La Marche sur Rome... et autres lieux

Message par titi » 28 Oct 2004, 14:55

réédité en 2002 aux éditions ArteEditions / Kiron / Editions du félin ; 19,70€

publié pour la première fois en 1933, ce livre est écrit par Emilio Lussu, député de 1921 à 1924, qui est resté jusqu'au bout opposé à Mussolini, il raconte de façon très vivante la montée du fascisme en italie

c'est vraiment à recommander à tous ceux qui veulent savoir ce que fut concrètement la prise du pouvoir par les fascistes : cela se lit très facilement
titi
 
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Message par artza » 31 Oct 2004, 08:43

Naissance du fascisme en Italie d'Angelo Tasca (A. Rossi) publié en 1938 réédité (Gallimard) en 1967 depuis je ne sais pas.
Ouvrage qui fait autorité.

Tasca d'abord ouvrier métallurgiste très jeune militant socialiste et syndicaliste à Turin. Polémique avec Bordiga.
Communiste après la scission de Livourne.
Délégué auprès de l'IC (4ème congrès) au moment de la marche sur Rome.
Exclu en 1929 (droitier -Boukharine-) il s'établit à Paris devient journaliste et rejoind le PS.
Auteur de plusieurs ouvrages sur le PC stalinien, le pacte germano-soviétique etc...

Très bonne présentation de la situation italienne au sortir de la 1ère guerre mondiale. L'Italie était la vaincue des vainqueurs!
La montée en force du mouvement ouvrier et paysan. L'inertie du PS "maximaliste" socialiste intransigeant à la tribune et pour le reste attentiste. Les débuts du fascisme les violences contre les militants et les locaux des organisations. Les tentatives de riposte sur ce terrain avec les Arditi del popolo boycotté par le jeune PC ce n'était pas une organisation purement ouvrière!

Bref à lire crayon en main.
artza
 
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Re: La Marche sur Rome... et autres lieux

Message par Byrrh » 18 Avr 2026, 21:35

D'Emilio Lussu, on pouvait lire également Les hommes contre, sur la Première Guerre mondiale côté italien. Édité en France chez Arléa. Le roman avait été adapté au cinéma en 1970 par Francesco Rosi, avec Alain Cuny et Gian Maria Volonté.

Vient maintenant de sortir en librairie, chez Héros-Limite, L'Americano. Présentation de l'éditeur :
Dans ces quatre textes autobiographiques parus dans les années 1930, Emilio Lussu raconte les affres de la période mussolinienne. Ce militant et homme politique italien fut la cible d’un lynchage orchestré par les brigades fascistes («Seul contre mille»). Incarcéré pour avoir abattu un de ses assaillants, il fut retenu sur l’île de Lipari, dans l’archipel des Éoliennes, avec d’autres prisonniers politiques. Dans un récit poignant, il narre le quotidien de ses conditions de détention ainsi que son évasion épique («L’évasion de Lipari»).
Les deux autres textes retracent des souvenirs de bataillon durant la Première Guerre mondiale et suivent son œuvre phare, Les Hommes contre (1938). Ils témoignent de l’arrogance de certains hauts gradés de l’armée et dénoncent les décisions autoritaires – tout comme les risques portés par leurs subalternes. Avec humilité et même une forme d’humour, Emilio Lussu nous partage son indignation et son combat permanent contre l’injustice et l’impunité. Il fait sien l’adage qu’en période de conflit, l’ennemi se terre aussi dans son propre camp.

Les quatre textes qui composent ce recueil étaient inédits en français et ont été réunis par leur traducteur, Francis Pascal. Les trois premiers se sont vu publiés dans la célèbre revue de gauche américaine The Atlantic Monthly dans les années 1930. Leur parution eut un certain écho et valurent à Emilio Lussu (1890-1975) le surnom d’«Americano». Il est probable que le dernier récit, «Un bombardement nocturne», publié à titre posthume en italien, de par son thème et d’autres similitudes, y était destiné également, mais n’a pu être édité en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

https://heros-limite.com/livres/lamericano/
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Re: La Marche sur Rome... et autres lieux

