17 octobre...

Marxisme et mouvement ouvrier.

17 octobre...

Message par artza » 15 Oct 2021, 11:57

...1961, la police républicaine réprimait sauvagement des défilés pacifiques de travailleurs algériens qui ne supportaient plus le couvre-feu et le multiples brimades et humiliations dont ils étaient l'objet.

L'indépendance était évidente.

150 morts, 200? Plus?

Dimanche prochain des associations, partis et syndicats appellent à une manifestation à Paris entre le cinéma Rex (Bd Bonne nouvelle, face à l'ancien siège de l'Huma) et le Pont St-Michel au pied de la préf. de police, où furent noyés des algériens.

Les plus jeunes de l'époque ont en gros maintenant 80 balais...de l'histoire ancienne, ça autorise bien des silencieux de l'époque à la ramener.
En exigeant du gouvernement des "reconnaissances" ils ne visent qu'a ripoliner la police.
artza
 
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Re: 17 octobre...

Message par Gayraud de Mazars » 15 Oct 2021, 12:58

Salut camarades,

Les affres du colonialisme !

Le 17 octobre 1961, il y a presque 60 ans, deux à trois cents Algériens et Français d’origine algérienne, qui manifestaient contre le couvre feu, que le Préfet de police Papon leur avait imposé, et à l'appel du FLN, ont été tués et jetés dans la Seine par des policiers déchaînés.

60 ans plus tard, peu de gens connaissent ce pogrom perpétré en plein Paris, avec la bienveillance du préfet de police Papon, lui-même couvert par les plus hautes instances de l’État.

Ni oubli, ni pardon

https://www.lariposte.org/2001/10/le-ma ... obre-1961/

17 octobre 1961.jpg
Ici on noie les algériens !
17 octobre 1961.jpg (24.64 Kio) Consulté 2319 fois


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Re: 17 octobre...

Message par artza » 16 Oct 2021, 08:51

Et à Strasbourg aussi une manifestation est prévue demain à 17h30 depuis le Pont du corbeau jusqu'à la Place du 17 octobre 1961.
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Re: 17 octobre...

Message par com_71 » 16 Oct 2021, 18:56

L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: 17 octobre...

Message par Gayraud de Mazars » 19 Oct 2021, 13:01

Salut camarades,

17 octobre 1961 : un timide aveu fait pour masquer un crime d’État
Brève de Lutte Ouvrière
Le lundi 18 octobre 2021

https://www.lutte-ouvriere.org/breves/1 ... 82545.html

Image

Macron a jeté une gerbe dans la Seine et dénoncé les « crimes inexcusables pour la République » à propos de l’assassinat de nombreux Algériens qui manifestaient le 17 octobre 1961 à Paris contre le couvre-feu qui leur était imposé.

Mais il s’est contenté d’en jeter la responsabilité sur le seul Maurice Papon, le préfet de police de Paris. Sans mentionner celles du ministre, premier ministre et président (De Gaulle) aux ordres desquels Papon et les policiers meurtriers étaient.

C’est tout l’appareil d’État français qui a du sang sur les mains.


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Re: 17 octobre...

Message par Gayraud de Mazars » 20 Oct 2021, 18:36

Salut camarades,

En ligne ce petit documentaire de Lutte Ouvrière sur le 17 octobre 1961 !

17 octobre 1961 : histoire d'un crime de l'Etat français

https://www.lutte-ouvriere.org/multimed ... 82737.html

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Re: 17 octobre...

Message par com_71 » 02 Nov 2021, 18:15

Un extrait de : LA 7e WILAYA, LA GUERRE DU FLN EN FRANCE 1954-1962 par Ali Haroun, ancien responsable politique de la Fédération de France du FLN (7e wilaya).
CHAPITRE XXI. Octobre à Paris

