fil "interventions de La Riposte"

Re: fil "interventions de La Riposte"

Message par Gayraud de Mazars » 21 Déc 2022, 09:15

Salut camarades,

Pour tous les martyrs de la Révolution en Iran, ce dernier couplet du Chant des survivants !

La terre, ton lit de parade.
Un tertre sans fleurs et sans croix,
Ta seule oraison, camarade.
Vengeance, vengeance pour toi


Torture et exécutions en Iran. Perspectives révolutionnaires.
Le mercredi 21 décembre 2022, article publié sur le site de La Riposte
Par La Riposte

https://www.lariposte.org/2022/12/tortu ... ionnaires/

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Mohsen Shekari et Majidreza Rahnavard, tous deux âgés de 23 ans, ont été exécutés par pendaison en Iran. L’exécution de Mohsen a lieu dans la prison de Gohardacht. Majidreza a été pendu sur une place publique de Machhad, sa ville natale. Accusés d’outrage contre Dieu, la réalité, c’est que ces jeunes ont été suppliciés pour avoir participé à la révolte contre le régime exécrable de Téhéran. D’autres pendaisons sont imminentes. Face aux protestations massives en réaction à la mort de Mahsa Amini, à l’issue d’une garde à vue sous prétexte d’un dépassement de cheveux de son foulard, le régime veut semer la terreur. Il veut faire comprendre à la jeunesse iranienne que ceux qui contestent sa tyrannie risquent d’être violentés, torturés, et même de se trouver devant un tribunal spécial sans aucun moyen de se défendre et finir au bout d’une corde. Plus de 30 000 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre depuis le mois de septembre dernier. Les opposants du régime sont susceptibles d’être traqués, séquestrés et assassinés, à l’intérieur du pays et même à l’étranger. Le chef des services secrets britanniques, le général Ken McCallum, a révélé une dizaine de tentatives de séquestration ou d’assassinat d’opposants iraniens au Royaume-Uni en 2022.

De toute évidence, ce régime n’est pas réformable. Il n’y aura ni justice ni liberté, tant qu’il n’aura pas été renversé. C’est une réalité objective qui a pénétré la conscience de millions d’Iraniens et qui explique l’ampleur et la persistance de la mobilisation populaire. Les femmes jouent un rôle déterminant dans la lutte. On n’entend plus parler des courants réformateurs, qui prétendaient pouvoir calmer le mécontentement social au moyen de petits ajustements politiques. Dans les rassemblements militants et jusqu’à dans les cours de récréation des écoles, la jeunesse scande « Mort aux tyrans ! Mort à Khamenei ! » Le mouvement actuel est plus large, socialement et géographiquement, et aussi plus radical que les vagues de contestation précédentes. Mais quelles sont ses perspectives de développement ? Peut-il aboutir au renversement du régime ? Est-ce une révolte, ou une révolution ?

La mort de Mahsa Amini a mis le feu aux poudres dans un contexte social et politique extrêmement tendu. Les conditions de vie de la masse de la population se dégradent. En mai 2018, les chauffeurs de camion ont déclenché une grève nationale pour obtenir une augmentation des salaires. Un mois plus tard, les marchands du Grand Bazar de Téhéran et ailleurs ont protesté contre la dévaluation de la monnaie. Au printemps 2019, les enseignants ont lancé des grèves avec occupation des écoles contre la hausse des prix. S’inspirant du mouvement de révolte en France, certains portaient des gilets jaunes. L’évolution de l’économie iranienne et ses conséquences pour le niveau de vie sont un facteur majeur dans l’instabilité sociale actuelle.

Les secteurs clés de l’économie iranienne sont ceux des hydrocarbures, de l’agriculture et des services financiers. L’Iran se classe deuxième au monde en réserves de gaz naturel et quatrième en réserves prouvées de pétrole brut. L’ensemble de l’économie et les revenus de l’État dépendent largement des recettes pétrolières. Les sanctions imposées par les puissances occidentales (la plupart des actifs à l’étranger sont devenus inaccessibles) et la hausse des prix des matières premières contribuent à la stagnation de l’économie. La reprise entamée en 2020, avec une croissance du PIB de 3,6%, n’a toujours pas effacé les effets de la récession des années précédentes (-6% et -6,8% en 2018 et 2019). La dépréciation du taux de change stimule la compétitivité des produits exportés, mais renchérit les importations. Même si la guerre en Ukraine a augmenté la rentabilité du secteur pétrolier, la contraction des exportations de pétrole exerce tout de même une forte pression sur les finances publiques, tandis que le taux d’inflation très élevé entraîne une réduction substantielle du pouvoir d’achat des ménages et un nombre croissant de jeunes, avec ou sans diplôme, se trouve sans emploi.

Le versement d’intérêts bancaires est l’un des indicateurs des inégalités sociales. Or, selon le Centre de recherche du parlement iranien, sur les 200 000 milliards de tomans (8 milliards de dollars) d’intérêts versés annuellement, 85 % de cette somme vont à seulement 2,5 % des déposants. 30 % de la population iranienne vit en dessous du « seuil de pauvreté absolue » et n’arrive pas à subvenir aux besoins fondamentaux des ménages. Environ 9 millions d’Iraniens sur une population totale de 85 millions sont analphabètes. L’accès au logement est un autre indicateur probant. Le prix au mètre carré d’une maison dans le nord de Téhéran varie entre de 55 et 120 millions de tomans (2 000 à 4 500 dollars), tandis que le salaire minimum des ouvriers se situe entre 100 et 150 dollars par mois. En moyenne, cela signifie que le coût d’achat d’un seul mètre carré d’une maison dans le nord de Téhéran équivaut à deux années de revenu pour un travailleur iranien. Dans l’ensemble, les caractéristiques de la société iranienne signifient que l’instabilité sociale et l’important potentiel révolutionnaire qu’elle recèle ne disparaîtront pas et placent un point d’interrogation au-dessus des possibilités de survie du régime despotique des Mollahs. La perspective qui se dessine pour la période à venir est celle d’une exacerbation de la lutte des classes d’une part, et aussi des tensions intercommunautaires et religieuses.

Depuis la guerre entre Iran et Irak, le commandement des Gardiens de la Révolution islamique constitue la colonne vertébrale du pouvoir étatique. Actuellement, près d’un tiers des ministres et adjoints du cabinet du président Ebrahim Raisi sont issus du commandement des Guardiens, dont le rôle décisif dans les structures étatiques lui a permis de prendre le contrôle effectif de nombreux projets pétroliers, gaziers et pétrochimiques, ainsi que dans d’autres secteurs de l’économie. Depuis des décennies, les chefs des forces de répression ont pu s’enrichir et renforcer la position des organisations militaro-sécuritaires et religieuses au sein des structures de l’État, que ce soit légalement ou par la corruption. La militarisation du régime s’étend jusqu’à dans les profondeurs de la société iranienne, notamment par le biais des bassidji, une force paramilitaire chargée de la sécurité intérieure, dont l’effectif serait d’environ 3 millions d’hommes. (Selon le commandement des bassidji, ils seraient plus de 10 millions, mais ce chiffre n’est pas crédible).

Bon nombre de ces miliciens sont issus du lumpenprolétariat du pays, à qui le statut de bassidji procure un pouvoir d’intimidation et de corruption, ainsi que des moyens pécuniers et certains privilèges. Les forces de répression – et tout particulièrement leur branche « populaire » — constituent, à côté des familles privilégiées, car liées aux autorités étatiques à différents niveaux, autant de réserves sociales du régime actuel. Ces réserves sont donc importantes et militairement puissantes. C’est un aspect crucial de la structure sociale iranienne qui fait qu’un renversement pacifique du régime en place est totalement exclu. Une révolution en Iran signifie nécessairement une insurrection et une guerre civile, dont l’issue ne serait pas forcément favorable aux forces révolutionnaires, surtout si celles-ci sont dépourvues d’objectifs programmatiques et stratégiques clairs. L’idée, véhiculée par un certain nombre de groupements « révolutionnaires » en Europe et selon laquelle les protestations actuelles pourraient aboutir à la chute du régime, relève de la tendance à prendre ses désirs pour la réalité. Le mouvement actuel a des implications révolutionnaires. Il indique que le sol commence à se dérober sous les pieds du régime. Il annonce ou constitue une prémisse historique de mobilisations massives et révolutionnaires à l’avenir. Mais il n’a malheureusement ni l’ampleur ni les moyens de menacer l’existence du régime à court terme. La révolution iranienne est une perspective. Elle n’est pas encore une réalité.

