une campagne dans le respect des institutions. C’est comme le paradis dans l’imaginaire catholique, vous aurez la VIème République et la Constituante si vous m’élisez. Mitterrand avait fondé la Convention des Institutions Républicaines en 1964, petite organisation à la marge du mouvement ouvrier de l’époque, qui globalement était structuré par la force du PCF. La SFIO ayant sombré dans le soutien à la sale guerre coloniale en Algérie. Il le fait sur la ligne de condamnation des institutions du « coup d’état permanent », reprenant la caractérisation de Marx contre le bonapartisme. Parvenu au pouvoir en mai 1981, il n’a jamais été question pour lui, pour Marchais aussi, de remettre en cause ces institutions. De ce point de vue, les gouvernements présidés par François Mitterrand, allant de contre-réformes en contre-réformes, n’ont été que l’histoire d’une lente décomposition du corps historique de la gauche. La dérive de la social-démocratie, en particulier de la social-démocratie allemande, vers l’Europe néo-libérale, Mitterrand l’a largement accompagnée. Il a jeté toutes ses forces dans le soutien au traité de Maastricht. Mélenchon se situe dans le sillage de François Mitterrand et il épingle le traître Hollande : ce dernier devient celui qui a permis la liquidation de la social-démocratie en France. Relecture pour le moins suspecte de l’histoire. Les militants qui ont approché de par leur engagement dans le nouveau parti socialiste le personnage de Mélenchon, ont souvent été étonnés par l’admiration sans bornes qu’il portait à François Mitterrand.

Dans sa conclusion Mélenchon aborde la question bien sûr de la présidentielle de 2022 : il souligne l’effondrement idéologique de la gauche, incapable qu’elle est de se restructurer autour de quelques propositions claires, donc un programme. Et lui, où va-t-il ? Évoluant d’une position à gauche de la social-démocratie vers une forme de populisme, de rejet de toute alliance à gauche, la campagne de 2017 lui fait rater au minimum le 2ème tour de la présidentielle face à Macron. Aujourd’hui, tout en flirtant avec les écologistes, il se réclame favorable à reconstruire « l’indépendantisme français », ligne qui fait toujours penser au « produire français » de nos staliniens historiques. Décidément, même enrobé avec le talent du tribun, ce n’est guère glorieux comme fin de parcours.


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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par Gayraud de Mazars » 15 Mai 2021, 17:23

Salut camarades,

10 mai 1981 : Mitterrand à l’Élysée, les travailleurs dupés
11 mai 2021, dans le journal Lutte Ouvrière n° 2754 dans la rubrique/il y a 40 ans
par Xavier Lachau

https://journal.lutte-ouvriere.org/2021 ... 58925.html

Le 10 mai 1981, il y a quarante ans, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir représentait pour des millions d’électeurs des classes populaires un immense espoir de changement, après vingt-trois ans de règne de la droite.

Cet espoir allait se muer peu à peu en dégoût, en désillusion et en démoralisation, rançon des illusions semées par les dirigeants du PS et surtout du PCF sur ce que cette arrivée de la gauche au pouvoir pouvait apporter.

Quarante ans plus tard, les partis de gauche sont déliquescents. Bien pire, leur politique au service de la bourgeoisie, leurs renoncements, ont semé la confusion politique et le découragement parmi les militants ouvriers et parmi les travailleurs.

En 1981, Mitterrand était le chef du Parti socialiste et était capable de prononcer dans les meetings des discours contre le capitalisme. Mais il avait commencé sa carrière en 1942, sous Pétain, dans un poste au commissariat des Prisonniers de guerre. Il avait été ensuite un habitué des gouvernements de la IVe République, notamment comme ministre de l’Intérieur et de la Justice en pleine guerre d’Algérie. A ce titre, il avait répété « l’Algérie, c’est la France » et laissé volontairement exécuter des dizaines de militants du FLN et du PC algérien. Si une des rares promesses tenues allait être en 1981 l’abolition de la peine de mort, on ne pouvait oublier qu’il avait ce sang sur les mains.

Le passé colonialiste et anticommuniste de Mitterrand était connu de bien des journalistes et de tous les dirigeants des partis de gauche. C’est en toute connaissance de cause que les chefs du Parti socialiste l’avaient en 1971 propulsé à la tête de leur parti moribond. Quant aux dirigeants du PCF, parti qui recueillait entre 20 et 22 % des voix dans les décennies 1960-70, leur caution fut déterminante pour donner à Mitterrand l’image d’un homme de gauche. En 1965, ils l’avaient soutenu dès le premier tour de l’élection présidentielle. Espérant obtenir de nouveau des ministères, après des décennies de mise à l’écart, ils mirent au service de Mitterrand le crédit dont leur parti disposait dans les classes populaires. Pour permettre la victoire électorale de l’Union de la gauche, ils donnèrent l’habitude aux travailleurs qu’ils influençaient de « voter utile ».

Pendant toute une décennie, malgré des épisodes de rupture et de poker menteur entre dirigeants des partis de gauche, les centaines de milliers de sympathisants du PCF firent l’éloge du « programme commun de gouvernement » dans les entreprises et les régions du pays où ils étaient implantés. À travers les syndicats qu’ils dirigeaient, les associations qu’ils animaient, ils martelèrent l’idée que l’arrivée de la gauche au pouvoir allait « changer la vie ». Ce faisant, ils laissaient entendre que le sort des travailleurs ne dépendait pas de leurs luttes, mais du bulletin de vote et de l’action du politicien bourgeois qu’ils réussissaient à faire élire.