« Vingt mille Algériens maîtres de la rue à Paris durant trois heures »,
titre sur toute la largeur de sa première page le quotidien Paris-Jour du
mercredi 18 octobre 1961. Et l'éditorialiste de commenter : « C’est inouï
[...]. Ils ont pu défiler en plein cœur de la capitale et en franchir les
portes par groupes importants [...] en narguant ouvertement les pouvoirs
publics [...]. » Et France-Soir de la même date, ne retenant que l’aspect
répressif, espère rassurer ses lecteurs en leur annonçant, sur six colonnes
à la une, que « sept mille cinq cents Nord-Africains sont arrêtés à Paris »
après la manifestation de masse du FLN.
Pourquoi donc cette démonstration de force pacifique d’un FLN qu’on
accuse, jusqu’à présent, de pratiquer un terrorisme aveugle, d’autant plus
gratuit que des négociations entreprises depuis plusieurs mois ont engagé
un processus politique qui entraînera nécessairement la reconnaissance
du nationalisme algérien '? Pourquoi les émigrés de la région parisienne
sont-ils descendus dans la rue, en cette soirée du 17 octobre 1961, malgré
les risques encourus?
Dans un rapport au GPRA, le comité fédéral expliquait ainsi l’origine
de ces manifestations: «C e serait une grossière erreur de notre part
de croire que, parallèlement aux développements politiques et aux
contacts officieux ou semi-officieux sur la reprise des négociations, la
répression allait s’atténuer pour faciliter la conclusion de ces contacts.
Si certains proches de l'Elysée veulent pratiquer la politique de la
main tendue, le ministre de l’Intérieur et beaucoup d’autres en France
poursuivent celle de la trique, des noyades et des ratonnades. Le
développement et l’exaspération de la répression vis-à-vis de l’émigration
algérienne se sont manifestés de façon continue. Mais ce qui paraît
scandaleux, au moment où nous le dénonçons, finit par en perdre le
caractère lorsque la dénonciation devient générale. Par la force de
l’habitude, on ne considérera plus comme criminel ce qui, en d’autres
temps, aurait provoqué la réprobation unanime de l’opinion française.
La torture, d’abord niée, a finalement été reconnue pour des cas
particuliers, comme bavure d’abord, puis comme pratique courante. De
même, on a accepté du bout des lèvres les disparitions d'Algériens;
enfin, et ce n’est désormais un secret pour personne, la liquidation (1)
physique des Algériens par certaines polices est quelque chose de
connu, admis, toléré en haut lieu. »
C’est en tenant compte de cette dégradation constante de l’opinion
publique en France qu’il faut analyser la situation et comprendre comment
la situation, à Paris, est devenue, vers la fin de l’été, comparable à celle
d’Alger, lorsque Massu et ses paras y sévissaient. Maurice Papon, préfet
de police de la Seine, instruit par son expérience d’Igame de Constantine,
et celle plus lointaine de l’Occupation, entend retisser à Paris le « quadrillage » qui lui avait, dit-il, si bien réussi sur les bords du Rhummel.
Et l’on va relever plus fréquemment encore des cas d’Algériens brutalisés,
assommés, noyés ou pendus dans les bois des environs de Paris. On n’en
voudra pour preuve que certains faits parmi tant d’autres rapportés par
un groupe de policiers républicains, dont la conscience n'a pu s’accommoder d’atrocités devenues choses banales pour d’autres :
« A Saint-Denis, les Algériens ramassés au cours de rafles sont systématiquement brutalisés dans les locaux du commissariat. Le bilan d'une
nuit récente fut particulièrement meurtrier. Plus de trente malheureux
furent jetés, inanimés, dans le canal, après avoir été sauvagement battus...
A Noisy-le-Sec, au cours d’un très ordinaire accident de la route, une
Dauphine a percuté un camion. Le conducteur de la Dauphine, un
Algérien, gravement blessé, est transporté à l’hôpital dans le car de police.
Que se passa-t-il dans le car? Toujours est-il que l’interne de service
constata le décès par balle de 7,65. Le juge d’instruction commis sur les
lieux a été contraint de demander un complément d’information... A
Saint-Denis, à Aubervilliers et dans quelques arrondissements de Paris,
des commandos, formés d’agents des Brigades spéciales des districts et
de gardiens de la paix en civil, travaillent à leur compte, hors service.
Ils se répartissent en deux groupes. Pendant que le premier arrête les
Algériens, se saisit de leurs papiers et les détruit, le second les interpelle
une seconde fois. Comme les Algériens n’ont plus de papiers à présenter,
le prétexte est trouvé pour les assommer et les jeter dans le canal, les
abandonner blessés, voire morts dans les terrains vagues, les pendre dans
le bois de Vincennes.
»Dans le XVIIe. les membres des Brigades spéciales du troisième
district ont aspergé d’essence et brûlé par morceaux des Algériens.
Pendant qu’une partie du corps se consumait, ils en arrosaient une autre
et l’incendiaient. Ces faits indiscutables ne sont qu’une faible partie de
ce qui s’est passé ces jours derniers, de ce qui se passe encore. Ils sont
connus dans la police municipale. Les exactions des harkis, des Brigades
spéciales des districts, de la Brigade des agressions et violences, ne sont
plus des secrets. Les quelques informations rapportées par les journaux
ne sont rien au regard de la vérité. »
Pour convaincre les hésitants qui craindraient des sanctions, le préfet (2)
leur donne toutes assurances : « Réglez vos affaires avec les Algériens
vous-mêmes. Quoi qu’il arrive, vous êtes couverts.» Cette situation
contraignait nécessairement le FLN à développer des ripostes précises à
l’encontre de certains policiers (3).
Dès lors, une campagne entretenue par les services de Roger Frey,
ministre de l’Intérieur, et Maurice Papon, tente de faire croire que les
militants du Front ne sont en réalité que des terroristes aveugles et
inconscients, abattant à tous les carrefours les agents inoffensifs de la
circulation parisienne. Plus l’idée que seules des négociations pourront
mettre fin à la guerre gagnera les masses, plus vite et plus fort il faudra
frapper le FLN, de façon à lui ôter toute prétention à la représentativité
exclusive au moment des discussions à venir. On espère paralyser la
fédération, en frappant spécialement les centres nerveux de sa structure
organique. C’est pourquoi la région parisienne est spécialement visée.
Frey entend marcher sur les traces de Robert Lacoste et Papon sur celles
du général Massu. Mais le Paris de 1961 n’est pas tout à fait l’Alger de
1957. Le contexte n’est pas comparable. Il faut donc préparer les esprits.
Aussi, le 6 octobre, le cabinet du préfet de police publie-t-il le communiqué suivant :
« Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels
des terroristes, des mesures nouvelles viennent d’être décidées par la
préfecture de police. En vue d’en faciliter l’exécution, il est conseillé de
la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de
circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et
plus particulièrement de 20 h 30 à 5 h 30 du matin. Ceux qui, par leur
travail, seraient dans la nécessité de circuler pendant ces heures, pourront
demander au secteur d’assistance technique de leur quartier ou de leur
circonscription une attestation qui leur sera accordée, après justification
de leur requête. D’autre part, il a été constaté que les attentats sont la
plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En
conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans
de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux
rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que
les débits de boissons tenus et fréquentés par des Français musulmans
d’Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures. » Et Frey d’avouer le
13 octobre que les mesures prises doivent « ébranler l’organisation rebelle
et arriver peu à peu à la démanteler». Tel est le motif profond du
« conseil » fourni par le communiqué du 6, et tels sont les objectifs espérés
par les ministres jusqu’au-boutistes du gouvernement français.
L’institution d’un couvre-feu spécial pour les Algériens, malgré sa
formulation de « conseil », se traduit en un texte d’exception qui aggrave
de façon dramatique et insupportable la situation des travailleurs algériens. Les soumettant à un régime discriminatoire de caractère raciste,
il empêche un grand nombre d’entre eux de prendre leur repas du soir,
leur interdit les emplois qui les feraient circuler hors des heures permises,
et les livre encore plus complètement aux visites domiciliaires des harkis
et aux rafles des policiers, lesquels ont d’ailleurs déchiré, sans les lire,
les « autorisations de circuler après 20 heures » délivrées par les employeurs