Les exécutions de jeunes manifestants sont révélatrices de l’évaluation que fait le régime des rapports de force actuels. Pendre des jeunes qui auraient « offensé Allah » en se levant contre les injustices est le signe d’un régime qui ne reculera devant rien pour enrayer l’opposition. C’est une stratégie qui dénote aussi une certaine confiance. C’est la mort d’une jeune femme entre les mains de la police qui a déclenché les mobilisations actuelles, et voilà que les autorités se montrent prêtes à en tuer d’autres sur la place publique. Pour l’heure, aucun mouvement significatif de défection, au sein des forces armées, n’a eu lieu. Cela ne veut pas dire que tous les soldats soutiennent le régime, mais signifie plutôt qu’à ce stade, ils ne sont pas encore convaincus que le mouvement puisse aboutir à une situation qui ne les exposerait pas au sort funeste réservé aux mutins. Ce n’est qu’à partir du moment où les forces armées commenceront à se disloquer que la révolte actuelle pourra réellement se transformer en révolution. Cependant, ce n’est qu’une question de temps. Ni la fermeture d’internet, ni la censure, ni le discours habituel sur « l’ingérence étrangère », ni même la mise à mort des opposants, ne préservera le régime indéfiniment. À terme, le régime iranien sera confronté à un soulèvement révolutionnaire. L’histoire des mobilisations successives depuis de nombreuses années pointe clairement dans cette direction.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: fil "interventions de La Riposte"

Message par Gayraud de Mazars » 09 Jan 2023, 14:54

Salut camarades,

L'année 2023 s'annonce cruciale pour les luttes ! Bataille des salaires, bataille des retraites...

Voeux de La Riposte 2023.jpg
2023 Année de lutte des travailleurs !
Voeux de La Riposte 2023.jpg (67.81 Kio) Consulté 781 fois


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Re: fil "interventions de La Riposte"

Message par Gayraud de Mazars » 19 Jan 2023, 07:26

Salut camarades,

Les militants communistes (PCF) vont voter pour leur Congrès en section ou cellule, les 27, 28 & 29 janvier 2023, pour choisir la base commune. La Riposte vu les délais, n'a pu présenter de texte alternatif, mais voilà une partie de ses réponses au texte du Conseil National intitulé : “L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux”.

39e Congrès du PCF. Critique du texte “L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux”.
Le 19 janvier 2023
Par La Riposte

https://www.lariposte.org/2023/01/39e-c ... s-heureux/

Le texte adopté majoritairement (58% des voix exprimées) par le Conseil National du PCF en vue du 39e Congrès du PCF et intitulé L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux, se présente comme un projet pour « renouer avec le droit au bonheur ». Les grands axes de ce projet, soutenu Fabien Roussel, seraient une « révolution du travail, de la production et de la consommation ». Dans le domaine international, il envisage « de nouvelles relations internationales, le partage, la coopération et la paix. »

Si le texte est un peu mieux rédigé et plus compréhensible que ceux que la direction du parti a produits depuis de nombreuses années, il est tout de même pénible à lire. Son contenu est très largement descriptif et injonctif. Les généralités sur la situation en France et dans le monde s’enchaînent et se répètent… plusieurs fois. Elles tendent à bercer le lecteur, qui ne peut qu’être d’accord avec des choses aussi évidentes. De vagues injonctions (relever des défis, agir, faire face, répondre à des appels, etc.), conjuguées avec l’affirmation maintes fois répétée du « besoin du communisme », donnent l’impression d’une certaine radicalité. Il n’empêche que le contenu analytique, politique et programmatique du document est d’une pauvreté affligeante.

Il est vrai que le texte contient quelques éléments qui constituent une amélioration par rapport aux textes majoritaires des congrès précédents. Premièrement, le simple fait d’affirmer que l’objectif du PCF est d’en finir avec le système capitaliste et d’instaurer une société communiste représente une rupture avec les orientations de la direction du parti depuis plus d’une vingtaine d’années pendant lesquelles la direction du PCF avait effectivement renoncé aux objectifs révolutionnaires, se déclarant favorable à l’économie de marché, c’est-à-dire au système capitaliste. La traduction concrète de cette politique était la participation du PCF au gouvernement socialiste 1997-2002, qui a engagé la privatisation de nombreuses entreprises publiques. Dans le texte présent, il est stipulé que le but du PCF est de parvenir à une société communiste « sans classes, sans guerres, dépassant les États nationaux ; une société où domination, exploitation, discriminations et aliénations sont abolies ». C’est un repère idéologique et politique important. Cependant, quiconque ayant un peu de connaissance de l’histoire politique de la France saura qu’il existe de nombreux exemples de partis de gauche affichant des objectifs franchement révolutionnaires dans leurs textes internes, mais dont le programme et l’action politique des chefs n’avaient rien de révolutionnaire (voir, par exemple, la Déclaration de Principes du Parti Socialiste,1971). La question est de savoir si le programme et la propagande publique du PCF correspondent aux ambitions révolutionnaires figurant dans ce texte.

Il y a une deuxième nouveauté dans ce texte, par rapport aux textes précédents. Elle concerne l’appréciation du régime dans l’Union soviétique, et notamment la dénonciation des « crimes du stalinisme ». Pendant des décennies, la direction du PCF a présenté la dictature stalinienne – avec son cortège d’atrocités, de persécutions et de massacres – comme un modèle de liberté, de démocratie et de socialisme. Critiquer Staline, dénoncer la réalité criminelle du régime bureaucratique qu’il incarnait, étaient punis par l’exclusion et le dénigrement des militants concernés. L’effondrement ignominieux du régime et la restauration du capitalisme – au profit d’eux-mêmes – par les gangsters « communistes » du Kremlin ont entraîné une contraction dramatique des effectifs et de l’implantation sociale du parti. On ne ment pas aux travailleurs impunément, et le parti a payé le prix de soixante années de mensonge et de duplicité concernant l’URSS. Maintenant, pour la première fois dans un texte de congrès, nous avons non seulement une reconnaissance de la nature criminelle du stalinisme, mais aussi une indication – incomplète, mais essentiellement correcte – des facteurs historiques objectifs qui ont déterminé la dégénérescence bureaucratique du régime révolutionnaire établi en 1917, à savoir l’état d’arriération dans lequel se trouvait la Russie à l’époque de la révolution. Notons au passage que cette explication est conforme aux analyses de Léon Trotsky, le dirigeant révolutionnaire assassiné sur ordre de Staline en 1940. L’explication est incomplète parce que le sous-développement économique et social de la Russie, à l’époque de la révolution, n’explique pas à lui seul le glissement vers la dictature stalinienne. Les dirigeants de la révolution pensaient pouvoir surmonter ce problème par l’extension de la révolution vers les pays plus avancés de l’Europe occidentale, mais la défaite des tentatives révolutionnaires en Allemagne, en 1918-19 et puis en 1923, en particulier, a condamné la révolution russe à l’isolement. Dans ces conditions, isolée et épuisée par la guerre civile et les guerres d’intervention étrangère, la démocratie soviétique des premières années ne pouvait pas survivre. Progressivement, une caste bureaucratique a pu consolider sa position. Le régime de Staline reposait sur les intérêts de cette bureaucratie.

La première partie du texte présente un bilan, quelque peu arrangé, des résultats électoraux du PCF depuis le dernier congrès. Le PCF n’avait pas présenté de candidat à l’élection présidentielle depuis 2007. À l’époque, il a obtenu 707 268 voix. En 2022, il a obtenu 802 422. C’est une progression, mais le score est toujours marginal (2,28%). Par ailleurs, le parti a perdu le dernier département qui lui restait (Val-de-Marne) et a été totalement évincé du Parlement européen. Au regard de l’ensemble des résultats électoraux depuis 2018, cela ne permet certainement pas de conclure à un redressement de la base électorale du parti.

Le texte affirme que nous sommes actuellement confrontés à une crise « inédite par son ampleur et sa globalité ». Si on se réfère à la période depuis 1945, ceci est vrai. N’oublions pas, cependant, que le capitalisme était en crise pendant toute la première moitié du 20e siècle, ce qui a engendré de nombreuses révolutions et contre-révolutions, et deux guerres mondiales. Par sa nature même, le capitalisme est générateur d’instabilité sociale, de conflits et de guerres. Même la période des ‘Trente glorieuses’, qui a pris fin au milieu des années 70, n’avait pas grand-chose de glorieux pour la masse de la population. C’est une période qui se caractérisait par une intensification de l’exploitation des travailleurs et un pillage redoublé des pays sous-développés. D’où une longue série d’insurrections et révolutions dans ces mêmes pays et de nombreuses guerres majeures (Vietnam, Algérie). En France, il y a eu le mouvement de grève massif de 1963 et la crise révolutionnaire de 1968. Ce recadrage concernant le caractère « inédit » de la crise actuelle est important, car il discrédite la notion qu’il est possible ou désirable de renouer avec un capitalisme stable et – pour reprendre la terminologie en vogue au siège du PCF – « heureux ». Ce capitalisme-là n’a jamais existé, et n’existera jamais.

