Diversité... des oiseaux

Et lutte contre les pseudo-sciences et les obscurantismes

Re: Diversité... des oiseaux

Message par Plestin » 10 Avr 2020, 09:33

Juste quelques hypothèses sur la base de mes posts précédents. Ce ne seront pas des affirmations, mon but n'est pas de faire un cours mais de vous soumettre les hypothèses que je fais et voir si des points de vue différents, objections ou autres s'expriment :

- On a affaire à des oiseaux aux formes et comportements nuptiaux spectaculaires. Qu'il s'agisse des oiseaux jardiniers, des paradisiers ou des manakins, la sélection sexuelle est un puissant moteur évolutif. D'autant plus puissant que, fréquemment, un même mâle fertilisera de nombreuses femelles. Cela se traduit clairement par les particularités du plumage ou les capacités physiques étonnantes qui sont sélectionnées au fil du temps et relèvent de la génétique. Les femelles ont choisi "les plus grands", "les plus petits", "les plus bleus", "les plus rouges", "les meilleurs chanteurs", "les meilleurs danseurs" à leurs yeux... et ceux-ci ont la possibilité de transmettre leurs gènes largement, ce qui favorise la diffusion du caractère concerné (ou d'une particularité qui lui est liée, comme une structure osseuse permettant certaines acrobaties) au sein de l'espèce et peut finir par créer une nouvelle population qui se distingue des autres et donne naissance à une nouvelle espèce. (Tous les paradisiers semblent issus d'un même ancêtre qui avait l'allure d'un corbeau et serait apparenté aux corbeaux).

- Mais, il est remarquable de constater aussi la forte part de l'apprentissage et des "répétitions générales avant le grand soir" :D dans les comportements nuptiaux. Choses qui ne relèvent pas en totalité et peut-être pas du tout de la génétique et qui sont transmissibles par imitation des mâles entre eux (voire des femelles entre elles). Une sorte de "culture" de la parade nuptiale où chacun imite et quelques-uns sans doute innovent, et à nouveau la femelle choisit ? A moins qu'un autre critère guide le choix de la femelle et que telle caractéristique se trouve sélectionnée parallèlement, car "embarquée" en même temps que ce critère principal ?

- Toutes ces évolutions représentent toutefois un effort considérable pour l'oiseau, souvent les mâles s'entraînent quotidiennement et dépensent beaucoup d'énergie, ce qui est sans doute favorisé par un milieu naturel très très riche en nourriture tel que celui des forêts tropicales et équatoriales. Et aussi, parfois, par l'absence de prédateurs (en Nouvelle-Guinée). Pour autant, d'autres espèces d'oiseaux des mêmes régions n'auront pas forcément développé des caractéristiques aussi extraordinaires. Dans un milieu riche, il y a aussi la simple possibilité de proliférer "comme des lapins" en s'accaparant le maximum de nourriture disponible. Ce n'est pas la voie suivie par ces oiseaux. Il y a donc plusieurs voies d'évolution possibles, mais celles permises par un certain développement cérébral de l'oiseau ne sont-elles pas, ici, les plus déterminantes ? Tant pour les capacités du mâle que pour les capacités de choix de la femelle ?

- Le fait d'avoir évolué dans cette direction-là (plutôt que l'adaptation à des milieux très différents grâce à l'adoption de comportements alimentaires variés), n'est-il pas un facteur de fragilité pour ces groupes d'oiseaux, très exposés au recul de la forêt tropicale, quand d'autres (dont les étourneaux et... les moineaux et les mésanges, mais aussi certains oiseaux de la famille des corbeaux, corneilles, pies et geais) ont su carrément tirer parti de la proximité humaine ?

- On a vu la capacité étonnante de l'oiseau-lyre non seulement d'apprendre à répéter les bruits les plus invraisemblables dans son entourage (comme les étourneaux), mais, mieux, d'intégrer ces bruits dans sa parade nuptiale. L'oiseau-lyre montre donc des capacités d'adaptation à la présence humaine (puisqu'il adopte des bruits humains) et en effet, il n'a pas la même fragilité que les paradisiers et autres et n'est pas menacé. A-t-il réussi, d'une certaine façon, une évolution simultanée dans deux directions ? Trouvé moyen de tirer parti de la proximité humaine sur un plan reproductif, pas ou pas seulement via un quelconque avantage alimentaire mais via un avantage "culturel" participant à la sélection sexuelle dans son espèce, sélection qui se traduirait non dans le plumage (la queue en lyre est apparue bien avant la proximité des hommes) mais désormais sous l'angle du développement cérébral ?

Voilà. On pourra aussi parler des moineaux et des mésanges, excellent choix. ;)
Plestin
 
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Plestin » 12 Avr 2020, 17:31

N'hésitez pas à faire des remarques, à tenter de répondre aux questions, contester les hypothèses etc. (ou proposer d'autres oiseaux...)

Des camarades ont évoqué les moineaux et, en l'occurrence le plus connu et répandu d'entre eux (en France), le moineau domestique (Passer domesticus). Que l'on peut voir par exemple ici ; le mâle est plus coloré que la femelle (on peut constater la différence dès la première séquence) ; il a une calotte grise plus ou moins étendue commençant sur le front et pouvant recouvrir en partie ou en totalité le dessus du crâne, ce qui permet de le distinguer d'autres espèces de moineaux vivant dans les mêmes régions.

https://www.youtube.com/watch?v=ia9muzatJ6U

Le moineau domestique se caractérise par :

- Sa sociabilité très élevée (ce qui n'empêche pas les bagarres), qui se traduit par l'existence de colonies de moineaux et d'un fonctionnement fréquent en bandes, sociabilité qui s'étend à d'autres espèces puisque les moineaux se mélangent volontiers à d'autres oiseaux (dont les pigeons).

- Son impressionnante capacité à se reproduire : 3 à 6 oeufs par nid voire 8, la première nichée étant suivie d'une seconde voire d'une troisième dans la même saison. Les jeunes sont eux-mêmes vite en état de se reproduire, parfois dès la saison reproductive suivante. Les couples sont monogames et durent toute la vie, ils sont fidèles à... un même nid, mais pas toujours très fidèles à leur conjoint, il semblerait que 15% des oisillons ont un autre père biologique que celui attendu... Il peut arriver qu'un mâle fonctionne avec deux femelles mais cela reste rare car sans qu'on sache si l'on peut vraiment parler de "jalousie", force est de constater que les femelles peuvent se battre entre elles. Les mâles aussi, d'ailleurs. Les conflits, quelle qu'en soit la cause, sont fréquents et parfois violents.

https://www.youtube.com/watch?v=1-vNramvkrA

https://www.youtube.com/watch?v=uD-NQsena78

- Sa capacité à s'adapter à la présence humaine jusque dans les villes modernes. On note toutefois un déclin dans les grandes agglomérations (dont Paris), dû à la disparition des cavités où le moineau peut nicher et de la nourriture dont il a besoin (graines toute l'année, insectes surtout en période de reproduction). Ici, des bénévoles s'intéressent à la question et deviennent des "militants du moineau" à Saint-Gilles près de Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=LUKHMJor2Co

En fait, le moineau domestique est très lié à l'homme et cela ne date pas d'hier... L'espèce est originaire du Moyen-Orient et a suivi l'homme depuis le néolithique, au fur et à mesure de l'extension de l'agriculture, vivant à ses côtés et aux dépens de ses récoltes (mais consommant aussi des insectes nuisibles) malgré le risque lié à son piégeage et aux chats. Il s'est adapté à toutes les étapes de l'histoire humaine jusqu'à aujourd'hui. L'espèce dans son ensemble n'est pas du tout menacée malgré son déclin dans les plus grandes villes. Le moineau préfère la proximité humaine mais peut, aussi, vivre éloigné de l'homme.