et visées par la préfecture.
Plus grave encore. Défendre aux Algériens de sortir le soir, c’est
pratiquement arrêter toutes les activités organiques, les éléments du FLN
étant pratiquement tous des travailleurs qui ne peuvent militer qu'après
les heures d’usine. Enfin, la fermeture dès 19 heures des établissements
fréquentés par les Algériens, surtout les cafés-restaurants où s’effectuent
la plupart des contacts des échelons de base, aurait grandement contrarié
les objectifs du Front. Le couvre-feu constituait donc, pour la fédération,
un obstacle qu’il fallait, coûte que coûte, franchir. Il lui appartenait donc
de réagir. D’ailleurs, les cadres ne s’étaient pas trompés qui, commentant
la mesure, écrivaient dans leurs rapports que «la politique des bras
croisés nous mène au suicide ».
Réuni spécialement le 10 octobre, le comité fédéral étudie les rapports
du 7 qui déjà réclament des directives nettes sur la manière de s'opposer
à l'interdiction de se déplacer. Après analyse de la situation ainsi créée,
et des forces et moyens d’action dont dispose la fédération, celle-ci décide
une action échelonnée en trois phases :
- dans la première, durant deux soirs consécutifs : manifestations de
masse de tous les émigrés qui, pour boycotter le couvre-feu, défileront
après 20 heures, pacifiquement et en ordre, avec femmes et enfants, dans
les principales artères de Paris;
- la deuxième sera marquée par une grève de tous les commerçants
algériens qui tiendront leurs établissements fermés toute la journée, en
signe de solidarité avec les travailleurs.
Il est prévu que les forces répressives ne manqueront pas d’intervenir
et que de nombreuses arrestations auront lieu au cours des deux premières
phases;
- c'est pourquoi, dans une troisième phase, les femmes sont appelées
à manifester soit par un défilé identique le soir, soit devant les divers
lieux de détention ou d’internement qui leur seront désignés ultérieurement.
Dans les directives du 10, le comité fédéral fixe le premier jour de
boycott au samedi suivant, 14 octobre. Mais, sur proposition des contrôleurs et compte tenu des délais nécessaires à la préparation, il est reporté
au mardi 17. Une telle action n'était pas inédite pour l’organisation, forte
du précédent d’août-septembre 1958. Après les actions du 25 août, en
effet, la préfecture de police de Paris avait décrété également un couvre-feu spécial pour les Nord-Africains. Mais, sur instructions de l'organisation, (4)
les militants l'avaient, après quelques jours, purement et simplement ignoré, puis,
peu à peu, la mesure était tombée d'elle-même en désuétude.
Cette fois, c'était prévisible, la réaction sera bien plus brutale. C'est
pourquoi les directives précisèrent le caractère pacifique de la manifestation, par la présence au sein du défilé des épouses et des enfants. De
plus, les mots d’ordre donnés concernaient seulement le couvre-feu. Cette
limitation délibérée des thèmes et des buts de la manifestation visait une
meilleure efficacité. En centrant l'action contre le « couvre-feu raciste »,
il était facile de rappeler la situation faite par les nazis à une certaine
catégorie de la population française dans un passé tout proche. De plus,
les défilés de masse dans les artères du cœur de Paris auraient évidemment
une plus grande répercussion du fait de la présence d'une foule de
passants, d'étrangers et de journalistes.
D'après les rapports de synthèse des chefs de wilaya, le responsable
à l'organisation pense que le FLN a dû mobiliser dans Paris même au
minimum cinquante mille éléments, sans compter plusieurs dizaines de
milliers d'autres bloqués en banlieue par la police et qui n'ont pu
atteindre leur point de ralliement. Une erreur d'interprétation des
directives de la fédération va encore permettre à la police de prendre
des mesures de refoulement, sans lesquelles le nombre des manifestants
eût été infiniment supérieur. Devançant l'heure prévue, tout un secteur
du nidham avait en effet manifesté le matin entre 8 heures et 10 heures
du côté de l'Opéra. La radio l’annonçait à midi et les journaux du
soir le rapportaient (5). Dès lors on note, à 17 h 45, la mise en place
d'un important dispositif de police dans Paris et, d'après le rapport
des services officiels, un filtrage sérieux effectué aux portes de la
capitale surtout aux accès de la «banlieue nord-africaine», ce qui
empêche évidemment un grand nombre de militants d'arriver aux
différents points de départ du défilé. En dépit de cet incident, la
manifestation va se dérouler conformément aux directives.
Ce soir-là, 17 octobre, à 20 heures, à cette heure même où le préfet
de police prétendait les consigner dans leur «ghetto», les travailleurs
algériens de la région parisienne vont entreprendre une longue marche
silencieuse à travers les principales artères de la capitale. Ils vont surgir
de partout, à l'Étoile et à Bonne-Nouvelle, à l'Opéra et à la Concorde,
sur les avenues, sur les boulevards, aux portes de la ville, au pont de
Neuilly. Ces portes que Papon leur fermait, cinquante mille Algériens
les ont franchies. Avec stupeur, parfois avec inquiétude, les Parisiens ont
brusquement découvert l’existence de ces hommes. Et ce fut une révélation: des
manifestants résolus, calmes, parfaitement maîtres d'eux-mêmes,
disciplinés et qui déferlaient dans les rues en vagues puissantes, irrésistibles.
Et voici le constat de la presse, ce mardi soir 17 octobre 1961 : « Pour
la première fois, des manifestations de masses algériennes se sont déroulées en plein Paris. Venus des quartiers algériens, des bidonvilles de la
banlieue comme des arrondissements au peuplement plus mélangé, des
dizaines de milliers d’Algériens habitant la région parisienne ont multiplié
les manifestations pour exiger la levée du couvre-feu de fait qui leur est
appliqué. En plusieurs endroits, la police a été prise au dépourvu. En
d’autres, de violents matraquages ont eu lieu... Des coups de feu ont
succédé comme l’indiquaient, avec quelque retard, la préfecture de police
et l’AFP. Celle-ci affirmait qu’il s’agissait de coups de sommation en
l’air. Boulevard Bonne-Nouvelle, on trouvait une Simca (301 CS 88)
criblée de balles. Dès 20 heures, place de l’Opéra, les forces de police,
massées au débouché du métro, arrêtent sous la menace des mitraillettes
de nombreux Algériens qui, les mains sur la tête, sont alignés le long des
fourgons cellulaires.
» A l’Étoile, dans des enclos faits sur les trottoirs avec des barrières
métalliques utilisées pour les cérémonies, des milliers d'hommes sont
étroitement serrés les uns contre les autres, visages baissés, mains sur la
nuque... Les coups pleuvent. Aucun Algérien ne riposte. Avenue de la
Grande-Armée, on entend des détonations. Au coin de l’avenue de
Wagram, une trentaine de femmes et de jeunes filles, avec des enfants,
désespérées, hurlent en arabe ou en français...
» Avenues Mac-Mahon et Hoche, aux Ternes, rue de Courcelles, dans
les ruelles, des files d’hommes sont là, nez au mur, dos à la pluie,
attendant sous la menace des mitraillettes... Au quartier Latin, différents
points de rassemblement étaient prévus dont le boulevard Saint-Michel.
Une colonne descend à 20 h 25, en direction du boulevard du Palais. Elle
semble interminable... Une première charge de police a eu lieu à l’angle
du boulevard du Palais et du quai des Marchés-Neufs. Les gardiens de
la paix frappent à coups de bâtons blancs, de crosses de mitraillettes.
Une seconde charge a eu lieu devant le café le Terminus, boulevard
Saint-Michel à 20 h 30. Les vitres éclatèrent sous la poussée massive des
Algériens tassés et frappés à coups redoublés.
» Bientôt les cars de police sont pleins de victimes saignantes et
gémissantes, des bras et des jambes d’hommes évanouis pendent par les
fenêtres. Cela dure jusqu’à 21 h 30. Inlassablement, la foule des manifestants, d’où fusait un cri, un chant, un appel, oscille de la place
Edmond-Rostand à la place Saint-Michel. Devant le café La Source, un
homme reste le nez dans le ruisseau. Il ne bouge plus. Le sol est jonché
de souliers et de bérets. D’un bout à l'autre du boulevard, des taches de
sang se diluent sous la pluie. Sans cesse, des cars bleus ramassent leur
cargaison de blessés. La pharmacie du 12, boulevard Saint-Michel est
transformée en hôpital. A 21 h 30, la manifestation est dispersée. La
chasse aux manifestants se poursuit dans les petites rues du quartier
Latin. Dans la nuit, la préfecture de police déclare qu'“ au cours des
opérations, des coups de feu ont été tirés contre les membres du service
d’ordre qui ont riposté ”, et en restait au chiffre de deux morts (6). »