Concernant les cinquante dernières années, le texte affirme que le capitalisme « fait face à une crise systémique non résolue ». On serait en droit de supposer qu’une « crise systémique » est une crise inhérente à un système. Alors pourquoi seulement « depuis les années 1970 » ? N’y avait-il pas de crise systémique avant ? Mais bon, passons. Les auteurs du texte nous apprennent que la cause de cette crise non résolue serait la « suraccumulation du capital ». Dans le texte, aucune explication de ce terme n’est donnée. C’est une façon de présenter le problème qui est lourde d’ambiguïté et de malentendus possibles. On retrouve des références à la suraccumulation dans Le Capital de Marx, mais tenter d’expliquer une crise « inédite par son ampleur et sa globalité » par ce phénomène est plutôt surprenant. L’idée semble être que la cause fondamentale de la crise, depuis les années 1970, est que l’accumulation du capital a été excessive. Mais excessive par rapport à quoi ? Quand est-ce que l’accumulation normale du capital devient une suraccumulation ? Y a-t-il une accumulation raisonnable ou acceptable ? L’implication ne serait-elle pas que si seulement nous pouvions freiner ou réduire l’accumulation du capital, il y aurait un rééquilibrage mettant fin à la « crise systémique » ? Nous verrons que cette notion d’un capitalisme « autre » que celui que nous avons et géré selon de ‘nouveaux critères’, se trouve au cœur du programme actuel du PCF, et constitue, en vérité, sa faille fondamentale.

L’accumulation du capital est la caractéristique essentielle du mode de production capitaliste. C’est un phénomène inévitable et permanent du système. Pour les capitalistes, l’accumulation n’est pas un choix, mais une obligation incontournable, sous peine d’extinction. Selon Marx : « Le développement de la production capitaliste nécessite un agrandissement continu du capital placé dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes à chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l’accroître, et il ne peut continuer de l’accroître à moins d’une accumulation progressive. » [K. Marx, Le Capital, Ch. 25, 3e section.] Pas plus que les travailleurs, les capitalistes ne peuvent échapper aux modus operandi du système. La concurrence oblige les capitalistes à constamment réinvestir dans les moyens de production pour augmenter la productivité du travail. Or, puisque l’accumulation est une loi ‘immanente et coercitive’ pour le capitaliste, dans quel sens peut-on parler de suraccumulation, d’une accumulation « en trop » ? Ce qui intéresse le capitaliste, c’est le rendement par rapport à l’investissement, c’est-à-dire le taux de profit. L’accumulation ne peut être « en trop » que par rapport aux possibilités de réinvestir le capital accumulé de façon rentable.

Le capital investi prend essentiellement deux formes. D’une part, il y a ce que Marx appelle capital constant (machines, outillages, bâtiments, etc.), qui a une valeur, mais qui ne crée pas de plus-value. D’autre part, il y a le capital variable (car créateur de nouvelle valeur), c’est-à-dire le capital investi dans le travail humain, dans l’emploi de travailleurs. Le but est d’extraire un maximum de plus-value en un minimum de temps, pour rester compétitif. Le besoin de constamment réinvestir dans de nouvelles ressources technologiques fait que la part du capital constant par rapport au capital variable (relation que Marx appelle ‘composition organique du capital’) devient de plus en plus importante, d’où la baisse ‘tendancielle’ du taux de profit. Postulée par Marx, cette tendance a été empiriquement vérifiée dans les faits depuis son époque. Ce n’est pas que les capitalistes accumulent trop de capital. Ce sont les pressions sur la rentabilité du capital qui sont au cœur de la crise. La notion de ‘suraccumulation’ (des capitaux qui ne trouveraient pas un terrain d’investissement rentable) n’a de sens que dans ce contexte-là. Elle n’est pas, comme les prétend l’équipe de Fabien Roussel, la cause de la crise, mais une conséquence. La crise actuelle est avant tout une crise de rentabilité.

Quelle est l’importance de cette mise au point ? C’est que la notion erronée d’une crise dont la cause serait une suraccumulation du capital ouvre la porte aux idées politiques insipides selon lesquelles un « nouveau partage de richesses » permettrait d’en sortir. Ainsi, la crise « pourrait apparaître comme une crise de répartition : pas assez de salaires, pas assez de revenus, de dépenses pour les services publics, pour la formation et, bien sûr, pour l’emploi. Mais la cause profonde en est une gigantesque suraccumulation de capital. » En revanche, s’il est compris que c’est avant tout la baisse du taux de profit qui freine l’économie capitaliste et nous menace d’une récession mondiale, on comprendra plus facilement les problèmes que pose une politique de gauche qui, comme celui du PCF, ne veut toucher que très marginalement à la propriété capitaliste. Le fonctionnement du capitalisme fait que consacrer plus de ressources aux salaires, aux services publics et à l’emploi est exactement à l’inverse de ce qu’il faut pour défendre le taux de profit. Tant que les capitalistes conservent la propriété et, en conséquence, le contrôle effectif des entreprises, tout programme de réforme sociale dont l’application se traduit par une baisse de rentabilité entraînera une baisse des investissements et la mise en danger de l’existence même des entreprises.

Tous les salariés du secteur privé sont conscients de cette réalité. Ils savent que si l’entreprise n’apporte pas assez de profit aux propriétaires et actionnaires, elle n’aura plus de raison d’être et ils perdront leur emploi. Les procédures, les outils de travail, la charge de travail et les tâches attribuées aux salariés changent constamment pour maintenir et augmenter la rentabilité, condition sine qua non de l’existence de l’entreprise. La source de la régression sociale, que ce soit par l’action des employeurs dans les entreprises ou par la politique gouvernementale, c’est le besoin de maintenir – et si possible augmenter – le taux de profit capitaliste. Cela passe par l’augmentation de la quantité de plus-value générée par chaque heure et chaque minute de travail. D’où les pressions constantes sur les travailleurs, l’intimidation, la réduction de leur capacité de résistance, la précarité et la mise en concurrence. Les conquêtes sociales du passé sont incompatibles avec l’ordre capitaliste. Leur destruction n’est pas un choix, mais une nécessité matérielle, impérieuse et incontournable pour les capitalistes. Telle est la réalité du fonctionnement du système capitaliste et il est impossible d’en changer la ‘logique’ comme le prétend le texte. De notre point de vue, la conclusion qui s’impose est que la lutte pour l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, la stabilité de l’emploi et la réduction du temps de travail ne peut aboutir que si elle est liée à l’expropriation des capitalistes, à l’abolition effective de leur emprise sur l’économie.

L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux ne tient pas compte de cette réalité. En cela, il n’y a aucun changement par rapport au passé. Depuis longtemps, le PCF présente un programme de réforme sociale qui ne remet pas en cause la domination du capital. Certes, le texte évoque à maintes reprises le besoin de ‘dépasser le capitalisme’ mais sans remettre en cause de la propriété capitaliste. Au mieux, nous trouvons de vagues allusions à ‘de nouvelles formes de propriété’, mais lesquelles ? Le dépassement du capitalisme ne peut se réaliser dans une société ou l’essentiel de l’économie reste dans les mains des capitalistes. Ce n’est qu’un vœu pieux qui ne mérite pas d’être pris au sérieux. Le programme parle de défendre les services publics et des ‘biens communs’. Il évoque la nécessité de renationaliser EDF et quelques autres entreprises, de former des ‘pôles publics’ (composés, comme le précise le texte, d’entreprises publiques et privées) dans le cadre d’une économie capitaliste. En somme, le secteur public ne représente dans ce programme qu’une incursion marginale dans une économie dominée par la spéculation capitaliste. C’est un programme que ne touche pas à la propriété des grandes entreprises capitalistes qui dominent l’économie nationale. Il laisse le système intact, libre de poursuivre l’exploitation des travailleurs et de soumettre la société à la loi du profit. Notons aussi que, dans ces conditions, même une entreprise nationalisée est contrainte de fonctionner selon des critères capitalistes. Ainsi, que peut bien signifier la « révolution du travail, de la production et de la consommation » dont les auteurs du texte se réclament ? Le texte dit que cela nécessite de « nouveaux critères de gestion entrant en conflit avec des critères de gestion capitaliste » dans les entreprises et dans l’économie en général. C’est évident. Il faudrait des critères de gestion qui favorisent l’emploi, la rémunération, la formation et le bien-être des salariés, qui fassent le choix de productions socialement nécessaires, qui encouragent des habitudes de consommation saines et respectueuses de l’environnement. Le problème, c’est que tous ces critères portent directement atteinte à la rentabilité capitaliste. On ne peut pas gérer une entreprise capitaliste selon des critères anticapitalistes. Le pouvoir ultime dans les entreprises – un pouvoir de vie ou de mort – appartient à leurs propriétaires. Ce pouvoir doit être définitivement brisé. Voilà ce que devrait expliquer le programme du PCF.

