Sinon, par comparaison, voilà ce qu'écrivait LO dans la LdC de mai 79 (qui n'est pas spécialement connue comme grande période de luttes intenses des travailleurs) sur la campagne commune d'alors:
a écrit : Une liste internationaliste aux
élections européennes :
l'accord Lutte Ouvrière - Ligue
Communiste Révolutionnaire
Aux prochaines élections européennes, Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire présentent une liste commune, intitulée « Pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe » et conduite par les deux porte-parole les plus notoires de chacune des organisations, Arlette Laguiller et Alain Krivine.
Dans le numéro précédent de Lutte de Classe, nous avons fait état des propositions dans ce sens de Lutte Ouvrière à la Ligue Communiste.
Sur cette base, un accord politique a été trouvé relativement très facilement. Cela n'a rien d'extraordinaire d'ailleurs. Si nous avons fait ces propositions, c'est parce que nous savions justement que, si nous avons des divergences avec les camarades de la LCR à propos de l'Europe et du Marché commun, divergences dont nous discutons une nouvelle fois dans un autre article de ce même numéro de Lutte de Classe, il y a aussi un large accord entre nous sur l'essentiel de ce qui nous semblait devoir être l'axe de la campagne électorale : l'affirmation de nos convictions internationalistes. On trouvera la plate-forme politique commune, publiée par les deux hebdomadaires, Lutte Ouvrière N° 569 et Rouge N° 864.
A partir de cet accord politique ne restaient plus à résoudre que les problèmes financiers. Pour une telle campagne, on sait que le coût s'élève à plusieurs millions de francs. Les difficultés financières que connaît aujourd'hui la LCR à la suite de l'expérience qu'elle a menée pendant deux ans pour faire vivre un quotidien, l'ont d'abord amenée à renoncer, car elle était incapable d'assurer la moitié des frais de cette campagne.
Lutte Ouvrière a alors accepté d'en supporter la plus grosse partie. Et c'est à cette condition, et sur la base de l'accord politique déjà trouvé, que la présentation de cette liste commune a été décidée.
Si nous en croyons les premières réactions, dans l'extrême gauche ou en dehors de celle-ci, un tel accord a l'air de surprendre quelque peu.
Il n'a pourtant rien d'extraordinaire.
Il correspond simplement au principe que lorsque deux organisations qui se réclament toutes deux du même programme, en l'occurrence le programme trotskyste, se trouvent être en accord politique pour mener d'une certaine façon une action commune, qu'elles estiment toutes deux nécessaire et utile, à ce moment-là, il est normal de faire tout ce qu'il est possible de faire pour que cette action puisse avoir lieu. Ce principe a toujours été le nôtre. Et nous montrons une nouvelle fois à l'occasion de ces élections européennes que nous sommes bien fidèles dans la pratique aux principes dont nous nous réclamons.
Lutte Ouvrière aurait pu mener seule la campagne électorale. Politiquement bien sûr, mais aussi matériellement, elle n'avait pas besoin de la LCR pour présenter une liste dans ces élections. Mais puisqu'il y avait un accord politique sur la campagne à mener, il était juste de faire en sorte que les deux organisations puissent joindre leurs forces pour la mener, même si leur participation financière n'était pas égalitaire.
Combattre le sectarisme ne consiste certes pas à fermer les yeux sur les désaccords politiques. Et pour sa part Lutte Ouvrière n'est certainement pas prête à cela. Nous préférons mener seuls notre action plutôt que de mener en commun une action politiquement confuse.
Ainsi par exemple, il y a un an, lors des dernières élections législatives, alors que les deux organisations LO et LCR menaient des politiques complètement différentes voire opposées face à l'Union de la gauche du Parti Socialiste et du Parti Communiste, nous avons préféré mener la campagne de notre côté. Il n'était pas question pour nous de mener une campagne commune avec la LCR.
Par contre, ce serait effectivement du sectarisme si, lorsque comme aujourd'hui à l'occasion de ces élections européennes, il y a un accord politique, l'une ou l'autre des organisations ne faisait pas tout son possible pour qu'il aboutisse à une action commune.
Encore une fois, cette attitude pour notre part n'est pas chose nouvelle. Et encore moins chose nouvelle vis-à-vis de la Ligue Communiste Révolutionnaire, organisation qui se réclame du même programme politique fondamental que Lutte Ouvrière, le programme trotskyste.