1. D'après le Monde. 19 octobre 1961.
2. Communiqué intitulé:« Un groupe de policiers républicains déclare », Paris, 31 octobre 1961, transmis aux autorités et à la presse. Voir annexes, document n 28.
3. La fédération, d’ailleurs, s ’en explique dans un communiqué du 15 octobre intitulé « Pourquoi les attentats », publié par El Moudjahid.
4. Faits rapportés dans la brochure publiée par le ministère de l’Information du GPRA en décembre 1961 sous le titre : « Les manifestations algériennes d'octobre et la répression colonialiste en France. »
5. Le Monde daté du 18 octobre mais paraissant le 17 à 14 heures, l’avait déjà relaté :
« Cent soixante Algériens qui s’étaient groupés mardi matin entre la Madeleine et l’Opéra pour protester contre les mesures prises à leur encontre (couvre-feu et fermeture des cafés musulmans à 20 heures) ont été appréhendés par la police. Ils avaient reçu la consigne de manifester ce soir entre 18 heures et 20 heures sur les Grands Boulevards. »
6. Libération. 18 octobre 1981.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: 17 octobre...

Message par com_71 » 02 Nov 2021, 18:17

Suite :
Sur un des épisodes les plus dramatiques de cette soirée, un des plus
significatifs aussi, la fusillade du boulevard Bonne-Nouvelle, Henri Pignolet et Michel Croce-Spinelli, reporters de France-Soir, pourtant peu
favorables aux Algériens, témoignent que « [...] de nouvelles colonnes de
musulmans descendent de Montmartre. Maintenant tout converge à Richelieu-Drouot. On entend les sirènes des motards, ouvrant la voie aux convois
de cars qui emmènent par centaines, par milliers, les manifestants appréhendés. Pendant ce défilé sur les boulevards, les chefs de la manifestation
semblent avoir voulu éviter toute violence. En passant devant les cafés,
certains responsables conseillent aux débitants de reculer les terrasses,
mais disent de ne pas s’affoler. Mais boulevard Bonne-Nouvelle, ce fut la
tragédie. Dans le flot de voitures qui n’avaient pas réussi à tourner dans
les rues voisines et qui étaient bloquées, il y avait un car de police vide.
Le chauffeur était seul au volant. “ J’ai vu, raconte un témoin, le conducteur
descendre de son siège. Il était blême. Il avait son pistolet à la main.
Effrayé par la masse hurlante qui avançait sur lui, il cria : « Le premier
qui avance, je fais feu! » Les manifestants, nullement intimidés, continuèrent à avancer. Le policier a tiré deux coups en l’air. Puis il a fait feu sur
les manifestants. ” En entendant des coups de feu, des policiers casqués,
portant le gilet pare-balles sont accourus. Ils mit à leur tour tiré une
vingtaine de coups de feu. Les Nord-Africains s’enfuient dans toutes les
directions. Ils se réfugient dans les couloirs des immeubles. Une confiserie
a sa vitrine brisée et saccagée, ainsi que la terrasse du Gymnase et la
devanture d’une chemiserie. Sept hommes restent sur le trottoir, grièvement blessés. L’un d’eux devait succomber (7) ».
Ce soir-là, les policiers font preuve d’un zèle inaccoutumé. Un autre
journaliste de la presse française écrira: «Dans le moindre de leurs
gestes, on sent chez les policiers de la haine. Tous font du zèle, frappant
les hommes au passage, au lieu simplement de les canaliser : ” Salopards!
Salauds de ratons! ” [...]. Des enfants surgissent d’un angle de rue, l’aîné
a peut-être dix ans. Il met les mains en l’air, pendant qu’un policier le
fait avancer, revolver dans le dos. Pendant les fusillades des Grands
Boulevards, où un Français eut la tête cassée d’un coup de crosse - une
distraction - et où un de mes amis compta (et vérifia) cinq cadavres,
j’étais au bas du boulevard Saint-Michel, où la police chargeait la foule.
Là encore, pacifique, désarmée, obéissant avec discipline à son propre
service d’ordre. Dans la pharmacie la plus proche, après la charge, douze
hommes étaient étendus, hébétés par les coups, le sang coulant de leurs
têtes sur leurs visages mouillés et mal rasés, sur leurs vêtements déchirés.
« Prenez d’abord celui-ci, disait le pharmacien à un groupe de Français
qui les chargeait dans leur 2 CV, il est dans le coma! ”. Tous ces blessés,
tous ces cadavres : autant de “ bavures “. Sans doute n'était-il pas prévu
de faire couler tant de sang. Les policiers, je pense, n’ont pas pu “ se
retenir ", ça a été plus fort qu’eux (8).
Le 18 octobre, alors que Paris, bouleversé, cherche à comprendre ces
manifestations inattendues, la préfecture de police publie un communiqué
portant le bilan officiel de la soirée :
« Nombre de participants : 20 000 environ. Arrestations : 11 638; les
individus appréhendés ont été conduits dans les centres du Palais des
Sports et du stade de Coubertin. Blessés parmi les services d’ordre :
1 officier de paix, 2 brigadiers, 6 gardiens, qui ont été conduits à la
Maison de Santé. Victimes parmi les manifestants : 2 morts et 64 blessés. »
Le nombre des morts et des blessés parmi les Algériens suscite certaines
contestations. D’aucuns laissent entendre que le bilan est plus lourd qu’il
n’a été dit. Le 24 octobre, Papon est appelé à s’expliquer devant le conseil
municipal, sur la manière dont « sa » police avait « écrasé » la manifestation du 17 octobre. Il n’a pas répondu aux questions posées successivement par Raymond Bossus et Claude Bourdet. « Combien de morts parmi les Algériens? Combien de noyés? Combien de tués à la suite des coups? [...]. Est-il vrai que cinquante morts ont été ramassés dans la cour de la caserne de la Cité, le soir du 17 octobre? Est-il vrai que cent cinquante corps ont été retrouvés dans la Seine, entre Paris et Rouen (9)? »
Silence. Papon a gardé bouche close.
Le lundi 30 octobre, Claudius Petit, député appartenant à l’Entente
démocratique, revient à la charge devant l’Assemblée nationale: «Au
Palais des Sports, a-t-il déclaré, étant donné l’état de nombreux musulmans, on fait appel à des médecins - militaires - qui constituent des
équipes avec des infirmiers. Ces équipes se succèdent. L’une d’elles, la
troisième, a, du mercredi 18 à 18 heures au jeudi 19 i 9 heures, examiné
à elle seule deux cent dix blessés, dont un secrétaire a dressé la liste.
Cela donne une idée de l’inconscience des services qui ont incité le
ministre à indiquer un nombre total de cent trente-neuf blessés! »
De fait, aucune statistique officielle rigoureuse n’a permis de chiffrer
avec exactitude les morts et les blessés algériens.
Mais comment des militants FLN ont-ils vécu, de l’intérieur, cette
manifestation? Pour la wilaya II, un chef de région et un chef de zone
établiront des rapports que l’on comparera mm sans intérêt aux reportages
de la presse française. Quant à la wilaya 1, les responsables vont placer
en divers points des amis français qui seront les témoins privilégiés du
déroulement des événements.
« Le 17 octobre jusqu’à 20 heures, écrit le régional 2133, personne s'il
n’était du FLN et algérien ne pouvait supposer qu’une manifestation
aussi monstre était déjà organisée suivant les consignes que nous avions
reçues. A 19 heures, je me trouvais sur les boulevards de Charonne et
Ménilmontant. Je n’ai remarqué aucun rassemblement et aucun policier.
Soudain, à 20 heures exactement, des centaines de frères se trouvaient
dans les rues et plus particulièrement aux stations de métro: Avron,
Bagnolet, Père-Lachaise, Ménilmontant. Ils formaient des queues longues
de plus de cent mètres pour faire poinçonner leurs tickets. Ceux qui
étaient pressés, cinq cents à six cents environ, ont préféré aller à pied
jusqu’à la République plutôt que d’attendre. Au métro République, des
milliers de frères se dirigeaient vers la sortie, ou prenaient la direction
Pont de Sèvres. Place de la République, malgré la présence de deux
mille policiers et CRS, aucun frère n’a été interpellé. La rue du Faubourg Saint-Martin était transformée en un fleuve humain. Les frères se dirigeaient vers les Grands Boulevards dans un ordre parfait et une discipline
exemplaire. Le service d’ordre, pour ainsi dire, n’a été organisé que
théoriquement et fut spontanément constitué par des militants. Les
Européens, qui au début se sauvaient dans toutes les directions, ont été
rassurés par les frères qui leur disaient de ne rien craindre. J’ai vu de
mes yeux des milliers de frères s’arrêter pour laisser le passage à une
dame qui poussait son enfant dans une voiture. Boulevard Bonne-Nouvelle,
le nombre des manifestants est difficile à évaluer. Lorsque la fusillade
éclata, des milliers de frères s’avançaient en parfaite discipline sans aucun
incident vers l’Opéra. Par contre d’autres revenaient. Les cars de police