Aujourd'hui, le moineau domestique est présent sur un territoire très vaste en Europe, Asie et Afrique du Nord et a été introduit dans de nombreuses autres régions du monde :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moineau_d ... bution.png

Le moineau est présent sur une aire géographique vaste mais reste très sédentaire, ce qui, allié à une reproduction rapide, a favorisé l'émergence de nouvelles sous-espèces voire espèces. Le moineau domestique a donc de nombreuses sous-espèces identifiées et réparties en deux grands groupes : "domesticus" et "indicus" (ce dernier groupe dans le sud de l'Asie). L'Iran qui est au contact des deux populations, a des formes intermédiaires.

Il existe d'autres espèces de moineaux en Europe. Le mâle du moineau espagnol (Passer hispaniolensis) est reconnaissable à sa calotte châtain, ses sourcils blancs et ses flancs striés. L'espèce est présente en Afrique du Nord, dans le sud et le centre du Portugal et de l'Espagne, dans la plupart des îles méditerranéennes (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète, Chypre...), une partie des Balkans, la Turquie et le Moyen-Orient.

https://www.youtube.com/watch?v=tj0B_NDQHt0

Et, en Italie, dans la totalité du pays, on rencontre le moineau cisalpin (Passer italiae) à calotte et nuque marron, avec juste une ébauche de sourcil clair. Il est issu d'une hybridation entre le moineau domestique et le moineau espagnol qui a fini par se stabiliser comme une espèce à part entière (ou une sous-espèce de l'un ou l'autre moineau selon certains). Il existe des zones de contact d'un côté avec le moineau domestique (dans une partie des Alpes italiennes et en France en région PACA et Corse) et de l'autre avec le moineau espagnol (dans le sud de l'Italie et l'Italie insulaire), et au sein de celles-ci, il peut y avoir des formes intermédiaires ! Le moineau cisalpin s'est adapté à la fois à la ville et à la campagne et peut vivre près ou loin de l'Homme.

https://www.youtube.com/watch?v=0Pt2VZ-dSts

Autre espèce bien présente en France, le moineau friquet (Passer montanus), un peu plus petit que le moineau domestique, a une calotte brune et est très reconnaissable grâce à la tache noire sur sa joue blanche. Contrairement aux autres moineaux déjà cités, mâle, femelle et jeunes ont le même plumage d'où l'impression étrange qui se dégage de la petite vidéo suivante ;

https://www.youtube.com/watch?v=X3C_hpTxRd0

Le moineau friquet est largement répandu depuis le nord du Portugal jusqu'au Japon et à l'Asie du Sud-Est, mais il n'a pas eu la même capacité d'adaptation que le moineau domestique et souffre plutôt de l'urbanisation et de la transformation des campagnes. Il est resté très lié à l'agriculture traditionnelle et ses points de résistance au déclin sont précisément dans les régions qui la pratiquent toujours. La disparition des vieux vergers d'une part et des vieux murs et ruines d'autre part, lieux où il préférait nicher, semble lui porter préjudice. Pendant la saison de reproduction (avril à juin), il est davantage insectivore que le moineau domestique et donc plus exposé à la baisse de certaines populations d'insectes. Il est concurrencé, dans les lieux de nichage qui subsistent, par les moineaux domestiques, les étourneaux sansonnets et les martinets noirs. Il lui arrive de s'adapter à la ville là où le moineau domestique n'est pas présent (en Asie de l'Est par exemple). Dans certaines régions comme l'Asie centrale, curieusement, c'est lui l'oiseau urbain tandis que le moineau domestique est rural :?

Il y a encore beaucoup d'autres espèces de moineaux, notamment en Asie et en Afrique.

Certaines qui vivent dans des régions désertiques où les ressources alimentaires sont plus limitées, sont moins sociables, par exemple le moineau des saxaouls (Passer ammodendri) d'Asie centrale, dont les couples s'isolent en période de reproduction. Il est bien plus discret que le moineau domestique et ses mœurs sont mal connues. Ici, le mâle d'un couple du désert de Gobi ayant niché dans... l'arbuste dénommé saxaoul :

https://www.youtube.com/watch?v=C_448TSkzoY

Un oiseau autrefois improprement appelé "pinson des neiges" et dont on sait désormais que c'est un moineau, la niverolle alpine (Montifringilla nivalis), a comme le moineau domestique un "passé" intéressant. Il semble que la niverolle ait largement peuplé l'Europe lors des dernières glaciations puis, avec le recul des glaces, elle s'est réfugiée en altitude et a fini "piégée" en haute montagne dans les Alpes d'une part et les Pyrénées d'autre part. Elle occupe des zones où on ne voit pas le moineau domestique. D'autres niverolles ont connu le même sort dans l'Himalaya et on peut les y rencontrer jusqu'à 5.000 m d'altitude. La niverolle alpine a su tirer parti de la proximité humaine... dans les stations de sports d'hiver !

https://www.youtube.com/watch?v=q8WHGfcZd-o

https://www.youtube.com/watch?v=o69SVy2f_7E

L'Afrique abrite beaucoup d'espèces de moineaux. L'une d'entre elles est le républicain social (Philetairus socius) qui vit dans le sud-ouest de l'Afrique (Namibie, Afrique du Sud, Botswana). Il n'a pas besoin de boire beaucoup pour survivre du moment qu'il peut trouver l'eau nécessaire dans son alimentation (graines, insectes, acariens...) et a donc pu développer un comportement très sociable en milieu semi-désertique. Cela prend un aspect spectaculaire avec la construction de nids collectifs géants où peuvent vivre jusqu'à 500 oiseaux et qui sont tellement gros qu'ils peuvent parfois casser l'arbre ou le poteau qui les supporte. Ces nids sont des régulateurs de température (il y fait meilleur la nuit et plus frais le jour) et sont donc occupés toute l'année, par des générations successives d'oiseaux (parfois sur un siècle !) Ils sont difficiles d'accès pour les prédateurs, mais certains serpents parviennent à piller les nids :

https://www.youtube.com/watch?v=jb2oE9DIvNs

Une autre espèce de moineau d'Afrique de l'Est, le moineau d'Emin (Passer eminibey), évolue de façon étrange et se transforme peu à peu en parasite d'un autre moineau, le républicain d'Arnaud (Pseudonigrita arnaudi). Elle est capable de faire son propre nid et continue à le faire dans certaines régions, mais dans d'autres elle a largement pris l'habitude d'utiliser les nids non occupés dans les colonies de républicains d'Arnaud, et cesse d'en construire elle-même. Ce pourrait être, selon certains ornithologues, une étape vers un parasitisme plus poussé comme celui du coucou.
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Plestin » 18 Avr 2020, 17:51

Les mésanges, qui ont été évoquées par com_71, forment un autre groupe d'oiseaux passionnant à bien des égards. Des oiseaux souvent peu farouches, curieux, capables de positions acrobatiques, grands mangeurs d'insectes.

Les deux mésanges les plus répandues en France sont la mésange bleue (Cyanistes caeruleus) et, plus grande, la mésange charbonnière (Parus major).

Ce sont des oiseaux qui, dans de bonnes conditions de captivité, peuvent parfois vivre assez longtemps, jusqu'à 10 ans pour la mésange bleue et 15 ans pour la mésange charbonnière, mais qui dans la nature dépassent rarement 2 ou 3 ans ! Les mésanges paient un lourd tribut aux prédateurs (notamment aux chats) et aux aléas climatiques (il y a peu de migrations, beaucoup de mésanges passent l'hiver dans leur région habituelle mais les hivers rudes en tuent un grand nombre). La mortalité dans la nature est très élevée dès la première année (38% de survie pour les juvéniles chez les mésanges bleues et 53% de survie chaque année pour les adultes ensuite) mais cela est compensé par une ponte abondante (ex. : 7 à 16 oeufs par couvée pour la mésange bleue et souvent deux couvées par an). Si d'aventure de nombreuses mésanges charbonnières survivent et qu'une situation de surpopulation apparaît localement, cela peut déclencher une migration vers une autre région, ce qui est inhabituel pour ces oiseaux.

