La Bourse ou la vie
Le Front populaire, histoire pour aujourd'hui.
Ludivine Bantigny, La Découverte.
Il s'agit d'un travail considérable en terme de sources et d'aspects abordés. Il est original par l'importance de l'emploi d'archives diverses ainsi que par l'existence d'un chapitre conséquent sur la politique du gouvernement du F.P. relativement à la question coloniale. Deux exemples : les gouverneurs des régions colonisées avaient toute liberté pour promulguer où pas les décrets d'applications des lois sociales de 1936. En Côte d'Ivoire : 4 millions d'habitants, 9 757 élèves et 33 instituteurs, bravo le rôle civilisateur de l'impérialisme français ! Le gouvernement de F.P. n'y changera rien.
On ne sera pas étonné que L.B. ne se situe pas dans la lignée apologétique PS/PC qui voit dans le Front Populaire, terme qui mêle confusément les mesures gouvernementales et les importantes mobilisations ouvrières de cette période, un gouvernement merveilleux qui aurait tant et plus amélioré le sort des travailleurs.
Elle rappelle la modestie du programme de la coalition électorale de FP, la pression des manifestations qui, effrayant suffisamment la bourgeoisie, ont contraint le gvt à faire voter les fameuses lois sociales de 36, puis la politique délibérée de rétablissement de "l'ordre". Il n'était nullement question, dès l'origine, ni pour la SFIO ni pour le PC, de remettre en cause l'ordre capitaliste, la bourgeoisie conservant toute liberté quant à l'exercice de sa rapacité. D'ailleurs les augmentations de salaires des accords de Matignon seront très vites annulées par l'inflation. La longue liste des capitulations du gvt de F.P. est décrite avec précision.
L'auteure, de manière délibérée sans doute, décrit mais évite le style militant, peut-être considère-t-elle qu'il serait incompatible avec l'objectivité historienne, et qu'après tout c'est au lecteur de forger sa propre opinion. Elle partage manifestement la joie de tous ceux à travers lesquels s'exprime et s'incarne la force des travailleurs dans leurs luttes collectives. Je n'ai relevé qu'une seule fois le mot "trahison" attribué à des militants du comité de Rassemblement populaire d'Angers en juillet 1937. ( Il faudrait vérifier sur une édition électronique).
L.B. rapporte les états d'âmes d'un Blum buvant par "sacrifice" le "calice" de l'exercice du pouvoir. Les chapitres d'introduction et de conclusion encadrent le livre qui s'ouvre et se ferme sur l'image d'un Blum dissocié. Croyait-il sincèrement que le patronat par "patriotisme" consentirait à rogner sur ses bénéfices ? Était-il intérieurement déchiré par la longue suite de renoncements qu' "exigeait" "la réalité économique" ? Rouerie, naïveté ?
Était-il à ce point moralement torturé alors qu'il était chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le gvt d'Union Nationale en 1914 ?
D'ailleurs est-ce la question ?
C'est à mon avis un livre utile comme source documentaire sur la politique du gvt de F.P.
La multiplicité des sources est nécessaire encore faut-il disposer d'une bonne boussole pour en extraire la substantifique moelle. On sera bien inspiré si l'on se met à lire ou bien relire et re-relire :Ou va la France ? D'ailleurs l'édition Les bons caractères est citée par L.B. qui approuve le fameux titre "La Révolution française a commencé " de juin 1936.
Je ne résiste pas au plaisir de rajouter ici le sous-titre de l'article en question ( La lutte ouvrière 19 juin 1936):
Les soviets partout ? D'accord ! Mais il est temps de passer des paroles aux actes !
