Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par artza » 30 Oct 2020, 09:51

Le hasard m'amena à rencontrer au tout début des années 60 quelques ouvriers italiens bordiguistes.
Des gens remarquables pour la discrétion et la modestie.

J'ignorais alors l'existence de Bordiga comme j'ignorais celle de Trotsky quelques mois plus tôt.

L'un de ces vieux , B.Z, il avait connu les prisons fascistes, démocratiques et staliniennes sans noter aucune différence entre elles aimait-il à dire me présenta Bordiga: "c'était le meilleur orateur d'Italie, meilleur même que Mussolini"(sic).

Mussolini c'était quelqu'un dans le parti italien.
Doriot n'était-il pas quelqu'un dans le PC français?
Je trouve beaucoup de traits communs entre ces deux aventuriers.
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Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par Cyrano » 30 Oct 2020, 11:55

Un parallèle avec Doriot? Oui, j'y avais pensé: je voulais voir si ce n'était pas un peu le même genre de bonhomme (révolté, mais plus révolté pour soi-même que pour les autres).

En attendant, on peut toujours se rafraichir avec ce que disaient Marx & Engels sur le matérialisme historique et sur la religion, avec un petit livre de... de... ? hummm? Voui! de qui vous savez.
La rédaction date de 1930. Qui a bien pu guider le choix de la "Libre Pensée Nantaise" en 1995? Ce petit livre de 110 pages avait été édité en 1930, en allemand, puis ré-édité en 1979 par la fédération de la Libre-Pensée de Rhénanie du Nord-Westphalie. C'est la Libre-pensée nantaise qui en assuré la traduction.
Voilà, vous savez tout.
Pièces jointes
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Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par Cyrano » 03 Déc 2020, 19:27

Alors, là?! Ah bin ça… Non, mais quoi, allô quoi…
V'là-t-y pas que j'ouvre le numéro 2 des Cahiers du mouvement ouvrier – qui date de juin 1998, juste 6 mois après le début du mouvement des chômeurs. Ça m'fout le cafard, le temps passe.
Tout ça pour vous dire que je regarde le sommaire, je lis :
"A propos de Zimmerwald (1915) ...................................... p. 87"
Ho, ho, puce à l'oreille, nez qui frémit, y verrait-on qui vous devinez?
Mais oui!
Lisons le chapeau de présentation :
A propos de Zimmervald (1915)

Les 5, 6, 7 et 8 septembre 1915, après plus de treize mois de guerre, une conférence socialiste internationale de socialistes hostiles à la guerre se réunit dans la bourgade suisse de Zimmerwald : trente-six délégués y représentaient dix-neuf pays. Quelle qu'ait été l'évolution ultérieure de tel ou tel de ces trentesix délégués, cette réunion marque le premier acte de la renaissance d'un mouvement ouvrier international indépendant des Etats.

L'une des participantes est une militante du Parti socialiste italien, Angelica Balabanova (1877-1963), née en Ukraine. Elle prendra part en 1919 à la fondation de l'Internationale communiste, sera un instant membre de son comité exécutif, affirmera assez vite ses désaccords avec les bolcheviks, quittera l'URSS en 1922, sera exclue du PC italien en 1924 et rejoindra le PS italien.

En 1955, elle participe à la réunion commémorative du quarantième anniversaire de Zimmerwald au cercle qui porte ce nom à Paris. Prennent la parole avec elle Alfred Rosmer (1877 -1964) et Pierre Mo natte (1881-1960), animateurs tous les deux dès 1914 du groupe constitué autour du journal syndicaliste La Vie ouvrière, qui mène le combat contre la guerre en France. Adhérents du Parti communiste, ils en sont l'un et l'autre exclus en 1924 à cause de leur opposition à la politique dite de "bolchevisation" menée de Moscou sous la direction de Zinoviev, et qui vise à aligner les partis communistes des différents pays sur les ordres venus de la direction du PC russe. Monatte se consacre alors à la seule activité de "syndicaliste révolutionnaire" dans la CG TU (née d'une scission de la CGT en 1921), puis dans la CGT. Rosmer, après avoir appartenu à l'exécutif de l'Internationale communiste en 1920 et 1921, est d'abord l'un des organisateurs de l'Opposition de gauche fondée en France en 1929. Il s'en éloigne deux ans plus tard et consacre une grande partie de son temps à écrire un monumental ouvrage sur Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale (Mouton éd.).