Message par gerard_wegan » 19 Avr 2026, 23:04

Le dernier message de Byrrh me donne l'occasion de découvrir le précédent, ancien, de Artza sur Tasca, alias Rossi.
Sur le livre de Tasca, Naissance du fascisme, on peut lire la critique de Pietro Tresso (Blasco) publiée en 1938 dans Quatrième Internationale. L'autorité de l'ouvrage s'en trouve quelque peu écornée, malgré les mérites que lui reconnaît Blasco, qui en recommande la lecture.
Curieusement, la notice sur Tasca s'arrête à son adhésion à la SFIO, donc avant-guerre. Elle omet de mentionner le ralliement ultérieur de Tasca au gouvernement de Vichy puis, après-guerre, sa participation à la mouvance anti-communiste (notamment autour de Georges Albertini, lui aussi ancien socialiste puis collaborationniste - mouvance dans laquelle on retrouve aussi l'ex-Souvarine, comme disait Trotsky). Les textes de Rossi sur le stalinisme, notamment sur la politique envers l'Allemagne nazie avant 1941, restent cependant intéressants, au moins pour les documents dont la diffusion était demeurée confidentielle et qu'ils ont rendus publics (par ex. Les cahiers du bolchevisme de 1939-1940).
gerard_wegan
 
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Re: La Marche sur Rome... et autres lieux

Message par Gayraud de Mazars » 20 Avr 2026, 07:43

Salut camarades,

Puisqu'il est question en partie de la Marche sur Rome en 1922, un article bien fait, qui date de 2022...

Il y a 100 ans : Italie, octobre 1922, la Marche sur Rome
7 novembre 2022
Extraits d’un article du journal des camarades de L’Internazionale/UCI.

La « Marche sur Rome », en octobre 1922, fut une mise en scène que la propagande fasciste présenta comme une rupture révolutionnaire. Mais cette « révolution fasciste » n’a existé que dans les élucubrations de Mussolini et de ses serviteurs.

Le fascisme fut avant tout facilité par la réaction des classes dominantes contre le courant révolutionnaire qui secoua le prolétariat de toute l’Europe. L’immense popularité de la révolution russe de 1917 augmentait le prestige de la fraction du mouvement socialiste qui avait défendu, comme l’avait fait Lénine, les positions internationalistes et dénoncé le caractère impérialiste de la Première Guerre mondiale. Il fallait empêcher ce courant, qui allait s’organiser en partis communistes, de gagner la majorité des travailleurs. Sur cet objectif, tous les partis de la bourgeoisie étaient d’accord.

La Marche sur Rome couronnait deux années de violences des bandes fascistes contre les organisations ouvrières. Cette contre-révolution sociale était appuyée, organisée, financée par les classes possédantes, contre un mouvement ouvrier qui se faisait de plus en plus menaçant, au point de remettre en cause les bases mêmes de l’organisation capitaliste. Ce n’est pas un hasard si la défaite du mouvement d’occupation des usines, fin 1920, marqua le début de l’escalade des agressions fascistes.

Les institutions de l’État libéral furent largement complices de ces violences. On peut en dire autant des hiérarchies catholiques. (…)

Rien que pour la seule année 1921, 726 sièges d’organisations ouvrières (mutuelles, syndicats…) furent détruits par les bandes fascistes ! Et on compta plusieurs centaines de morts parmi les militants du mouvement ouvrier.

La défaite de la grève générale d’août 1922, appelée par les syndicats pour s’opposer aux violences fascistes, confirma à Mussolini et aux siens que plus rien ne s’opposait à l’instauration d’un gouvernement fasciste, qui bénéficiait de la protection des autorités.

La Marche sur Rome fut annoncée les jours précédents. La question se posait désormais ouvertement d’en finir avec les vieux dirigeants libéraux qui ralentissaient la transformation de l’État en un instrument plus adapté aux nécessités de l’heure de la classe dominante. Le poids des industriels dans la farce révolutionnaire jouée par le parti fasciste est indiscutable. À la veille de la Marche, Mussolini rencontra à Milan le président du syndicat patronal Confindustria, Gino Olivetti, pour discuter de la physionomie du nouveau gouvernement.

