Dette, budget, inflation : les travailleurs paient, les capitalistes encaissent
Avec la rentrée et la préparation du budget, le chantage à la dette repart. Si le gouvernement renonce à doubler les franchises médicales, il envisage de geler tout ou partie des pensions de retraite. Les retraités qui touchent plus de 2000 euros seraient trop riches !
Alors que les prix s’emballent – des fruits et légumes au gaz et à l’électricité en passant par le carburant –, les travailleurs retraités, actifs ou au chômage devront se serrer un peu plus la ceinture.
On leur demande de payer une dette dont ils n’ont jamais profité, tout en les accusant d’en être à l’origine. Pour les ministres, l’État est trop endetté, il y a trop de déficits publics car les travailleurs ne travaillent jamais assez, les malades se soignent trop, les retraités sont trop bien lotis et les chômeurs trop indemnisés.
Pour faire des économies, il n’est jamais question de réduire le budget de l’armée, d’annuler les commandes de Rafale ou de toucher aux 270 milliards d’argent public versés aux capitalistes privés, autant de dépenses qui creusent la dette. Et pour remplir les caisses de l’État, il n’est jamais question de toucher aux dividendes des actionnaires et aux profits des capitalistes, si indécents soient-ils.
Oh, bien sûr, avec la campagne pour l’élection présidentielle et parce qu’il n’a pas de majorité à l’Assemblée, le gouvernement retient ses coups. Mais, de Glucksmann à Retailleau, la plupart de ceux qui aspirent à remplacer Macron annoncent ouvertement qu’ils feront suer toujours plus de sang et de larmes aux classes populaires.
Quant à ceux qui font quelques promesses aux travailleurs, ils obéiront quand le patronat leur dira que ce n’est pas possible. Car le Medef a son propre programme et, quel que soit le prochain président de la République, il aura le dernier mot.
Le programme exigé par la bourgeoisie
Rallonger le temps de travail en supprimant des jours fériés ou en monétisant la 5e semaine de congés ; repousser jusqu’à 65 ou 67 ans l’âge de départ à la retraite ; supprimer 1,5 million de postes de fonctionnaires, c’est-à-dire d’agents territoriaux, de pompiers, d’enseignants, d’hospitaliers… ; réduire de 100 milliards d’euros le budget de l’État ; réduire toujours plus les impôts et les cotisations des entreprises… Voilà quelques-unes des mesures réclamées par le Medef.
En réalité, le patronat n’a pas attendu les élections pour imposer sa loi. Dans les usines, les chantiers ou les services, les salaires sont gelés, les heures supplémentaires sont imposées, les effectifs sont insuffisants, tandis que les conditions de travail sont de pire en pire. Combien de travailleurs sont encore à l’usine à 65 ans car ils n’ont pas toutes leurs annuités ? Combien ont travaillé cet été sous 40°C sans pause supplémentaire ? Combien n’osent pas s’arrêter quand ils sont malades ?
Le vrai pouvoir n’est pas à l’Élysée
Nos vies dépendent bien plus des patrons qui nous exploitent que du prochain locataire de l’Élysée.
Elles dépendent des guerres devenues permanentes en Ukraine, au Moyen-Orient ou en Afrique. Avec la flambée du prix du pétrole, la fermeture de routes commerciales, les changements de rapports de force entre les capitalistes, ces guerres pour contrôler les ressources aggravent le chaos d’un système capitaliste déjà malade.
Elles dépendent de la finance qui impose sa loi sur le monde. Des milliers de milliards de dollars qui pourraient servir à des besoins utiles, par exemple à lutter contre le réchauffement climatique, sont détournés vers la spéculation.
Sous prétexte que la dette de la France ou des États-Unis est trop grosse, les marchés financiers exigent désormais des taux d’intérêts de 4 ou 5 %. Ces taux alimentent l’inflation, renchérissent les crédits et gavent les banquiers : en six mois, l’État français leur a versé 34,5 milliards d’euros rien que pour les intérêts !
La spéculation financière menace de provoquer des krachs boursiers et l’effondrement général de l’économie. Face à ces menaces, les mesurettes proposées par les différents candidats, qu’ils proposent de « geler » une petite partie de la dette ou de la réduire en dépouillant telle ou telle fraction des travailleurs, sont dérisoires.
Il n’y a pas de négociations et de compromis possibles avec les financiers et les groupes capitalistes qui exercent leur diktat sur toute la société. Pour les empêcher de nuire, il ne suffira pas de changer de président ou de voter des lois. Il faudra l’intervention massive des travailleurs pour les exproprier sans indemnités ni rachat.
Nathalie ARTHAUD