et de CRS stationnaient le long du boulevard Bonnes-Nouvelle, de chaque
côté. Arrivé au niveau des rues du Sentier et de l’Échiquier, un policier
descend d’un car bourré d’autres policiers. Celui-ci tirait au sol et en
l’air, probablement pour sonder les réactions des frères qui, nullement
intimidés, avançaient toujours. Ayant vidé son chargeur, le policier
recharge son pistolet et tire lâchement dans la masse.
Signalant ainsi aux autres que les frères n’avaient pas d’armes, ils
descendent des cars pour charger, à bout portant, les premiers qui étaient
devant eux. Personne n’a pu donner le nombre exact de morts et de
blessés sur place, puisque, d’après les témoignages authentiques, les frères
qui allaient pour ramasser les morts et les blessés furent, à leur tour,
abattus lâchement. Environ dix blessés par balles furent secourus par les
militants, dont un gravement atteint est actuellement à l’hôpital. Quant
aux autres, atteints légèrement, ils ont pu regagner leur domicile par
leurs propres moyens.
» En conclusion, le pourcentage de frères ayant participé est environ
de 95 % d’après le recensement effectué le lendemain même. Ce pourcentage serait même supérieur. A l’exception des frères que les responsables n’ont pu contacter en temps voulu, notamment ceux qui habitent dans les hôtels européens, ainsi que quelques vieux, vraiment incapables de marcher, l’ensemble de notre effectif a
répondu présent fièrement à l’appel de l’organisation. Je cite le cas d’un frère que j’ai rencontré à la République. Blessé de guerre, il n’avait qu’une jambe. J’ai eu la maladresse de lui dire : “ Tiens, tu es là. ” Il me répondit sévèrement : “ J ’ai
perdu une jambe pour la France. Si je dois perdre l'autre, ce sera au
moins pour ma patrie. ”
» Le moral des frères est intact. Malgré tous les sévices dont ils furent
l’objet, la totalité est prête à recommencer dès que l'organisation nous
le demandera. Notre victoire est incontestable. Même l'ennemi le reconnaît, comme France-Soir qui écrit, le 20 octobre 1961 : “ Malgré tous les
risques, le FLN manœuvre et mobilise toutes ses troupes avec discipline
quand bon lui semble. ”
»D 'autre part, chez les commerçants, la totalité a fermé mercredi
18 octobre 1961. Mais, dans le courant de la journée, des inspecteurs se
sont présentés chez eux et les ont obligés à ouvrir. Ayant été obligés,
cinq ou six ont ouvert de mauvaise humeur et ont refermé dès que les
inspecteurs sont partis. On a même remarqué des cafés qui ont été
réouverts trois ou quatre fois par la police sous la menace [...].
» Quant aux femmes, le 17 octobre 1961, leur participation était faible.
Mais le 18, toutes y ont été comme prévu. Les enfants n’ont pas été en
classe. Pour notre région, elles ont toutes été arrêtées et relâchées. Vers
minuit, les nôtres ont pu atteindre l'Hôtel de Ville avec des drapeaux
aux couleurs nationales et aux cris de " Vive le FLN " et “ Vive l'Algérie
indépendante!". Celles qui avaient des drapeaux furent brutalement
malmenées. Aux postes et dans les centres, elles ont refusé toute nourriture, même pour leurs gosses. Enfin, elles ont fait leur devoir.
» Pour la région, le bilan des arrestations pour l’instant est d'environ :
deux cent cinquante dont beaucoup de responsables de base: cellule,
groupe et section. Nombre de blessés plus ou moins graves : soixante,
dont trois par balles : un dans un état grave, actuellement à l'hôpital.
Enfin, notre devoir, nous l'avons fait, l’appel de l’organisation a été
entendu par tous les frères (10). »
Pour sa part, le zonal 212 estime que l'ordre de manifester a été suivi
à 80 % dans sa conscription, ajoutant : « Malgré un fort barrage de police
dressé sur le chemin de la manifestation, contraignant nos militants à
faire demi-tour et à se disperser, nous avons persisté dans l'intention
d’appliquer l'ordre et de mener pacifiquement notre manifestation à bon
terme. Sur ce, la répression policière fit rage, arrêtant, entre deux haies
de policiers, près de 60 % de nos effectifs, dont 100 % dans la deuxième
région. Parmi eux figurent tous nos cadres, du secteur à la cellule. Nous
signalons que peu de responsables ont échappé à une arrestation préventive. Ils furent relâchés sur place, parce qu’il n’y avait pas de place dans
les moyens de locomotion de la police. Pour l’instant, nous comptons des
disparitions immenses. De source officielle, plusieurs de nos militants,
parmi lesquels des cadres, ont été conduits vers l'Algérie et d’autres vers
des destinations inconnues. Nous déplorons trois blessés graves par balles.
De tous côtés, dans tous les coins de rues, la police a pourchassé nos
militants à coups de matraque, faisant beaucoup de blessés par fractures [...].
Malgré un renfort impressionnant de la police au deuxième
jour, nos compatriotes se sont rendus sur les lieux. C’est là que la majorité
des arrestations fut enregistrée. Nos compatriotes ont été contraints d’aller
dans divers centres de concentration. Durant la troisième journée, nos
éléments qui ont pu être sauvés des arrestations sont retournés se promener
pendant les heures du couvre-feu et furent arrêtés.
» En ce qui concerne la fermeture des établissements, la directive fut
appliquée à 90%. Tous les commerçants ouverts ont été invités à s’expliquer
par voie de rapport en plus de nos enquêtes ouvertes à leur
encontre, afin qu’une décision juste soit prononcée, après ratification.
Signalons que la police s’est présentée chez tous les commerçants, les
menaçant d’une extradition dans les camps d'Algérie s'ils ne rouvraient
pas immédiatement.
» En ce qui concerne les manifestations des femmes, le comité de zone
l’ayant su seulement le jour où les manifestations devaient avoir lieu, un
état d’alerte fut donné immédiatement pour grouper toutes nos militantes,
leur remettant cinq pancartes. A l’exception d’une trentaine de femmes
qui n’y ont pas été, dont vingt arrêtées à la bouche du métro de départ
et dix autres qui s’expliqueront par voie de rapport, l’ensemble des
femmes s’est rendu sur les lieux et fut arrêté sur place. Relâchées entre
1 heure et 3 heures du matin. Bien que l’objectif des femmes n’ait pas
été atteint jusqu’au bout, nous pouvons penser que la présence de toutes
les Algériennes répondant en masse à nos directives fera date dans
l’histoire de notre pays. »
Tirant les leçons de l’événement, le responsable de zone écrit : « Nous
pouvons constater que nos militants ont répondu favorablement à la
directive, certains laissent même entendre que nous avons attendu trop
longtemps. Malgré cela, il n’était pas trop tard. Ces grands résultats sont
un pas en avant vers la victoire, vis-à-vis de l’opinion internationale qui
s’est manifestée en notre faveur. Nous avons remarqué que la gauche
française n’a pas hésité à mettre en relief le comportement discriminatoire
de la police vis-à-vis de nos compatriotes et continue à dénoncer par voie
de presse les brutalités, les menaces et les assassinats dont nos frères
furent victimes. Nous avons remarqué, d’autre part, le mot d’ordre lancé
par les syndicats ouvriers pour nous témoigner leur solidarité par le moyen
de la grève. Enfin, le dernier événement s’est traduit par la manifestation
des étudiants français scandant "Algérie algérienne”. Ceux-ci furent
arrêtés ou dispersés.
» Je souhaite que ces manifestations fassent date dans l’histoire de
notre pays, et qu’elles soient expliquées avec un long commentaire. Nos
frères tombés sur le champ de la manifestation doivent recevoir une
distinction ou médaille. Enfin nous suggérons d’intensifier nos activités
armées pendant les heures du couvre-feu, afin de porter échec aux
déclarations du ministre français de l’Intérieur qui se vante à l'Assemblée
que depuis cette mesure il n’y a plus d’attentats. »
Les reporters bénévoles de la wilaya 1 verront la manifestation avec
leur optique d’hommes de gauche français, amis de la cause algérienne
et seront impressionnés, surtout, par l’assurance des manifestants face
aux débordements des forces répressives. « Les policiers fatigués de
matraquage se relaient, cédant la place à d’autres policiers. Plusieurs
Algériens tombent ensanglantés suite à leurs blessures et sont piétinés
par les forces répressives qui les achèvent en les frappant à terre. Les
manifestants se sont conduits calmement, dans l’ordre absolu. Ils respectent les feux rouges, ne provoquent aucun embouteillage et obéissent
parfaitement à leurs dirigeants. Ils ne répondent à aucune violence,
ramassent leurs blessés, aident les épuisés et semblent ignorer la répression
qui s’acharne impitoyablement sur eux (11). »