Le compte rendu non signé de cette réunion commémorative du cercle Zimmerwald, où les trois orateurs, à des titres divers participants de l'événement, expriment des positions différentes, a été mis en forme sur la base de notes non identifiées par Marceau Pivert lui-même (Correspondance socialiste internationale, no 57, novembre 1955, pp.13 à 17).

L'article complet se trouve sur le site des Cahiers du mouvement ouvrier. On peut télécharger chaque numéro. Il vous suffira de cliquer sur le numéro 2, le numéro entier se téléportera sur votre disque dur.
https://cahiersdumouvementouvrier.org/l ... lecharger/
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Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par Cyrano » 03 Déc 2020, 19:29

Comme je suis d'un naturel aimable, je vous mets la partie concernant Angelica. De toute façon, les deux autres parties concernent des noms qui ne me disent rien : Alfred Rosmer et Pierre Monatte, qui c'est?
Allez, voici la partie sur madame Angélica Balabanoff ou Balabanova, et ça fait bien plaisir.
Angelica Balabanoff

Notre vénérée amie, qui fut déléguée du Parti socialiste italien à l' exécutif de la ne Internationale, puis secrétaire de la Conférence de Zimmerwald, retrace 1' atmosphère optimiste et illusionniste des milieux socialistes d'avant 1914 : personne ne croyait à la possibilité de la guerre, et pourtant, en tant que marxistes, les dirigeants socialistes auraient dû être mieux préparés à comprendre les causes de la guerre. Elle refait donc cette "préhistoire" en soulignant que les difficultés et les insuffisances étaient celles d'une avant-garde encore trop isolée dans sa propre classe.

Stuttgart (1907) et Bâle (1912) admettent néanmoins l'hypothèse de l'éclatement de la guerre. En ce sens, il faudra "utiliser les contradictions du régime pour passer à la société socialiste". Seul, le parti italien, en organisant la lutte contre la guerre coloniale en Tripolitaine, avait, en 1914, à la réunion ultime de Bruxelles, un certain prestige sur ce point. Le discours d' Annini fut acclamé, et Bebel alla embrasser Angelica en lui disant : "En écoutant la délégation italienne, j'ai entendu la voix de l'Internationale." Mais c'était le peuple italien qui, d'instinct, s'était montré internationaliste (il l'est encore aujourd'hui, affirme A. B.), alors que, dans les autres pays, l'angoisse et la résignation tragique prévalaient ; on s'avouait la vérité cruelle : l'action internationaliste commune, en juillet 1914, apparaissait comme impossible. Victor Adler (1) paraît vaincu et désespéré, Hugo Haase (2), pur, humain, pressent la tragédie. Angelica parle de la grève générale internationale et Cipriani lui réplique : "Alors, les pays les plus évolués vers le socialisme seront écrasés par ceux où il n'y a pas de mouvement ouvrier conscient. "

C'est Jaurès et Rosa Luxembourg qui rédigent le dernier manifeste de la Ile Internationale. Et Jaurès allait être assassiné. L'effondrement fut total. Mais la stupéfaction des militants internationalistes fut à son comble lorsqu' on apprit le vote des crédits de guerre : c'était incroyable et dramatique. Il fallait réagir : puisque l'Internationale était morte, puisque cette division créée par les impérialismes dans les rangs du prolétariat international était tellement contraire à l'idée socialiste essentielle, il fallait reprendre le contact entre tous ceux qui n'acceptaient pas cette faillite.

La Hollande, la Suisse, 1' Amérique lancèrent des appels. Mais c'est surtout un ouvrier typographe suisse, Robert Grimm, qui prit l'initiative des premières réunions, d'abord entre socialistes suisses et italiens, clandestinement, à Lugano, au début de 1915. Là, pour la première fois, des ouvriers socialistes ont affirmé le caractère impérialiste de la guerre en cours et rappelé que les travailleurs de tous les pays avaient les mêmes intérêts. Au moment où tous les journaux, dans tous les pays, déclaraient exactement le contraire, cette affirmation avait un caractère révolutionnaire.