À plusieurs reprises, allusion est faite à des conférences nationales, régionales et territoriales pour l’instauration de nouveaux critères de gestion dans les entreprises privées, y compris les banques privées, pour donner la priorité au développement des services publics, à la création de millions d’emplois et de formations ; pour combattre, en somme, « les logiques capitalistes ». Quant à la composition de ces conférences, comment les participants seraient désignés et comment elles pourraient surmonter les intérêts inconciliables des classes sociales, nous sommes malheureusement dans le brouillard le plus complet. En conférence ou pas, le MEDEF et les représentants du capital en général n’accepteront jamais une politique qui veut taxer davantage les profits, imposer des salaires plus élevés, des conditions de travail améliorées, etc. Gérer le capitalisme selon des critères de progrès social n’est pas possible à notre époque. Ceci n’est pas un postulat purement théorique. Nous avons mentionné plus haut le comportement de la direction du parti concernant le gouvernement Jospin, où certaines privatisations (rebaptisées ‘ouvertures de capital’ pour l’occasion) ont été organisées directement par un ministre communiste. Le passage au pouvoir du PCF de 1981 à 1984 a été, lui aussi, un épisode hautement instructif.

Après son élection en 1981, il n’a fallu que douze mois pour que le gouvernement PS-PCF renonce aux réformes sociales et se mette à appliquer une politique dans l’intérêt des capitalistes. En juin 1982, il a annoncé le blocage général des salaires. Son « plan acier » prévoyant la suppression de 12 000 emplois dans l’industrie sidérurgique. Une deuxième version portait ce nombre à 33 000 et décrétait la fermeture des aciéries de Longwy, Denain et Pompey. En avril 1984, 150 000 sidérurgistes localement et près de 60 000 à Paris ont manifesté contre cette catastrophe économique et sociale. Mais le plan a été appliqué. Un mois plus tard, les députés communistes ont voté la confiance au gouvernement. Ce n’est qu’après les élections européennes, où le vote communiste est passé de 20,5 % à 11,28 % des voix, que la direction du PCF a décidé de quitter la coalition, en juillet 1984.

Les expériences de 1981-1984 et 1997-2002 ne sont pas mentionnées dans le texte. Elles sont pourtant d’une importance fondamentale. Elles confirment qu’un gouvernement élu sur une politique de réforme sociale est très rapidement confronté à un choix décisif. Face aux pressions capitalistes – sabotage économique, fuite des capitaux, baisse des investissements, délocalisations, suppressions d’emplois, fermetures – il doit mobiliser les travailleurs pour l’expropriation de la classe capitaliste, ou alors renoncer à son programme et mettre sa politique en conformité avec les lois du profit. Il en a été ainsi dans le passé et il en sera ainsi à l’avenir. Seul un programme de réforme sociale qui inclut la suppression de la propriété capitaliste des moyens de production et de distribution permettrait de surmonter la résistance de la classe capitaliste.

À l’époque de Robert Hue, la direction du parti se réclamait ouvertement d’une « économie de marché à dominante sociale », c’est-à-dire un capitalisme dans lequel le progrès social serait assuré. Elle disait clairement que son objectif n’était plus le communisme. Elle misait sur la possibilité de convaincre la classe capitaliste d’adopter une ‘autre logique’ que celle du profit. Les partisans de Fabien Roussel, en revanche, se déclarent pour une société communiste, mais leur programme, dans ses traits essentiels, est le même que celui du temps de Robert Hue. Il repose sur la même idée fondamentale, à savoir qu’il est possible de modifier la logique du système et de résoudre les problèmes sociaux de notre époque sans supprimer la propriété capitaliste. L’affirmation à répétition du « besoin du communisme » ou de « l’actualité du communisme » est purement décorative. La radicalité lexicale sert à masquer le réformisme programmatique.

Le texte aborde la crise écologique et climatique à partir de constats avec lesquels nous ne pouvons qu’être d’accord. Il est dit clairement que la course au profit est l’obstacle principal aux enjeux environnementaux. Cependant, aucune suite programmatique n’est donnée à cette déclaration. Comment pourrait-on envisager des mesures pour réduire l’impact carbone des activités humaines sans prendre le contrôle des moyens de production ? Les mesures prises jusqu’à présent n’ont pas apporté de résultats tangibles. Les mesures décisives nécessaires dans la lutte contre le réchauffement climatique sont en contradiction avec les intérêts capitalistes. Par exemple, le paragraphe sur le pôle public de l’énergie donne l’impression que Total Énergie, qui en ferait partie, resterait tout de même une entreprise privée. Une entreprise privée au cœur d’un pôle public, n’est-ce pas contradictoire ? Son objectif serait toujours de réaliser un maximum de profits par la vente du pétrole. Or, le pétrole et le charbon sont les premières causes des émissions de gaz à effet de serre. La résolution de la crise écologique ne pourra se faire que par une planification de la production, prenant en considération les contraintes environnementales et la nécessité de réduire la consommation d’énergie. On n’a pas besoin d’un ‘pôle public-privé’, mais un monopole 100% public pour conduire la décarbonation de l’économie à la mesure des enjeux.

Sur les questions internationales, le texte se borne à des généralités et fait largement abstraction des réalités de la lutte des classes. Au cœur de la politique internationale du PCF se trouve la proposition d’une monnaie commune mondiale, sous le contrôle du FMI et « au service du développement humain et des biens communs ». Elle figure à quatre ou cinq reprises dans le document. On a vu à quel point le FMI est pour le développement humain et des biens communs dans la crise économique en Grèce, à partir de 2008, où il a proposé de l’aide en échange de la mise en application d’une politique de régression sociale draconienne, la privatisation des ‘biens communs’ et le saccage du ‘développement humain’. Le peuple grec a été martyrisé pendant plus d’une décennie par l’action concertée des institutions financières. Le FMI a agi de la même façon dans le monde entier. Il n’est pas, et ne pourrait jamais être, une organisation neutre, détachée de la hiérarchie impérialiste mondiale. C’est un instrument de l’impérialisme, agissant pour le compte des grandes puissances qui l’ont créé pour veiller sur leurs intérêts. Cependant, la direction du PCF aurait une idée pour régler ce détail. Il faut réformer le FMI ! Il faut aussi réformer l’ONU ! Il faut réformer l’OMC, la Banque Mondiale et la Banque Centrale Européenne ! Tout cela est dans le document. Mais pourquoi s’en arrêter là ? Ne faut-il pas réformer toutes les banques centrales du monde ? Et pourquoi pas le Pentagone et la CIA, tant qu’à faire !

Les auteurs du texte veulent nous faire croire qu’il est possible de transformer le FMI, l’OMC et d’autres organisations qui sont actuellement autant d’extensions du pouvoir étatique et financier des plus grandes puissances impérialistes, pour en faire des alliés dans la lutte contre le capitalisme ! Mais qu’ils nous disent, dans ce cas, qui va les réformer dans ce sens ? Qui a le pouvoir de le faire et en quoi serait-ce dans leurs intérêts ? Sur ces questions, le texte ne dit rien.

Par ailleurs, à supposer qu’une monnaie mondiale commune puisse être mise en place, au profit de qui fonctionnerait-elle ? Une monnaie commune entre plusieurs pays peut fonctionner dans certaines circonstances, et notamment lorsque les paramètres économiques des pays concernés sont plus ou moins comparables. Cependant, comme ce n’est pas le cas, l’imposition d’une valeur monétaire commune à tous ne peut que défavoriser les économies les plus faibles. L’économie mondiale est bien trop diverse pour fonctionner sur la base d’une valeur monétaire commune. Dans les échanges commerciaux internationaux, unité monétaire contre unité monétaire, les économies moins développées échangeraient plus de travail contre moins de travail, et seraient privées de toute possibilité de contrôle sur la valeur de la monnaie, qui, dans le monde réel, serait décidée nécessairement dans l’intérêt des plus puissants.

La guerre en Ukraine, qui a des répercussions majeures dans le monde entier, n’est pas traitée sérieusement dans le document. L’invasion russe est qualifiée d’inacceptable. La politique de l’OTAN également. Mais la guerre est là, qu’on le veuille ou pas, et le parti devrait présenter une plateforme révolutionnaire et internationaliste, contre l’impérialisme russe et contre l’oligarchie ukrainienne. Quel est le programme du parti ? Depuis des décennies, la direction du PCF a fait appel au Conseil de sécurité de l’ONU pour empêcher des guerres et garantir la paix. Aujourd’hui, ce sont précisément les pays membres du Conseil de sécurité qui organisent la guerre. Quelles conclusions faut-il en tirer quant au rôle et à la nature de l’ONU ?