7. France-Soir. 19 octobre 1961.
8. Témoignage chrétien, 26 octobre 1961.
9. Voir annexes, document n 28, les faits rapportés par le communiqué des policiers
républicains.
10. Rapport du régional n*2133 adressé au comité fédéral à l'issue de la manifestation
11. Extrait du rapport établi par l'informateur bénévole chargé de la place de l'Étoile et des avenues adjacentes.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: 17 octobre...

Message par com_71 » 02 Nov 2021, 18:18

et fin :
D’ailleurs le caractère pacifique de la manifestation sera remarqué par
tous les observateurs, même les moins suspects de sympathie à l’égard
des émigrés. La presse conformiste elle-même le soulignera. On n’a relevé
aucun policier blessé par balle et la police, qui a minutieusement fouillé
les douze mille hommes arrêtés au soir du 17, ne trouvera sur eux aucune
arme, pas un revolver, même pas de couteau. Jean Ferniot écrit à ce
sujet : « On a dû constater que les musulmans respectaient des consignes
très strictes de calme et que leur cri, qui ne peut être considéré comme
séditieux depuis qu’il fut lancé par le général de Gaulle, était celui
d’Algérie algérienne (12). »
Dans le Monde (13) Pierre Viansson-Ponté le confirme : « Avec un peu
de recul, certains faits qui avaient été mal connus à l’issue des manifestations du mardi soir apparaissent mieux. Si M. Roger Frey a précisé
que deux morts et huit blessés avaient été atteints par balles parmi les
manifestants, il n’a pas précisé la nature des blessures reçues par les
policiers. De nombreux témoins des rassemblements d’Algériens et du
début des manifestations affirment que, à ce stade tout au moins, les
cortèges n’étaient pas menaçants et que la démonstration se voulait non
violente. »
Et Denis Périer-Daville, du Figaro, reconnaît : « Les nombreux témoins
des manifestations de ces derniers jours ont pu constater que, sauf de
très rares exceptions, les manifestants se laissaient appréhender sans la
moindre résistance. La police ne fait d’ailleurs état d’aucune arme saisie.
Or, il résulte de diverses indications précises et concordantes portées à
notre connaissance que le nombre des blessés musulmans serait très élevé.
Il convient d’en déduire que beaucoup de victimes auraient été frappées
après leur arrestation, au cours de scènes de violence à froid que nous
avons déjà dénoncées samedi (14). »
Et pourtant l’on ne manquera pas, dès le lendemain, d’accuser les
organisateurs de cette démonstration pacifique d’afficher des positions
radicalement extrémistes et en fin de compte hostiles à la négociation.
« Incontestablement, écrit Jean Ferniot, les manifestations d’hier, qui
risquent de se renouveler dans les prochains jours, ne servent pas auprès
de la population parisienne la cause de la négociation. Cette considération
est sans influence sur la fédération de France qui envisage le colonialisme
dans son ensemble, et ne fait guère de distinction entre l'OAS et le
pouvoir (15). » Jacques Fauvet, dans le Monde, s’interroge après « la manifestation organisée mardi soir [...], sur l’attitude de la fédération de
France du FLN dont les dirigeants ont toujours été plus durs et plus
hostiles à la négociation que ceux du GPRA (16)», tandis que dans les
colonnes du Figaro, Gérard Martin affirme que «depuis le début de
l’insurrection la fédération de France du FLN n’a cessé d’adopter une
position très en flèche au sein du mouvement. Elle a toujours cristallisé
les tendances les plus dures, les plus activistes de la Révolution algérienne (17) ». Pour preuve, ajoute l’article, « les deux réseaux terroristes des
wilayas de France échappent à Krim Belkacem le négociateur, dépendant
totalement de Boussouf et Bentobbal, les chefs durs du FLN ».
Fruit de l’imagination des services du ministère de l'Intérieur, l’« intransigeance » des positions de la fédération ne sera rien, comparée à la
sévérité de la répression déployée en ces journées d’octobre. Selon les
services officiels français, on aurait dénombré 15 000 arrestations dont
3 000 maintenues et plusieurs dizaines de morts. En réalité, combien y
eut-il de disparus, de tués? La fédération a été dans l’incapacité d’en
fixer le nombre de manière précise, d’autant que, parmi les éléments
recensés «disparus», il devait se trouver nécessairement des militants
transférés en Algérie et dont on ne retrouvait plus la trace. En effet, sur
les 7 500 Algériens arrêtés dès le premier soir, 1 500 furent refoulés vers
l’Algérie par toute une flotte aérienne réquisitionnée à cet effet. Ils furent
pour la plupart placés dans les camps d’internement et l’organisation du
FLN en France perdit le contact jusqu’à la fin de la guerre.
Cependant la synthèse des rapports sur les cas précis des tués, les
17 octobre et jours suivants, par utiles, matraquages, noyades et autres
moyens, permet de les chiffrer approximativement à 200, et les blessés
à 2 300 (18). Ces chiffres paraissent crédibles à la lumière des faits relatés
par la « déclaration des policiers républicains ». Parmi les milliers d’Algériens emmenés au parc des Expositions de la porte de Versailles - rapporte ce texte - des dizaines ont été tués à coups de crosse et de manche de pioche par enfoncement du crâne, éclatement de la rate ou du foie, brisure des membres. D’autres eurent les doigts arrachés par les membres du service d’ordre, policiers et gendarmes mobiles, qui s’étaient cyniquement intitulés « comité d’accueil ». A l’une des extrémités du pont de Neuilly, des groupes de gardiens de la paix, à l’autre des CRS, opéraient lentement leur jonction. Tous les Algériens pris dans cet immense piège étaient assommés et précipités systématiquement dans la Seine. Il y en eut une bonne centaine à subir ce traitement. Ces mêmes méthodes furent employées au pont Saint-Michel. Les corps des victimes
commencent à remonter à la surface journellement et portent des traces
de coups et de strangulation (19). A la station de métro Austerlitz, le sang
coulait à flots; des lambeaux humains jonchaient les marches des escaliers.
La petite cour dite d’isolement, qui sépare la caserne de la Cité de
l'hôtel préfectoral, était transformée en un véritable charnier. Les tortionnaires jetèrent des dizaines de leurs victimes dans la Seine qui coule
à quelques mètres pour les soustraire à l’examen des médecins légistes.
Non sans les avoir délestés au préalable de leurs montres et de leur
argent. Dans la grande cour du 19 Août, plus d’un millier d'Algériens
étaient l’objet d’un matraquage intense que la nuit rendait encore plus
sanglant (20).
Ainsi les pertes algériennes ont été très lourdes, mais les acquis des
journées d’octobre seront à la mesure du tribut consenti. Les militants,
obstinément décidés à méconnaître ce que les officiers dénommaient