Ainsi ces dernières années nous avons proposé à diverses reprises à la LCR de publier en commun un hebdomadaire. Nous lui avons même proposé d'examiner ensemble s'il était possible de publier un quotidien et dans quelles conditions, lorsqu'elle a fait part publiquement à l'extrême gauche des difficultés financières qu'elle rencontrait à poursuivre la publication de Rouge quotidien, difficultés qui, on le sait, ont fini par avoir raison de ce quotidien.
Ces démarches partaient du même principe. Nous avons, pensons-nous, suffisamment de choses à dire en commun pour qu'une publication commune soit possible. Et quant aux divergences entre nous, qui sont aussi nombreuses et souvent très importantes, elles pourraient très bien être exprimées dans une telle publication commune (sans parler des autres publications propres à chacune des deux organisations).
Mais mettre en commun nos forces aurait permis de faire un hebdomadaire de l'extrême gauche plus solide financièrement, mais aussi, on peut l'espérer, plus riche, et surtout touchant un public bien plus large que chacun de nos deux hebdomadaires.
Cela aurait peut-être même permis - c'est bien évident aujourd'hui après la disparition de Rouge quotidien - de faire qu'il puisse vivre un quotidien trotskyste, alors que les forces d'une seule de nos deux organisations, malgré tous les sacrifices consentis par la LCR, ne le permettent pas.
Voilà ce que doit être, à notre avis, l'attitude juste au sein du mouvement révolutionnaire en général et du mouvement trotskyste en particulier. Il ne s'agit pas de nier les divergences importantes qui existent entre les différentes organisations et courants qui partagent aujourd'hui ce mouvement. Il ne s'agit surtout pas d'essayer de les surmonter artificiellement et de faire l'unité et encore moins l'unification bien sûr, dans n'importe quelles conditions. Ces divergences ont des racines profondes. Elles ne pourront être surmontées qu'au fil des épreuves politiques subies par le mouvement tout entier et lorsque l'une ou l'autre des politiques préconisées se sera imposée comme la politique juste à laquelle les autres organisations doivent ou peuvent se rallier. Il est inutile aujourd'hui de feindre de croire qu'il suffirait d'une bonne discussion entre les différentes organisations pour que puissent se régler les différends et que nous puissions trouver un accord politique global. Si c'était le cas, s'il suffisait d'une discussion, même approfondie, pour faire apparaître une unification possible, ce serait d'ailleurs une condamnation sans appel de nos organisations. Quel que soit le jugement que l'on porte sur telle ou telle organisation trotskyste, on ne peut tout de même pas penser qu'elles aient été irresponsables au point de se séparer pendant 30 ou 40 ans si les divergences pouvaient être surmontées... par la simple discussion.
Par contre, malgré les divergences, et tout en ayant parfaitement conscience de celles-ci, il est de notre devoir, lorsqu'il existe une base politique, de rechercher à faire en commun tout ce qu'il est possible de faire en commun. D'abord évidemment de faire en commun ce que séparément chacune des organisations est incapable de faire seule. Mais aussi de faire en commun ce que chacune fait peut-être séparément mais avec moins de forces et moins d'impact et dans des limites plus étroites.
Quelle action renforçant le mouvement trotskyste dans son ensemble pourrait nuire aux intérêts réels de l'une des organisations ?
Notre attitude dans ces élections européennes montre bien, pensons-nous, que telle est bien notre politique. Si la LCR, avec qui nous nous présentons en commun dans ces élections, adoptait la même attitude, ce qui n'a pas été toujours le cas, loin de là, il y aurait probablement un changement important dans la situation du mouvement trotskyste dans ce pays. Non pas que l'unité serait possible à toute occasion, et encore moins l'unification possible immédiatement. Mais cela permettrait sans doute au mouvement trotskyste d'apparaître plus responsable et de se mettre dans les conditions de faire des pas, et peut-être des pas importants, dans son implantation dans les masses et dans son influence dans le pays.
D'où quelques questions:
- Est-ce qu'on est dans une situation profondément différente de 79?
- Est-ce que la LCR a profondément changé depuis?
- Sinon, en quoi ce qui était vrai à l'époque (et qui d'après le texte avait "toujours été notre politique" jusqu'alors), que, par principe il faut rechercher systématiquement les bases politiques d'une action commune (tout en en voyant les limites mais sans réduire cela à une simple tactique électorale) ne le serait plus aujourd'hui?