Le gouvernement de Luigi Facta, qui avait déjà annoncé sa démission, proclama l’état de siège dans la capitale. Le matin du 28 octobre, la rumeur se répandit que l’armée se préparait à prendre le contrôle de Rome pour la défendre de l’attaque fasciste. Mussolini, en sécurité à Milan, à deux pas de la frontière suisse, hésitait sur la conduite à suivre, mais le roi le tira d’embarras en refusant de signer l’état de siège.

Alors que les fascistes paradaient dans la capitale, Mussolini arriva en train à Rome le 30 octobre et reçut du roi Victor-Emmanuel III la charge de former le nouveau gouvernement. L’armée, en état d’alerte les jours précédents, forte de 280 000 hommes et d’une artillerie lourde, ne tira pas un coup de feu. Voilà ce que fut la « révolution » des fascistes. Pendant ce temps, dans les autres villes italiennes, les groupes armés fascistes prenaient définitivement possession des administrations locales avec l’accord des préfets.

Le nouveau gouvernement ne fut pas exclusivement fasciste. Des dirigeants libéraux et du Parti populaire y furent appelés et les Assemblées votèrent à une très grande majorité en faveur du gouvernement Mussolini : 429 oui, 116 non et 7 abstentions à la Chambre des députés. Tous les partis de la bourgeoisie, y compris le Parti populaire catholique, durent convenir que pour défendre le système capitaliste du « péril rouge », les méthodes fascistes étaient les meilleures. Et si certains d’entre eux espéraient pouvoir se défaire de cette alliance avec le fascisme, une fois le sort des socialistes et surtout des communistes réglé, il en alla tout autrement.

Malgré la répression, quelques espaces légaux demeurèrent ouverts aux organisations ouvrières, au moins jusqu’en 1924, année de l’assassinat du député socialiste Matteotti par des fascistes. L’émotion suscitée par ce énième crime ouvrit une grave crise politique au sein même du parti fasciste. Mais pas plus qu’auparavant, les directions socialiste et syndicales ne voulurent prendre la direction d’une lutte décidée. Le respect des institutions soi-disant « démocratiques » pourtant ouvertement complices des assassins fascistes, contribuèrent largement à désorienter et désarmer la classe ouvrière. Quant au jeune Parti communiste, il n’avait ni la force ni l’influence pour changer significativement le rapport de force.

Une fois surmontée la crise Matteotti, le gouvernement accéléra son évolution vers la forme dictatoriale avec les « lois fascistissimes » prises entre 1925 et 1926. En même temps, Mussolini abandonna les slogans « révolutionnaires » et les revendications républicaines, anticléricales et « prolétariennes », avec lesquelles il avait cherché à tromper les couches populaires les premières années du mouvement fasciste. Les dirigeants de la grande bourgeoisie, qui avaient autrefois soutenu avec conviction les institutions démocratiques, siégeaient désormais au Grand conseil du fascisme, au Sénat et dans les différentes corporations et, pendant plus de vingt ans, le régime fasciste fut le plus fidèle et zélé serviteur de la grande bourgeoisie italienne.


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Re: La Marche sur Rome... et autres lieux

Message par Gayraud de Mazars » 20 Avr 2026, 07:51

Salut camarades,

J'ai revu récemment et c'est très bien, "La Marche sur Rome" qui est une comédie italienne réalisée par Dino Risi en 1962. Elle aborde de manière satirique la montée du fascisme en Italie à travers les mésaventures de deux anciens combattants.

Le film suit les aventures de Domenico Rocchetti et Umberto Gavazza, deux anciens soldats qui, mal adaptés à la vie civile après la Première Guerre mondiale, rejoignent le mouvement fasciste. Ils participent à la "Marche sur Rome" de Mussolini, qui a marqué l'arrivée au pouvoir du dictateur italien en octobre 1922. À travers une série de mésaventures comiques, les deux personnages réalisent progressivement l'absurdité de leur engagement et la trahison des idéaux fascistes qu'ils soutiennent, barrant à chaque expérience des éléments du programme fasciste qui apparait complètement démagogique et au service des bourgeois, des grands propriétaires terriens, des industriels...

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