La population des mésanges peut être localement menacée, mais il y a malgré tout une différence entre les mésanges dites "généralistes" (telles que celles de com-71 qui sont probablement des mésanges charbonnières ou des mésanges bleues) qui s'adaptent à une grande variété de ressources et dont la population reste assez stable (sauf en France), et les mésanges dites "spécialisées" (qui dépendent par exemple très fortement de la présence de bois mort dans les forêts comme la mésange huppée ou la mésange boréale, ou qui sont sensibles au morcellement des forêts comme ces deux mêmes espèces et la mésange noire) qui régressent nettement.

Les mésanges, surtout les "généralistes", se sont très bien adaptées à l'utilisation de divers objets humains pour y nicher, que ce soit un nichoir artificiel, une boîte aux lettres, le creux d'un parpaing, une vieille canalisation abandonnée... Beaucoup fréquentent aussi les mangeoires à oiseaux et les boules de graisse suspendues par l'homme pour les oiseaux à la mauvaise saison. Les mésanges ont, malgré leur vie courte, une grande capacité d'apprentissage et l'exemple le plus connu est celui des bouteilles de lait en Angleterre, traditionnellement livrées et laissées sur le perron des maisons ; depuis les années 1920, certaines mésanges bleues ont appris à percer la capsule pour se régaler de la crème à la surface du lait. Le phénomène s'est répandu progressivement dans tout le pays et concerne aussi la mésange charbonnière voire la mésange noire. Cela a permis de soupçonner un phénomène "culturel" basé sur l'imitation de proche en proche, mais une étude a remis cela en cause et a montré que la pratique se répand même plus vite chez les oiseaux qui observent une bouteille déjà décapsulée (et en déduisent d'eux-mêmes qu'il faut percer les capsules d'autres bouteilles) que chez ceux qui voient faire un autre oiseau (donc par simple imitation). Il y aurait donc davantage de "nouveaux inventeurs" que "d'imitateurs".

Les mésanges sont d'extraordinaires chasseurs d'insectes et en particulier de chenilles et de larves, mais aussi d'insectes adultes. Une seule mésange bleue peut suffire à protéger 40 arbres fruitiers des insectes ravageurs ! A l'automne, la mésange bleue fait des stocks pour l'hiver et un couple est capable de stocker 14 kg de chenilles ! (Il faut bien cela car il oubliera une partie de ses cachettes). La consommation d'insectes est également très élevée pendant la période de reproduction. On retrouve des caractéristiques semblables chez les autres mésanges et celles qui vivent par exemple dans les forêts de conifères sont capables de faire une grosse consommation d'insectes ravageurs des conifères. La protection des mésanges est donc essentielle pour garder le contrôle des populations d'insectes (vers de la pomme, pucerons, mineuse du marronnier...) et maintenir en état des vergers productifs et des forêts saines. Certaines mésanges s'attaquent même aux chenilles processionnaires.

Certains oiseaux peuvent participer à des "volées mixtes d'alimentation", alias rondes mixtes, où des bandes de deux espèces ou plus parcourent ensemble un espace à la recherche de nourriture. On peut y retrouver différentes mésanges ou des espèces proches (mésange bleue, mésange charbonnière, orite à longue queue) mais aussi des oiseaux très différents comme les roitelets ou les grimpereaux. Les mésanges plus casanières comme la mésange nonnette ne participent à ce phénomène que tant qu'il se déroule sur leur territoire et le quittent dès qu'il en sort.

Ici, une petite vidéo de mésanges bleues. La mésange bleue est une mésange très colorée et très répandue en France. On la rencontre dans presque toute l'Europe à l'exception du nord de la Scandinavie, et jusqu'en Asie mineure.

https://www.youtube.com/watch?v=HQ7cwRjsH-I

Dans cette vidéo de quelques secondes, une mésange bleue chasse de tout petits insectes (probablement des pucerons) :

https://www.youtube.com/watch?v=-4PF-DR0e_g

La couleur du plumage a un rôle fondamental dans le comportement reproducteur de la mésange bleue.

Les couleurs bleue et blanche du plumage sont des couleurs structurelles, c'est la structure même de la plume qui en renvoyant certaines longueurs d'onde de la lumière la fait apparaître bleue ou blanche. La couleur jaune vif du ventre est due à une concentration de pigments caroténoïdes apportés par l'alimentation (une famille de pigments allant du jaune au rouge et du rose à l'orange, comme celui qui rend rose le flamant rose), et l'intensité du jaune peut varier en fonction de celle-ci.

Pour l'homme il y a peu de différence visible entre le plumage du mâle et celui de la femelle, mais pour les oiseaux eux-mêmes qui sont capables de percevoir les rayonnements UV, la calotte bleue du mâle se distingue en renvoyant davantage les UV que celle de la femelle.

Il existe un phénomène de sélection sexuelle complexe et intéressant en lien avec la couleur chez la mésange bleue. Les femelles les plus colorées ont tendance à rechercher les mâles les plus colorés, notamment ceux avec une couleur bleue plus intense (le jaune ne compte pas autant), et le couple a tendance à davantage s'occuper de la nichée. Inversement, les femelles moins colorées ont tendance à rechercher des mâles moins colorés, et lorsque le mâle est moins coloré elles s'occupent souvent moins de leur nichée.

Sauf que quand le mâle est plus "coloré" (UV notamment), la femelle pourra donner jusqu'à 70% de poussins mâles et quand le mâle est "peu coloré" il pourra y avoir jusqu'à 70% de poussins femelles, ce qui oblige donc malgré tout à maintenir un certain brassage génétique entre les uns et les autres, sans que cela ne conduise à l'émergence de deux espèces, l'une très colorée et l'autre moins. Il n'y a pas de sélection exclusive des "plus bleus". Et le succès reproductif, à la fin, dépend moins du fait que les parents s'occupent bien de la nichée, que de la richesse de leur territoire en ressources alimentaires autorisant les 50 becquées par jour et par poussin pendant les deux premières semaines...

Les mésanges bleues mêlent volontiers, parmi les matériaux utilisés pour confectionner le nid, des plantes ayant des propriétés antiseptiques, insecticides ou fongicides (bien que cela ne suffise pas à éloigner certains parasites). Une étude menée en Corse a démontré que ces plantes étaient repérées par l'odorat, alors que l'odorat est réputé jouer un rôle mineur dans la vie de la plupart des oiseaux.

Ici, une proche parente de la mésange bleue, la mésange azurée (Cyanistes cyanus) qui vit en Europe de l'Est (jusqu'en Russie), en Europe centrale et en Europe du Nord.

https://www.youtube.com/watch?v=OJ-_WXGkuO4

Une autre proche parente, la mésange nord-africaine (Cyanistes teneriffae) qui vit en Afrique du Nord de la Libye au Maroc, mais aussi aux îles Canaries et qui n'est reconnue que depuis peu comme une espèce distincte de la mésange bleue :

https://www.youtube.com/watch?v=t2y-pncLMy0

La mésange charbonnière est peut-être encore plus commune que la mésange bleue et elle est largement répandue depuis l'Afrique du Nord et l'Europe de l'Ouest jusqu'en Asie centrale. On la rencontre dans tous types de forêts (feuillus, conifères ou mixtes) et elle visite souvent les jardins, voire niche à proximité des habitations. Elle est capable d'utiliser une aiguille de pin comme outil pour extirper des larves que son bec ne peut atteindre.

Ici, une vidéo amateur bien faite, permettant de suivre une famille de mésanges charbonnières de l'éclosion jusqu'à l'envol. Les parents alimentent les poussins et nettoient le nid de leurs déjections et des déchets. Le pourtour et les commissures du bec des poussins sont vivement colorés ce qui permet aux parents de mieux les repérer dans la pénombre d'un nid :

https://www.youtube.com/watch?v=qQjiEL8mR7Q

La mésange charbonnière se nourrit d'insectes, araignées et autres petits animaux (régime quasi exclusif en période de reproduction), de graines, de fruits et baies... Mais il lui arrive parfois de compléter son régime en attaquant des animaux presque aussi gros qu'elles, en particulier d'autres oiseaux ou des chauve-souris en train d'hiberner, en leur brisant le crâne pour manger leur cerveau. Cela semble lui fournir un complément nutritionnel utile pour passer l'hiver.