Le document se réclame de l’internationalisme, mais concernant sa politique européenne raisonne en termes de ‘nations’ et de ‘peuples souverains’, Ainsi, le texte propose « des coopérations solidaires entre nations égales et peuples souverains. » Il veut « promouvoir les nations de façon ouverte dans l’égalité et le respect de leur diversité. » De telles formulations tendent à masquer le fait que toutes ces nations sont divisées en classes sociales antagoniques. Des capitalistes, des mouvements racistes et fascistes font partie, eux aussi, de ces nations. Nous sommes pour la solidarité entre tous les travailleurs, quelle que soient leur nationalité, mais pas pour la solidarité ou la coopération entre des ‘nations’ entières.

Dans l’ensemble, les sections du texte consacrées aux questions internationales sont très faibles. Le Moyen-Orient est évoqué, mais rien de substantiel n’est dit à son sujet. Le lecteur n’est jamais très sûr du sens ou de la portée de ce qui est dit. « L’Iran cherche à exister comme une puissance pesant sur des rapports internationaux. » On pourrait dire la même chose de toutes les puissances du monde. L’Inde et la Turquie « cherchent à se positionner dans [des] recompositions. » On lit que « dans une situation où les politiques de force entraînent le monde dans la guerre, il est impensable de s’aligner sur un camp. » Et pourtant, il y a bien une grande puissance, sur laquelle les auteurs du texte semblent bien s’aligner : la Chine.

Presque 20% de l’humanité vit sous le régime prétendument ‘communiste’ en Chine. Le texte dénonce toutes sortes d’oppressions, discriminations et atteintes à la démocratie dans le monde. En revanche, il n’y a pas un seul mot contre le régime chinois, qui est mentionné plusieurs fois et systématiquement présenté sous une lumière positive. Par exemple, le texte condamne, à juste titre, les discriminations à l’égard des femmes et les attaques des ‘néoconservateurs’ contre le droit à l’avortement. Il ne mentionne pas, cependant, les lois cruelles et oppressantes en Chine qui autorise encore la réalisation de stérilisations et d’avortements par la force. Il ne mentionne pas la séquestration de nouveau-nés dont beaucoup, qualifiés d’« orphelins », sont profitablement vendus par les autorités à des parents adoptifs à l’étranger. Le nombre d’enfants possibles étant limité par la loi, les bébés de sexe féminin sont souvent abandonnés, de sorte que, au cours des 35 ans de la politique de l’enfant unique, il y a une différence de trente millions entre le nombre de naissances de garçons et le nombre de naissances de filles. Limiter les naissances par la force constitue une persécution des femmes, des enfants, de familles entières, et une violation de ce qui devrait être un droit inaliénable de toute l’humanité, celui de procréer – ou pas – par choix, celui de voir naître et vivre dignement sa progéniture. Entraîner les femmes par la force dans des cliniques pour être stérilisées ou leur imposer un avortement, cela n’a rien de « communiste ».

Avec l’absence de droits démocratiques élémentaires, l’exploitation brutale des travailleurs – surtout des ‘migrants’ issus des zones rurales, l’interdiction de syndicats indépendants, la censure et la punition d’idées « non autorisées », la répression brutale des minorités ethniques comme les Ouïghours, la persécution et la cruauté envers les parents d’enfants « interdits » ou l’application de la peine de mort à une échelle massive, comment présenter le régime chinois comme une force progressiste dans les affaires du monde ? Pour le PCF, cette question est d’une importance cruciale. Si, comme c’est le cas actuellement, certains de ses dirigeants, dont Fabien Roussel (voir son discours élogieux, lors de son passage en Chine, en juillet 2019), affichent leur admiration pour un régime aussi despotique et autoritaire, il sera impossible de convaincre les travailleurs et les jeunes de France que le PCF défend des idées justes et viables.

Vers la fin du texte, la question des stratégies électorales est posée. Cependant, aucune réponse claire n’est donnée. À part l’engagement de présenter un candidat à l’élection présidentielle, presque toutes les options sont laissées ouvertes. On reproche à Mélenchon, non sans justification, de faire du « populisme ». Cependant, pendant la campagne présidentielle et depuis, le candidat du parti ne s’en est pas privé, non plus. Le texte constate que la NUPES n’a pas permis de remporter la victoire aux législatives, mais ne propose rien d’autre à la place. On peut fustiger la « volonté hégémonique » de Mélenchon, mais le fond du problème, en ce qui concerne les alliances, est que le PCF ne pèse pas assez lourd électoralement pour obtenir davantage. La direction navigue à vue, dans ce domaine.

En conclusion, L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux apporte quelques améliorations par rapport aux textes produits par la direction du parti jusqu’en 2018. Sur le plan idéologique, il affirme la nécessité d’une rupture avec le système capitaliste, se dissocie des crimes du stalinisme et tente de fournir une explication de la dégénérescence du régime soviétique. Il présente un programme revendicatif combatif pour lutter contre la régression sociale, défendre les intérêts des travailleurs et réduire les discriminations raciales et sexistes. C’est une plateforme qui va clairement dans le sens du progrès et de la justice sociale. Cependant, au-delà des revendications immédiates, le programme ne tient pas compte de la nécessité de lier celles-ci à une politique d’expropriation de la classe capitaliste. Le « besoin du communisme » ne trouve pas d’expression dans les orientations programmatiques et stratégiques proposées. L’explication de la crise du capitalisme par la notion de la suraccumulation n’est pas fondée et risque de créer ambiguïtés et malentendus, dont notamment l’idée – essentiellement keynésienne – selon laquelle des réformes sociales permettraient de sortir de la crise économique. Dans le domaine international, la croyance en la possibilité de transformer les institutions chargées de défendre les intérêts des grandes puissances en instruments de lutte contre le capitalisme est totalement irréaliste. L’attitude bienveillante envers la dictature répressive en Chine va à contresens des idées que défend le parti par ailleurs. Pour toutes ces raisons, c’est un texte qui n’est pas à la hauteur des enjeux de notre époque.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Gayraud de Mazars
 
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Re: fil "interventions de La Riposte"

Message par Gayraud de Mazars » 27 Jan 2023, 15:29

Salut camarades,

Congrès du PCF : Critique du texte alternatif “Urgence de communisme”
26 janvier 2023
Article publié sur le site de La Riposte
Par La Riposte

https://www.lariposte.org/2023/01/congr ... ommunisme/

Le texte "Urgence de communisme, ensemble pour des victoires populaires", signé notamment par Marie-George Buffet et Pierre Laurent, a été présenté en opposition au texte adopté majoritairement (L’ambition communiste pour de nouveaux jours heureux) au Conseil National du PCF. Au-delà du vote pour déterminer lequel des deux textes va servir de ‘base commune’ au prochain congrès, une évaluation critique de son contenu, comme notre critique du texte majoritaire, contribuera à une meilleure compréhension de ce qui distingue les deux courants et à la clarification idéologique et programmatique dont le PCF a besoin.

Le document insiste sur l’urgence d’une prise de conscience de la situation catastrophique créée par le capitalisme sur tous les plans, en France et dans le monde. Il évoque « les dominations qui rendent la vie insupportable à l’immense majorité ». Tous les combats, contre la régression sociale, contre le danger de l’extrême droite, contre la dégradation des équilibres écologiques, « mettent en cause le capitalisme » et « font de nouveau du communisme une question brûlante ».

L’introduction du texte s’interroge sur l’avenir. Le capitalisme en crise générera-t-il de nouvelles fractures et souffrances ? L’humanité saura-t-elle emprunter les voies de « dépassement des impasses capitalistes » et vers une civilisation nouvelle ? La crise va-t-elle déboucher sur la violence des politiques d’extrême droite, ou sur une voie de « gauche radicalement nouvelle » ? Des spéculations de ce genre, sur un registre plutôt émotionnel, vont sans doute résonner auprès de certains militants du parti. Cependant, elles ne nous avancent pas beaucoup. Ce qui nous intéresse ici, c’est de savoir dans quelle mesure le contenu analytique, programmatique et stratégique du texte répond non seulement aux anxiétés qu’il évoque et surtout aux objectifs annoncés. Il en va même pour de nombreux constats généraux : « Le capitalisme fait courir à l’humanité un risque de ‘décivilisation’ ; des nationalismes dangereux … veulent étendre leur domination ; des systèmes de domination sont questionnés… ».

Le texte établit un lien entre des mouvements de contestation et la nécessité du communisme : les mouvements contre le réchauffement climatique, le mouvement féministe, le refus de l’impérialisme, du racisme, créeraient une situation qui « peut faire du communisme, comme mouvement de dépassement du capitalisme et de toutes les aliénations, une question du présent. » C’est une idée importante, suivie d’une mise en garde contre une politique exclusivement défensive : « Le seul discours anticapitaliste ne peut suffire, nous réduisant à nous battre dos au mur, condamnés à limiter les dégâts, tout en laissant intact le pouvoir du capital, faute de rendre crédible l’alternative nécessaire. »

En finir avec la domination capitaliste ?