hypocritement « mesures restrictives à la circulation nocturne des Nord-Africains », ont fini par avoir raison de ces mesures aussi inutiles que les
papillons des services psychologiques distribués à profusion pour la
circonstance. Bien que leur défilé ait été connu trois jours à l’avance,
malgré la police qui espérait son annulation, malgré toutes les mesures
dissuasives déployées par elle, les femmes algériennes descendirent dans
les rues, accompagnées de leurs enfants, brandissant le drapeau algérien,
nullement intimidées par ces trois jours de rudes épreuves. « Plus d’un
millier d’entre elles et cinq cents enfants seront appréhendés et incarcérés
dans des hôpitaux, des asiles et des centres psychiatriques de la région
parisienne. L’humiliation infligée à ces Algériennes a atteint un tel degré
qu’elle a suscité, en maints endroits, la désapprobation de certains
démocrates français. C’est ainsi qu’à l’hospice Sainte-Anne, le personnel
hospitalier a aidé de nombreuses Algériennes à se soustraire à l’emprise
de la police. Ce même personnel s’opposera également à l’entrée d’un
car de police chargé de détenues. Par solidarité avec leurs sœurs de la
région parisienne, les Algériennes des autres provinces vont se joindre au
mouvement. C’est ainsi qu’à Lyon, à Marseille, en Moselle, dans le Nord,
dans les Ardennes, dans le Haut-Rhin et dans les principales villes de
France, des centaines d’Algériennes vont défiler aux cris de “ Vive le
FLN! ”, “ Algérie indépendante ” (21).»
Le choc des journées d’octobre a été d’autre part salutaire, en particulier pour la gauche française qui, secouée par un événement qu’elle
croyait impossible - les défilés de masse étant interdits depuis des années
- va déclencher une série de manifestations favorables à la conclusion
de la paix. Le bureau politique du PCF demandait à la classe ouvrière
et à l’ensemble des républicains de réagir vigoureusement contre les
mesures discriminatoires racistes, rappelant que «chaque travailleur,
chaque démocrate français doit se sentir menacé par les mesures de
caractère fasciste prises à l’égard des Algériens. Ces mesures peuvent
demain être étendues à eux». Le 18octobre, les Temps modernes
lançaient un appel à la solidarité avec les travailleurs algériens. Entre le
23 et le 30, de nombreux professeurs de faculté parisiens prononçaient,
au début de leurs cours, une déclaration contre le couvre-feu discriminatoire, concluant: «Si les Français acceptent l’institution légale du
racisme, ils porteront à l’avenir la même responsabilité que les Allemands
qui n’ont pas réagi devant les atrocités nazies. »
Réactions favorables également chez les syndicalistes, les prêtres, et
au sein de l’ordre des avocats de Paris - ces derniers n’étant guère
majoritairement favorables à l’indépendance algérienne. Conformément
à sa stratégie politique et toujours soucieuse d’expliquer ses actes au
peuple français, la fédération va, dès le 18 octobre, dénoncer la mesure
d’exception décidée contre les Algériens : « Pour ne pas confondre les
Italiens, les Espagnols et autres Méditerranéens, ou les touristes sud-américains, avec ceux que l’on poursuit, à quand l’étoile jaune - ou plutôt
verte - pour les Algériens?» La question va susciter une profonde
inquiétude dans une grande partie de l’opinion française antiraciste, de
la gauche et de l’Église. Quant au communiqué Papon du 6 octobre, il
atteindra parfois l’opposé du but recherché par son auteur : les députés
« musulmans » de la Troisième Force, élus pour faire pièce au FLN, vont
refuser de se déplacer de nuit et de siéger à l’Assemblée nationale. Cette
crainte n’est d’ailleurs pas sans fondement. Leur collègue Abdelkrim
Sadi, « sénateur musulman UNR de Batna-Sétif », se fera malmener à
19 h45, sur le boulevard Saint-Michel, par un brigadier de police qui le
tient sous la menace de son pistolet automatique, tandis que deux autres
agents l’immobilisaient. Après lui avoir assené un grand coup sur le bras,
le policier ordonne : « Sors tes mains et ne bouge pas, sinon je te
descends. » Monsieur le sénateur Sadi n’avait pas le faciès blond aryen.
Roger Frey, ministre de l’Intérieur, lui présentera ses excuses dès le
lendemain, dans les couloirs du palais du Luxembourg. Très nombreux
seront aussi les étrangers maltraités à cause de leur type nord-africain.
Sans compter les malheureux Espagnols ou Portugais émigrés en France,
des Américains se feront matraquer par la police, tel Joseph Pomerleau
de Waterville, en voyage touristique à Paris, dont les mésaventures sont
rapportées par le New York Herald Tribune du 20 octobre, qui consacre
un reportage complet à la manifestation du 17. Évidemment, et ce n’était
pas l’intention de Papon, on saura ainsi, un peu partout à travers le
monde, à quel régime sa police soumet les travailleurs algériens.
Mais, sur le plan politique, les répercussions des journées d’octobre
ont-elles atteint l’opinion au-delà de ce qu’espéraient leurs organisateurs?
La revue de Jean-Paul Sartre, qui semble en avoir particulièrement saisi
la portée, pouvait écrire : « [...] pogrom : le mot jusqu’ici ne se traduisait
pas en français. Par la grâce du préfet Papon, sous la Ve République,
cette lacune est comblée : née à Alger, la ratonnade s’installe à Paris.
Les juifs parqués au Vél d’hiv sous l’Occupation étaient traités avec
moins de sauvagerie par la police allemande que ne le furent, au palais
des Sports, par la police gaulliste, les travailleurs algériens. En vain, pour
tenter d’expliquer au moins le couvre-feu, l’un et l’autre (le préfet de
police et le ministre de l’Intérieur) invoquent-ils le terrorisme aveugle
qui viserait les policiers parisiens. Il n’y a pas, il n’y a jamais eu de
terrorisme aveugle du FLN. Eût-il été décidé, les cadavres de policiers
joncheraient les rues. Il y a eu, en revanche : des exécutions de policiers,
coupables de crimes contre la communauté algérienne; des expéditions
punitives contre des postes ou des patrouilles de harkis, auteurs, depuis
des mois, d’innombrables tortures et assassinats. Et le seul responsable
en est le préfet de police qui, dans le but insensé de démanteler l’organisation du Front pour la région parisienne, a importé les méthodes de
Massu de la “ Bataille d’Alger ”. [...] Trois ans après que Massu se fut
glorifié par le fer et le feu, la baignoire et la magnéto, d’avoir “ pacifié ”
Alger, le peuple de la Casbah descendait dans les rues pour acclamer le
FLN. Six mois après que Papon eut célébré les victoires de ses harkis,
soixante mille Algériens lui répondent en “ occupant ” sa capitale. Il ne
leur a pas pardonné la peur qu’il a eue [...] (22). »
Ainsi pouvait-on traduire les effets de ces journées d’octobre 1961 qui,
dans l’histoire de l’émigration algérienne en France, s’inscrivaient comme
une nouvelle « Bataille de Paris (23) ».