Naturellement, ceux qui mentaient, et qui savaient qu'ils mentaient, déclenchèrent les plus effroyables calomnies contre ces travailleurs honnêtes. Tous étaient dénoncés comme des "vendus" à l'Allemagne. Angelica était présentée comme un agent du Kaiser, payée 10 millions ! Mais le fait historique fondamental est là : la fraternité entre les ouvriers conscients des différents pays n'avait pas été entamée par les mensonges et les horreurs de la guerre ; les plus ardents parmi les "conspirateurs" étaient les socialistes et les bolcheviks russes. Mais ceux-ci pensaient déjà à créer une autre Internationale.

Les ennemis les plus acharnés de cette "fraternisation internationale" étaient les dirigeants des partis socialistes officiels. Il faut comprendre cet aspect du drame : l'unité et la discipline, dans les partis, constituaient 1' expression nécessaire du mouvement de classe lui-même. La minorité non conformiste était donc devant une responsabilité terrible. Il y eut d'abord une réunion internationale des femmes socialistes à Berne. Il fallut beaucoup de courage aux minoritaires pour continuer leur tâche, et le travail avec les bolcheviks, qui remettaient constamment en cause les décisions prises en commun, était très ingrat.

Un appel aux femmes du monde entier fut donc rédigé à Berne: "Où sont vos fils, vos frères, vos fiancés, vos maris ? Et à quoi donc sacrifient-ils leur vie ?" Le contenu politique du manifeste ne convenait pas aux bolcheviks : ils exigeaient une autre Internationale. On dut se séparer. Puis on reprit le travail chez Lénine et on aboutit à un compromis. La même scène se reproduisit quelques semaines plus tard à Berne, cette fois avec des jeunes socialistes, qui, tous, risquaient le peloton d'exécution. Mêmes discussions entre socialistes et bolcheviks. Les larmes dans les yeux, un jeune ouvrier allemand demande: "Qu'est-ce que je pourrai dire à mes camarades, en rentrant, si, ici, une dizaine de personnes ne peuvent pas se mettre d'accord?"

Dans le petit village de Zimmerwald, enfin, 1' idée internationaliste s'est affirmée avec succès ; échappant aux policiers et espions de tous les pays, qui pullulaient en Suisse, les délégués de vingt partis socialistes (des minorités, sauf pour le parti italien, alors unanime) se sont rencontrés. Au moment où la haine chauvine dressait partout Allemands contre Français, très émus, mais très fraternels, Hoffmann et Ledebour (3) tendirent la main à Merrheim et Bourderon. Tous les quatre, aujourd'hui disparus, s'assirent à la même table et travaillèrent avec une volonté farouche à faire oublier les aberrations des directions des partis officiels : "Ce n'est pas vrai que les peuples soient des ennemis. Et voici les vraies raisons de cette guerre ! "

Leur élan internationaliste était tel qu'à certains moments, ils pouvaient se passer d'interprète et se comprenaient directement !

Ouf, pour un peu, notre interprète préférée ,était virée… Mais elle sera aussi à Kienthal, ça, on le sait déjà. Poursuivons…
Tel fut le début d'un vrai mouvement international faisant la preuve de la possibilité d'entente entre prolétaires même au milieu des horreurs et des mensonges de la guerre.