Ces deux affirmations impliquent, d’une part, que le PCF devrait s’efforcer de relier les luttes « immédiates » à la nécessité de passer à une société communiste d’autre part que son programme ne devrait pas se borner à des revendications défensives (luttant pied à pied contre les conséquences du capitalisme), mais proposer un moyen d’en finir avec le pouvoir du capital. Mais c’est précisément là que se pose un problème majeur, car le texte ne présente aucune revendication ou proposition programmatique qui entamerait sérieusement la domination de la classe capitaliste. Dire ce que l’on souhaite n’est pas un programme. Par exemple, sous le titre Une nouvelle économie : la démocratie contre le marché capitaliste, nous lisons que l’économie est pilotée par les intérêts des grandes firmes capitalistes, et que les auteurs aspirent à « une nouvelle économie libérée des grands actionnaires financiers et fondée sur une extension de la démocratie à toutes les activités sociales, dans l’État, dans l’entreprise et dans l’économie en général » et que cela suppose que « les travailleurs et toute la société reprennent le pouvoir à tous les niveaux. » Aspirer, dire ce que « suppose » une aspiration, c’est une chose. Nous dire comment y parvenir en est une autre. Dans le texte, on parle d’une planification pour orienter l’économie vers la satisfaction des besoins, de services publics étendus et démocratisés, mais tout ceci n’est conçu que comme une modification marginale dans une économie qui restera sous la domination des ‘grandes firmes capitalistes’ précédemment mentionnées, car le programme ici présenté n’envisage pas l’expropriation des propriétaires de ces firmes. Le but est expliqué en termes d’éviter la ‘maximisation’ des profits et la dépendance ‘exclusive’ du marché capitaliste. Il est curieux, aussi, soit dit en passant, de parler en termes d’une ‘reprise du pouvoir’ sur l’économie de la part des travailleurs. Ils ne l’ont jamais eu, ce pouvoir, est ne peuvent jamais l’avoir sous le capitalisme, sans ou avec l’extension des services publics et le développement de l’économie dite ‘solidaire et sociale’ réclamée dans le texte. La création d’un ‘secteur public bancaire et financier’ serait sans doute une bonne chose, mais si ce secteur doit coexister avec des banques privées et gérer leurs affaires dans le contexte du marché capitaliste, il ne parviendra pas à réorienter l’économie de façon significative, comme en témoignent les nationalisations bancaires précédentes. Ainsi, toutes les formulations programmatiques en ce qui concerne l’économie s’inscrivent dans l’optique de mesures partielles laissant le système capitaliste en place.

Réforme institutionnelle

En ce qui concerne les institutions, le texte se prononce pour une VIe République dans laquelle le président ne serait plus élu au suffrage universel et les pouvoirs du Parlement et des « assemblées élues décentralisées ». Pour ce qui est de ces assemblées, nous ignorons qui les élirait, comme nous ignorons la signification précise de leur ‘décentralisation’. Il existe, en Europe dans le monde, toutes sortes de constitutions régissant les pouvoirs des différentes assemblées et les exécutifs dans les pays capitalistes. Dans tous les cas, sans exception, les gouvernements – qu’ils soient de ‘gauche’ ou de ‘droite’ – doivent inévitablement tenir compte les lois de fonctionnement du système capitaliste. Ils sont pour ainsi dire les prisonniers, volontaires ou pas, du système. Si un gouvernement ou un mouvement de ‘transformation sociale’ (pour reprendre la terminologie du texte) veut sortir de cette prison, il doit nécessairement s’attaquer à la racine du problème, à savoir la propriété privée des entreprises, des banques, et de tous les rouages du système capitaliste. Sans cela, l’exploitation de l’homme par l’homme et l’essentiel des dominations – même « questionnées » – vont rester intacts. Les idées présentées dans le texte font complètement abstraction de ce problème. Les auteurs semblent imaginer qu’il est possible de gérer le capitalisme de façon anticapitaliste. Après avoir dit qu’il ne suffit pas de mener une politique qui laisse intact le pouvoir du capital, c’est exactement ce que leur programme propose de faire. En cela, le contenu de la plateforme politique avancée par Urgence de communisme est pratiquement identique à celle proposée par L’ambition communiste.

Intersectionnalité

Abordons ici un aspect des discussions récentes dans le parti et mentionné dans Urgence de communisme : celui de ‘l’intersectionnalité’. Le texte dénonce « la concentration hystérique d’attaques grossières contre le mot ‘intersectionnalité’ ». Effectivement, c’est un terme qui provoque parfois des réactions virulentes, comme s’il s’agissait d’une divergence de fond entre les courants représentés par les deux textes. Avant de comprendre ce qu’il en est, en réalité, il faudrait peut-être commencer par expliquer de quoi on parle. Le terme est d’usage dans les milieux académiques américains à partir de la fin des années 1980. Le concept d’intersection (dans le sens d’un croisement) a été introduit pour décrire les discriminations combinées – à la fois sexistes et racistes – subies par les femmes afro-américaines, avant de s’élargir pour inclure d’autres motifs d’oppression et de marginalisation sociale. Une travailleuse d’origine africaine en France, par exemple, subit de l’oppression en raison de sa classe sociale, mais aussi parce qu’elle est une femme et sous prétexte de ses origines ethniques et culturelles.

Qu’on adhère à la terminologie académique ou pas, cette « intersectionnalité » se réfère à une réalité irréfutable qui n’a d’ailleurs rien de nouveau. Être pour ou contre ce phénomène ne l’empêchera pas d’exister. Le vrai débat serait entre les approches différentes à l’égard de ces oppressions spécifiques. Pour certains activistes, intersectionnalité est interprétée comme la primauté des luttes « sectionnelles » – discriminations nationales, ethniques ou religieuses, droits des femmes, antiracisme, liberté d’orientation sexuelle, etc. – sur la lutte des classes, au point, parfois, de nier l’existence même de la lutte des classes. D’où la notion, en vogue dans certains milieux de gauche, du « privilège blanc », selon laquelle le travailleur de sexe masculin et de peau blanche serait un privilégié et un point d’appui de l’ordre établi ! Quant à Marx et Engels, ils considéraient, déjà à leur époque, que le combat contre toutes les oppressions devait être mené autour de revendications spécifiques, tout en insistant que ces problèmes font partie intégrante d’une lutte générale pour renverser le capitalisme. À notre avis, leur approche n’a rien perdu de sa pertinence et devrait servir de modèle pour les communistes de nos jours.

Stalinisme

Un autre aspect des débats dans les sections que nous voulons aborder ici est celui du stalinisme. L’émergence du phénomène historique connu sous le nom de ‘stalinisme’ est un sujet très important dans la lutte idéologique contre le capitalisme. C’est un phénomène qui ne concerne pas que l’URSS, mais tous les régimes mis en place, notamment dans la foulée de la deuxième guerre mondiale, à l’image de la dictature stalinienne.

« Dans les faits, au-delà des crimes staliniens, le ‘socialisme’ s’est identifié au régime dévoyé, étatiste et non démocratique de l’URSS…. Ce n’était pas du communisme. » Cette prise de position est très importante. Le régime monstrueux de Staline a été la conséquence d’une contre-révolution bureaucratique qui a systématiquement anéanti les conquêtes démocratiques de la Révolution d’Octobre. Staline n’a pu consolider son pouvoir qu’en massacrant des centaines de milliers de communistes qui voulaient défendre les idées et le programme de 1917 et résister à la bureaucratie. Le texte regrette que le socialisme soit identifié à ce régime monstrueux, ce qui a « ruiné la crédibilité du socialisme et hypothéqué pour longtemps tout projet de dépassement du capitalisme. » Il est vrai que l’expérience historique du stalinisme et son association au communisme ont énormément compliqué la tâche des communistes actuels. C’est plutôt positif que la direction du parti, même avec presque un siècle de retard, reconnaisse enfin que « ce n’était pas du communisme ».

Cependant, une simple prise de distance ou une dénonciation ne suffira pas pour surmonter cette difficulté. Ce serait trop facile. Un vaste travail d’analyse critique et d’explication est nécessaire, non seulement pour montrer les causes de la dégénérescence bureaucratique de l’URSS, mais aussi pour reconnaître pleinement et analyser la complicité politique du PCF dans les crimes du régime. Disons les choses comme sont. Certes les médias et porte-parole du capitalisme font beaucoup pour associer le communisme aux atrocités de Staline et ses successeurs. Cependant, historiquement, aucune force politique n’a autant contribué à ce terrible malentendu que la direction du PCF. Elle a applaudi et encouragé l’extermination des dirigeants révolutionnaires de 1917. Elle a acclamé sans réserve tous les aspects de la politique de Staline, y compris son pacte avec Hitler pour le démembrement de la Pologne. Pour faciliter l’occupation nazie de la Pologne occidentale, la direction du Parti Communiste Polonais a été fusillée sur ordre de Staline. Jusqu’à la mort de ce tyran et pendant plusieurs décennies après, la direction du parti a présenté l’URSS comme un modèle de démocratie et de socialisme. C’est de l’histoire ancienne ? Pas si ancienne, en tout cas, pour ne pas avoir marqué la jeunesse de nos jours de scepticisme à l’égard des idées communistes et du PCF, qui paie encore le prix de sa complicité historique avec des dictatures staliniennes. Pour surmonter ce problème, un grand travail d’analyse et de clarification est nécessaire.