Ici, exemple de comportement prédateur d'oiseaux en Finlande, une mésange charbonnière attaque un sizerin flammé (oiseau proche du chardonneret) :

https://www.youtube.com/watch?v=4igkGoBFd_M

Etroitement apparentée à la mésange charbonnière, la mésange de Chine (Parus minor) vit dans le sud-est de l'Asie :

https://www.youtube.com/watch?v=K8doxYsJmo4

La mésange nonnette (Poecile palustris) est elle aussi très répandue en France, mais elle est un peu moins visible. Elle affectionne les bois de feuillus, parcs et jardins avec une certaine attirance pour les lieux humides. Son aire de répartition est discontinue : d'une part, dans une zone allant de la France jusqu'à l'Asie mineure, d'autre part, en extrême orient (Mongolie, Sibérie orientale, Mandchourie, Corée, Japon). La nonnette niche dans un trou d'arbre et, contrairement aux autres mésanges, elle n'a qu'une seule couvée par an. Ici, une mésange nonnette, en zone humide :

https://www.youtube.com/watch?v=MVsvdTzfekI

Ici, des mésanges nonnettes dans différentes situations :

https://www.youtube.com/watch?v=LPEHo6aMJuU

Ici, une mésange boréale (Poecile montanus), très proche et très difficile à distinguer de la nonnette (arrière des joues plus blanc, calotte noire plus mate et un peu plus grande, bavette noire un peu plus grande). On la rencontre dans une grande partie de l'Europe (depuis un grand quart nord-est de la France jusqu'en Scandinavie) et jusqu'au nord de la Russie. Elle fréquente plus volontiers les forêts de conifères. Elle niche dans une cavité qu'elle creuse elle-même (contrairement à la nonnette) et son cri est moins élaboré. Son existence est très dépendante de la présence de bois mort et un nettoyage excessif des forêts lui est préjudiciable.

https://www.youtube.com/watch?v=Rayc2HY-Pb0

La mésange huppée (Lophophanes cristatus) est une mésange plus discrète et moins prolifique que les précédentes et vit surtout dans les forêts de conifères ou les forêts mixtes de conifères et de feuillus (bouleaux...) En Espagne on la trouve aussi dans les forêts de chênes-lièges. Elle se rencontre depuis le Maghreb jusqu'à la Scandinavie et à la Russie. Son existence est comme pour la mésange boréale très liée à la présence de bois mort. Elle consomme beaucoup d'insectes parasites des arbres. Ici, des mésanges huppées dans différentes situations (dont sur du bois mort) :

https://www.youtube.com/watch?v=XLLAygXKgPA

La mésange noire (Periparus ater) est la plus petite des mésanges, répandue dans toute l'Europe, en Asie jusqu'au Japon, et en Afrique du Nord. Elle vit dans les forêts de conifères, mais aussi les forêts mixtes et parfois les parcs et jardins. En France on la trouve plutôt dans les forêts de montagne, mais la multiplication des plantations d'épicéas a étendu ses possibilités. Les populations les plus nordiques peuvent effectuer des migrations qui les amènent en Europe centrale voire du Sud pendant l'hiver, les individus plus sédentaires doivent trouver comment survivre malgré les rigueurs de l'hiver et peuvent exploiter les caches de nourriture qu'ils ont constitués à l'automne. Ici, une mésange noire s'alimente des graines d'un conifère :

https://www.youtube.com/watch?v=YaB4MWciF9U

Quelques autres mésanges :

La mésange bicolore (Baeolophus bicolor) qui vit dans le nord-est des Etats-Unis et le sud du Canada (région des Grands Lacs notamment) :

https://www.youtube.com/watch?v=rPfe-8Vfe-o

La mésange à tête noire (Poecile atricapillus) qui ressemble beaucoup à la nonnette et à la boréale, est la plus commune des mésanges d'Amérique du Nord. Ici, des mésanges plus ou moins gourmandes viennent se servir en graines dans la main de l'homme :

https://www.youtube.com/watch?v=jVYYs8L6vDs

La mésange à dos marron (Poecile rufescens), elle aussi apparentée, vit dans l'ouest des États-Unis et du Canada, depuis l'Alaska jusqu'à la Californie :

https://www.youtube.com/watch?v=lV6KcDsAYwE

La mésange à dos tacheté (Machlolophus spilonotus) qui vit de l'Himalaya au Vietnam, ici dévorant une chenille velue avant de "passer le plat" à un congénère :

https://www.youtube.com/watch?v=Jij-TKpuSeI

La très belle mésange sultane (Melanochlora sultanea) d'Asie du Sud-Est :

https://www.youtube.com/watch?v=v1YIO-Cw_04

La mésange élégante (Pardaliparus elegans) d'Asie du Sud-Est :

https://www.youtube.com/watch?v=k5wCDoDI2QQ

La jolie mésange variée (Sittiparus varius) qui vit au Japon, en Corée et dans le nord-est de la Chine et de la Russie :

https://www.youtube.com/watch?v=03Oimd-ifRY

La mésange nègre (Melaniparus niger) ou mésange noire du Sud, qui vit en Afrique australe :

https://www.youtube.com/watch?v=UWfnW9C4yAY

Depuis 2004 on a la confirmation, grâce à la phylogénétique (qui permet de retrouver le degré de parenté génétique entre espèces), qu'un oiseau étrange aux moeurs terrestres et au bec long et incurvé, vivant au nord de l'Himalaya et que l'on croyait proche de certains corbeaux terrestres (les podoces), est en fait une mésange, la mésange de Hume (Pseudopodoces humilis) :

https://www.youtube.com/watch?v=qcSywV8aUAQ

Pour les mêmes raisons (la phylogénétique), depuis une douzaine d'années, l'ancienne famille des mésanges, les Paridés, a été éclatée en trois familles, dont une seule garde le nom de Paridés. Ce phénomène de repositionnement affecte de nombreuses espèces d'oiseaux au fur et à mesure de l'évolution des connaissances. Aussi, de tous ces oiseaux qui s'appelaient encore mésanges il y a peu et figurent certainement sous cette dénomination dans vos vieilles encyclopédies, seuls les actuels Paridés (ceux que l'on a déjà vus) sont encore appelés ainsi. Ils sont caractérisés par la construction de nids assez frustes situés dans des cavités.

Les autres, construisant des nids complexes, ont dû être renommés en abandonnant le terme "mésange" et ont été répartis en deux familles. La "mésange rémiz" est devenue la "rémiz penduline", chef de file de la famille des Rémizidés. La "mésange à longue queue" doit maintenant s'appeler "orite à longue queue", représentant le plus connu de la famille des Aegithalidés.

La rémiz penduline (Remiz pendulinus), ex-"mésange rémiz" est présente en France (Gard, Hérault, Camargue) ainsi que plus largement depuis l'Europe du Sud jusqu'au Moyen-Orient et à l'Asie centrale. Son nid suspendu très élaboré, en forme de poire et doté d'un couloir d'accès latéral, est tapissé de poils, laines végétales et autres matériaux doux et présente un aspect feutré ; il était encore utilisé par l'homme, dans la première moitié du XXème siècle, pour faire des chaussons d'enfants. La rémiz vit de préférence dans les zones humides mais élabore son nid dans les arbres ; si elle choisit de nicher plutôt dans les roseaux, le nid change de forme et devient cylindrique ou sphérique. Une fois que la femelle est installée dans le nid, elle chasse le mâle car celui-ci continue sans relâche d'amener des matériaux de construction au risque de la submerger. Le mâle part alors courtiser une autre femelle et peut ainsi participer à la construction de deux, voire trois nids différents.

https://www.youtube.com/watch?v=6fjyILv9RXk

Les rémiz africaines du genre Anthoscopus construisent des nids encore plus complexes, avec une fausse entrée et une fausse chambre permettant de tromper les prédateurs (serpents ou autres) et une véritable entrée plus discrète, à pavillon mobile fonctionnant comme une porte solide que peuvent aussi bien fermer les adultes de l'extérieur que les oisillons de l'intérieur. (La couvée étant très bien protégée, les adultes de ces espèces ont perdu les stratégies classiques d'éloignement des prédateurs consistant par exemple à traîner une aile et faire semblant d'être blessé pour les attirer loin du nid.)