Puis ce fut Kienthal (1916). Et puis le bureau fut transféré à Stuttgart. Et puis ce fut Stockholm, en 1917, conférence extrêmement intéressante et qui mériterait, à elle seule, toute une étude ; le dialogue entre mencheviks et bolcheviks était encore possible : la révolution russe était en danger, comme le reconnaissait Radek. Et comme Angelica part en Russie, son vieil ami Axelrod (4), dont elle rappelle la grande pureté et le magnifique dévouement à la cause de la révolution, la met en garde : "Ce n'est pas une vraie révolution, c'est tout autre chose ! En encourageant les bolcheviks, vous allez commettre un crime. "

"Il avait raison, déclare Angelica, mais nous ne pouvions pas faire autrement ! " Déjà, pour les décisions prises en commun, à Zimmerwald, les difficultés avec les bolcheviks avaient été très pénibles : le Manifeste devait être appris par cœur et les transmissions avaient pour objet de sonder les différents prolétariats afin de déterminer, après cette consultation, la décision d'une grève générale internationale contre la guerre. Mais les bolcheviks avaient volé un exemplaire du Manifeste et ils le publièrent en Finlande : c'était une violation d'un engagement contracté, car ni les Français ni les Allemands n'avaient encore pu être consultés. Et les camarades chargés de cette consultation risquaient naturellement leur vie dans chaque pays.

Après octobre, l'idée de créer une Troisième Internationale dominait les préoccupations : Tchitcherine (5) envoya Angelica en Ukraine pour maîtriser son opposition. Il y eut donc, en mars 1919, une conférence à Moscou, mais les représentants des prolétariats n'avaient pas qualité pour les envoyer. Eberlein, Allemand (fusillé ensuite), suppliait d'attendre. Angelica refusa d'engager ses amis socialistes italiens, sans les avoir consultés. Sadoul, pour la France, n'avait aucune expérience politique.

Cette Troisième Internationale, à sa naissance, était un bluff. Mais Angelica refusa de transmettre les archives de Zimmerwald à la Troisième Internationale, car les deux choses sont de nature différente.

Il reste que Zimmerwald, petite étincelle au milieu des tempêtes, a prouvé qu'il pouvait en sortir des flammes, dont on ne sait jamais jusqu' où elles pourront aller. Puisque, seuls, les militants du Cercle Zimmerwald de Paris demeurent fidèles à cette tradition de lutte contre la guerre par la solidarité révolutionnaire des travailleurs, c'est à eux que revient ce modeste héritage : que 1' exemple de cette étincelle ne soit pas perdu par les jeunes et qu'il éclaire les hommes et les femmes conscients pour les diriger vers le socialisme.
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Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par Cyrano » 03 Déc 2020, 19:34

Ah oui, excuses, voici les notes concernant cet extrait :
(1) Victor Adler (1852-1918), principal dirigeant social-démocrate autrichien et dirigeant de la IIe Internationale jusqu'à la guerre. Père de Friedrich Adler.
(2) Hugo Haase (1863-1919), président du parti, puis du groupe parlementaire social-démocrate avant la guerre, à laquelle il se déclara hostile. Fondateur en janvier 1917 du Parti social-démocrate indépendant (USPD). Assassiné en 1918.
(3) Adolf Hoffmann ( 1858-1930), député social-démocrate de Prusse. Participe en 1917 à la fondation de I'USPD. Georg Ledebour (1850-1947), député social-démocrate. L'un des fondateurs en 1917 de 1 'USPD.
(4) Paul Axelrod (1850-1925), membre du premier comité de rédaction de l' Iskra (1900-1903 ), puis dirigeant menchevique.
(5) Georges Tchitchérine (1872-1936), commissaire du peuple aux Affaires étrangères soviétique de 1918 à 1930.

Je vous remercie de votre attention. C'était bien, les Cahiers du mouvement ouvrier.
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Re: Angelica Balabanoff [ou Balabanova] : Ma vie de Rebelle

Message par Cyrano » 24 Mars 2022, 18:46

Sur le site de l'INA, y'a un documentaire: Lénine par Lénine avec plein, plein d'images d'archives.
Ça dure une heure, mais au bout de 21 minutes, que vois-je?
Au bout de 21 minutes et 20 secondes, qu'est-ce que qui est-ce que je vois?
Angelica elle-même discourant au congrès de fondation de la IIIe Internationale.
Angelica, mais si! La Agelica Balabanoff ! Le commentaire parle de «l'italienne» Balabanova. On voit aussi Serrati.
https://madelen.ina.fr/programme/lenine-par-lenine
Cyrano
 
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