Politique internationale

La politique extérieure d’un parti ou d’un gouvernement n’est jamais qu’une extension de sa politique intérieure. La plateforme politique pour la France présentée dans Urgence de communisme se limite à un certain nombre de réformes sociales et initiatives politiques pour renforcer les services publics, mieux protéger l’environnement, augmenter les salaires, défendre et améliorer les retraites, entre autres. En revanche, elle ne va pas jusqu’à porter atteinte de façon décisive aux intérêts capitalistes. C’est une politique qui, malgré maintes allusions à la pertinence et l’actualité d’une politique communiste, repose sur l’idée qu’il est possible d’en finir avec la régression sociale dans le cadre du capitalisme. Si seulement les capitalistes peuvent se passer de ‘maximiser le profit’, tout ira bien. Nous retrouvons la même approche politique dans le domaine international. Si seulement les puissances impérialistes acceptent de ne pas se servir des leurs armes, nous aurons la paix.

Par endroits, c’est comme si l’impérialisme mondial avait besoin d’un cours de morale. Pour la guerre russo-ukrainienne, le texte nous informe qu’on « ne combat pas la souffrance humaine avec des canons. » Or, premièrement, à notre connaissance, la guerre n’a pas été déclenchée pour combattre la souffrance humaine. Il s’agissait, de la part de Poutine, de prendre le contrôle de l’Ukraine, annexer une bonne partie de son territoire et mettre la main sur ses ressources naturelles et productives. Et pour cela, il faut bien des canons. Il en faut, également, pour l’empêcher, du côté ukrainien. Pour préserver la paix, paraît-il, « la diplomatie doit primer sur la force ». Autrement dit, pour préserver la paix, il faut s’abstenir de faire la guerre ! Des puissances militaires ne font pas la guerre pour rien. Elles préféreraient atteindre leurs objectifs sans déclencher une guerre. Cependant, lorsque la diplomatie – c’est-à-dire des pressions, intimidations et menaces – ne fait pas l’affaire, elles passent à la guerre, comme l’expliquait Clausewitz. Par ailleurs, la réussite « diplomatique », dans tous les conflits sérieux, dépend essentiellement du nombre de ‘canons’ dont disposent les protagonistes.

Sur la question de l’OTAN, le texte n’est pas non plus très clair. L’OTAN serait « une organisation obsolète », qui « n’a plus lieu d’être. » Mais l’OTAN est loin d’être obsolète. Elle représente au contraire un élément crucial et indispensable de la stratégie internationale des grandes puissances qui la dirigent, comme les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, et un moyen de protection tout aussi crucial pour un certain nombre de pays dont la situation géopolitique les rend vulnérables, comme la Pologne. Tant que le monde sera dominé par l’impérialisme, de grandes alliances militaires comme l’OTAN ne seront jamais obsolètes. Dire que l’OTAN « n’a pas lieu d’être » n’est pas plus pertinent que de dire que l’impérialisme et le système capitaliste n’ont pas lieu d’être. Ce ne sont que des mots sans conséquences. Les auteurs du texte ne sont pas favorables à l’OTAN. Ils demandent qu’elle soit dissoute. En revanche, ils ne sont pas contre des alliances impérialistes en général, puisqu’ils exigent que l’OTAN soit remplacée par une autre alliance militaire, elle aussi sur la base de la ‘sécurité collective’, et ‘garantie’ par l’ONU. On se demande si l’idée serait de mettre les États-Unis, la Russie et la Chine dans la même alliance militaire. Dans ce cas, ce serait une alliance contre qui ? Sinon, il y aurait forcément des alliances rivales, avec par exemple la Russie, la Chine, et l’Iran d’un côté et les puissances dites ‘occidentales’ de l’autre. Autrement dit, les alliances militaires reflètent les rivalités stratégiques, économiques, diplomatiques et militaires des grandes puissances. La guerre est une conséquence de la rapacité impérialiste, qui ne peut être abolie que par des moyens révolutionnaires, c’est-à-dire par le renversement des capitalistes dans les pays concernés. Demander la dissolution de l’OTAN et prôner l’organisation d’une nouvelle alliance impérialiste à sa place n’est pas une politique sérieuse.

Toujours dans le domaine international, le texte se prononce pour « la sortie des traités de libre-échange », ce qui signifierait dans la pratique que la France quitte l’Union Européenne. Reste à savoir comment, selon les auteurs du texte, ce serait bénéfique pour les travailleurs et pour l’économie de France. Quelles sont les leçons du Brexit ? Toute la partie internationale du texte est remplie de déclarations lapidaires de ce genre. Comme L’Ambition communiste, le texte réclame une réforme de l’ONU, du FMI, de l’OMC et de la Banque Mondiale, avec l’idée saugrenue qu’il serait possible de les transformer en autant d’instruments de la lutte contre le système capitaliste. Plusieurs arènes de conflit sont mentionnées dans le texte, sans rien dire de précis ou de cohérent à leur sujet. Par exemple, nous lisons que « les Irlandais aspirent à l’unification du pays ». C’est une vision simpliste de la situation. Tous les Irlandais n’aspirent pas à l’unification du pays. Au contraire, une tentative d’intégrer l’Irlande du Nord (qui fait partie du Royaume-Uni) dans la République indépendante déclencherait une nouvelle guerre civile dans le nord, où plus que la moitié de la population y est résolument hostile. Le texte se proclame également pour l’unification de Chypre, sans préciser sur quelle base ce serait possible. Ce n’est pas sérieux.

Alliances et projet de gouvernement

Entre Urgence de communisme et L’ambition communiste, il y a quelques revendications ou des options programmatiques divergentes, mais il n’y a pratiquement aucune différence politique majeure. Tous les deux présentent une plateforme revendicative sur les salaires, les conditions de travail, la lutte contre la précarité et le chômage, contre les discriminations dans tous les domaines. Aucun ne propose une analyse sérieuse des causes fondamentales de la crise du capitalisme et de la régression sociale. En dépit de nombreuses allusions à la nécessité d’une rupture ou « dépassement » du capitalisme, de part et d’autre, aucun ne défend une politique d’expropriation des capitalistes. Le prétendu contentieux sur l’intersectionnalité n’a ni queue ni tête. En matière de politique internationale, tous les deux misent naïvement sur l’ONU et d’autres instances impérialistes pour sauvegarder la paix et considèrent qu’il serait possible – par un procédé qui demeure parfaitement mystérieux – de réformer ces structures pour en faire des instruments de lutte contre le capitalisme. Le désaccord le plus tangible – et peut-être le seul désaccord de fond – est sur la question des alliances électorales et tout particulièrement l’attitude du parti envers La France Insoumise.

En effet, le point focal du texte Urgence de communisme porte sur le besoin de créer une « majorité politique apte à gouverner » et capable d’emporter « des victoires dans les urnes ». Étant donné que cette question constitue l’axe principal du texte, on s’attendrait à ce qu’elle soit élaborée en profondeur, d’autant plus que ses auteurs affirment vouloir tirer les leçons du passé. En l’occurrence, les expériences gouvernementales du passé ne sont même pas mentionnées et aucune leçon n’en est tirée.

En revanche, ils ont tout de même un argument de poids, un argument qu’il faut prendre au sérieux. Ils insistent, à juste titre, sur le danger de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France. Ils citent les victoires électorales d’Orban, Trump, Bolsonaro, et Meloni, pour nous alerter sur la réalité de ce danger. Constatant que Le Pen dispose d’appuis importants dans les milieux capitalistes – y compris dans l’industrie audiovisuelle – et connaît une fulgurante ascension électorale, ils affirment qu’une victoire de l’extrême droite en 2027 est une possibilité réelle. Cette crainte est fondée. Face au danger d’un gouvernement de ce que les médias appellent « la gauche radicale », avec Jean-Luc Mélenchon comme président de la République, une partie importante des milieux capitalistes opterait pour Le Pen. C’est un danger qui ne doit pas être sous-estimé et qui appelle une réponse sérieuse de la part des communistes.