Ici, une photo de la rémiz de Carl (Anthoscopus caroli) :

https://www.flickr.com/photos/ruslou/6181252535

L'orite à longue queue (Aegithalos caudatus), ex-"mésange à longue queue", habite presque toute l'Europe et se rencontre dans le centre de l'Asie jusqu'au Japon. Elle a un caractère très sociable, vif, joyeux et ne présente pas l'agressivité des mésanges. Elle est très reconnaissable aux plumes rosées de son dos et à sa longue queue. Elle vit en petites bandes de 6 à 12 oiseaux, qui peuvent facilement se mêler à d'autres espèces et notamment aux mésanges. L'hiver, les membres de la bande se réchauffent en se blottissant les uns contre les autres. Pendant la saison reproductive, elle s'isole par couples et entame la longue construction du nid qui prend en moyenne 3 semaines (la moitié pour l'extérieur, l'autre pour l'intérieur). Celui-ci est en forme de gros œuf vertical, avec une entrée latérale dans la partie haute. L'extérieur est si bien recouvert de lichens, écorces ou toiles d'araignées que le nid passe facilement inaperçu dans les arbres. L'intérieur est tapissé d'un nombre phénoménal de plumes, jusqu'à 2.000 provenant de différentes espèces d'oiseaux, chaque plume ayant nécessité un trajet.

Ici, l'orite à longue queue dans différentes situations :

https://www.youtube.com/watch?v=0ZMeo-EQz_A

Les variétés nordiques se distinguent par leur tête entièrement blanche :

https://www.youtube.com/watch?v=JNOGSJzcAiI

Enfin, un autre oiseau parfois appelé "mésange à moustaches" et dont on a compris depuis longtemps qu'il ne faisait pas partie des vraies mésanges, est aujourd'hui dénommé panure à moustaches (Panurus biarmicus). Sa classification a varié et finalement il lui a été créé une nouvelle famille rien que pour lui : les Panuridés. Le panure à moustaches est un oiseau sociable qui vit en petites colonies près des points d'eau, dans les roselières où il se faufile avec une grande habilité. Lorsqu'il vole, c'est souvent au ras du sommet des roseaux. Il y a une nette différence de plumage entre le mâle (seul à avoir des "moustaches" noires) et la femelle. La queue est longue comme chez l'orite à longue queue. Le panure à moustaches est répandu de la Bretagne et des étangs du Languedoc jusqu'aux Pays Baltes, à la mer Noire et à la mer Caspienne, mais son aire est très morcelée et l'espèce a beaucoup souffert de l'assèchement des marécages et de leur mise en culture.

Ici, le panure à moustaches (principalement des mâles, quelques femelles entr'aperçues) dans différentes situations :

https://www.youtube.com/watch?v=2Lja5J-b2S0

Parmi toutes les espèces que j'ai mentionnées, 9 peuvent se rencontrer en France : les mésanges bleue, charbonnière, nonnette, boréale, huppée, noire, la rémiz penduline, l'orite à longue queue et le panure à moustaches.

Pour finir : dans cette petite vidéo tournée en Russie, quatre espèces se côtoient pour s'alimenter en graines déposées sur un tronc par l'homme : la mésange charbonnière, la mésange noire, la mésange boréale et l'orite à longue queue ; amusez-vous à les reconnaître ! (A 1:41 on aperçoit même très brièvement un autre oiseau, une sittelle).

https://www.youtube.com/watch?v=zMxIQc9R850
Plestin
 
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par artza » 18 Avr 2020, 18:24

Par solidarité internationaliste et discipline révolutionnaire de parti (le parti historique s'entend), l'oiseau que je préfère est oiselle, c'est la mésange charbonnière puit, puit ;)
artza
 
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Cyrano » 18 Avr 2020, 18:59

et aussi, peut-être, parce qu'elle est vraiment belle? même si elle fait un peu guindée avec sa cravate noire.
Y'en a une qui chante le matin, perchée sur une haute branche d'un grand tilleul entre chez moi et le voisin. Avec les petites feuilles vert tendre qui s'élargissent à vue d'oeil, ce matin, je ne suis pas arrivé à la voir.
Cyrano
 
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Plestin » 03 Mai 2020, 20:06

Je reviens sur un sujet qui a pu en surprendre plus d'un, celui de la proportion de mâles et femelles dans la nichée des mésanges bleues en fonction de la coloration plus ou moins vive du mâle et plus généralement du couple.

Apparemment, la femelle a cette capacité de moduler le sexe de la futur nichée en accroissant la proportion de mâles ou bien celle de femelles. Il n'y a pas que la mésange bleue dans ce cas, on le retrouve chez quelques autres espèces d'oiseaux. On n'en comprend pas bien les mécanismes et d'ailleurs, il est probable que ce ne soient pas les mêmes mécanismes chez toutes les espèces concernées. Mais il est logique que la clé de l'énigme se situe chez les femelles.

L'étude de ce qui conduit un oiseau à devenir mâle ou femelle est complexe et les connaissances sont incomplètes. Les analogies avec les mammifères et l'homme sont limitées. Contrairement aux mammifères où les chromosomes sexuels X et Y sont répartis en XX chez les femelles et XY chez les mâles, les oiseaux ont des chromosomes sexuels Z et W qui sont répartis en ZW chez les femelles et ZZ chez les mâles. C'est donc la femelle qui porte la diversité des chromosomes sexuels. Et le chromosome W a la propriété de modifier un peu Z lorsqu'il lui est apparié, phénomène spécifique aux oiseaux !

Z et W ne correspondent pas strictement aux X et Y des mammifères et ne sont pas situés aux mêmes endroits. Le chromosome Z par exemple est à peu près l'équivalent d'un chromosome humain de la 9ème paire qui aurait récupéré des bouts des 5ème, 8ème et 18ème paires, alors que les chromosomes sexuels X et Y chez l'homme forment la 23ème paire.

Enfin, la différenciation sexuelle chez les oiseaux est plus fortement dépendante de la présence ou non de certaines hormones que chez les mammifères, point que les oiseaux ont en commun avec les autres vertébrés terrestres ("reptiles" et "amphibiens"). On retrouve des hormones connues chez les mammifères, comme la testostérone et les œstrogènes.

Le cas de la mésange bleue me semble avoir des points communs avec ceux du canari (Serinus canaria, forme domestique) et du diamant mandarin (Taeniopygia guttata), qui ont fait l'objet d'études. Celles-ci ont montré que les variations du taux de testostérone chez les embryons ont un lien avec le statut social des femelles, celles ayant un statut "dominant" produisant davantage de mâles et celles ayant un statut "dominé" produisant davantage de femelles. Peut-être y a-t-il une analogie entre statut social et couleur plus ou moins vive du plumage chez la mésange ? Et en effet, les mâles les plus colorés sont les plus recherchés mais préfèrent eux-mêmes les femelles les plus colorées. Les individus moins colorés peuvent être choisis mais par défaut.

Il peut y avoir eu aussi un lien avec des questions de santé et de nécessité d'accélérer la reproduction dans certaines circonstances. Chez d'autres oiseaux, une femelle en bonne condition physique donnera plus de mâles, tandis qu'une femelle en mauvaise condition physique, reflet possible d'un environnement plus difficile, limitera la production de mâles et donnera davantage de femelles, gage d'une reconstitution ultérieure accélérée de la population d'oiseaux (un mâle pouvant s'accoupler avec plusieurs femelles). Peut-être y a-t-il une analogie à faire entre riches couleurs chez la mésange bleue / bonne condition physique chez d'autres oiseaux ?