Après son élection, Mitterrand concéda quatre ministères au Parti communiste. En réalité, en acceptant la solidarité gouvernementale, les ministres communistes devenaient des otages volontaires de Mitterrand, acceptant de cautionner sa politique et de la défendre au sein des classes populaires. Leur présence amenait l’appareil du PCF et de la CGT à tenter de tuer dans l’œuf toute mobilisation des travailleurs, et même à empêcher qu’ils ne formulent leurs revendications.

Dans les premiers mois, Mitterrand prit quelques mesures qui ne coûtaient rien, ou très peu, au patronat : la généralisation de la cinquième semaine de congés, la retraite à 60 ans, le passage de la semaine de travail de 40 à 39 heures, une augmentation du smic de 10 %, dans une période où l’inflation dépassait 13 %. Mais cela ne dura pas. Dès juin 1982, il invoqua la situation économique pour instaurer la rigueur et exiger « des efforts pour le redressement national ». Les salaires furent bloqués, tandis que l’Impôt sur la fortune, établi avec force publicité, était réduit à peu de chose. Surtout, les plans de licenciements et les fermetures d’usines se multipliaient dans la sidérurgie, l’automobile, y compris dans les entreprises qui avaient été nationalisées en les rachetant au prix fort à leurs anciens propriétaires, comme les de Wendel dans l’acier.

De toute évidence, le grand patronat, les banques faisaient entendre leurs exigences et avaient l’oreille du pouvoir. Les travailleurs, eux, étaient muselés par ceux qui se faisaient passer pour leurs représentants officiels, les syndicats et partis de gauche, qui leur disaient qu’il fallait patienter et laisser faire leurs prétendus amis du gouvernement.

Pendant ce temps, Mitterrand et les socialistes devenaient les chantres de l’entreprise. Les discours sur « la rupture avec le capitalisme » furent vite remplacés par les promesses de « modérer les charges sociales et financières », par des déclarations d’amour à « l’esprit d’entreprise », la glorification de la Bourse et du profit.

Ce n’était pas que des promesses. Les aides au patronat, sous prétexte de créer des emplois, se multiplièrent en même temps que les exonérations de cotisations. Pour la population, les mesures directement antiouvrières commencèrent. La gauche inventa le forfait hospitalier, Jack Ralite du PCF étant encore au ministère de la Santé. Quelques années plus tard, elle créait la CSG, un nouvel impôt.

Dès cette époque, la gauche au pouvoir utilisa les mêmes ficelles que la droite pour semer la division parmi les travailleurs. Pour pousser des travailleurs immigrés à rentrer au pays avec un petit pécule, et limiter ainsi les plans de licenciements, elle utilisa « le chèque au retour » inventé par Giscard. Mauroy, Premier ministre, n’hésita pas à déclarer que les OS maghrébins de l’automobile, en grève pour leurs salaires dans la région parisienne en 1983, étaient manipulés par des « ayatollahs » islamistes. Quant à la promesse de Mitterrand d’accorder le droit de vote aux étrangers vivant et travaillant en France, il s’empressa de l’oublier. Pour eux aussi, l’espoir était douché !

Toutes ces attaques contre les travailleurs, portées par des politiciens qui se prétendaient leurs amis, bientôt accompagnées de discours sur la fin de la lutte de classe et sur la défense des prétendus intérêts nationaux, contribuèrent à faire perdre ses repères à la classe ouvrière. La déception engendrée par les renoncements de la gauche, et surtout les effets de la crise, la montée du chômage et de la pauvreté – l’expression « nouveaux pauvres » apparut pour désigner les perdants de cette évolution–, se traduisirent politiquement.

La gauche recula dans les urnes. Le PCF fut le premier à payer la facture de cette politique antiouvrière. Aux européennes de 1984, il n’obtint que 11,2 % des voix. C’est seulement à ce moment-là, et non à l’annonce de la rigueur, que ses dirigeants décidèrent de quitter le gouvernement, après avoir fait pendant trois ans le sale travail. La chute électorale du PCF ne cessa plus, jusqu’à arriver à 1,9 % des voix à la présidentielle de 2007. Plus grave, des dizaines de milliers de militants abandonnèrent leur engagement tandis que les effectifs syndicaux reculaient.

En parallèle, le Front national, un parti jusque-là marginal, obtint 10 % des voix aux élections européennes de 1984 et ne cessa plus de prospérer. Au glissement général des voix vers la droite, s’ajoutait le fait que de nombreux travailleurs, démoralisés et déçus par la gauche, se tournaient vers l’abstention.

Quarante ans après, les dirigeants des partis de gauche, du PS mais aussi du PCF, osent sans honte célébrer la présidence de Mitterrand comme une grande époque d’avancées sociales. Comment pourraient-ils retrouver un avenir politique sans tenter de faire oublier que, lors de leurs passages successifs au pouvoir, ils se sont montrés les meilleurs défenseurs du système capitaliste en reniant toutes les promesses faites à leur électorat populaire ?


Fraternellement,
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par artza » 17 Mai 2021, 06:28

Quelle leçon Poutou et le NPA, Révolution (tendance marxiste inter.) et le POI tirent-ils de tout ça?
Je ne cite que ceux qui s'aventurent le plus.
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par Sinoue » 17 Mai 2021, 12:57

Qu'est-ce que tu entends par: "ceux qui s'aventurent le plus"?
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Re: Il y a 40 ans, le premier gouvernement de Mitterrand

Message par artza » 19 Mai 2021, 06:58

Ceux qui affirment, explicitent ou suggèrent des convergences avec LFI.
Selon moi, le POI, pour l'instant une partie du NPA davantage demain si l'illusion de la mayonnaise prend.
artza
 
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