picsou a écrit :Axel Justo a écrit :Donc vous définissez bel et bien la Russie et la Chine comme impérialistes
Un article du GMI intitulé «
Pourquoi La Chine est une puissance impérialiste » devrait t'intéresser. Dans l'ensemble, je suis d'accord avec cet article (mais pas avec l'utilisation de « yanquis » dans d'autres, pour les raison évoquées par d'autres plus haut). Quant à la Russie, je crois me souvenir que Lénine définissait déjà le pays comme impérialiste, malgré son arriération. Ce que je me demande, c'est pourquoi on ne qualifierait pas ces pays d'impérialistes, ce qui empêcherait selon toi de le faire.
On explique cette caractérisation dans pas mal d'articles, notamment l'article suivant :
https://www.revolutionpermanente.fr/Ukr ... dependantePour ceux qui ont la flemme de le lire dans son intégralité, voilà le passage centré sur cette question :
« A propos de la puissance russe
La minimisation du rôle de l’OTAN dans l’argumentaire de GA, dont nous verrons les conséquences politiques, s’explique en partie par une surestimation du rôle potentiel de la Russie et de la nature de son offensive. Si la Russie est bien l’agresseur, GA considère que Poutine est en train de mener une « guerre d’invasion impérialiste » et qu’une « mainmise réussie de la Russie sur l’Ukraine encouragerait les États-Unis à reprendre le chemin de la conquête du monde par la force dans un contexte d’exacerbation de la nouvelle division coloniale du monde et de crispation des antagonismes mondiaux ». Avec une telle logique, on pourrait déduire que la Russie est en train de livrer une forme de lutte pour l’hégémonie mondiale contre les Etats-Unis, dont la domination et l’accaparement d’une partie du territoire de l’Ukraine seraient le premier pas.
Ce constat est lié à l’idée, partagée avec SK malgré d’importantes nuances, que la Russie serait une puissance impérialiste. Or, si certaines caractéristiques de l’Etat russe créent l’« illusion d’une superpuissance », elles masquent une situation en réalité très subordonnée de la Russie. Celle-ci présente en effet un exemple typique de « développement inégal et combiné ». Elle a hérité de l’URSS et de la guerre froide une immense force militaire nucléarisée ainsi que des positions dominantes dans les institutions internationales. Poutine a également restauré et renforcé le pouvoir étatique après la débâcle des années Eltsine, en même temps qu’il consolidait et approfondissait l’œuvre pro-capitaliste de ce dernier.
L’économie russe repose néanmoins quasi exclusivement sur les exportations de matières premières (en particulier des hydrocarbures, des métaux et produits agricoles) et elle demeure encore très dépendante de la technologie et de la finance occidentales. La capacité d’influence internationale de la Russie demeure limitée au-delà des anciennes frontières de l’ex-URSS, en dépit de succès partiels au Moyen-Orient et en Afrique, et des efforts de Poutine pour obtenir des soutiens. En somme, la Russie se rapproche plus d’une puissance régionale, avec une influence internationale réelle qui demeure restreinte.
Dans ce cadre, la guerre d’oppression menée par la Russie en Ukraine, vise d’abord à regagner par la force l’influence perdue sur le pays en 2014, situation que la Russie n’arrive pas à renverser depuis plus de huit ans, malgré une victoire tactique en Syrie, que Poutine espérait pouvoir utiliser auprès des impérialistes occidentaux (notamment les Etats-Unis) dans une éventuelle négociation sur l’Ukraine. L’Ukraine est en effet fondamentale pour les intérêts stratégiques de défense russe, qui reposent essentiellement sur l’oppression des différents États issus de l’ex-URSS. Dire cela ne conduit ni à s’aligner sur le régime ultra-réactionnaire de Poutine, encore moins à l’absoudre des atrocités commises par l’armée russe en Ukraine, dont font partie les bombardements de populations civiles. Ce constat invite en revanche à souligner les contradictions de la Russie et de son invasion, comme le font nombre d’analystes internationaux, à l’image de Patrick Cockburn.
Dans un contexte marqué par des fissures au sein de l’OTAN, une hostilité renforcée des Etats-Unis après la débâcle en Afghanistan et la nouvelle priorité qu’a pour ceux-ci la zone indopacifique, mais aussi par le rapprochement de Kiev avec les puissances occidentales, les stratèges autour de Poutine ont sans doute considéré que le moment était venu d’agir avant que la fenêtre de tir ne se referme. Ils ont d’abord cherché à faire pression sur une négociation avec Biden, dont Macron a sans doute été l’intermédiaire. Mais le refus des Etats-Unis de céder le moindre avantage géopolitique conquis dans le cadre de l’expansion de l’OTAN à l’Est – notamment en Roumanie et en Bulgarie où Poutine exigeait le retrait des troupes de l’Alliance atlantique – a conduit Poutine à tenter un pari dangereux.
L’intervention militaire de la Russie masque en effet mal le fait que celle-ci se trouve dans une position de faiblesse face aux impérialistes occidentaux, dont témoignent ses difficultés à atteindre ses objectifs en Ukraine. La Russie se trouve dans une situation plus que délicate, car elle ne semble pas posséder les moyens financiers, militaires et surtout politiques pour occuper durablement, et encore moins annexer, l’Ukraine. L’armée russe a envahi militairement l’Ukraine mais dans le cadre d’une opération de police, cherchant à arracher rapidement des concessions à l’Ukraine pour s’éviter une occupation coûteuse. Si la Russie n’atteint pas ses objectifs dans les prochains jours, l’invasion demandera toujours plus de forces et pourrait mener à une véritable impasse, autant qu’à une escalade toujours plus meurtrière pour les populations ukrainiennes.
De manière générale, le régime réactionnaire de Poutine, qui est non seulement antidémocratique et répressif, mais aussi profondément pro-capitaliste et oligarchique, n’a rien à offrir aux travailleurs et aux masses ukrainiennes. C’est aussi cela qui explique qu’une grande partie de la population ukrainienne regarde avec espoir les promesses de prospérité faites par les impérialistes occidentaux. Cette division existe depuis des années, comme on a pu le voir en 2004 puis en 2014, lors de mouvements dont la toile de fond a été le conflit entre le nationalisme antirusse et les intérêts de la fraction « orange » de l’oligarchie ukrainienne, liée à l’Occident plutôt qu’à la Russie. Cette dernière n’a rien offert de plus aux Ukrainiens que ses homologues pro-russes, ce qui souligne là encore la nécessité d’une politique indépendante de l’OTAN. »