Étrangement, le texte n’aborde pas la question qui a scindé la direction en deux pendant la campagne présidentielle, où les principaux signataires de ce texte ont soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon, en opposition à celle de Fabien Roussel. En tout cas, au fond, l’idée serait de concrétiser « l’espoir suscité par la NUPES » et « faire de la NUPES le levier de construction d’une dynamique populaire majoritaire. » En clair, à l’élection présidentielle, comme aux élections législatives, municipales, etc., le PCF, la France Insoumise, le PS et EELV doivent consolider une alliance électorale en vue d’emporter des victoires électorales et gouverner ensemble. Cette stratégie mérite d’être sérieusement discutée.

Unissons les forces de gauche pour réussir un gouvernement de transformation sociale. L’attrait de cette idée dans le parti est dans l’électorat de gauche est compréhensible. Cependant, nous avons déjà fait l’expérience de cette démarche. Le mot « espoir » figure souvent dans le texte. La notion de l’espoir est partout dans ce document. La NUPES, nous dit-on, a créé un espoir. Il faut maintenant « rouvrir l’espoir », « entretenir l’espoir », présenter « une perspective d’espérance. » Mais l’histoire des gouvernements de gauche nous enseigne qu’il y a, certes, des espoirs, mais aussi et surtout de faux espoirs, des espoirs trahis. Prenons l’exemple du gouvernement PS-PCF de 1981-1984. Après neuf mois pendant lesquels il a tenté de mettre en œuvre un programme de réforme sociale, il a annoncé une pause. Trois mois plus tard, en juin 1982, il a annoncé le blocage général des salaires. Son Plan Acier allait supprimer 33 000 emplois et démanteler plusieurs aciéries. Au printemps 1984, près de 200 000 sidérurgistes ont manifesté contre cette catastrophe économique et sociale. Mais le gouvernement PS-PCF n’a pas cédé. Sous la pression des capitalistes, le gouvernement est passé d’une politique de réforme à la contre-réforme. Pendant deux ans, au nom de la « solidarité gouvernementale », la direction du parti a appliqué une politique de régression sociale. Les travailleurs, licenciés par milliers dans le secteur automobile et dans l’ensemble du secteur industriel, ont été abandonnés à leur sort. Ce n’est qu’en juillet 1984, après l’effondrement du vote communiste aux élections européennes (de 20,5 % à 11,28 %), que la direction du parti a décidé de quitter le gouvernement.

Une deuxième expérience de la participation gouvernementale du PCF s’est déroulée entre 1997 et 2002. Ce gouvernement de la « gauche plurielle » a introduit la semaine de 35 heures, mais en faisant des concessions compensatoires très importantes au patronat. C’était néanmoins une réforme sociale importante. Mais en même temps, la gauche plurielle a appliqué une politique de privatisations de grande envergure. Certaines privatisations ont été pilotées par le ministre PCF des Transports, Jean-Claude Gayssot. En 1997-2002, les ministres socialistes et communistes savaient d’avance que s’ils voulaient éviter une politique de sabotage patronal, il fallait aligner la politique gouvernementale sur les intérêts de la classe capitaliste. Et c’est ce qu’ils ont fait. À la veille de la formation du nouveau gouvernement, Robert Hue a annoncé que la privatisation n’était plus un sujet tabou pour le PCF. En effet, ce n’étaient pas des paroles en l’air. En somme, le gouvernement a tout simplement géré le capitalisme pendant 5 ans, au prix d’une perte massive d’adhérents pour le PCF et une forte contraction de sa base électorale. Notons également que malgré l’opposition à l’OTAN affichée par la direction du parti, elle siégeait dans un gouvernement qui a activement participé à l’invasion de l’Afghanistan par l’OTAN en 2001.

Rien de surprenant, après de telles expériences, qu’une fraction importante de l’électorat populaire s’est détournée du PCF en se disant que finalement, ses chefs sont « comme les autres », que ce sont les avantages matériels et le prestige des places dans les institutions, et qu’une fois élus, ils renoncent à leurs engagements. Mais comment expliquer ces retournements, qui ont grandement contribué à la contraction de la base électorale du PCF et à l’ascension du FN/RN ? Et comment les éviter à l’avenir ?

Le fait est que la classe capitaliste, en vertu de son emprise sur l’économie nationale, est beaucoup plus puissante que n’importe quel gouvernement, qu’il soit de ‘gauche’ ou de ‘droite’. Quand Mitterrand a commencé la mise en œuvre des réformes sociales dans son programme, la réaction des capitalistes a été furieuse et implacable. La fuite des capitaux et la spéculation financière ont fait plonger la monnaie nationale. Une « grève d’investissements » plombait la croissance de l’économie et augmentait le chômage. Par des licenciements massifs, des délocalisations et des fermetures, le patronat faisait comprendre au gouvernement qu’une politique allant à l’encontre de ses intérêts n’était pas viable. En définitive, le gouvernement devait choisir entre une stratégie offensive pour briser l’emprise économique de la classe capitaliste au moyen d’expropriations massives ou alors la capitulation. Il a opté pour la capitulation.

Un enseignement de la plus haute importance découle de ces épisodes historiques, à savoir qu’un gouvernement élu sur la base d’une politique de réforme sociale ne peut la mener à terme qu’à condition de prendre des mesures décisives pour casser le pouvoir économique des capitalistes, c’est-à-dire de transformer la propriété privée des moyens de production en propriété sociale. Dans le cas contraire, indépendamment de ses intentions initiales et des ‘espoirs’ qu’il a suscités dans l’électorat, il sera contraint d’adapter sa politique aux lois inhérentes au système capitaliste, à la loi du profit. Il y a donc, en effet, et comme le suggère le titre du texte, une ‘urgence de communisme’. Cependant, cette affirmation ne veut pas dire grand-chose en l’absence d’une stratégie et d’un contenu programmatique capable d’écraser la résistance capitaliste. Cette absence est flagrante dans le texte. Elle est tout aussi flagrante dans le programme de La France Insoumise et encore plus dans celui du PS et d’EELV. Dans ces conditions, si jamais une alliance électorale comme la NUPES se trouve au pouvoir, elle sera tout aussi désarmée devant les pressions implacables de son environnement capitaliste. Même dans l’hypothèse que le caractère limité et réformiste de l’alliance ne l’empêche pas de barrer la route à Le Pen dans un premier temps, il lui ouvrira une voie royale vers le pouvoir par la suite.

Les questions de stratégie électorale ne relèvent pas de principes fixes et immuables. Elles ne peuvent se décider qu’en fonction des circonstances concrètes. Élever en “principe” l’option d’une candidature présidentielle du PCF indépendamment du contexte et des rapports de force électoraux serait une erreur majeure. Si jamais, par exemple, la présentation d’un candidat PCF privait un candidat LFI de passer au deuxième tour, ce ne serait pas dans l’intérêt de la lutte contre le capitalisme et ses représentants politiques. À l’inverse, raccrocher les wagons du PCF à la NUPES sur la base d’un programme de demi-mesures réformistes n’offre pas de perspectives positives, ni pour le parti ni pour la lutte contre le système. Le point le crucial à retenir est le besoin de réarmer le PCF d’un programme authentiquement communiste et révolutionnaire, qui annonce clairement la nécessité de casser l’emprise du capital sur la société dans son ensemble au moyen de l’appropriation révolutionnaire et démocratique de tous les leviers essentiels de l’économie et de l’État, et l’introduction d’une planification démocratique des ressources nationales et des moyens de production dans l’intérêt des travailleurs. Sur cette base, dans le cas d’une candidature présidentielle du PCF ou dans le cas d’un soutien critique d’un candidat LFI, compte tenu des circonstances concrètes du scrutin, la campagne contribuera à l’avancement de notre cause. En revanche, une candidature du PCF sur un programme dont les traits essentiels ressemblent au programme de LFI ne permettra pas au PCF de remonter la pente.

L’urgence de communisme soulève un certain nombre d’idées qui méritent d’être fraternellement discutées entre communistes, mais ne constitue pas une base politique et programmatique sérieuse pour la lutte contre le capitalisme.


Fraternellement,
GdM
"Un seul véritable révolutionnaire dans une usine, une mine, un syndicat, un régiment, un bateau de guerre, vaut infiniment mieux que des centaines de petits-bourgeois pseudo-révolutionnaires cuisant dans leur propre jus."
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Re: fil "interventions de La Riposte"

Message par com_71 » 27 Jan 2023, 17:38

Si jamais, par exemple, la présentation d’un candidat PCF privait un candidat LFI de passer au deuxième tour, ce ne serait pas dans l’intérêt de la lutte contre le capitalisme et ses représentants politiques.


S'il s'agit d'évoquer un 2e tour LFI-PCF, c'est de la science-fiction. S'il s'agit du 1er tour c'est la justification à l'avance de bien des démissions politiques possibles.
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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com_71
 
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