Il existe pourtant un exemple exactement inverse : chez la rousserolle des Seychelles, un environnement plus favorable augmente la production de femelles et diminue celle des mâles, et inversement. Cela est lié à un phénomène très particulier : chez cette espèce, les jeunes mâles quittent rapidement le nid pour chercher un autre territoire mais les jeunes femelles grandissent en restant près du nid et en aidant les parents pour les nichées suivantes. Ces véritables assistantes participent à la couvaison, ramènent de la nourriture pour les petits et effectuent d'autres tâches utiles comme repousser les prédateurs (oiseaux, lézards), tout en renonçant généralement à se reproduire elles-mêmes. Les femelles reproductrices ont donc intérêt à produire davantage de femelles, garantie que les couvées suivantes seront mieux traitées et nécessiteront moins d'investissement de leur part. Mais si la nourriture vient à manquer et que les conditions deviennent plus rudes, les "assistantes" deviennent encombrantes, leurs propres besoins de nourriture représentent une menace pour le couple et sa nichée et les femelles reproductrices se mettent à faire davantage de mâles qui ne resteront pas dans le secteur...

Ici, une fiche du site oiseaux.net sur la rousserolle des Seychelles (Acrocephalus sechellensis) :

https://www.oiseaux.net/oiseaux/rousser ... elles.html

* * * * *

Chez les oiseaux, l'aspect des deux sexes peut être très semblable ou au contraire varier considérablement (par le plumage, la taille, l'aspect général). Dans le second cas, on parle de dimorphisme sexuel (dimorphisme = deux formes).

Souvent, cela se traduit par une taille plus grande, un plumage plus coloré et des ornements plus développés chez le mâle et par un plumage plus terne et plus discret chez la femelle, ce qui lui permet d'être moins repérable lorsqu'elle couve par exemple. Il y a toutefois des cas où les deux sexes sont très colorés mais de manière différente, comme chez le perroquet grand éclectus où le mâle est vert et rouge tandis que la femelle est rouge et bleue, ce qui les a fait prendre au départ pour deux espèces différentes.

Ici, un couple de grand éclectus (Eclectus roratus) filmé dans le nord de l'Australie :

https://www.youtube.com/watch?v=WZA0hxo0os0

On connaît au moins un cas d'espèce d'oiseau, hélas éteinte, où la différence entre mâle et femelle porte sur la forme du bec et révèle une spécialisation pour chercher la nourriture : chez l'huia dimorphe, le mâle arbore un bec puissant et à peine recourbé, la femelle un bec fin, long et nettement incurvé. L'huia vivait en Nouvelle-Zélande, a été aperçu pour la dernière fois en 1907 et a sans doute disparu dans les années 1920. La différence dans le bec des deux sexes était tellement importante que, ici aussi, certains ont d'abord cru à l'existence de deux espèces. D'après le site oiseaux.net :

Les mâles utilisaient leur bec pour creuser et fouiller les bois en décomposition. Les femelles pouvaient introduire leur bec plus long, dans des galeries de bois pas encore en décomposition, ce dimorphisme sexuel aurait évité une compétition alimentaire au sein du couple. Les scientifiques ne sont pas d'accord sur cette explication, inexistante chez les autres espèces. Buller a souligné que le transfert de nourriture se faisait de mâle à femelle, mais jamais dans l'autre sens. Il décrit aussi un couple coopérant lors d'une chasse au Weta, Le mâle arrachant la partie extérieure d'un jeune arbre vert, la femelle tentant de récupérer l'orthoptère. En cas d'échec la femelle se retirait pour laisser le mâle agrandir le trou. Il était peu farouche et ne fuyait pas l'homme.

(le weta est un insecte ressemblant à un gros grillon)

Ici, le dessin d'un couple de l'espèce huia dimorphe (Heteralocha acutirostris) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Huia_dimo ... Buller.jpg

Souvent, chez les oiseaux, les mâles sont plus colorés, font l'essentiel de la parade nuptiale et sont en compétition pour l'accès aux femelles (jusqu'à se battre entre eux chez certaines espèces). Les exemples sont innombrables, en voici quelques-uns :

Ici le tétras des armoises (Centrocercus urophasianus) des grandes plaines d'Amérique du Nord, espèce où seuls quelques mâles ont une chance de se reproduire mais peuvent le faire avec les trois quarts des femelles de leur entourage (jusqu'à 37 femelles d'affilée) :

https://www.youtube.com/watch?v=VEWipTvxRxc

Ici le combattant varié (Philomachus pugnax) qui niche l'été dans le nord de l'Europe depuis la Belgique jusqu'à la Russie et passe l'hiver en Europe du Sud, au Moyen-Orient, en Afrique et dans le sud de l'Asie. Il existe quelques rares couples stables pendant quelque temps et surtout, une majorité de mâles pratiquant la polygamie (relation "stable" avec plusieurs femelles) et la polygynie (le mâle s'accouple avec plusieurs femelles sans nécessairement garder de liens), le comportement variant selon les individus. En plumage nuptial (l'été), chaque mâle - affublé d'une collerette et d'oreillettes qui peuvent se dresser - est différent et les couleurs sont très variables :

https://www.youtube.com/watch?v=-XRk693AuGA

En fait, il existe trois sortes de mâles chez le combattant varié. La plus courante est celle du mâle "indépendant". Mais il existe aussi des mâles "satellites" sans territoire qui s'accouplent aux femelles quand les mâles indépendants ont le dos tourné... Et une variété de mâles "faeder", travestis, arborant un plumage de femelle pour se glisser parmi elles sans se faire remarquer et en profiter pour se reproduire. Des chercheurs britanniques ont montré que ces différentes formes étaient liées à un "supergène", un bloc d'une centaine de gènes fonctionnant ensemble ; le supergène d'origine correspondrait au mâle "indépendant" et les deux autres formes de mâles seraient apparus par mutation il y a 4 millions d'années, offrant des alternatives au mode de reproduction principal qui est très coûteux en énergie (contrôler un territoire, se battre pour les femelles...)

Chez le busard des roseaux (Circus aeruginosus), il y a une différence de plumage entre le mâle, d'une part, et la femelle, d'autre part, mais 40% des mâles ont un plumage de femelle et un comportement non agressif vis-à-vis des autres mâles (contrairement à ceux à plumage de mâle) ce qui leur permet d'empiéter tranquillement sur le territoire d'autres mâles, et approcher ainsi des femelles, sans déclencher de bagarre. Cette non-agressivité profite aux deux types de mâles.

https://www.youtube.com/watch?v=yD1cfffD0MU

Chez le mérion superbe (Malurus cyaneus), un petit oiseau d'Australie, la femelle est polyandre et c'est une stratégie qui a son efficacité pour réussir une couvée :

https://www.youtube.com/watch?v=QzPBuJzVas8

Mais chez beaucoup d'oiseaux, il est difficile de distinguer le mâle de la femelle. Et chez certaines espèces comme les grues qui vivent pourtant en bandes, les couples sont stables au moins pendant une saison de reproduction et très souvent toute la vie jusqu'à la mort de l'un des conjoints. Mâle et femelle sont d'aspect semblable et les danses nuptiales très élégantes sont pratiquées à la fois par le mâle et par la femelle. Ce sont des oiseaux où la participation à la construction du nid et l'investissement parental sont importants aussi bien chez le mâle que chez la femelle.