12. France-Soir, 20 octobre 1961.
13. 20 octobre 1961.
14. 23 octobre 1961.
15. France-Soir, 18 octobre 1961.
16. 19 octobre 1961.
17. 18 octobre 1961.
18. Chiffrée extraits du rapport du RO transmis par le comité fédéral au GPRA.
19. A l’époque, on disait ces affirmations incroyables, fruit d’une propagande mensongère. Vingt ans plus tard P. Boucher, rappelant ces événements, confirmait qu’une soixantaine de cadavres avaient été repêchés dans la Seine, provoquant autant d’informations contre X (« Il y a vingt ans, la sombre nuit du 17 octobre », Le Monde, 18-19 octobre 1981).
20. Certes, le ministre de l’Intérieur a déposé plainte contre X pour diffamation envers la police, ainsi que le rapporte le Monde. 11 novembre 1961, p. 3. Comme il fallait s’y attendre, les personnes mises en cause, MM. Papon, préfet de police, Legay, directeur général, Paris et Soreau, contrôleurs généraux, se sont portés partie civile... mais la plainte ne semble pas avoir eu de suite notable.
21. Faits rapportés par El Moudjahid, n 86, 1er novembre 1961 ; l'article de France-Soir du 20 octobre ne tient compte dans ses chiffres que de la région parisienne.
22. Les Temps modernes, novembre 1961.
23. C'est d’ailleurs sous ce titre qu’est rédigé l'article de la revue Les Temps modernes.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: 17 octobre...

Message par Byrrh » 14 Jan 2022, 13:07

Vu en librairie, pas encore lu :

Le Visage de pierre, de William Gardner Smith (éd. Christian Bourgois, octobre 2021, 273 pages, 21 euros)

Fuyant les États-Unis et le racisme qui y règne, Simeon, un noir américain, arrive au début des années 1960 à Paris. Ici, les noirs se promènent sans craindre pour leur vie, et la diaspora américaine a pignon sur rue : dans les cafés, on refait le monde entre deux morceaux de jazz, on discute de politique en séduisant des femmes… Tout semble idyllique dans la plus belle ville du monde. Mais Simeon s’aperçoit bien vite que la France n’est pas le paradis qu’il cherchait. La guerre d’Algérie fait rage, et un peu partout, les Algériens sont arrêtés, battus, assassinés. En rencontrant Hossein, un militant algérien, Simeon comprend qu’on ne peut être heureux dans un monde cerné par le malheur : il ne peut pas rester passif face à l’injustice.

Écrit en 1963, Le Visage de pierre fut le seul livre de William Gardner Smith à n’avoir jamais été traduit en français, et l’on comprend pourquoi : pour la première fois, un roman décrivait un des événements les plus indignes de la guerre d’Algérie, le massacre du 17 octobre 1961. Dans cet ouvrage où l’honneur se trouve dans la lutte et dans la solidarité, William Gardner Smith explore les zones d’ombre de notre récit national.
Pièces jointes
9782267044768-475x500-1.jpg
9782267044768-475x500-1.jpg (51.39 Kio) Consulté 1307 fois
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