Ici, accouplement et élégantes danses nuptiales chez la grue du Japon (Grus japonensis), un grand oiseau de 1,50 m de haut, 2,20 à près de 2,50 m d'envergure, qui vit en Sibérie orientale, en Chine du Nord, en Corée et au Japon et qui est en danger d'extinction (au Japon même, la population est tombée à 33 individus en 1952 puis, protégée, elle est remontée à 1.000 aujourd'hui) :

https://www.youtube.com/watch?v=FNrYmsD6qOE

Chez certains oiseaux, on observe un dimorphisme sexuel inversé : c'est la femelle qui est la plus richement colorée. Cela s'accompagne volontiers du comportement qui va avec : les femelles se battent pour les mâles, sont autant ou davantage actives pendant la parade nuptiale, abandonnent la couvée aux soins du mâle juste après la ponte et vont s'accoupler avec d'autres mâles. Les mâles, au plumage plus discret, couvent les œufs et prennent soin des oisillons.

Un exemple avec la rhynchée peinte (Rostratula benghalensis) alias bécasse peinte ou bécassine peinte, qui vit dans le sud de l'Asie et en Afrique subsaharienne :

Ici, un mâle, puis une femelle, le couple, (dans le désordre) l'accouplement et la parade nuptiale, le mâle avec ses poussins...

https://www.youtube.com/watch?v=bfnxvgnJe4g

Ici, deux femelles en rivalité pour un mâle :

https://www.youtube.com/watch?v=InEcuQ1exDk

Ici, un second mâle expulsé par un couple, mais c'est clairement la femelle la plus agressive :

https://www.youtube.com/watch?v=DVPfSF1CiHc

Ici, le mâle couvant ; on remarque le mimétisme entre le plumage du mâle, la couleur du nid et certains autres éléments de l'environnement (même phénomène que chez les femelles de nombreuses espèces d'oiseaux) :

https://www.youtube.com/watch?v=MysmSsCgIbY

D'autres petits oiseaux des marais et bords de mer, les phalaropes, présentent les mêmes caractéristiques. Les combats entre femelles pour contrôler un territoire et les mâles qui les occupent peuvent être violents. A peine la femelle a-t-elle pondu, qu'elle se lance dans une migration et laisse le mâle couver et élever seul les poussins (qui, suffisamment grands quelques semaines plus tard, migreront à leur tour en compagnie des mâles).

Ici, mâles et femelles de phalarope à bec étroit (Phalaropus lobatus) en plumage d'été, filmés en Islande :

https://www.youtube.com/watch?v=FrX-NXVBXuY

(Pendant l'hiver le plumage devient gris et blanc).

Sans aller jusqu'à une inversion du comportement entre mâles et femelles, chez bien des rapaces diurnes ou nocturnes, par exemple, le plumage est assez semblable entre les sexes mais la femelle est nettement plus grande que le mâle. C'est parce que le mâle du faucon pèlerin est environ un tiers plus petit que la femelle, qu'il a été surnommé "tiercelet" en fauconnerie. On n'en connaît pas l'explication et de nombreuses hypothèses ont été émises, mais des expériences faites sur un faucon australien, le faucon bérigora (Falco berigora), semblent montrer qu'il existe une compétition entre les femelles favorisant celles de plus grande taille (plus performantes pour trouver un territoire de reproduction), et qu'une plus grande taille permet une meilleure défense du nid. Les femelles ne semblent pas sélectionner les mâles sur leur taille, mais la mortalité des jeunes mâles encore immatures serait plus importante s'ils sont grands que s'ils sont petits (dans les combats avec l'une de leurs proies favorites, un serpent très venimeux) pour une question d'agilité ; il y aurait donc une majorité de petits mâles adultes. Ce dernier critère est spécifique au faucon australien.

Chez l'épervier d'Europe, qui est un prédateur d'oiseaux, la différence de taille des deux sexes les conduit à s'attaquer à des oiseaux différents : le mâle, plus petit que la femelle (et aux rayures brun-roux sur la poitrine), chasse plutôt des mésanges, pinsons ou moineaux, quand la femelle (25% plus grande, rayures grises sur la poitrine) chassera plutôt des merles et des grives, voire des tourterelles, pigeons, geais, corneilles...

Ici, la technique redoutable d'un mâle d'épervier d'Europe (Accipiter nisus) chassant la mésange :

https://www.youtube.com/watch?v=Ra6I6svXQPg

Ici, la femelle en position de défense du nid (efficace sauf bien sûr face à l'homme...) :

https://www.youtube.com/watch?v=EvzzNvMHDnU

* * * * *

Les oiseaux n'ont pas fini de nous étonner et un phénomène peut parfois se produire, le gynandromorphisme bilatéral, qui n'a pas son équivalent chez les mammifères et l'homme. Cela survient lorsqu'un ovocyte anormal portant à la fois Z et W est fécondé par deux spermatozoïdes (qui ne portent que Z) et cela donne naissance à un oiseau dont une moitié gauche ou droite est mâle (ZZ) tandis que l'autre moitié est femelle (ZW). S'il s'agit d'une espèce où la différence d'aspect du mâle et de la femelle est importante, cela donne un résultat spectaculaire avec par exemple une moitié de plumage aux couleurs vives et une moitié aux couleurs ternes. Comme, chez les oiseaux en général, seul l'ovaire gauche est fertile (autre curiosité des oiseaux, l'ovaire droit régresse !), si le côté gauche est mâle l'oiseau ne peut pas être fertile en tant que femelle malgré son côté droit, mais si le côté gauche est femelle c'est théoriquement possible, on n'en a pas encore la certitude. Il ne semble pas que ces oiseaux puissent être fertiles en tant que mâles.

Ici, un cardinal rouge (Cardinalis cardinalis), ou cardinal de Virginie, un oiseau d'Amérique du Nord, sujet au gynandromorphisme bilatéral avec la moitié gauche femelle (couleur terne et traces de rouge) et la moitié droite mâle (rouge vif) :

https://www.youtube.com/watch?v=zKpoJ3lmK_E

Cet oiseau a été vu courtisé par un mâle. Un autre oiseau avec le côté mâle à gauche a au contraire été chassé par d'autres mâles.

Ici, sur ce compte twitter, trois photos d'oiseaux gynandromorphes, un cardinal rouge (avec moité gauche mâle cette fois-ci), une perruche ondulée (Melopsittacus undulatus) et un coq/poule domestique (Gallus gallus domesticus) :

https://twitter.com/macroevo/status/783695835297185793

Le gynandromorphisme touche aussi certains insectes, araignées, crustacés, mais le mécanisme génétique est différent.

Il existe aussi un autre phénomène, la triploïdie (le fait d'avoir 3 chromosomes sexuels), observé notamment chez les poulets. Ce sont des poulets entièrement ZZW qui grandissent en ayant l'allure de poules puis à l'atteinte de la maturité sexuelle prennent l'aspect de coqs. En effet, un oiseau ZW (non purement ZZ) est femelle et donc un oiseau ZZW a des caractéristiques de femelle ; mais lorsque la maturité sexuelle survient, le fait d'avoir deux chromosomes Z entraînerait une expression deux fois plus importante de facteurs masculinisants par rapport aux facteurs féminisants exprimés via W, ce qui conduirait à une masculinisation. C'est d'ailleurs encore une différence avec les mammifères et l'homme : chez la femme le fait d'avoir deux chromosomes X (donc XX) fait que seul l'un des deux est activé ; chez l'oiseau mâle ou triploïde le fait d'avoir deux chromosomes Z (donc ZZ ou ZZW) induit une double expression de Z.

Au stade d'apparence "femelle", ces oiseaux triploïdes ont en fait un testicule normal du côté droit et un mélange de tissu d'ovaire et de testicule (un ovotestis) à gauche ; à l'approche de la maturité sexuelle, sous l'effet de facteurs hormonaux exprimés à double dose par ZZ (ou exprimés par des gènes portés par d'autres chromosomes), le tissu de type ovaire régresse.
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Byrrh » 05 Mai 2020, 00:15

Je suis en train de lire les Lettres de la prison adressées par Rosa Luxemburg à Sonia (Sophie) Liebknecht entre 1916 et 1918. C'est étonnant, il y est souvent question de la nature, et notamment des oiseaux. D'une nature qu'elle chérit sans l'idéaliser, et d'oiseaux déjà menacés par l'amenuisement de leur habitat et de leur nourriture.

Qu'écrit-elle à sa chère Sonitschka, dans sa lettre du 2 mai 1917 ? Je la cite :
Ce que je lis ? Avant tout, des livres de sciences naturelles : géographie botanique et zoologique. Hier, j'ai lu un livre sur la cause de la disparition des oiseaux chanteurs en Allemagne. La culture des forêts, des jardins et des terres, qui s'étend et se rationalise de plus en plus, leur enlève toutes les possibilités naturelles de faire leur nid et de chercher leur nourriture. En effet, la culture fait disparaître peu à peu les arbres creux, les terres en friche, les broussailles, les feuilles fanées tombées à terre. J'étais toute triste en lisant cela. Ce n'est pas que je m'inquiète du chant des oiseaux pour la jouissance que les hommes en tirent, mais c'est l'idée même d'une disparition silencieuse et inévitable de ces petits êtres sans défense, qui me peine au point que les larmes m'en viennent aux yeux. Cela me rappelle un livre russe écrit par le professeur Siebert traitant de la disparition des Peaux-Rouges dans l'Amérique du Nord, et que j'ai lu quand j'étais encore à Zurich. Les Peaux-Rouges, tout comme les oiseaux, sont chassés peu à peu de leur domaine, par l'homme civilisé, et voués à une mort silencieuse et cruelle.

Mais, peut-être suis-je malade pour éprouver de si vives émotions à propos de tout. J'ai quelquefois le sentiment de ne pas être un vrai être humain, mais un oiseau, ou un animal quelconque qui aurait pris figure humaine. Intérieurement, je me sens beaucoup plus chez moi dans un petit bout de jardin, comme ici, ou dans un champ, étendue sur l'herbe, et entourée de bourdons, que dans un congrès du parti. À vous, je puis bien dire tout cela, vous ne me soupçonnerez pas aussitôt d'être traître au socialisme. Vous le savez, malgré cela, j'espère mourir à mon poste : dans une bataille de rues ou dans un pénitencier. Mais, dans mon for intérieur, j'appartiens plus aux mésanges qu'à mes "camarades". Et cela n'est pas que dans la nature, comme tant de politiciens qui ont fait intérieurement banqueroute, je trouve un refuge, un repos. Tout au contraire, je trouve dans la nature, de même que parmi les hommes, tant de cruauté à chaque pas, que j'en souffre beaucoup. Figurez-vous, pour vous en donner un exemple, que le petit épisode que je vais vous raconter ne peut me sortir de l'esprit. C'était au printemps dernier, je rentrais d'une promenade dans les champs et je me trouvais sur une route silencieuse et abandonnée, lorsque, sur la terre, je remarquai une petite tache sombre. Je me baissai et je fus témoin de la tragédie sans paroles que voici : un scarabée était couché sur le dos, et désemparé, se défendait de ses pattes, tandis que tout un tas de fourmis grouillaient sur lui et le mangeaient tout vif. J'eus un tressaillement, je sortis mon mouchoir et commençai à chasser ces petites brutes. Elles étaient insolentes et tenaces, au point que je dus soutenir une longue lutte avec elles, et lorsque je réussis enfin à libérer le pauvre martyr et que je le couchai au loin sur l'herbe, deux de ses pattes avaient déjà été mangées. Je m'en allai précipitamment, obsédée du sentiment pénible qu'en fin de compte je n'avais fait que rendre au scarabée un bienfait d'un caractère douteux.

La couverture de mon exemplaire de ces Lettres est ornée d'une composition figurant les barreaux d'une cellule ou d'une cage. En dernière page, un colophon qui fait rêver :
Cette deuxième édition porte à 10.000 exemplaires le tirage des "Lettres de la prison". Elle a été achevée le 31 mars 1933 par l'imprimerie de la Maison des Syndicats, 33, rue de la Grange-aux-Belles, pour la coopérative ouvrière d'éditions "Librairie du Travail", 17, rue de Sambre-et-Meuse, Paris-10e.
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Cyrano » 05 Mai 2020, 09:54

Eh bien, y'a pas tout ça dans ma parcelle:
mais y'a un couple de corbeaux freux niché pas loin - pour le temps des amours?
Je le vois chaque matin, marcher dans la cour.

Pasque les moineaux, c'est gentil, ça chante, mais... les corbeaux!
Les reflets noirs de ses plumes, mais aussi les petites plumes sur la tête et le cou, un velours, un velours.
Oiseaux "aux cris sévères", écrivait Arthur Rimbaud, Léo Ferré les chanta. Le corbeau a aussi un petit grognement léger, tout léger, pour dire son contentement.
Un oiseau magnifique.

https://www.youtube.com/watch?v=gxrQ1WU_W4s
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par com_71 » 05 Mai 2020, 11:20

Byrrh a écrit :La couverture de mon exemplaire de ces Lettres est ornée d'une composition figurant les barreaux d'une cellule ou d'une cage. En dernière page, un colophon qui fait rêver :
Cette deuxième édition porte à 10.000 exemplaires le tirage des "Lettres de la prison". Elle a été achevée le 31 mars 1933 par l'imprimerie de la Maison des Syndicats, 33, rue de la Grange-aux-Belles, pour la coopérative ouvrière d'éditions "Librairie du Travail", 17, rue de Sambre-et-Meuse, Paris-10e.

En annexe le texte d'un hommage radio de Zinoviev "À propos de l'assassinat de Rosa Luxembourg" et un texte du PCA (Groupe Spartacus) "Sur la mort de Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg"...
L’intérêt ne pense pas, il calcule. Les motifs sont ses chiffres. K. Marx, « Débats sur la loi relative au vol de bois » 1842.
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Re: Diversité... des oiseaux

Message par Plestin » 05 Mai 2020, 14:45

Cyrano a écrit :Oiseaux "aux cris sévères", écrivait Arthur Rimbaud, Léo Ferré les chanta. Le corbeau a aussi un petit grognement léger, tout léger, pour dire son contentement.
Un oiseau magnifique.

https://www.youtube.com/watch?v=gxrQ1WU_W4s


Un oiseau magnifique, je suis bien d'accord. Mais, as-tu remarqué, sur l'illustration de la chanson de Léo Ferré, ce sont des corneilles !

Pour tous ceux à qui la différence entre corbeau freux et corneille noire ne sauterait pas aux yeux, c'est simple, il suffit de regarder la tête :

Corbeau freux (Corvus frugilegus) : vaste zone déplumée grisâtre à la base du bec, qui est très droit. En général c'est visible d'assez loin. Si vous ne repérez pas de zone grisâtre, ce sont certainement des corneilles. Les freux vivent presque toujours en bandes et les couples isolés comme décrit Cyrano sont rares.

https://www.oiseaux.net/oiseaux/corbeau.freux.html

Corneille noire (Corvus corone) : toute la tête est couverte de plumes noires jusqu'au bec, qui est légèrement incurvé. Les corneilles vivent généralement en petits groupes mais peuvent bien sûr se regrouper en grand nombre près d'une source de nourriture.

https://www.oiseaux.net/oiseaux/corneille.noire.html

Dans ma ville le plus fréquent ce sont les corneilles (et les pies qui, comme les geais, sont de la même famille). Mais depuis quelques semaines six ou sept couples de corbeaux freux ont niché dans des grands arbres situés le long d'une rue juste devant le foyer de personnes âgées... (toute coïncidence avec la pandémie serait purement fortuite :mrgreen: ) Ils sont fascinants. C'est d'ailleurs pour ça que, tout en levant la tête, il faut regarder où l'on marche : avec le confinement les trottoirs ne sont plus nettoyés...

Il y a bien d'autres espèces de cette famille (les corvidés) à travers le monde ou même simplement en France, j'y reviendrai. Mais ces deux-là sont les plus courantes des grandes espèces noires.
Plestin
 
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